CHAPITRE lïl
De la mort de Charles le Gros jusqu'à Texpulsion de la dynastie carlovingienne.
La Gaule partagée entre la race de Charlemagne et celle de Kobert le Fort, jusqu'à ravénement de Louis IV.
Le partage définitif qui acheva sans retour le démem- Dernier brement de l'empire eut Keu à la mort de Charles le Gros, bremcït L'Italie devint un royaume à part : tout le pays compris g'^^f*. entre les monts Faucilles, les sources du Rhin et les Alpes "««k"*^* Penniaes, forma , sous le nom de Bourgogne supérieure ou transjarane, un nouveau royaume , dont Eod<riphe
' Les historiens n'ont pas compté Fempereiir Cbarles le Gros dans la liste des soHvenûns du nom de Charles ^ui ont régné dans la Gaule, parce 4)n'ils ont regardé son règne comme une «sarpation. A leurs yeox, le roi légitime était le jeune Charles, fils de Louis le fiègue, qui fut élu plus tard.
Welf fat le fondateur. Déjà Boson, beau-frère de Charles t Chauve, avait pris le titre de roi de Provence ou de Bour« gognecisjurane : ce royaume avait pour limites le Jura, les Alpes, la Méditerranée, la Saône et les Cévennes*. La Lotharingie ou Lorraine fut resserrée entre les monts Faucilles, TËscaut, le Rhin et la mer du Nord ; l'AquiJ taine s'étendit de la Loire aux Pyrénées, et la majeurej partie du territoire renfermé entre ces divers États et la; Bretagne conserva depuis le iiom de France. Vers le même temps , les comtes de Yermandois étendaient leur pouvoir au nord, tandis que les puissantes maisons de Poitiers et de Toulouse s'élevaient dans l'Aquitaine, et opposaient une barrière aux incursions des Sarrasins. C'est de ce dernier démembrement de l'empire des Francs que date l'existence historique de la nation française. A la déposition de Charles le Gros, le Jeune Charles, troisième fils de Louis le Bègue, n'avait encore que huit ans : son
JJ>* £ge fut une seconde fois pour lui une cause d'exclusîOD;
''liS'£' et les seigneurs, alarmés d'une nouvelle invasion des Normands, lui préférèrent le comte Eudes , fils de Robert le Fort, non pour déserter la cause de Charles, dit un historien contemporain, mais par impatience de marcher à l'ennemi \ Eudes était déjà célèbre par la défense de Paris contre les Normand? ; il fut élu roi en 888. Le règne d'Eudes commença une longue série de guerres
* Les royaumes de Bourgogne f ransjnrane et de Bourgogne cisjarane étaient, l'un et l'autre, entièrement distincts de la partie de l'ancienne Burgondie ou Bourgogne, située entre la Saône et la Loire, et qui reçut et conserva le nom de duché de Bourgogne. En TaDoée 933, ces deux royaumes furent réunis en un seul, qui prit le nom de royaume d'Arles, y oxv m9i Géographie historique ^ page 31, et les cartes 6 et 7.
' Richer, Histoire de son temps, liv. I*^
Botertle Fort.
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eiviles , terminée après an siècle par l'exclusion défiDltiire de la race carlovingienne. Ce prince eut toujours les armes à la main, soit contre les seigneurs de l'Aquitaine qui entreprirent de se rendre indépendants , soit contre Charles, son Jeune compétiteur dépossédé, soutenu par le roi de Germanie Arnolphe. Eudes lui céda enfin quelques provinces; et il l'aurait reconnu pour son successeur, lorsqu'il mournt en 888. Charles III fut alors proclamé roi de Mort4« France ; il est connu sous le nom de Charles le Simple ' ; et ^g^ i histoire, qui se tait sur la plupart des événements de son i^^lS^ règne de vingt-cinq années, nous a transmis avec son sur- ,oeoède. uom le souvenir de son incapacité. L*acte le plus célèbre "^ de ce règne est la cession faite par Charles, en 9 1 2, du territoire^ qui fut depuis appelé Normandie , à un redoutable chef des Normands, déshérité par son père et banni de {[Sî'J, la Norwége, son pays. Ce chef, qui désolait auparavant la ^^ ** Gaule par de perpétuelles invasions, est célèbre dans Thistoire sous le nom de Rollon et fut le premier duc de Normandie. Il^endit hommage au roi , se convertit au christianisme, et divisa son vaste territoire en fiefs. Soumis par lui à des lois sévères, ses guerriers devinrent les pères d^un grand peuple qui fut le plus ferme boulevard de la France contre les invasions des peuples du Nord.
De nombreuses révoltes troublèrent la fin de ce règne. Oq vit , pendant soixante ans, les Français partagés entre deux familles de souverains, celle de Charlemagne et celle du roi Eudes. Les grands reprochaient à Charles d*accorder toute sa faveur à son ministre Haganon, qu'il
' Les rois carioviDgtens , da nom de Ciiarles , sont comptés comme il suit : Charles 1**^ ou Charlemagne , Ciiarles II ou le Cliauve, fils de Louis le Débonnaire, Charles III ou te Simple , fils posthume de Louis
Icfi^^oe.
