CHAPITRE II
ATénement des Valois. K^e de Philippe YI '.
Avec le nouveau règne commença une longue série de guerres désastreuses entre l'Angleterre et la France. Lorsque les calamités qu'elles enfantèrent eurent transformé aux yeux des deux nations les rivalités particulières de
' Les six pairs ecclésiastiques adjoints aux six pairs laïques déjà coonas, étaient les archeyêqaes de Reims et de Sens, les évoques de Noyon, de Beauyais, de CbAlons et de Langres.
'Pour les règnes de Philippe VI, Jean^ Charles V, Charles VI et Charles vn , et la guerre de cent ans contre l'ilngleterre , Toyez ma ^. hUt. de la Fremee, p. 48-53, cartes n"" 9, 10, U et 12.
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]«ar8 ir(ris'eii rivalités notionifles, lés fVançste «t les Anglais se persuadèrent ^'ils^Maient ennemis naturels, et ce pr^gé subsista , pour le malheur de rhumaniléyiieBdant einq sièeles. Cependant ia guerre n'éctitta entre eux au qnatorzfèmesièeie» comme dans les sièdespréeédents, qne ^ans rîvtérêt de leurs souverains, qui tous deux élevèrent des prétentions rivales à la succession de CSiarles rv.
leaniK d'Évreux, veuve deee monarque, aecondba d'une-fllte ; et, d'après la volonté du fe«roi , le parlement fut app^é à décider entre les candidats antr6ne. Les deux ATéoe- principaux étaient le régent Pliiiippe de Yalois , consîn Valois.^ germain de Cfararles IV, et Edouard 111, poi d'Angleterre, ^ "fils dlsabelle, sœur des trois derniers rois de France. ii'inlerprétation déjà deux fois donnée à la loi sallcpie reçut a1oi*s une troisième et dernière sanction : les fenunes furent déclarées privées de tout droit à la couronne, que le parlement adjugea solennellement à Philippe de Valois. Cette décision fut dès lors reconnue pour loi fondamentale de l'État. Les idées de légalité commençaient à percer dans l'espHt des uaitions, et le droit était invoqué à Tappuî de la force : cependant aucune constitution n'avait fixé les droits d'hérédité à la couronne ; et Philippe, en qualité de régent, avait exercé une si grandi^ inflnenoe sur ks jurisconsultes, eréatuves des roifi et flatteurs diiposvDir, qn'en invoquant lui-même la loi, Edouard ne voolitt point re- ^eonnaltre rautorité des légisteftehargéscte l'interpréter, et il appela de leur arrêt à son épée. Mais plusieurs années sTécDUlèrent avant qu'il déclarât la guerre à Philippe de Talois ; il lui rendit même d'abord hommage pour les fie6 qu'il possédait en France.
Philippe, comte d*£vreux, mari de Jeanne, fiHe de Louis X, était le troisièneeandidat au trôive; il obtkftdu
Li¥ftB ;ir. ^MMmûÊÊm ti. 247
foi le niyalinie'âe fhmn^ auqvtl w isimie avait éw dnrftB léglltnes par saa aienle ,* et qni'flit atani'détaehé de ^^^^ la eDorcmiie de Fraaoa. Mais adleHei , par l'avènement de v^^„ FlilHppe de Valels , conquit le comté de Valois, le Maine j^avîm; €trikfli4<ia t -on demlèrcB provinces armieot été cédées par aeqlifert la premiâre 'maison d'^Jon à la raidson de Valois sons !ê Maiol' PWHppeîV. %^'
PiMpçié VI«Lvait trenlCHiix ans 1orsqa*ea 1S38il Ait reoonno roi. O prinee était iMrofie, violent, vindicatif «t cm^ : JMrfle dans tons les exercices dn corps, il ignorait les premières notions dei^art mfHtatre et-de l'adminjÉtraHoQ financière': Tart de régner consistait poor Ini à tn^frer de la terrenr per 4es flnppReeset de radmiration-par'le fasteetia magnificence. Les premiers actes de son règne fnreift Taltération des monnaies et Tarrét de jaaort de Pierre Remy, trésorier des finanoes sons le 'règne préoéABttt. Pbiiii^pe VI Taccusa de concossion ; Remjfot écarteié, et le roi s'appropria ses riches dépouilles, ftendôt il mardia en Flaindre an seconrs du féroce comte Loais, tesjonrstn ^erre avec ses sojets ; et la sanglante baiaiNe Bataiiie de £anA , où treiae mille Flamands furent égorgés^ rendit cat^L
au eowts ses États: la mort et les tortwes de dix miHe dtoyenasigaaléiwtiKm retonrdansceM» ville, qui ittrédnf|e«i*cendfés.
