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goQveniée par le fameux cardinal Alberoni, qui de simple curé de campagne s'était élevé au rang de premier ministre de Philippe V; Tautre parti inclinait à une alliance avee TAngleterre. Dubois, soldé par cette puissance, homme cynique et habile intrigant, autrefois précepteur du ré-^ gent, puis ministre de ses débauches, et qui le dominait encore par le triple ascendant d*une volonté énergique, du vice et de Thabitade, était Tâme de ce parti, qu'il présentait, en cas de vacance du trône^ comme la plus forte barrière contre les prétentions de Philippe V à la couronne de France, quoique ce prince y eût formellement renoncé en acceptant celle d'Espagne. Lord Stair, ambassadeur d'Angleterre, compagnon des plalsii^s du régent, l'entraîna dans cette alliance, et la lui fit acheter par l'expulsion du prétendant, fils de Jacques II, et par la démolition du port de Mardick , que Louis XIV destinait à remplacer celui de Dunkerque. Une triple alliance fut conclue entre THpie la France, l'Angleterre et la Hollande. L'année suivante «7*7. ' ces trois puissances signèrent, conjointement avec l'Empereur, un nouveau traité, connu sous le nom de traité de la quadruple alliance , et l'Espagne fut sommée d'y accéder Qoadro. sous trois mois. '^y'jj^'
Le r^ent, toujours inquiété par les prétentions de Philippe V et par les intrigues d'Alberoni, comptait à l'intérieur du royaume un très-grand nombre d'ennemis , dont les uns lui étaient suscités par la force des circonstances , d'autres par les fautes de son gouvernement et sa conduite personnelle. Ses débauches et le scandale de ses orgies , où présidait la duchesse de Berri,'saûlle; la honteuse élévation de Dubois, et son immense crédit sur le prince , blessaient toutes les âmes honnêtes , et soulevaient contre le régent l'indignation publique. Sa partialité pour l'Angle-
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terre, et les mesares rigoareases cootre les prisées iégitimés, qu'il avait privés da titre de princes du saog , à la sollicitatioD des ducs et pairs, lui avaient aliéné lenrs nombreux partisans, ainsi que ceux du système poUtique de Louis XIV ; mais rien n'avait excité plus de res- Bâtiments contre le régent que ses opérations ûnancières. Opéra. La dette publique laissée par Louis XIV montait à près' nancfèr^ de ciuq milliards de notre monnaie actuelle ; les revenus
de trois années étaient consommés d'avance , et tout crédit anéanti. Le régent eut donc à lutter dès son début contre des difficultés immenses. Les seules voies conmies et liabituellement suivies par les gouvernements, pour sortir de gène , étaient la banqueraute y l'altération de la valeur des monnaies , et les poursuites contre les traitants. Le régent employa d'abord ce dernier moyen, en nommant uoe chambre de justice chargée de rechercher les coupables. Cette chambre , vue d'abord avec faveur, se rendit bi^tôt odieuse par l'atrocité des mesures prises pour seconder ses poursuites ; la délation fut encouragée par l'appât d'une part dans la confiscation, et la peine de mort prodiguée pour tous les délits des justièiables ; on admit les domestiques à déposer contre leurs maîtres sous des noms empruntés , et la médisance à l'égard des délateurs fut punie du dernier suppliée. Les recherches remontèrent à vingtsept années ; il suffit d'être riche pour être poursuivi y et quatre mille quatre cent soixante-dix chefs de famlHe furent inscrits sur vingt rMes qui parurent successivement, comme autant de tables de proscription. Une multitude de réclamations surgirent de toutes parts; des sollieiteurs de tout état et de tout rang assaillirent le régent, et, comme Fa dit un écrivain judicieux et spirituel ' , « Tindulgenee * Lemontey, Histoire de la Bégmce,
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LIYBS V. CHAPITIIB I. 87
R eut ses tarifs comme la yengeaDce a^alt ses rôles , » et la eoQr de France ne fut plus que le marché scandaleux d'un royaume mis au pillage. Chacun déguisa sa fortune, et le travail cessa en même temps qiie le luxe; on finit par s'indigner en voyant les vols changer de main, et la diambre de justice tomba sous une réprobation universelle.
