LIVRE I. CHAPITRE II
oavertSy et se prodiguant tous les témoignages de restlme et de l'afTection.
Uue révolte des Gantois appela bientôt Charies-Quint en Flandre : il se trouvait aloi*s en Espagne , et son plus court chemin était par la France : il demanda liberté de passage à travers ce royaume, et Tobtint, après avoir promis au connétable de Montmorency qu'il donnerait l'investiture du Milanez au second fils du roi. Son séjour en s^wu de France fut un temps de fêtes dispendieuses, et coûta qua- ooint m tre millions au trésor; cependant, au milieu des plaisirs, trâS'* l'empereur n'était pas sans inquiétude. Les rois, autorisés par les usages de ces temps encore barbares , sacrifiaient rarement leurs intérêts à leur parole : la duchesse d*Étampes et toute la cour blâmaient les scrupules du roi : son fou Triboulet * lui ayant dit un Jour qu'en apprenant l'arrivée de Charles en Provence , il l'avait inscrit dans ses tablettes sur la liste des fous : « Si Je le laisse passer , ré- « pondit le roi , que feras-tu ? — J'effacerai son nom , répli- « qua Triboulet, et Je mettrai le vôtre à la place. « François respecta cependant les droits de l'hospitalité ; mais Charles ne donna point à son fils l'investiture du Milanez- Le roi, indigné, exila le connétable, pour le punir de s'être fié à la parole de l'empereur sans exiger sa signature, et se vengea en resserrant son alliance avec les Turcs. Deux de ses envoyés à Constantinople furent tués par l'ordre de du Gast , lieutenant de l'empereur en Piémont,
> on appelait fou du roi un bouffon , le plus souvent disgracié par la nature, et qui était chargé d'amuser le monarque par ses saiRies. 11 portait sur. la tête et dans la main les attributs de la Folie , et , à la faveur de son titre et de son costume , il lui était permis de dire aux. rois des Tentés que les hommes les plus respectés et les plus sages n'auraient osé leur faire entendre.
deCérisoles.
394 TmoisÙMB spoqvb.
flt ce prtaee reflua an roi tonte 8alisfietk>Q pour eet attentat. Il armait alors une vaste expédition gn1l destinait àlacooqnète d'Alger; nuiis une affrease tempête engloutit «ne partie de ses vaisseaux , et fit écbouer son entreprise. La baine des deux monarques était portée au comble par les dernières relations qu'ils avalent eues oisemble; ils s'outragèrent mutuellemeut par d'injurieux libelies, et sonmirent leurs différends au pape. Paul III refusant de pranooeer entre eux, ils reprirent les armes. Le rm eavaldt le Luxembourg, et, de ecHieert avec les musulmans, une de ses armées assiégea par terre Nice , dernier asile des ducs de Savoie, tandis que Barberousse l'attaquait par nier : la ville fut prise, le cbâteau résista seul, et le siège en fut levé. Barberousse se consola de cet éebee en ravageant les o6tes d'Italie^ on il fit dix mille captife. L'horreur qu'il inspirait retomba sur François I^'^ , son allié , dont le nom devint odieux à lltalie et à TAllemai^e. Il fut déclaré ennemi de TËmpire, et la diète leva centre lui nue armée de vingt-qnatre mille hommes , à la tête de laquelle Charles-Quint pénétra en Champagne, tan^ que Henri VIII, réconcilié avec Tempereur, faisait attaquer la Picardie par dix mille Anglais. La bataille de Cérisoles, 4HHnplétemeat gagnée, la même année, en Piémont, par François de Bourbon, duc d'Enghien, contre du Gast, général des Impériaux , n'arrêta pas cette double et formidal>le invasion. Charles-Qumt s'avança jusqu a Meaux; mais la discorde régnait dans son armée ; il manquait de vivres, et pouvait être aisément enveloppé : il promit alors de Bonveau le Miianez au duc d'Orléans, second fils du roi. Cette promesse irritait le dauphin Henri, qui craignait de voir son frère devenir la tige d'une maison aussi dangereuse pour la France que l'avait été celle de Bourgogne :
LIVBS I. GHAPUB&S -II. S95
il voulut faire rqfeter lofire de l'empereur, et lui fermer la retraite. Oa prétend qu'une rivalité de fenunes sauva Cliarles-Quint. Laductieseed Étampes était i'euiiemie laartelle de Diane de Poitiers , maîtresse du Dauphin, et désirait, dans le cas eu le roi viendrait à mourir, trouver une protection puissante auprès de son second iils : on assure qu*eUe coml^ttit Tavis du prince ^ et Charles put se reti* rer en sûreté comme il était venu.