Llssoe d^nn procès 'scandaleux -fit éclater les premiers préiimigenms 4e discorde entre Edouard ITI et Piiitippe Vf. fa'' guerre JMxiÈt ftArtxÂê, beau->frère de Philippe, avait en vain an| entre snbarnédes témoins pour dhtenir du roi et du parlement ,jyj|lE. qoennoomté d'Artois , adjugé à sa tante Mahaut , Ini fM tniH^sa.' rendo. Aveuglé par sa fureur, après avoir inutilement empleyfi des assassins, fi eut vecours aux démons ; <ft le nd^-reiuj^^les ereyonces superstifteuses de cette époque.
248 DBmrànx cfoqvb.
a^^t avec épMvaateqa'il éMti^uAqvt^wmfOè^env&uUé par son beau-frère. Oa croyait alors qu'en faisant bap* tiser par mi prêtre une petite image decire à l'efftgieé'ttne personne, et en ta perçant d'une aiguille à i'endrott du cœur, la personne qu'elle représentât ressentait la blés* sure et mourait aus^tôt. Les démons étaient évoqués dans cette opération magique, qui s'appelait faire n» vouU contre quelqu'un , ou VenixnUter. Le roi n'était pas j^as exempt que son peuple de l^effroi qu'inspirait eelle croyance absurde : Robert , poursuivi par sa vengeanee, trouva un asile auprès d'Edouard, et ne cessa de l'exciter à la guerre. Des alliés plus puissants appelaient alors ce monarque sur le continent : les cruautés du ccMnte de Flandre avaient de nouveau soulevé ses siy'ets; Gand, la plus riche et la plus populeuse ville des Pays-Bas, s'était révoltée, et obéissait au célèbre brasseur Jacquemart Artevelt, qui fat l'âme d'une nouvelle ligue flamande ecmtre te c^nte Louis et la France. Ayant besoin de l'appui de l'Ai^leterre^ Artevelt reconnaît Ëdouai'd , au nom de la Flmidre, pour roi de France. Vers le même temps, l'enipereur Louis IV de Bavière, irrité contre Philippe, qui lui avait refusé hommage pour les fieft qui retevaieDt de rEmpire, sur la rive gauche du Rhin, déclara solenaeUement, dans la diète de Goblentz , tenue en 1 S36 , Philippe déchu de toute protection de l'Empire, Jusqu'à ce qull eiiit rendu son héritage maternel à Edouard, et nonuBiaeehiici son vicaire pour toutes les terres de la rive gauche^ da JElhîtt relevant de la couronne impériale. Cependant, le chevaleresque roi Jean de Bohême^ allié de Philippe et chargé de ses trésors, séduisit les princes allemanda et l'empereur lui-même, et obtint leur neutralité dan^ la terrible lutte qui allait s'engager entre k» rois de France
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et d'AAgtetem : il ptrvliil mmi à iUre eioommiinier l«s Flamands yar te pape Benoit Xil , que Philippe soumettait à ses volontés en le menaçant da destin de BoniCetee YlII. Edouard pr^d alors le titre de roi de France ; il des- J^ cend ai Flandre à la tète d'nne armée, et confirme tous ^^* les privilèges des Flamands. Philippe soutient contre lui» avec des forces supérieures, une guerre défensive, se refusant a engager aucune action générale. Les Anglais surprirent néanmoins la flotte française enfermée dans Que anse étroite près l'Écluse ; ils lui Uvrèrent bataille , et remportèrent une victoire complète : la France perdit ^"^^i^^ quatre-vingt-dix vaisseaux et plus de trente mille guer- ' ImS!^' riers. Cette journée fut suivie d'un armistice entre les deux
QAtiODS.