On eut recours à d'autres moyens également arbitraires et violents : les contrats d'affaires conclues avec l'anden gouvernement furent en partie détruits ; on réduisit à la moitié les rentes , ainsi que les pensions au-dessus de six cents livres ; on supprima impitoyablement , sans en rembourser le prix, une multitude d'offices et de privilèges créés et vendus par le gouvernement précédent. Cette réforme rendit aux communes l'élection de leurs administrateurs. La refonte des monnaies semblait offrir au gouvernement d'immenses avantages , et elle fut ordonnée ; mais cet acte, dont le prestige n'abuse la multitude qu'un moment, a des effets constamment funestes. La confiance se perd, la circulation s'arrête, et l'étranger tire d'immenses profits de la refonte qu'il fait lui-même des espèces décriées. Tel fut le sort de la refonte qu'entreprit le due de Noailles : il comptait sur un milliard de fabrication ; on n'apporta aux hôtels des monnaies que trois cent soixante-dix -huit millions; au lieu de deux cents millions de bénéfice qu'il espérait, il n'en obtint que soixante-douze , et l'or du royaume s'écoula rapidement diez l'étranger ».
Une troisième opération financière eut pour objet la revue générale des effets publics , dont le nombre était in-
* Ces détails sont extraits en partie dé Y Histoire de la Régence, pw Lementey.
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connu : on résolut de les refrapper en une seule espèce de billets d*État, et Ton chargea de ce travail le; quatre frères Paris , doués d'une sagacité remarquable. Six cents millions furent présentés au visa; une loi les réduisit à deux cent cinquante millions de billets d*État portant intérêt à quatre pour cent, et dont cent quatre-vingt-quinze seulement furent délivrés aux propriétaires des effets visés. Après les moyens violents, le duc de Noailles en emploj'a . de corrupteurs ; il eut recours aux loteries. Mais la crise n'en était pas moins imminente : l'équitable impôt du dixième sur tous les biens venait d'être supprimé; les caisses des receveurs étaient vides, et la solde des troupes ne se payait plus. Au milieu de ces grands bouleversements, l'Écossais Law commençait à élever sa fortune : cet aventurier, si fameux dans la suite, et qui unissait de hautes conceptions financières à des erreurs fondées sur l'inexpérience pratique, séduisit le régent par la nouveauté de sa théorie, exposée avec une grande clarté. Cependant il ne putd*abord, en 1716, appliquer son génie qu'aux opérations d'une banque dont le fonds, partagé en douze cents actions, ne s'élevait qu'à six millions : Law en obtint le privilège pour vingt ans. Elle gérait les caisses des particuliers, escomptait des lettres de change, recevait les dépôts, et délivrait des billets payés à vue et en monnaie de banque invariable : elle eut un succès prodigieux, et, malgré la juste défiance des gens sensés, la fixité de cette nouvelle monnaie rétablit les changes et rappela le commerce. Le régent, empressé de faire profiter le gouvernement des avantages de cette banque, fit recevoir ses billets en payement des impositions, et voulut lui-même en être l'un des directeurs. On vit alors une monnaie fictive émise par des particuliers, confiée, ainsi que les revenus de TÉtat,
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à la bonne foi d'une compagnie indépendante; et Law mérita dès lors le titre de fondateur de la science du crédit public en France.
Les nombreux ennemis de Law étaient soutenus par le parlement; son plus illustre adversaire, le chancelier d'Aguesseau, et le duc de NoailleSi avaient été destitués ; Tancien lieutenant de police d'Argenson et Dubois, étaient à la tète des affaires, lorsque le régent se décida enfin à frapper un coup décisif. Un lit de justice est indiqué pour célèbrent le 26 août 1718; les magistrats se rendent aux Tuileries , m^Ioiu au nombre de cent soixante-dix : le duc du Maine et son frère le comte de Toulouse frémissent dans l'attente des mesures qu'ils redoutent. £4e régent les invite à sortir; puis il donne lecture de lettres patentes qui cassent les derniers arrêts du parlement, et lui enlèvent le droit de remontrances en matières politiques ; on lit ensuite un édit par lequel les princes légitimés , à l'exception du comte de Toulouse, sont réduits au simple rang de leur pairie ; enfin un arrêt enlève au duc du Maine la surintendance de l'éducation du roi, et la donne à son neveu et à son ennemi le duc de Bourbon , prince de mœurs dépravées , singulièrement cupide , et de l'esprit le plus borné. Le premier président ayant demandé qu*il fût permis au parlement d'examiner i'édit qui le concernait, le garde des sceaux répondit : « Le roi veut être obéi , et sur-le-champ. » Trois jours plus tard, des rigueurs signalèrent la victoire du régent : trois magistrats furent emprisonnés , plusieurs parlements , et entre autres celui de Bretagne , subirent de semblables violences.
