‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 48 sur 103 · BE«xriEltB« BP0QOV · texte numérisé non relu

BE«xriEltB« BP0QOV

qu'il aeheya d'amml^r. Son priiieqMil mérite fbl ta sêgà^ cité avec laquelle il apprécia ïe» etreonstanees et les hommes, se ménagea d'utiles idlla&ees, saisit toi^rs le moment favorable poar attaquer ses ennemis , et s'attacha d'habiles miiûstres et de grands eapitaliies^ à la tête desquels aj^raisseat Boueicaut , OU viec Glissmi , et le Taillant du Guesdin. On lui r^roche just^anent de n'avoir resq^eeté ni les droits de ses peij^s, ni* les traités avec ses enaemift, mais ayant oecupé le Mne entre tes deux époques les pins désastreuses de notre àistoire, on lui tint; doublement compte du repos dont la Franee parut jouir sous son règne, et la postérité confirma le surnom de Sage qu'il reçut de ses contemporains.

Nui ne jeta pius d'éclat survie règne de Charles Y, et ne contribua plus à ses succès que l'illustre Bertrand du Guesciin. Simple gentilhomme breton , sans beauté, sans grâces, saus fortune , d'un e^rit si peu ouvert qu'on ne lui avait jamais pu apprendre à lire, il n'avait rien en apparence de ce qui annonce le héros, hors la valeur , et c'était là pourtant celui qui, aj^ès avoir longtemps obse«hrément combattu pour Cliarles de Blois sur les bruyères de la Bretagne, devint le premier capitaine du siècle, celui que Dieu semblait avoir fait naître contemporain de Charles V pour sauver la Frauice : « Ame forte, dit son historien, nourrie dans le fer, pétrie sous les palmes, et dans laquelle Mars fit école longtemps. f> Son premier exploit pour Charles fut une victoire. Boueicaut venait de surprendre la ville de Mantes, qui appartenait au roi de Navarre ; celle de Meulan était également tombée aux mains des Français. Le captai de Bucfai > brave capitaine gascon, au service de Charles le Mauvais , se disposait à prendre sa i^evaoche : il s'unit à Jtean Joël , capitaine anr

LiTiatji4 cHA»nrâs tv. 275

glaiftç et à la tête d«:sepl oniC&laiiom, trais cents archers et ciwi cents âatasBins, il attend les FraBcais daos le voisinage de Gocherel, prè9 d'Évreux, où il range ses ^^J"« tnwipes- au hwA d^ime colline, sar la iînère d'un bols. %m?^' Bertrand du Guesclin approche, il reconnaît que le capta! a l'avantage du terrain ; mais ses propres soldats manquent de vivres , ii fant combattre et attirer Tennemi dans la plaine. Du Gaesdin n'avait pas son égal pour les stratagèmes guerriers- ; il prépare une embuscade et ordonne DM retraite précipitée. Jean Joél , dupe de cet artifice , s'élance, ma^ré les ordres du captai , au cri de : <> En avant, saint George 1 qui m'aime me suive I » Le captai voit le péril, et suit Jean Joël pour le sauver ; mais alors les Français s'arrêtent : « En avant , amis ! s'écrie du Gnesdin ; la journée est nostre. Four IMeu, souvenez-vous qae noua avons un noaveau.roj en France : qu'anjourd'hui sa eouromie soit étrennée par noius4» Un combat furieux s'engage , et Fembuscade se montre : trente cavaliers fon> dent an galop sar le captai, etrenlèvent; la bataille est vivement disputée, mais Jean Joël tombe blessé à mort; le&7(avarr(NS sans chef se dispersent, et un petit nombre seulement parvint à s'échapper. La victoire ^Gocherel soanît à Oiarles Y presque tonte la Romand le ; il en reçut la nonveUe à Beims, au milieu de» fêles de son sacre , et récompensa du Gueselin par le den âa comté de Lengueville.

Ia gncrre contimnift toujours en Bretagne entre les deux prétendants, Itfontfort, allié des Anglais, et Charles de Blois, seuten^par la France, la célèbre bataille d'il». ^^^^^ ray, où ce dernier fot toé, bienlôt suivie du traité de '^'gil^ Guéfonde, asMra le duché de BcetegneàMontfort. Ce ^?^t \ trsété, signé par lea seins de Charles Y , rimdait te duché

276 ' oBVxnnB bpoqvb.

réversible à la veore et aux enHuits de Charles de Blofs , dans le cas ou Montfort mourrait sans postérité : ainsi fat terminée une guerre atroce, qui avait duré viDgtHpiatre aus. Le duc de Montfort , sous le nom de Jean V, se hâta de se rendre à Paris , et y Ht hommage au roi.