Une guerre sanglante et fatale à la France éclata l'an- ^^S' née soi vante en Bretagne. Jean III , duc de cette province, «^ était mort sans enfonts : deux concurrents se disputèrent inuf^. son héritage : l'un était Charles de Blois, mari d'ane de ses nièces 9 et neveu du roi de France ; Tautre, Montfort , descendu par sa mère du fameux Simon de MontibrI, vahiquettr des Albigeois ; il était le frère cadet du donier dae, et avait été déshérité par lui. La cour des pairs, dévovée au roi, ac^ugea le duché à Charles de Blois, son neven. Montfort s'empara aussitôt des places les plus fortes, et fit hommage pour la Bretagne au roi Edouard, dont il implora le secours. Cette guerre, dans laquelle Charles de Blois fut soutenu par la France, et Montfort par rAjigJetenre, dura vingt-quatre ans sans interruption 9 et offrit, an milieu d'actions héroïques, une longue suite de perfidies et de brigandages atroces. Parmi les plus fameux eombats de cette latte terrible,- l'histoire cite , du- ^^^^^ rant tue trêve avecrAn^eterre, le combat des TrefUe, ^f^^^^
ncrfidle et
250 DMXfiteM'SMQMK
âtiél 'ÈBnpjinA entre treifte BMftonft , mids Jemi de Seânmi- Btofr , et trente A.Bg1ais eomnMdés fiv BémboMoi^. La Victoire demeura aux Bretons, maiBeHe n'eat ancnne 1nllaenee sur l'issue Aela guerre. Beux ^Nomes, deux iiéfoûieS) rivalisèrent À cette époqueen cenrage afvec les ^lus célèbres guerriers : ce iureilt Jeanne la Bèltatse, femme de Charles de Bk>is , et Jeanne la Flamande, feimne deMontfort ; elles furent TAme de leur parti , et la défense d-Hennebon rendit Jeanne de Mofntfortlmfiortdle. €harfes de Biens , neveu de Philippe Vf , nliértott ^ae cnuoté pai* les femmes du duché de Bretagne : le roi isontint sa iijn^vi'i cause pour un intérêt de famille, et il eut reeoors à la Jm^ perfidie et à la cruauté. Dans un toomoi oè les dievalien bretoM bretons s'étaient rendus sans défiance, il en fit anéler MoDUon. douze du parti de Montfort; Olivier GMssen, l'on des plus puissants seigneurs de la Bretagne, -âait de ee nonlire : teuslnreiit décapités sans cause légitime etsans jsgttnedt. La yeuve de Glisson s'empara aussitôt parsmfriw d^m fort appartenant au roi ^ et en fit égorger toute lagaraison sons sesyenx : les paroits et amis des chevaliers h^ à mort par trahison passèrent tous du oMé de Montibrt et appelèrent l'ennemi. L'un d'eux, fieeffhiyd'fiaivonrt, menacé du <méme sort par Philippe, ciftlnt du roi 'Ëdownrd le serment de les venger ; et dès Tannée siilfnnte unenvmée anglaise, commandée par Edouard et conduite par ee mêitied*Harcourt, débarqua en Ftormandie : elle ravagea le royaume sans obstacle jusque sous les «mnrs de Paris. Philippe, appelant à lui tonte la noblesse *tte Wkamee, rassembla une armée formidable, devanl laquelle m vêtira Edouard. Im retraite des Angt«isétaftiKEfieile : fortlnfirieurs en nombre aux Français, fis passèfêift lafkmuBe an ^né de %lairqnetaqne, ^t , eemnùtils à confliatlM, ita se
x.rnui u. cmumam m. Sot
foriURreai nr wio erilim cpA domtaNiil UTfllagede iMçy. (Li» Flran(Bis«étideiit i?eiia»:àinftrdi6f lèreé». S'ils eoneiil (pdstqfnlqiie rapM , de pridestn disposItieiiB imjr aantait assaré la'victoire;iiiai8l'iinpatieiitPhiHpfe, à Bauiiie pekie arrivé en T«e de Teimeini, ordcmne rattaque à mt ^SSÎ?^' iffèbars génois» qui formaient Tavant-garde : oeux^dfont observer en vain qaUIs sont épolsés par la faim, par la âittgne, ot que la plaie a mis leurs arcs hors de sirviee: l'oodee ast raaoïivelé, ils s'étamc^t avee bravoure, ^ sont reponssés : Philippe, forieux^ les ftit massaever, elsoa frère , le due d' Alençon , les fook anx pieds de sa eavale«> rie. Cet acte ttrocepeid Tarmée ; les Anglais profitent de la «opilîMiinides premiers rangs ponr s'éianoo* snr die; Ikwantrgarde est rejetée sinr le^oerps de bntiuHe, où il se iÉlt on carnage ^reux : trente mille Français fMideat la «le, ot>firrmi*eox^eiH9e princeset douze^eentS'setgoenrs on lebevaiiors. Véllte delà noblesse fotnioissonaéeéafiseette 4saBglaBte joomés* Le célèbre prinee Noir, âgé de qnlnae aB8,'«mmiandaitles Anglais sous le roi Edouard sonpère, erwttkrihna puissamment à la victoire. Phitfppç, biané deux fois et entraîné par les siens loin du cYïamp de lialaWe, iotie dans Abbe^le, suivi sealementdeeinq 4ihe-
