‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 23 sur 103 · X.IVRE II, CHAPITHB lil · texte numérisé non relu

X.IVRE II, CHAPITHB lil

grand caractère d'unité; ces idées d'unité, de concentration du pouvoir, furent le rêve et le but des efforts de ceux qai lui succédèrent^ soit au trône impérial , soit à la tête des États entre lesquels Tempire se fractionna; mais ces prétentions superiies n'étaient plus soutenables dans la Gaule à la fin du dixième siècle ; elles étaient opposées aux tendances de Tépoque, et contrastaient singulièrement avec la faiblesse de ceux qu'écrasait leur titre de roi. Une révolution sourde, d'où sortit la féodalité, s'était lentement accomplie^ une autre société s'était formée , et toute société nouvelle ne peut vivre et prospérer qa'autant qu'elle a pour chef un représentant des principes qui l'ont constituée. Hugues Gapet , le plus puissant des seigneurs féodaux , était en France le représentant naturel du non* vel ordre social basé sur la féodalité; c'est pour cela surtout qu'il fut élu roi.

Le dixième siècle est une des époques les plus obscures La came et les plus désastreuses de notre histoire : tout faiblit à la ^^^ fois, le zèle pieux et les vertus du clergé, l'autorité des lois, l'indépendance des habitants des villes. Les Sarrasins, les Germains , les Normands , désolent les campagnes et incendient les cités; celles-ci ne sont plus le siège du gouvernement ou des administrations subordonnées, et la résidence des riches. Les châteaux forts offrent seuls un refuge contre les invasions étrangères et les guerres civiles ; c'est là que se retirent tous ceux qui jouissent de quelque autorité, là que s'assemblent les plaids et que se rend la justice. Le commerce disparait, et avec lui la classe bourgeoise et industrieuse: aux hommes indépendants, aux riches propriétaires, aux chefs des manufactures, succède, dans la plupart des villes, une populace tremblante

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et asservie : le commerçant n'a plus de résidence fixe; il voyage de manoirs en manoirs, portant sur lui sa pacotille, et cachant avec effroi son bénéfice. Autour de cliaqae château, on voit s'élever de misérables cabanes habitées par des serfs qui exercent pour le compte du seigneur des professions mécaniques, ou qui cultivent ses domaines; le peuple presque tout entier est serf, à la merci des grands, et victime de chaque commotion politique. La misère affreuse et la désolation générale semblèrent alors justifier la croyance populaire que la fin du monde était proche, et qu'elle arriverait en Fan 1000. Cependant , au moment de cette décadence, et lorsque l'ancien ordre social périssait, un autre s'étevait sur ses ruines, fondé par le petit nombre de ceux qui, à couvert dans leurs forteresses, étaient de* meures libres et puissants. Ce nouvel ordre de choses, qui reçut le nom de féodalité y avait , depuis un siècle, Jeté de profondes racines, et, malgré ses immenses abus^ il prévint la dissolution complète de tout lien social , et le retour de la barbarie des temps reculés.

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