Charles V se voyait enltn, pour la première fols, en paix avec tous ses voisins; son peuple commençait à respirer; il retournait aux travaux des champs si longtemps incierrompus y et Tordre renaissait avec le repos. Mais le fléau

compih ^^ compagnies d'aventuriers menaçait d'arrêter ce re* df veSo- tour vers un état meilleur, et de ruiner le royaume. Dans

'*^^ ces temps où le caprice des princes, un don, un échange, un mariage, décidaient chaque jour de la destinée des peuples , une multitude d*hommes se regardaient comme sans patrie, et offraient leur épée à quiconque voulait Tacheter: la longueur des guerres, qui rendait leurs services nécessaires à tant de prmces; la faiblesse des lois , qui semblait autoriser tous les genres de désordres et de violences, avaient, depuis vingt-cinq ans , prodigieusement accru le nombre de ces hommes avides et licencieux. Quand la France fut en paix , ils demeurèrent tous sans emploi et sans moyens d'existence; ils se répandirent alors comme des bêtes féroces dans les campagnes , et y commirent d'affreux ravages. Le seul moyen de les vaincre eftt été d'armer contre eux les milices nationales du royaume ; mais l'expérience avait appris à Charles à craindre pardessus tout TInfluence de la classe moyenne : il refusa de l'aocrottre; et dès lors, ne pouvant exterminer les grandes compagnies , il fallut les occuper. Depuis longtemps Pierre , roi de Castille , surnommé le Cruel , s'était aliéné sa fiimille et ses sujets par des actes d'atrocité. Il avait empoisouné sa femme Blanche de BouriKm, et ordonné

I^IVaS II. CHAPITRE IV. 277

le meortre de son frère natarel, Henri de Transtamare: celui-ci , dans Tespoir de le pBDil^ et de le supplanter sur letrôoe, implora l*appui de Charles Y, et l'obtint. Charles saisit avec empressement cette occasion de venger Guerre Blanclie; sa parente, et d'éloigner les grandes compagnies, ^^^n\c dont il redoutait les brigandages. Du Guesclin comman- ^^ji^^f^ dait i'expédition : en le chargeant de cette mission dififi- **^cile, le roi l'embrassa devant toute la cour : « Vaillant «Bertrand, lui dit-il, je vous dois plus que si vous m'aviez «conquis une provkice. »

Ces terrjbles aventuriers , en passant près d'Avignon , résidence de la cour pontificale, mettent le pape à contribution, et i'obb'gefit à leur donner sa bénédiction avec 80Q or : ils passent en Espagne ; les troupes de Pierre se débandent devant eux. Ce prince, repoussé par ses sujets , chassé du Portugal ^ où il cherche un refuge près de Pierre le Justicier, aussi barbare que lui, abandonne son trône à son rival, et se retire à la cour du prince de Galles , qui le reçoit à Bordeaux avec de grands honneurs.

La Castille se soulève tout entière , et Henri s'empare de la couronne sans obstacle. Cependant Pierre sollicite le secours des Anglais^ et promet d'enrichir leurs capitaines : le prince de Galles arme eà sa faveur, sans rompre avec la France. Les grandes compagnies, qui viennent d'étttblir Transtamare sur le trône, accourent maintenant près de son frère, attirées par l'appât de Tor qu'il leur promet. Du Guesdin souvent Transtamare ; mais celui-ci est vaincu par le prince de Galles à la bataille de Nàvarette , et du Bauiue Guescttn est fait prisonnier. Pierre le Cruel recouvre son r^royaume, et son frère fugitif cherche un asile près du duc d'AnjoQ, rainé des frères de Chartes V, et commandant lu Langiiedoe : ce prince , l'ennemi des Anglais , reçut

27S 9EV»Saill BPOQUB.

Transtamare , oomme, ramée praoédeDle, iepriiicede Galles avait accueilli Pierre te Gruei.

