‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 38 sur 103 · I.IYRS I. CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

I.IYRS I. CHAPITRE TI

mais on ne les voyait qu'à la cour des princes on dans les haintations des grands : aussitôt qa*en partie, par l'effet des croisades, les villes furent devenues des centres d'activité libre, de commerce et de richesses, ce luxe s'étendit de toutes parts. La manière de se vêtir, de se meubler, de se nourrir, devint différente, et l'aisance augmenta chez les nobles et les bourgeois. Parmi les principales conquêtes deTindostrie dues aux croisades, il faut compter l'art de tisser la soie et les perfectionnements de la teinture, ainsi que la découverte de la canne à sucre, et l'art d'en extraire cette substance précieuse : le safran et l'indigo furent aussi à cette époque transportés en Europe.

La dernière et la plus nombreuse classe de la nation fut celle qui retira le moins d'avantages de ces expéditions : v cependant les malheureux serfs ne furent pas totalement étrangers à leurs résultats. Les papes décidèrent qu'on ne pourrait empêcher aucun chrétien, dans quelque condition qa'il fut né, de prendre la croix et de partir pour la terre sainte: c'était briser d'un seul coup les liens qui attachaient les serfs à la glèbe , à la terre de leur seigneur; c'était les admettre à une espèce de fraternité d'armes, et accroître à leurs yeux le sentiment consolateur de leur dignité individuelle comme membres de la famîlle humaine. Mais quoique ces paysans, dévenus soldats de l'Eglise, eussent acquis leur affranchissement, ii n'en put résulter l'établissement d'une classe de paysans libres. De cette multitude d'hommes qui partirent pour la Palestine, un petit nombre seulement revîi:ent leur patrie; la plupart périrent de misère, de fatigues et d'excès, ou furent moissonnés par le cimeterre dés musulmans.

Plusieurs sciences sont redevables aux croisades de scicnew. grands progrès , entre autres, l'art militaire, la naviga-

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Uon , rhistoire et la géographie. L'aspect de tant de «mtrées différentes, Tobseryation de mœurs nouvelles et ai variées, la comparaison d'une multitude d'usagesi étendirent les idées des peuples, et déracinèrent un grand nombre d'erreurs et de préjugés. Cependant la plupart des améliorations dont les croisades furent la cause ne se mar nifestèrent que très-lentement, quelques-unes même ne portèrent tous leurs fruits que longtemps après que l'Europe eut renoncé à ces expéditions religieuses : cellespci furent accompagnées et suivies d'un grand nombre de calamités, et il faut reconnaître l'un de leurs effets les plus funestes dans le caractère de fanatisme et de cruauté qu'elles parurent avoir communiqué au christianisme, caractère directement opposé à celui de son divin fondateur. Les peuples chrétiens, depuis longtemps, il est vrai, regardaient comme maudits de Dieu tous ceux qui ne partageaient pas leur foi : les croisades fortifièrent eette fatale tendance des esprits, et la superstition poursuivit bientôt les peuples réputés hérétiques avec autant de fureur que les musulmans et les julfe. L'extermination des Albigeois signala ces dispositions cruelles, et ouvrit le champ à une longue série de guerres atroces. La foiiblesse des progrès du < christianisme en Orient, et plusieurs désastres des chrétiens dans la Palestine , doivent être en grande partie attribués aux barbaries des croisés, qui se croyaient tout permis envers les Infidèles , et qui ne pensaient pas être tenus à garder avec eux leur parole. Ils oubliaient que .la meilleure preuve que les hommes puissent donner de la supériorité de leur civilisation , et de la sainteté de leur culte, est le respect qu'ils montrent pour la vertu et pour la vérité*

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