‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 22 sur 103 · UTRS II. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

UTRS II. CHAPITRE III

«je place en vous mon espoir, ma volonté, ma fortune >. » Le roi parut ainsi lui-même mettre sa couronne aux pieds de son vassal. Cependant, Thistorien qui nous a conservé ces paroles ajoute que le duc se laissa entraîner malgré lui par le roi à une guerre ouverte contre l'ar- .j^égé ehevêqae de Beims Adalberon, à qui le roi imputait, uraïv entre autres torts, celui d'avoir facilité la dernière invasion ^<Spe!f* du roi de Germanie Othon II , du vivant de Lothaire, et d'avoir assuré son salut et celui de Tarmée germanique, en l'assistant dans sa retraite. Le roi et Hugues Gapet mirent donc le siège devant Reims , et menacèrent des âer« nières rigueurs la ville et Tévéque, si celui-ci ne consentait à se purger publiquement des accusations dont il était l'objet. Le métropolitain promit de se justifier et de comparaître à un jour qu'il détermina; il donna des otages, et le siège fut levé.

Un autre prélat, du nom d'Adalberon, évéque de Laon, fut, comme celui de Reims, en butte aux persécutions sous ce règne : apcusé par la clameur publique d'adultère avee la reine Emma , veuve de Lotbaire, Il fut chassé de son siège; la reine partagea sa disgrâce; l'un et l'autre se dérobèrent à leurs ennemis par la fuite; mais ils tom- calu^ll bèrent dans les mains de Charles , frère de Lothaire , duc reine de la basse Lorraine , et il les retint dans ses prisons. Hugues Gapet, cependant, agissait en secret auprès de ses parents de la famille qui régnait en Germanie ; il res- "oipef serrait les liens qui l'attachaient aux Othons, et assurait %on

^ ' alliance

d'avance à ses vues ambitieuses l'adhésion de l'impératrice ajjc^»j

Théophanie , tutrice du jeune Othon III. «^Î^Sî!;

La crise approchait du terme. Le roi Louis V fit à Sen- ^^^"^

* Richer, liv. IV, c. II.

134 PRBMIBRB ÉPOQUB.

lis une chate dont les suites devinrent mortelles , et, nne année seulement après la mort de son père, le 22 mai 98 7, Louise, il expira, et fut enseveli à Compiègne. ^' Les grands du royaume , après avoir assisté aux funérailles du roi, se réunirent en conseil pour lui élire un successeur. Louis était mort sans enfants; mais son oncle Cliarles , due de la basse Lorraine, était son plus proche héritier, et il rappela son droit à la couronne. Il avait Hugues Capet pour concurrent, et il s'était fait un dangereux ennemi du métropolitain , de ce même archevêque Adalberon, qui, en butte à la colère du feu roi, avait promis de se justifier en public des crimes qui lui étaient imputés. melie Adalberon parut dans l'assemblée de Compiègne« Personne piègnê. ne s'étant présenté pour soutenir l'accusation, i'archevéqne fut absous et admis à délibérer sur les affaires de l'État. Prenant place alors avec le duc au milieu des grands, il opina pour que l'élection fût différée de quelques jours, et biél^ê ^t convoquer une assemblée générale à Senlis. Là, le éiêctton 2 juin, Adalberon rappela que le trône n'était point héréron^n.^' ditalrc; il soutint que Charles y avait perdu ses drdtspar Hugues ses fautes, par ses vices, et aussi par l'hommage qu'il rendait; comme duc de Lorraine, à un prince étranger'.

