I.IVRB n. CH^PITRS II
De la mort de Lonis le Débonnaire à celle de Charles le Gro«.
Après la mort de Louis le Débonnaire, l'empire demeara V^j? plongé dix ans dans une horrible anarchie. Ses trois fils et oiartaîii son petit-fils Pépin II levèrent des troupes et se firent une chàUe, guerre acharnée. L'empereur Lothaire s*unit à son neveu Geïma- Pépin pour dépouiller ses deux frères , Louis , qu'on appela •^• le Germanique , et Charles II , qui depuis fut surnommé le Chauve. Le premier ne possédait que la Bavière ; le second était mattre de toute la Gaule. La déplorable situation de Tempire ainsi morcelé entre différents maîtres et déchiré par leurs mains, a été éloquemment décrite par un poète contemporain : « Qui raconterait dignement , dit-il , « les asiles de la vie religieuse renversés, les saintes épouses
• du Seigneur livrées à Finfamie du joug séculier, les chefs « même de FÉglise exposés aux périls des armes et du car- « nage... Jadis flonssait un noble empire à Téclatant dia«
1 • dème ; il n'y avait qu'un prince, et un grand peuple lui « était soumis.... Maintenant le superbe édifice est tombé de ■ « toute sa hauteur, comme une couronne de fleurs tombe du I " front qu'elle décorait.... L'unité de l'empire a péri dans un I «triple partage : personne n'est plus considéré comme empe- ! • reur : au lieu d'un roi, il n'y a plus qu'un faible prince ; au
• lieu d'un royaume, des lambeaux de royaume. La muraille ^ est menacée d'une ruine immense et soudaine; déjà elle « s*incline toute lézardée, à peine raffermie par une fange « liquide qui va tomber, et l'ébranlement est universel '. »
* Flori diaconi Lugdunensts, quereia de divisione imper H past mortem Ludov, PiL ^
Les armées réanies des deux rois^ Louis et Charles, ren- . contrèrent celles de l'empereur Lothaire et de son neveijf Pépin près d'Auxerre, et se livrèrent une sanglante ba- Bataille taîHe daus les plaines de Fontenay; on dit qu'il périt tenay. ccut mille hommes dans cette journée. Lothaire fut vaincu , et les deux princes vainqueurs , plus faibfes eux-mêmes qu'avant leur victoire , ne purent le poursuivre. Ils se rendirent à Strashourg, où ils renouvelèrent leur alliance en présence du peuple. Le serment que Louis le Germanique prononça dans cette circonstance, de manière à être compris de rarmée neustriennc et gallo-romaine de son frère, est le plus ancien monument que l'histoire nous ait conservé de la langue romane ' .
Traité de ^^ nouvcau partage se fit bientôt après à Verdun entre NoJ^"a* ï^ trois frères, et sépara d'une manière irrévocable l'in- Jêlïm- térêt de la Gaule, comme puissance , de celui de la Gcr- I m7* manie. Charles eut les paj's situés à l'ouest de la Meuse, de la Saôue et du Bhône, avec le nord de l'Espagne jusqu'à l'Èbre. Louis le Germanique eut l'Allemagne jusqu'au Rhin. L'empereur Lothaire , renonçant à toute suprématie, réunit à l'Italie le territoire situé entre les États de ses frères, depuis les bouches de l'Escaut jusqu'à la mer Méditerranée. Ce long territoire, qui comprenait quatre populations, et où étaient parlées quatre langues différentes, formait une division entièrement factice, et de nature à ne pouvoir se perpétuer. Les deux autres divisions furent plus durables, et dès lors on fit usage de la dénomination de France pour désigner le royaume de Charles, où étaient comprises la Neustrie, la Bretagne et l'Aquitaine ».