La guerre se termina presque aussitôt par le traité de Tt^té de Crespy en Valois. L'empereur donnait au duc d'Orléans ^^' sa fille avec les Pays-Bas et la Franehe-Gomté, ou Tune de ses «nièces avec le Milanez : Français restituait au duc de Savoie la plupart des places qu'il retenait en Piémont: il renonçait à toute prétention ultérieure sur le royaume de Naples et le duché de Milan, ainsi que sur la sueerûneté de la Flandre et de rÂrtois : Charles renonçait de son côté au duché de Bourgogne. Ce traité mit fm aux rivalités des d^x souverains qui ensanglantaient l'Europe depuis vingt'Cinq ans. La mort du duc d'Orléans dis- . pensa l'empereur de se dessaisir du Milanez ou des Pays- Bas^ il refusa tout dédommagement au roi , et la paix ue futjoAs rompue,
François V^ en profita pour redoubler de rigueur à l'égard des protestants. Une population de plusieurs milliers de Vaudois -habitait sur les confins de la Provenoe et du comtat Venaissin, et depuis peu ils étaient entrés en communion avec les calviiiistes. Le roi permit à Jean Mesnier, Mamaere baron d'Oppède, premier président du parlement d'Aix., ^pXuo^' d'exécuter une sentence depuis cinq ans rendue contre eux ^^iMe!^'' par ce parlement. Jean d*Oppède lui-même dirigea cette exécution effroyable. Vingt-deux bourgs oa villages furent brûlés et saccagés; les habitants, surpris pendant la nuit.
étaient poursoivis dans les rochers à Ht lueur des feux qui dévoraient leurs maisons; les hommes périssaient dans les supplices, les femmes étaient livrées à d'affreuses violences. A Gabrières, principale ville du canton, on forgea sept cents hommes de sang-froid , et on brûla toutes les femmes ; enfin , selon la teneur de la sentence, les maisons furent rasées, les bois coupés , les arbres des Jardins arrachés, et, en peu de temps, ce pays si fertile et si peuplé devint désert et incuite. Cet épouvantable massacre fut Tune des causes principales des guerres de religion qui désolèrent si longtemps la France.
Charles-Quint accablait alors les luthériens en Allemagne, et maintenait en Espagne la foi catholique par Tinquisition , tandis que Henri VIII frappait également les sectateurs de Rome et ceux de Luther. La guerre continuait entre lui et François l*'. Les Anglais avaient pris Boulogne , et une flotte française ravageait les côtes d'Angleterre, après s'être emparée de l'île de Wight. Les hos- Traiié de tlUtés furent terminées par le traité de Guines, que les deux rois signèrent sur le bord de leur tombeau. Boulogne devait être restituée pour une somme de deux millions d'écus d'or. François I^^ souffrait depuis longtemps des suites d'un mal honteux apporté d'Amérique en Europe par les Espagnols, et qui le conduisit au cercueil. Lorsqu'il sentit venir la mort , il adressa , selon l'usage des rois , de sages conseils à son successeur. Il fit venir auprès de son lit le seal fils qui lui eût survécu , Henri , qui entrait alors dans sa vingt-neuvième année. Il lui recommanda de décharger son peuple des tributs dont il avait été forcé de l'accabler , et de profiter du bon état où il laissait ses finances. Il devait, disait-Il, cette bonne administration à la sagesse de ses ministres, surtout de l'amiral d'Annebaut et du cardinal