Les conseils établis par le duc d'Orléans au commencement de la régence furent supprimés , et remplacés par des départements, à la tête desquels il mit des secrétaires
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t6 TmOISlàllS BPOgOB.
d^État plu» dépendaiito de lui. Le due du Maine céda sans bruit û l'orage ; mais la duchesse sa femme éclata eu plaistes et en menaces; sa magnifique résidence de Sceaux de* Tint le rendez- vous des mécontents et le foyer de toutes les intrigues. Un nq>proclifflnent intime existait depuis longtemps entre cette petite cour factieuse et Tambassaco^pira-deur espagnol, le prince de Gellamare. Celui-ci, fidèle ^^^|~ aux instructiwis d'Alberoni , conspirait contre le régent, ""• et s'efforçait d'amener une révolution dans le gouvernement du royaume : abusé lui-même, il exagérait dans ses rapports l'importance politique et le nombre des mécoBtents; et l'audacieux cardinal voulait que Philippe Y engageât le jeune roi Louis XV, son neveu, à renoncer à U quadruple alliance, à enlever la régence au duc d'Orléans^ et à convoquer les états généraux ; il méditait en même temps de rétablir les Stuarts en Angleterre , et de mettre le roi guerrier Charles XII à la tète de rexpédition. 11 servait ainsi les désirs ambitieux d'Elisabeth Farnèse, se* conde femme de Philippe Y, et se maintenait dans sa faveur en la flattant de l'espoir de conquérir des trônes pour ses enfants : il avait jeté les yeux sur plusieurs États distraits de la monarchie espagnole par le traité d'Utrecht , et déjà une armée avait envahi et soumis la Sicile. Mais, en 1718, une flotte anglaise , composée de vingt voiles, et comman* dée par l'amiral Byng , attaqua dans la Méditerranée la flotte espagnole, forte de vingt- sept vaisseaux , dont elle prit ou détruisit vingt-trois. Alberoni, troublé par eetédiec, et sentant sa puissance chanceler, écrivit à Cellanoare de « mettre le feu aux mines. » Cependant Dubois, déjà instruit par un copiste , tenait tous les flls de l'intrigue : il laissa les conspirateurs s'engager plus avant, et le 5 décembre il fit arrêter en route l'abbé Porto-Garrero, chargé
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des dépêches de l'imprudent CeHamare et des papiers relatif à cette absurde iotrigue , adressés à Alberoni : Tambassadeur fut aussitôt transféré au château de Biois , pour y attendre les ordres de sa cour. Les conspirateurs étaient décooverts. Le duc et la duchesse du Maine sont aussitôt arrêtés; le premier est envoyé au château de Dourlens , et la duchesse à Dijon : ou emprisonne en même temps un grand nombre de leurs complices. Après avoir fait impri* mer les lettres du roi d'Espagne, le régent se montra in* dnlgent pour ses ennemis : il exigea d'eux ravéu de leur faute, fit signer une confession détaillée à la duchesse du Maine, et relâcha les prisonniers sans tirer d'eux aucune autre vengeance. Un magnanime oubli des injures était la plus noble qualité de son âme.