Charles méditait, à eette époqae, de recouvrer les provinces enlevées par tes Anglais à son père, et voyait avec joie Edouard 111 énervé par les voluptés plus encore que par rage; et son illustre fils le prince Noir, le vaincpieur de Crécy, de PoitieBs^ de Navarette, atteint d'une maladie de langueur dont les symptômes étaient mortels. Il abuse le monarque anglais par des démonatralions d'amitié^ et fomente la révolte en Gascogne» l'nne des provinces soumises à TAnglelerre par te tsaité de-Bretigoy. Les Anglais traitaient les habitants decea contrées ea vaisens, plutôt qu'en frères et en coaeitoyens 'y de là Je vif dMr que ceux-ci, manifestèrent d'être r^dujià la.Frffluse» Charles profite de ces dispositinns ^ et s'aitlachfi les sd- i soBiève- gneurs les plus influents» Un soulÀvement éclate en €rash- 'gmcod? cogne à l'occasion d'un fouage, imposition établie par le Anglais? prince anglais, anr chaque feu : les Gascons prétendent qu'ils sont jusqu'alors, demeurés affranchis de tout hnpèt, et ils en appellent an roi de France, comme sunanôn de la Guienoe et du Languedoc. Charles Y, au méprî» du traité de Bretigny, qui accordait ces province» ea toote souveraineté à Edouard, accueille leur appel, et fsdt citer le prince Noir comme son sujet devant la; chambre des pairs : il s'allie en même temps de nouveau avec Transtamare.

Du Guesclin n'avait pu reconvfer sa liberté qu'ent défiant le prince anglais de la lui rendre ; il' fixa kû*nftftmesa rançon à cent mille florins dfor ;.et.eoaame le ptinee lui demandait oà un pau'^ra chevalier trouverait senMabte somme :.a Les rois d^ Franoa et do Gastido tas^ld^oMit, reposait B€rtranâ.^.ii ï |t eant chavalteri^bretwftfû ven-

i.rmm n. CKAPirms iv. 279

draieat leuistems pour fiiire c«tte somoie» et kajfferesses de mon pays feraient plutôt ma rançon avec leoni qnenouilleSy que de me laisser prisonnier. » La prineesse , de Galles eonbUma sur«le-dianip pour vingt mille livtes ; et le brave Ghandos , rival de du Gueselio , offrit sa boutse pour le délivrer. Libre sur parole, du Gueselin partit pour recueillir sa rançon. Il revenait avec elle, lors<)tt'iJ rencoft> tra en route dix pauvres chevaliers fort en peine de trouver ta leiir. Il leur donne tout, et arrive à Bordeaux , les mains vides, re^mdre sa prison. Charles Y paya pour lui et le délivra. Il l'envove de nouveau en Espagne, à la. tête de son armée; et du Guesdin , ^inqueur à la bataille ^^ âeMowtiel, replace une seconde fois Transtamare sur le ^ÎS»!'' trône de Gastille. Pierre le Crud est fait prisonnier. £n se reeonoaissant, les deux frères rivaux se jettent avec rage TuD sur l'autre^ et Pierre meurt poignardé de la main de Henri, dans la tente de du Gueselin.

Charles V croit pouvoir alors ^ sans compromettre sa puissanee, hasarder quelques actes de popularité. 11 ose convocfoer les étG^s, et feint de les consulter, lassuré d'avance de les trouver dociles. Ils s'assemblent en 1869, et approuvent, sans restriction , tous les actes de son règne. Le roi poursuit ses projets contre l'Angleterre : il aug* mente les privilèges des villes révoltées, qui se livrent à la France, et le clergé, gagné par loi, soulève les peo^es en sa faveur ; ei^n , lorsqu'il a teert disposé pour le sot* ces, le parlement rend, en 1870, nœ sentence par laquelle il déclare que, faute d'avoir compara devant ht cour des. pairs, Edouard est déeiwu de se» droits sur l'Aquitaine et sur ses autces podsessions en France, et il les confisque a» profit de la eonronne; Un valet de cuisine est ckargé à» porter cette seolenee m nionarfse apaglais, qui, saM

280 BEDXIBMB ÉPOQUE.

dHnâignation et de stupeur, se prépare aussitôt à la guerre. > ^7^ Charles V fortifie son alliance avec l'Espagne. Une ^l^^^* flotte castillane, victorieuse de la eotte anglaise à la tc?rc?' Rochelle, lui ouvre le Poitou : du Guesclin, connétable , soumet cette province à la France. Le duc de Bretagne , Montfort, était dévoué de cœur aux Anglais, qui lui avaient rendu son duché; il s'allia avec Edouard, mais Qiarles sut ménager l'amitié des seigneurs bretmis. Deux d^entre eux, Olivier de Gisson et do Guesclin, jouissaient auprès de lui de la plus haute faveur ; ils gagnent à Char- ' les les oœurs de leurs compatriotes ^ et le duc est expulsé de son duché, qui s'unit à la France contre l'Angleterre. Edouard cependant rassembla une puissante armée ; elle débarqua à Calais, sous le commandement du due de Lancastre. Charles Y, encore frappé du souvenir de Grécy et de Poitiers, donna l'ordre à ses généraux de surveiller l'ennemi , de gêner ses mouvements, et défendit de livrer bataille. Ses ordres sont observés; la valeur française, eentenuepar la prudence du monarque, supporte les provocations insultantes de l'ennemi depuis Calais jusqu'en Onienue, où cette armée arrive épuisée, presque détruite par les maladies, la fatigue et la disette. La fortune de l'Angleterre chancelait : son héros, le prince de Galles j venait d'expirer; le redoutable Edouard III touchait au tombeau, et allait abandonner le sceptre aux mains d'un eniSint; sa flotte avait été vaincue à la Rochelle; sa puis» santé armée s'était consumée elle-même ; d^à les fruits delà victoire étaient perdus pour lui, et la France avait recouvré presque toutes ses provinces. Le vieux roi, si redoutable jadis et maintenant si humilié , signe une trêve avec Charles Y, et peu après il meurt dans les bras d'une