^ Si CharieB eût été très-puissant par lui-même, le dernier reproche que lui adressa l'archevêque eût été sans valeur, surtout dans la bouche d*un ennemi , la pratique constante des seigneurs de cette époque étant déposséder simultanément des fiefs sous plusieurs suzerains. Mais Charles n'avait aucune force personnelle ; le domaine direct dont il héritait de son frère ne consistait qu'en quelques villes; il tirait toute sa force de son fief, et, comme duc de la bosse Lorraine, il était dans l'entière dépendance de son suzerain, le roi de Germanie; dès lors il y avait lieu de craindre que la couronne germanique ne pesât d'un poids trop lourd dans les destinées de la France. Charles, d'ailleurs, s'était fait du tort aux yeux des grands

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A ce tableaa^ il opposa eéhii des qnsfités et de la initasaDee de Bagnes , et conciot en disant : « Si vous voiïlec le mal- K henr deI*État, faites Charles souverain; si vous entendez « rendre l'État henreux et florissant, couronnez Hngtaes , « l'iDostre doc. » Hugues fut porté au trône d'une voix unanime, couronné à Noyon, le 1^' juin 987, par Adalberon et reconnu roi par les différents peuples de la Gaule.

La chute des Carlovingiens ne fut pas, comme on l'a dft, considéle résultat d'une opposition populaire à leur dynastie oa- «nr la poussée par le sentiment national comme étant fondéepar {f^^SSo' la conquête. Cette opinion , erreur d'un illustre historien, ^ «fiT^ et qui a été soutenue avec toute la puissance du talent, meot'de n'est point confirmée par les témoignages contemporains. c?pe?^u S'il est vrai de dire que Charles Martel pénétra dans la France occidentale à la tète de nouvelles bandes germaniques , il faut reconnaître aussi qu'il y trouva nn peuple déjà à moitié germain par son gouvernement^ pnr ses lois, et par une conquête antérieure de plus de deux siècles. Les monuments de l'époque attestent que les desoen- Réraudants des Gaulois et des Germains ne faisaient plus, au ropfmon dixième siècle, qu'un peuple dans la partie septentrionale m. Aude l'ancienne Gaule^ et que le respect traditionnel du sang Thierry. de Charlemagne avait survécu à l'unité de son empire. Bans la décomposition de celuinn, en l'absence de toute

dn royaome , en rendant hommage pour son duché an roi de Germa- Die dans le temps même où la suzeraineté de ce fief était revendiquée par le roi Lothaîre. Ces raisons forent au nombre de celtes qui portèrent les grands à préférer pour roi Hugues à Cliarles , et il n'y a rien à en conclure à l'appai d'une prétendue opposition nationale à une dynastie d'origine germanique.

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idée générale, et lorsqae la société se fractionnait de toutes parts, il était naturel que le roi fût en lutte avec ses plus puissants sujets, et que les peuples soutinssent leurs seigneurs directs contre tous^ fût-ce même contre le roi. Le même fait s'est reproduit en d'autres contrées, et pour le comprendre , il n*est pas nécessaire de l'établir sur la baine héréditaire de deux races. On a cru voir et Ton a signalé une double cause de répulsion pour les Carlovingiens, et de sympathie populaire pour les descendants de Eobert le Fort, dans l'origine germanique des premiers et dans l'appui qu'ils demandaient quelquefois à un souverain étranger, au roi de Germanie, homme de leur race et de leur sang. Mais déjà depuis longtemps, à l'époque de Ta- Yénement de la troisième race , la famille des Carlovinglens avait disparu du trône impérial et de celui de Germanie ' : on sait d'ailleurs maintenant que la famille de . Eobert le Fort était germanique, aussi bien que, celle de Charlemagne , et si les rois carlovingiens de la Gaule eurent pour alliés en diverses occasions les rois de la Germanie, ils trouvèrent d'autres fois en eux leurs plus redoutables adversaires : on vit enfin , dans les derniers temps surtout, le duc de France et le roi, son suzerain, rechercher avec autant d'ardeur, l'un contre l'autre, l'appui de la couronne germanique, cawes La véritable explication de l'avènement de la seconde l&^érh ^^^^ ^^ ^^^^ ^^ situation même de la société, qui prenait hSSum ^^^ ^^*^® forme , qui s'asseyait sur des bases nouvelles, ^trôie.*" Charlemagne avait tenté d'imprimer à la monarchie un

* Le dernier CarloTingien, empereur et roi de Germanie, fut Louis lY, dit r£nfant, qui mourut en 91 1 , et à qui succéda Conrad r de la maison de Franconie, puis Henri l'Oiseleur, fils d'Othon, duc de Saxe et tige de cette maison.

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