Une intrigue semblable à celle de Gellamare se tramait complot
^ français
à la méno^ époque en Espagne par le duc de Saint- Aignan, ^jy^. ambassadeur du régent : elle avait pour but de renverser ""* Alberoni , et de préparer à la maison d'Orléans la succession du valétudinaire Philippe Y. Ces projets avortèrent sans éclat : Saint-Aignan quitta l'Espagne avant que la disgrâce de Gellamare y fût connue , et tandis que le régent recueillait tous les fruits qu'il pou^it souhaiter de l'imprudence téméraire de cet ambassadeur. Le parti de l'ancienne cour demeura consterné ; il n'y eut qu'un cri en France et en Europe contre la déloyauté de l'ambassadeur espagnol, et la guerre contre Philippe Y fut résolue.
Des troubles avaient éclaté dans la Bretagne, encore in- Troubles culte en grande partie, et où végétait une population ^ffj^* Crante et pauvre, dominée par cinq ou six mille gentib-hommes. Ceux-ci , blessés des hauteurs du maréchal de Montesquieu, gouverneur de la province, firent difftciitté d'accorder le don gratoit ; et l'année suivante ils -
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92 TAOISIÈHB SPOQUI,
s*opposèreDt à un édit du conseil relatif au droit d'entrée. Le parlement enregistra leur décision. Quelques lettres de cachet punirent ces tentatives d'indépendance. Alberooi entrevit dans ces étincelles de révolte Tespoir d'une puissante diversion en faveur de Philippe Y; il entretint les chefis dans leurs projets factieux : la noblesse signa un acte de confédération armée, et appela les troupes espagnoles; mais les classes inférieures, indifférentes à cette querelle, absolument étrangère à leurs intérêts particuliers, refusèrent de la soutenir, et le gouvernement eut bientôt étouffé la révolte. Une cliambre de Justice fut établie à Nantes : quatre gentilshommes condamnés à mort y furent exécutés la nuit aux flambeaux, en grand appareil; et quand la flotte espagnole, commandée par le duc d*Ormond , se présenta en vue des c6tes de Bretagne , elle les trouva hérissées de troupes, et défendues par une population fidèle. Cependant une armée, sous les ordres du ma* Guerre réchal dc Bcrwlck, était entrée en Espagne, où Alberoni Frâ^^t n'avait rien préparé que pour ilntrigue : un grand nombre mi!^^ de places tombèrent au pouvoir des Français, et la marine espagnole fut détruite dans ses ports. Vers le même temps, seize mille Impériaux, conduits en Sicile par le général Mercy, firent évacuer Tile aux Espagnols. Écrasé par ces nombreux revers, Alberoni se vit perdu. La reine se tourna contre lui, et ne vit plus dans ce ministre que l'obscurité de sa naissance : en vain fit-il encore trembler le gouver* nement français en proposant de jeter l'Espagne dans l'alliance de l'Angleterre et de T Autriche, sa disgrâce était résolue, et exigée par le régent : Philippe V signa, en décembre 1719, un décret qui lui ordonnait de quitter Madrid sous huit Jours. Le peuple célébra sa fuite comme b délivrance d*un fléau, et la chute du cardinal fut le gage
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de la paix : Philippe envoya soo adhésion au traité de ia Adhéston quadraple alliance, que son ministre signa en février 1720 ^^^^^^ à la Haye. Par ce traité, l'empereur Charles VI avait rc- J^^l Doncé à ia monarchie espagnole, et Philippe Y abandon- ^^^^f nait tous les États que la paix de Rastadt avait distraits de cette monarchie ; rEropereur s'engageait à donner l'investiture de la Toscane à don Carlos , fils de Philippe Y et d'Elisabeth Farnèse, après Icf mort, regardée comme prochaine, du dernier des Médicis. Par le même traité, la Sicile avait été adjugée à la maispn d'Autriche; le duc de Savoie devait recevoir, en échange de cette îje, celle de Sardaigne, qualifiée de royaume.
Le régent employa ensuite sa médiation dans le Nord ; irai, il avait secouru la Suède , épuisée par les ruineuses témé* rites de Charles XII , et où régnait Ulrique , sœur du monarque. Il hâta la conclusion de la paix entre elle et le czar Pierre, qui offrit sa fille au duc de Chartres, fils du régent, avec l'expectative du trône de Pologne, occupé par le roi Auguste. Le duc d'Orléans n'accepta point cette alliance y et se vit un moment l'arbitre de l'Europe. Cette puissante influence était due en partie à l'éphémère et prodigieux succès du système de Law , qui , adopté par le régent, jouissait alors au plus haut degré de la faveur publique, et mettait d'immenses ressources pécuniaires aux mains du gouvernement.