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avait tiré d*UQ rang (^cur pour relever au-dessas d'eux et qui poussait parfcns l'insolence jusqu'à ôter famiiièrei ment le eluipeau de la tête du roi pour s'en couvrir. L( chef des mécontents était le fière du roi Eudes , le du< Robert 2 qui se repentait de Qu'avoir point disputé la suc^ cession de son frère à Charles le Simple. Ce prince form^ une ligue contre Haganon , puis déclare au roi qu'il n^ souffrira point qu'un indigne favori soit préféré aux BévoKc grands du royaume , et que sfi Charles ne le fait pas ren^ trer dans sa condition première, lui-niéme le fera pendre
sans miséricorde. Le roi méprise cette menace ; Robert alors coiicerte avec les grands de Neustrie sa déchéance, et s'assure de l'adhésion du roi de Germanie Henri TOiaeleur : puis, marchant à Soissons avec une troupe de conjurés, il pénètre dans les appartements du prince et le retient prisonnier. A cette nouvelle, l'archevêque de Reims, Bervé, fidèle à la cause de Charles, arme ses vassaux, entre à leur tête dans Soissons, force les portes du palais, arrive jusqu'au roi , disperse ses gardiens, eliiprenant la main du malheureux prince : «Viens, mon roi, lui dit-il, et « commande à tes serviteurs. » Il l'entraîne aussitôt et le conduit à Reims. Charles le Simple, ainsi délivré par Tarchevêque, se retire au fond de la Gaule Belgique ', et fixe chSlnce ^ i'ésidcnce dans la ville de Tongres; mais son règne était Chartes ^"^ ^ déchéaucc fut prononcée, et Robert, élu roi par les ïiecSSn * grands dans l'assemblée tenue à Soissons en 922 , est cou- Robert, ronné à Reims. Charles appelle à lui ses fidèles , il inté- ***■ resse les Belges ou Lorrains à son malheur; à la tête de deux mille soldats, il marche au-devant de son rival, et son armée rencmitre celle de Robert près de l'ancienne
• On noromaîf encore aînsi, an dixième siècle, la phis grande («rtic du royaume de Lorraine.
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résidence royale d'Attigoy, en Champagne. Là se livre une sanglante bataille, dans laquelle le roi Robert fut {g{^ tué en combattant. Charles était en fuite loi'squ'il apprit la mort de Robert; il ne sut point profiter de cette circonstance pour raffermir la couronne sur sa tête, et n'osant se fier aux Neustriens, il reprit avec son armée le cliemin de la Gaule Belgique.
La succession de Robert , duc de France, fut recueillie par son fils , le célèbre Hugues le Grand ou le Blanc , qui fit des rois et ne .voulut pas l'être lui-même. Ce puissant seigneur fit confirmer la déchéance de Charles le Simple , et décerna la couronne à son propre beau-frère Raoul ou Rodolphe, fils de Richard, duc de Bourgogne, qui accepta le trône malgré lui. Charles le Simple fut alors attiré dans ^'^ie*** un piège par Herbert, comte de Yermandois, qui se saisit lisSipie. de lui et le retint prisonnier à Péronne. *"*
Raoul, élu en 933, régna onze ans: il eut à lutter Recède contre les Normands, qu'il repoussa, et contie le perfide "iodoî" Herbert, qui , maître de la personne du roi Charles , vou- doï*dc lait dominer le roi Raoul, et ne mettait aucune limite à «ne. ses e^Ligences. U demanda le comté de Laon, et, ne l'ayant pas obtenu, il remit Charles en liberté f mais bientôt après il rechercha de nouveau la faveur de Hugues le Grand , qui avait couronné Raoul, et, se réconciliant avec celuici, il emprisonna une seconde fois le malheureux Charles. Raoul, cependant, mû par un sentiment d'équité, dit le chroniqueur ' , ou par la compassion , vint visiter le roi captif, et le pria de lui pardonner. Il ne résigna point dausses mains le pouvoir suprême dont il était revêtu, mais il lui rendit, avec la liberté, les résidences royales de Ponthion et d'Attigny. Charles le Simple languit
* Kicher, Histoire d$ son temps.
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Mort de quelque temps, et mourut en 929^ accablé par le chagriu lASinpie. et par les maladies.
Raoul régna encore sept années , et la (in de son règne fut troublée par une guerre sanglante que soutînt le doc de France, Hugues le Blanc, contre le comte de Vermandois et le duc de Lorraine. Le roi de France, suzerain de Hugues, et celui de Germanie, Henri TOiseleur, suzerain du duc de Lorraine, furent entraînés dans cette guerre, et y parurent plutôt comme auxiliaires de leurs vassaux que comme souverains. *
La Germanie et la Gaule étaient en proie à d'affreuses lOTasion calamités ; Tinvasion étrangère ajouta ses fléaux à ceux Hooffrôifl. des dissensions intestines , et les Hongrois ravagèrent la Germanie. Vaincues en 933 par Henri TOiseleur dans Ja célèbre Journée de Mersburg, leurs hordes farouches revinrent deux ans après, traversèrent TÂIIemagne, et pénétrèrent Jusqu'en Bourgogne. Le roi Raoul marcha à leur rencontre; au bruit de son approche, les Hongrois évacuèrent la Bourgogne et se replièrent sur l'Italie. Raoul fiiortde mourut l'anuéc suivante. Il ne laissa point d'enfants pour «!?' lui succéder au trône, dont aucun membre de sa famille n'hérita. Son duché de Bourgogne , véritable siège de sa puissance, ne passa point tout entier à ses héritiers naturels; Hugues le Noir , son frère, n'en obtint qu'une partie; Hugues le Grand, comte de Paris, profita d*une guerre civile pour en saisir la meilleure part. Ce puissant seigneur, fils du roi Robert, neveu du roi Eudes et beaufrère du dernier roi Raoul, gouvernait, comme duc de Neustrie et de France , tous les pays situés entre la Normandie et la Bretagne à l'ouest, la Loire au sud, la Meuse au nord. H devait le nom de Grand plus à la vaste étendue de ses États qu'à son mérite personnel , et il surpassait si