LIVRE ni. CHAPITRB III
de qoaraiiteodetix ans. On était, dit na eontemporaln , si las de soD gooTernement, quMl tardait à tout le monde qn'il fût mort y même à ceux qui loi avaient le plus d'obligatîoo '.
La gaerre de Trente ans absorba, pendant ce règne, l'attention et les forces de toute l*Enrope. L'Angleterre seule n'y prit point de part, et n'exerça qu'une faible influence sur le continent : elle était alors occupée de la grande révolution qui eonduisît Charles V^ k l'ëchafaud, et à laquelle Louis XIII, ou plutôt son ministre, ne demeura point étranger.
Ce roi, plus brave que son frère, ne fût pas plus que eonsuéloi doué de force morale et de fermeté; il n'akna personne : gur^Loais sombre, soupçonneux, jaloux et inconstant, sa faveur ettiîr exposait à autant de dangers que sa haine. Incapable de ^*^*^^^'^"' régner par lui-même , il sentait son impuissance, et ce fut le secret du long ascendant de Riehelieu ; aussi ce ministre fut«il accusé d'avoir suscité des troubles à l'intérieur et à l'étranger, pour se rendre plus indispensable encore an faible monarque complice de sa tyrannie. Entre les actes qui émanèrent de la volonté propre de ee prince^ que des flatteurs ont surnommé te Juste, l'histoire cite le vœu par lequel, en relevant de maladie, il mit son royaume sous la protection de la Vierge^ Louis XIII , aux yeux de la postérité, s'efface tout entier devant Richelieu; et c'est un speetacle instructif pour la postérité, que le tableau de ce roi incapable, volontairement courbé jusqu'à sa mort sous le génie d'un ministre oi^eUieux qu'il hait, et sans lequel il se sent dans l'impuissance de régner.
«IfénoiiesdéMeaglst.
S42 THoifrim» i?o^ux.
BkbeUea «ficnit la pÉtoanee d^i royaoïae» en ovguiiiant ses forets HiiliMres s«r on ^^à formidable, ea ciéant la marine rcryaie, et en écrasaot le parti pc^tlqne da protestants français » sans les attaquer dans leur croyanee religieuse. La France lui dut, entre autres conquêtes , celle du RoussilloQ au midi, el au nord celle de la pnndpavté de Sedan, perpétuel foyer d'intrigues : ce fut lui qui, en soutenant les protestants d'Allemagne contre rAutriche, consolida le famenx qrstème d'équilibre en Bur<^; mais si, à beaucoup d'égards, sa politique extérieure fut halsle et ferme» on lui reproche avec justice d'avoir négligé toutes les occasions d*alléger pour les peuples l'intolérable fardeau de tant de guerres, en signant une paix honorable» JNoB-^seulement Richelieu voulait que i'éqnllibre fOfopéeii fût maintenu, il voulait encore que les autres nations lussent humiliées; et il est le véritable auteur de oette politique violente et agressive trop bien suivie par son successeur Maiarin» par Louis XIV» et de nos jouia par un eon^piérant à jamais fanteux^ et qui £ut consister la gloire d'une naMou dans rabaissement et dans rhumiliatlOB de tontes les autres : politique toujours fatale à la longue, source de réactions terribles et de guerres perpétuelles; car l'amour de la patrie, de Findépendance et de la dignité natloiiale est dans le cœur de tous les peuples; pour eux, eomme pour les Individus, la liberté» Thoiineur, scmt les plus précieux des biens; et , de la part d une nation humiliée ou esclave» aeeepter une trêve » sign^ une paix, c'«st ajourner la vengeance. Richelieu fut beaueoiip loué pour avoir afiermi la puissance royale sur les raines de la féodalité ; mais Lorna XI, avant Richelieu, avait écrasé la haute aristocratie» et, parmi les successeurs de ce monarque» tous ceux qui surent régner fiurent des cols abso-
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tait. Benri IV lut-méoie, éa jour où il fiit reeoniiii roi par kl Fnnee, ne rencontra plus de limites à son autodté. Si Lonki Xlil avait eu qnelque fermeté dans l'âme , il eût anssi régné sans obstacle et sans partage ; mais on sentait qu'il n'était roi que de nom , et que Richelieu régnait poor loi. Ce fut contre le ministre que la plupart des conspirateurs dirigèrent leurs complots, avec l'intention de l'abattre et de lui succéder, de n'était pas le trône qu^s attaquai^t; ils disputaient, pour ainsi dire, la r^nce à Richelieu , sous un roi qu'ils savaient trop faible et trop incapalrie pour jamais sortir de tutelle. Richeliett porta , sans doute, aux factieux des coups terribles, et leur dta pour un temps les moyens de résister avec succès; mais il lenrenfeva aussi toute chance de pardon, et les jeta dans des entreprises extrêmes et désespérées ; il eut à lutter contre les révoltes jusqu'à la fin de ses jours, et sa mort fiit suivie de troubles aussi grands que cenx qui avairat précédé son ministère. Ce n'est donc pas Riehetieu qui for^ Ma l'autorité royale d'une manière durable, ce n'est pas lui qui courba les princes et les grands devant la senle mijesté du trône, quel que fàt le mcmarque : ce but ne pouvait être atteint que par le cbubie ascendant d'une grande gloire et d'une longue hal»tade; et, pour y parvenir, il ne fallait rien moins que l'imposant caractère de Louis XIV, la dui-ée de son règne, et ses étonnants prestiges. Bichdieu, d'ailleurs, en violant les droits des ci* toyeas, des villes et des provinces, renversa les digues selataires qui, sagement maintenues^ auraient pu «Bpéeher l'autorité royale d'abuser d'elle-même; il foula anx pieds rautorité des parlanents, et n'eut reeour^ poor assurer la paix de l'État, qu'aux armes et aux supplices; il tmvaille ainsi beaucoup plus pour le présent que pour l'ave-
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Bir; les tiMdilies qui cnsaDglaBtère&t la France p^iduit iprei«w loote la dorée de son ministère , et surtout ceox qai éclatèrent avec yiolenee après sa mort, prouvent que, pour discipliner unenatiott, la terreurne suffit pas; qw pour maintenir sa tranquillité, rien ne supplée à des kw sages, proteetriees de tous les intérêts; qu'enfin, les rois on les tuteurs des empires peuvent peu de chose par les soldats et pur les bourreaux, lorsqu'ils ont négligé de rendre respectables les organes de la justice , les interinrètes des lois, en les respectant eux-mêmes.