La banque de Law avait été déclarée la banque du roi srstëme à la fin de 1718; elle acquit le privilège de l'ancienne "i9-mo. compagnie des Indes, qui réunissait aux vastes possessions de la Louisiane le commerce exclusif de l'Afrique et de l'Asie : le gouvernement y joignit le monopole du tabac » tes gabelles d*Âlsace et de Franche-Comté , les bénéfices de la fabrication des monnaies , enfin les recettes et les
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fermes générales. Cette banque tenait ainsi en sa posses* sion le dépôt des fortanes. Son premier soin fat de décrier les monnaies en les tourmentant par cinquante irariatlons . consécutives, tandis que son papier seul paraissait invariable, et supérieur à la valeur numéraire qu'il représentait. Séduite par les premiers succès de Law, une multitude crédule acheta des actions de la compagnie, et échangea son or contre le pa^er de la banque. Cet or servit à rembourser les créanciers de l'État, qui, embarraslés de leurs capitaux et pleins d'une folle confiance, les échangèrent contre des actions, dont la valeur augmenta en proportion de la foule des acheteurs. L'aveuglement fut bientôt porté au comble, et on acquit ensuite au prix de dix -huit mille livlres Faction dont la valeur primitive n'était que de cinq cents. La rue Quincampoix acquit alors une honteuse célébrité ; elle était l'ignoble théâtre où se Agiotage, négociaient les actions de la banque. Là s'élevèrent de scandaleuses fortunes et s'anéantirent celles qui semblaient le mieux établies ; là, depuis les caves Jusqu'aux combles, étaient entassés péle-môle des gens de tout sexe, de tout âge, de toute condition^ uniquement occupés à trafiquer de leurs billets et de leurs adions : on s'y transportait en foule des provinces les plus éloignées et des pays étrangers, et la nation tout entière parut transformée en un vaste camp d'agioteurs.
Cette fermentation si scandaleuse eut cependant aussi quelques heureux effets. La réhabilitation de tant de pa- . piers décriés donna un immense mouvement au commerce et à l'industrie ; le nombre des manufactures augmenta des trois cinquièmes; l'agriculture et le trésor s'enrichirent de l'affluence des étrangers et de Taccroissement des con8(»nmations. Tout fqt facile au gouvernement
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aYeel'or do royamne; ta diplomatie, dé la France devint dominante, et sa marine, rédaite m^ère à qnél* qnes valssesuix , et abandonnée au comte de Itfanrepas , âgé de dix-hnit ans , fat remise en état de protéger notre commerce maritime. La régence rattacha les colonies À la métropole, et y joignit l'île de France, convoitée par les Anglais. La fondation delà Nouyelle-Orléans, sur les bords du Mississipi , date de cette époque. D*ntiles travanx toent entrepris en France, tels que plasienrs routes royales d*une magnificence jusque alors inconnue, et le canal de Montargis; enfin, l'université de ^ris donna gra* taitement Tinstruction. Law, dans le temps de sa plus grande faveur, reçut les hommages de toute TËurope : le fils de Jacques IF, connu sous le nom du chevalier de Saint' George, sollicita son amitié ; et Law lui paya, de ses propres deniers, la pension que la France n'acquittait plus. Au commencement de 17â0 Law se vit au faite de sa fortune , et, après avoir abjuré la religion protestante, il fat fait contrôleur général; mais il touchait alors à sa chute. Son erreur principale avait été de regarder le papier ç^ntè du de banque comme l'équivalent parfait de la monnaie mé- ."y*^^*^^* talUque. L'ignorance et la cupidité du gouvernement aggravèrent les fatales conséquences de cette erreur. Law ae fut pas libre de modérer les mouvements de son système : une masse effrayante de Iritlets, hors de toute proportion avec le numéraire de la France , fut fabriquée , et liocée malgré lui dans la circulation : elle montait à plu»sienrs 'milliards, et l'on reconnut bientôt avec effk^i que l'échange contre des valeurs réelles devenait impossible^ l^ prestige excité par les déclarations qui montraient des Briaes d'or dans les champs de la Louisiane et sur les rivages du Mississipi se dissipa en même temps. Law eut