' Cette langue est formée d'un latin corrompu , mélangé avec l'idiome de quelques-uns des peuples de la Gaule Ttanq^ie. ' Voir, pour le partage décidé par le traité de Verdun, ma €é>5»»'
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Tant de eoromotiMis et àe combats achèyeit d'épuiser I les royaumes formés des débris de l'empire de CharlemagDe. Le peu de forées qui leur reste est eonsomé par les guerres intérieures : les frontières demeurent abandonnées aux étrangers, ks terres restent incultes , la famine mois- '"Jf^/^* sonne des populations entières, et Tancienne barbarie re« ^^^^^ parait. Les Normands au nord, les Sarrasins au sud, ^t'Un mettent tout à feu et à sang ^ à leur suite des bandes de ?i£?' loups descMident des montagnes, et pénètrent jusque dans les villes; Rouen , Bordeaux , Nantes, sont incendiées : les Normands arrivent à Paris sur trois cents barques , et , pendant que la terreur tient Charles enfermé à Saint-Denis, ils pillent la capitale, et ne la quittent que pour y re< paraître bientôt plus nombreux et plus terribles ; ils rava« gent toutes les villes de l'intérieur qu'ils trouvent sans d^àise, égorgent leurs habitants, ou les chassent devant eux comme de vils troupeaux. Au milieu de cet affaisse* ment général de l'empire, le clergé croissait seul en for* tune et en pouvoir : plus les peuples étaient misérables ^ plus ils reportaient tontes leurs pensées vers un autre avenir, et leurs respects vers les hommes auxquels ils reconnaissaient le pouvoir de leur ouvrir un monde meilleur. Le véritable maître de la Gaule était Hincmar, ar- sn/ce de chevéque de Reims. Ce fut lui qui défendit avec le plus ^vl^ de succès l'autorité de Charles le Chauve contre ceux qui lui préféraient Louis le Germanique, son frère; les évé-ques soutenaient les rois qu'ils avaient couronnés; ils gou* vemaient les choses tempoi^elles et les spirituelles, la guerre et la paix; c'était Hincmar qui convoquait, au nom du roi, les évéques et les comtes pour marcher à l'ennemi»
phie historique, carte n« 6 , et ne considérer que les trois divisions marqoéesen rwtçê.
Sa
112 PBBMIÈRB ÉPOQUE.
L'empereur Lothaîre 1*' était mort dans un clottre er oape- 9^^> &près avoir associé, depuis dix ans, son fils Louis 11^ 'S: surnommé le Jeune, à l'empire, et donné des royaumes â ses autres fils, la Provence à Charles, et à Lothairell la contrée circonscrite entre la Meuse , l'Escaut , le Rhin et la . Franche-Comté ; elle fut appelée du nom de son souverain Lotharingia , dont nous avons fait le nom français de Lor^ raine, qui lui est demeuré. Les décrets des conciles , tonchant les deux mariages de Lothaire, occupèrent pendant quinze ans toute la chrétienté. Séparéd'un commun accord ï'Kr* de sa femme Teutberge, et forcé de la reprendre par le tbaire II. ^^^^ Adrien II , Lothaire vint àRome pour se Justifier. Le pontife appela sur lui la vengeance de Dieu s'il ne s'amendait pas : il mourut dans la semaine , et tous ceux de sa suite dans l'année. Les peuples virent dans cet événement le Jugement du ciel contre Lothaire : Louis le Germanique et Charles le Chauve en profitèrent pour se partager ses États.
Loote il: A la mort de l'empereur Louis Ik d i t le Jeune, survenue ctaaove cu 875, Cbarlcs le Chauve, son oncle, s*emparade la cou- ^«j- ronne impériale ; mais cette couronne n'était déjà plus sur sa tète que l'ombre de celle de Chariemagne : le faible souverain perdait en pouvoir réel ce qu'il gagnait en titres, Célèbre et Ics scigncurs achevèrent de ruiner son autorité en lui HéréS!té "'""ûchant à Kersy, en 877, un édît célèbre qui rendit lé- «ba1?c«. 8»^® l'hérédité des bénéfices et des charges. Depuis longtemps les droits de propriété du sol semblaient confondus avec les droits de Juridiction et d'administration possédés par les comtes ou officiers de l'empereur; ces comtes, profitant de l'anarchie générale , ainsi que de l'ignorance et de la mollesse des souverains de la première et de la deuxième race, avaient d'abord, à l'exemple des poss^-
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seors de bénéfices, sa rendre leurs charges irréfocables; pais, ils les avalent, de leur chef , transmises à leurs en* &Qts ; mais aucune loi ne sanctionnait ce droit d*hérédité. Charles le Chauve, en le consacrant par unédit, porta le dernier coup à l'autorité des souverains. Cet acte de son règne lui a été reproché amèrement par la plupart des historiens ; mais en l'accomplissant, il est certain qu'il ne fît que subir la loi des circonstances, et consommer malgré lui un sacrifice que la situation commandait. Ce ne furent plus dès lors les rois qui choisirent les comtes, ce furent les comtes qui disposèrent de la couronne. Le démembrement de Tempire s'acheva rapidement , et un nouvel ordre de choses, le système féodal , fat la conséquence de cet édit, dernier acte important du règne de Charles le Mort de Chauve, qui mourut la même année dans un village du cbmmi^ mont Cenis.