LlTRB.II..GHAnTKB IV. 281

eourtlsaiiey laissaot le trtoe à son petit-fils, Plofortuné Riehard II.

Délivré de son plus dangereux ennemi, Charles s'aban- ^ Trêve

de BrufGft

donne à son ressraliment contre son beau-frère Charles le ea^rf

I Angle- Mauvais , alors en Espagne, ou il méditait une alliance ^7^ ^

avec r Angleterre. Il oblige te fils de ce prince, jeune ''"îjf* homme venu sans défiance dans sa cour, à signer un ordre qui livre aux Français toutes les places possédées par son père en Normandie ; il fait arrêter de Rue et du Tertre, l'un chambellan du roi de Navarre, l'autre gouverneur d'une de ses places, et tous deux dans rintlmité deleur mattre. Ils sont livrés à une commission extraordinaire, et sommés d'avouer que leur prince s'est rendu coupable de crimes atroces, et, entre autres, d'empoison-nement sur la personne de Charles. Ils repoussent ces horribles accusations, et n'en sont pas moins condamnés à mort et exécutés comme complices de ces crimes, afin de donner créance aux soupçons que Charles Y veut faire peser sur son beau-frère. Justement indigné, le roi de Navarre se bâte de conclure une alliance avec les Anglais , et leur livre Cberbourg , seule place qu'il eût conservée en Normandie.

C'est ici qu'il convient de s'arrêter un moment pour succès ei embrasser d'un coup d'œil la politique de Charles V. Par- ^'""il?"* venu à la royauté dans les cii*eonstances les plus défavorables, cbargé d'une d^te énorme à payer aux étrangers, sans trésor, sans armée, il avait vu ses sujets diminuer de moitié en nombre par la guerre, la famine et la peste^ et dépouillés par des bandes de brigands , maîtres du royaome ; et cependant , en qilelques années, il avait réussi à repreidre sur les Anglais le Ponthieu, le Quercy, le i^imouslu, le Rouergue, la Saintongey l'Angoumois et

292 iiBvsnbfM. ■P0Q1T&

le Poitou ; il avait engagé les âradatai-e» de la hanleGti»cogne à se donner à lui, expulsé le duc de Breti^ne de son duché, et le roi de Navavre de presque toutes ses possessions normandes* Aussi habile* dans la politique exté-* rieufe, il avait favorisé en GastWeune réyolution qui , en l'aidant à se dâ>arrasser do fléau des grandes compztgaies, lui pronaettait miallié reconnaissant; il attadia la Flandre à la France, en asanrant par un mariage, à son frère Philippe de Bourgogne 7 la succession de ce comté; il conserva soigneasement l'amitié de l'enypereur €harles IV et de Jean GaléasYiscoi^, son beau-frère, maitre de la Lombardie, et retint le pape sous sa dépendance à Avignon. Les compagnies d'aventuriers avaient dispara du royaume, les routes devenaient sûres , l'ordre se rétablissait , l'autorité royale a'exerçait sans contrôle , et de toutes parts, enfin, les sujets détachés de la monarchie par un traité humiliant secouaient le joug de l'étranger pour redevenir Français \

Charles avait rassemblé autour de lui, pour Taider à aeeomplh* ces heureux changemenis, des hommes peu élevés par leur naissance, mais d'un mérite supérieur; parmi eux il faut citer Guillaume et Michel de]>ormans, Philippe de Savoisy, et Bureau de la Bivière. Ces hommes eurent toute sa confiance; ils ftnrent ses mintstres et non ses favoris : en s'aidant de leurs conseils» il demeura toujours leur maître. Il cessa d'altérer les monnaies, et ne foula point le peuple par des impôts ; mieux avisé que tous ses prédécesseurs, il ménagea les juife, seuls possesseurs de grands capitaux, et ce fut à eux qu'il eut -recours pour subvenir à ses déj^ses. Cette sage conduite doit

•V07wc«teii«10>

Page 1