Xa pHaede Galaîsfut l^n ^tos lésnllato les plus Amestes prise de <te la délslte de Grécy. Les hsibitants deeelte ville, «édnite ^'fi'* pap la fomine à capituler après once mois d'nne eonragense ^défense, soBft-sommésde livrer è Edouard six d- entre eux^ «nr hwqnili «e roi puisse asaonvirsa Teogeanee. ▲ cette nouvelle, le peuple éclate «n saiigiotB : «Mais alors, «dit AoiiBardy setevm leplos viehetourfBOiS'deianrilieyqtt'en appelait sire Eustache de Saint-Pierre, et il parla ainsi devant tous : « Grand pitié et grand anlbeurseroit de laisser
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« moarlr nu td peuple. J*ai ai gmde eq^citaiiee d^avtoir « grâce et pardon enven Nosire Seigneur, «je meors pour c sauver ce peuple, qpwje YenxeUm lepreoiier,etmemet* c trai volontiers en la merci au roi d'Angleterre. » QoaiMi sire Ëastache eut dît ces paroles, la foule s'émit, des hommes et des femmes se Jetèrent à ses pieds en pleurant ; puis un autre bourgeois , qui avait deux filles et se nommait Jean d'Aire, se leva, et dit « qu'il feroit compa- « gnie à son compère sire Ëustache '. » Ce noble exemple fut suivi par les deux frères Wissant; enfin deux autres bourgeois , dont l'histoire n'a point conservé le nom , s'offrirent à partager leur sort. Tous les six, la corde au cou et tenant en main les cle£s de la ville , sont conduits par le gouverneur Jean de Vienne au camp des Anglais : Edouard, à leur aspe(^ , demande le booireau ; mais la reine et son fils intercèdent pour eux et obtiennent leur grAee. Tous les habitants de Calais furent chassés de leur ville, qui devint une colonie anglaise , et , pendant d^ix: omts ans , elle ouvrit la France aux armées étrangères. La prise de
Trére. ^^ Inq^rtantc place fut suivie d'une trêve entre les deux
•st7.i«i. monarques.
Les désastres de la guerre n'ôtèrent rien à l'orgueil ou à la magnificence de Philippe de Valois. Quand son tréisor était vide, il altérait les monnaies, ou bien réunissait des prélats, des barons et quelques députés de villes, auxquels il imposait sa volonté ; il faisait sanctionner par eux des taxes nouvelles; et ce fut ainsi qu'il décréta l'impôt du vingtième denier sur le prix de toute macchairfi8e'Te&-
raratT due, et qull établit la gabelle, affectaût au fisc le mono-
gai>ïue. pôle dii sel dans tout le royaume. Le préambule de sea
'Froissatdyt. n,p/463.
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édits portait qalls étaient rendas poar le bien et dans I*intérét da bon peuple, et par la volonté nationale : cependant les états généraux ne forent qu'nne seule fois légalement conToqoés sous ce règne, et ne se signalèrent que par leur servilité.
L'effipoyable peste connue sous le nom de peste de Flo^ '»^t«renee exerça ses ravages en France pendant l'année 1348. On estifce qu'elle moissonna environ le tiers des habitants an royaume. La populace ignorante et féroce accusa les jiii& d*avoir empoisonné les rivières et les fontaines: ces malheureux fiirent brûlés et massacrés par milliers. Tant de calamités servirent d'aliment à la superstition et au fanatisme. Des enthousiastes des deux sexes crurent , comme les faquirs de l'Inde, que leurs souffrances étaient agréables à la Divinité : on les ¥it par bandes nombreuses parcourir, demi-nus, les villes et les campagnes, et se dé» chirer le8^[MKiles à coups de fouet» pour effacer, disaientils, les péefaés du monde; on les nomma flagellants: Fiageileur secte, poursuivie et exterminée par l'Église, n'eut qu'une courte existence. Philippe YI avait rendu redou* table en France le pouvoir de l'inquisition ; cependant il autorisa les appels comme d'abus des tribunaux ecclésias* tiques au parlement. En 1350, déjà avancé en âge, il épousa la jeune Blanche de Navarre, sœur du roi Charles, surnommé le Mauvais, et mourut peu de mois après; il moK'^c était âgé de cinquante-huit ans. Il avait acheté la sdgneu- ^^ rie de Montpellier pour 120>000 écus, de Jacques II , dernier roi de Majorque, et acquit, du dauphin Humbertll, ^^{^^;^l^ 'a province du Dauphiné , qui fut donnée en apanage aux ^fZuitls atnés des rois de France : eeuxrci portèrent depuis le 'd" oan^' nmà!^ dauphins. %nle'''
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