Les derniers descendants de Charlemagne se montrèrent la plupart , en faiblesse et en nullité , les émules des derniers Mérovingiens. Louis II, dit le Bègue' ^ fils et successeur de Charles le Chauve dans l'Italie et dans la Gaule, perd successivement , par des révoltes^ Tltalie, ia Bretagne , la Lorraine et la Gascogne : il reconnaît qu'il ne doit son titre qu'à l'élection des seigneurs, desLooisn, évéques et du peuple ; il permet aux gra^ids de fortifier n^mè leurs demeures, et sous son règne de deux ans, on voit le ^ §7^^' pape Jean VIII, chassé d'Italie) passer eu France et administrer le royaume.
Louis le Bègue laissa trois fils, Louis, Carloman et^"^"'*
' Il ne fant pas confondre Louis II, dit le Bègue, roi de France, fils de Charles le Cliauve, avec l'empereur Louis II, dit le Jeune, et fils de
Lotbaire.
n4 " PREMIÈRE EPOQUE.
et Carlo- Charles. L^s deux premiers furent reconnus rois en 879;
inan. '
cStritB *'*^"®> Louis m , régna sur le nord , et Carloman sur le *e£j^' ^^^^' — Ces deux princes vécurent en bonne intelligence; ^^: mais sous leur règne les Normands firent en France d*af- Boson freux ravages. A la même époque, le duc Boson, beau- 'royliamc père de ChaHcs le Chauve, s'empara de la Provence, nom- \cnc/ou mée aussi Bourgogne cisjurane% dont il se fit proclamer ^fSane''" *'^* P®^ ^^^ assemblée d*évêques. ]
Louis et Carloman moururent tous deux fort jeunes, le premier en 882, dans une expédition contre les Normands,' le second en 884, dans ufie partie de chasse. Ils ne laissèrent point d'enfants; mais ils avaient un jeune frère nommé Charles, fils posthume de Louis le Bègue, et né d'un second mariage. La couronne revenait, par droit héréditaire, à cet enfant, âgé de cinq ans seulement à la mort de ses frères. Sa grande jeunesse le fit écarter du trône par les seigneurs, qui élurent à sa place pour roi ^VSt' l'empereur Charles le Gros, fils de Louis le Germanique. luElTe ^® P"°ce, par la mort de ses deux frères et des trois fils oîSîe^à <JeLothaire, ses cousins, avait hérité de TAllemagne et if à ca"- <*e l'Italie; il y joignit la Gaule, et Terapire de Charleraa-
gne se trouva un moment rétabli sous sa main ; mais cette main était indigne. Charles le Gros ne fut empereur et roi que de nom , et n'est connu que par l'éclat que la couronne de Charlemagne prête à son imbécillité, à sa lâcheté, à ses malheurs. Le^ Normands le bravent , et poursiége de sulvcnt SOUS SCS vcux Icurs incursions audacieuses. Paris
Pan» par " , .
îîiwte ' soutient contre eux uu siège mémorable, où se distinguem
■" Eudes et Robert son frère, fils d'un comte d'Anjou nommé
Robert le Fort, tué vingt ans auparavant en combattant
* Voyez ci-api es, page 116.
I i^iYmB n. CHAPITRE m. 115
I les Tnémes ennemis. Leur Talearet lèshén^iqHeB efforts de 1 l'évêqne de Paris GoEfîu assnreiit le salut de la ville, tandis ' que Charles le Gros, à la tète d'une armée rassemblée pour sauver son peuple, compose en lâche avec les étrangers , et leur abandonac le pUlage des plus riches provinces* Un cri dMndîgnation s'élève de toutes parts coatre lui ; néposia est déposé à la diète de Tribur en 888, et meurt la même ™ort^j année dans Tindigence, abandonné de tous les siens '. ^«Sïf •