Bichelieu manquait encore d'une des qualités les plus nécessaires à l'homme d'État : il n'était point financier, et ne sut, pour subvenir aux énormes dépenses du trésor, que recourir aux ressources des traitants, aux confiscations et à la vente des charges. Cependant il faut dire à sa louange qu'il encouragea les premières associations commerciales auxquelles la France dut le maintien de ses étacoapa. Uissements aux Antilles et au Canada : ce fat également ?iSd^ sous ses auspices que se forma, en 1642, la compagnie ui^' des Indes orientales.
ieadéDie ^^ ^^ ^'^ ^^ gloire de Richelieu est la fondation de française. |«)^eadémie française, en 1686. Il protégea les arts, embellit la Sorbonne , et construisit le Palais-Cardinal (aujourd'hui le Palais-Royal), dont il fit présent au roi. Pour soutenir ses entreprises et son faste, il foula impitoyablement les peuples. La France paya sous lui quatre-vingts millions par année, et les seules dépenses de sa maison en absorbaient près de quatre. Son orgueil ne souffrit de rivaux ni en pouvoir, ni en magnificence, ni en talents : auteur d'une partie de la tragédie de Miramme ^ ce fdt en haine de toute supériorité qu'il imposa à l'Académie
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française l'obligation de critiquer le Cidy eheM'oBQvre do grand Corneille.
La raison et l'esprit de oonTenance n'avaient pas encore, sons Louis XIII, réglé les attributs distincts de chaque profession : on vit plusieurs eardinaux commander les armées , et les ambassadeurs servir à la guerre sous les puissances amies auprès desquelles ils étaient envoyés. Le parlement décidait en matières de sciences et d'art militaire : en 1621 , il rendit un arrêt de mort contre ceux qui enseigneraient quelque cbose de contraire à la doctrine d'Aristote, et, plus tard, il commanda des dispositions pour la défense de la capitale contre Tennemi.
La nation s'adonnait encore aux plus déplorables su- swersuperstitions. Bichelieu fit condamner à mort, comme magicien, Urbain Grandier, curé de Loudun. La maréchale d'Ancre avait eu, peu auparavant, le même sort. On attachait toujours une grande importance aux prédictions de l'astrologie; et , au moment où naquit Louis XIY, un astrologue fut placé dans la chambre d'Anne d'Autriche , pour observer le ciel. Cependant déjà, de toutes parts en Earope, dans les sciences, dans les arts et les lettres, le mteragénie moderne prenait son essor. Shakspeare et Bacon *^^^ avaient illustré l'Angleterre : ils eurent pour contemporains, en Espagne, Michel Cervantes, Lope de Vega, les historiens Mariana et Herrera; en Italie, les poètes Mariani, Tassoni, et l'immortel Tasse, l'historien Davila, et les savants physiciens Galilée et Toricelli; en Hollande, le grand politique Grotius; en Allemagne, l'astronome Kepler et Tycho-Brahé. Les grands peintres Rubens , Van Dyck et Téniers firent alors la gloire de l'école flamande, tandis que le Guide, l'Albane, Lanfranc et le Dominiquin
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eonUmuiaift eells de l'éoole ttaffeime. Les mœars de la France, encore à demi barbares, avaient sortant besoin, fonr èlre aiondesy de iinflvence des arts et de la iittéra- 4iire. D^à cette eontrée avait |Nrodoit Descartes, qai opéra , «ne férokrtien dns la pbâosopliie et la science, en sni- Tant la voie expérimentale ouverte par Bacon et Galilée ; déjà aussi Malherbe et Retroa avaient acquis nne gloire noéritée, oelai-d «Mnme précurseur du grand Corneille dans la tragédie, oelni*Ià comme véiitable créateur de notre langue poédqve : enfin Pierre Corneille parut , et avec loi l'ouvrit le grand siècle littéraire de la France.
FIN DU TOME PBEtflEB.