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alors recours^ pour souteuir son système , à des moyens violents, qui achevèrent de le décrier : on défendit aux particuliers d'avoir chez eux plus de cinq cents livres d'argent comptant, de convertir leur or en perles et en dia* mants; et enfin, le 21 mai, parut un édit qui réduisait les actions de la. compagnie à la moitié de leur valeur. Dès lors toute illusion fut détruite : en vain le duc d* Antin , beau-frère du régent, fit révoquer cet édit, la confiance ne put renaître, et Law, arrêté, fut sommé de rendre ses comptes, ce qu'il fit avec une clarté admirable, qui confondit ses ennemis. La direction de la banque et de la compagnie lui fut rendue : Law refusa de reprendre le contrôle, et proposa au régent, comme moyen de &ire renaître la confiance publique, le rappel de son ancien adversaire, le chancelier d' Aguesseau. Il sic rendit lui-même à Fresne, retraite de ce vénérable magistrat, -et sollicita son retour. RaDpeide D*Aguesseau sacrifia son repos à son amour du bien pu- ^8^S^ blic : ce jour fut le plus glorieux de sa noble vie. Mais cet "^' homme illustre n'avait ni les lumières ni la force nécessaires pour conjurer l'orage; et les malheurs se succédaient rapidement. La peste qui éclata en France ferma la plupart des ports à nos vaisseaux , et accabla la compagnie de pertes énormes : le discrédit où celle-ci tomba lui. fut encore plus funeste ; enfin le parlement rejeta, presque sans délibération, les derniers édits qui pouvaient faire espérer la liquidation de la banque. Dubois alors, quoiqu'il fût ennemi de Law, vengea le gouvernement de cette atta- Exu que hardie en faisant exiler le parlement en masse à PoumS!t!^' toise, affront que ce corps savait point subi depuis son établissement*
L'agiotage fut défendu; mais il continua avec fureur sous les sabres et les baïonnettes. Il y eut des scènes de
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violence et de meartre; et une population menaçante se porta au Palais-Royal , dont , à son approche , le régent fit ouvrir les portes. Le théâtre de cet odieux trafic fut transféré de la rue Quincampoix à la place Vendôme , puis dans les jardins de l'hôtel de Soissons. C'est là que le papier perdit la qualité de monnaie, et qu'on acheta , en septembre, pour un marc d'or neuf actions, qui une année auparavant se fussent vendues 160,000 livres en argent. D'avides et adroits calculateurs négocièrent encore sur les ruides des fortunes anciennes et nouvelles, et Ton donna à leur affreux agiotage le nom de Mississipi renversé. Law offrit alors au régent de quitter la France , et de lui abandonner tous ses biens, à la réserve de cinq cent mille écus qu'il avait apportés. Le prince ne le retint pas; et ce célèbre étranger, après s'être vu adoré comme un dieu, disparut-du royaume en fugitif, et alla finir obscurément sa vie dans les jeux de Venise, ne laissant pour toute succession qu'un diamant de 40,000 livres, souvent mis en gage, et quelques tableaux.
Le gouvernement chercha , par une multitude d'édlts violents, à rendre aux billets de la banque une valeur que le crédit seul aurait pu soutenir : tout fut inutile, et en 1721 le gouvernement eut de nouveau recours à l'opéra^n du visa pour constater la véritable dette de râat et les titres de ses créanciers. Elle fut encore confiée aux frères Péris : deux milliards deux cents millions Nouveau de papier furent déposés à leurs bureaux; un tiers fut «721. annulé, et le reste réduit à un taux désavantageux. Les caj^talistes qui s'obstinkent à garder leurs effets en portefeuUle sans les faire viser perdirent la totalité de leurs erétnces : les agioteurs de profession , qui avalent fait d'énormes bénéfices, furent violemment dépouillés de la