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litiqne de cet ordre et à ses grandes destinées , par les encouragements qu'il accorda à l'industrie et aux lettres. C'est par ce moyen qu'il déplaça en partie la source des richesses et des forces de TÉtat, en aidant à créer la propriété mobilière et en préparant Tessor de l'opinion publique, double puissance qui éleva rapidement le tiersétat au niveau des ordres privilégiés, et qui a aujourd'hui une si haute influence dans la destinée des peuples.
Malgré Tégoïsme qui inspira tant de résolutions funestes à Louis XIV et les fautes nombreuses de son rè* gne, celui-ci brille encore d'un éclat qu'aucun autre n'a surpassé. Ce monarque , dit un homme célèbre , eut à la tête de ses armées Turenne, Coudé, Luxembourg, Gatinat, Créqui/Boufflers, Montesquiou, Vendôme et Villars; Château-Renaud, Duquesne, Tourville, Duguay-Trouin commandaient ses escadres; Colbert, Louvois, Torcy étaient appelés à ses conseils; Bossuet, Bourdaloue, Massillon lui annonçaient ses devoirs ; son premier parlement avait Mole et Lamoignon pour chefs. Talon et d'Aguesseau pour organes; Vauban fortifiait ses citadelles ; Biquet creusait ses canaux ; Perrault et Mansart construisaient ses palais; Puget, Girardon, Le Poussin , Lesueur et Le Brun les embellissaient ; Le Nostre dessinait ses Jardins; Corneille, Racine, Molière, Quinault, La Fontaine , La Bruyère , Boileau éclairaient sa raison et amusaient ses loisirs; Montausier, Bossuet, Beauvilliers,Fénelon, Huet, Fléchier, l'abbé de Fleury j élevaient ses enfants. C'est avec cet auguste cortège de ^ génies immortels que Louis XIV se présente aux regards 1 \ de la postérité (l). Tant d'avantages sortirent sans doute ^ d'un concours merveilleux de circonstances et d'un bonheur inoui qui rendit ce prince contemporain de tant
(1) Abbé Maiiry, Discours de réception à V Académie française.
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d^hommesémlDents; mais le roi qui sot les dîstiogner, qui ouvrit son palais et son trésor au génie, sous quelque forme qu*il se présentât , et dont la volonté forte inspira pendant soixante ans tant de grandes choses, a un droit incontestable, sinon à l*amour delà France, du moins à son respect et à son admiration (1).
Parmi les travaux de Louis XIV , ceux dont les fruits répondirent à son espoir et qui lui survécurent le plus utilement pour la France datent presque tous de la plus belle époque de son règne , de celle où vivait Colbert ; ce furent ses premières conquêtes, sa vigoureuse administration centrale , sa législation, quoique entachée de barbarie à plusieurs égards ; Torganisation nouvelle de son armée , ses fondations académiques, ses canaux, ses constructions maritimes. <' Ce monarque avait établi par luimême un gouvernement que lui seul était capable de maintenir. Entouré de grands hommes qu'il savait intéresser à sa gloire; protecteur des lettres et des sciences, des beaux-arts et de l'industrie ; guerrier longtemps heureux, magnifique dans ses fêtes, l'imposant Louis XIV semblait né pour se faire obéir. Mais il léguait à ses successeurs un fardeau difficile à porter; déjà même il en ressentit le poids , et la fin de son règne fut déplorable. Son génie s'aiïaiblit , la fortune abandonna ses armes , ses finances s'épuisèrent; la veuve de Scarron le domina, un cagotisme tracasi^ier et cruel pénétra dans ses conseils et le rendit persécuteur; un débordement de mi-
(1) Un recueil d'un grand intérêt, intitulé Œuvres de Louis XIV ^ a été publié pour la première fois en l'année 1806. Il se compose d'une partie de la correspondance de ce prince et de pièces historiques et politiques, les unes extraites de ses paroles et de ses écriU, les antres dictées par lui ou rédigées dn sa main , soit pour son propre usage , soit pour Tinstmction du Dauphin et du roi d'Espagne Philippe V. Ce recueil a été apprécié avec beaucoup de latent et de sagacité par M. Dreyss, qui en a donné tout récemment une édition nouvelle.
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sère inonda la France et poussa dès flots de pauvres Jusqu'aux portes de Versailles. Ce long règne ressemble à uue journée qui pendant quelques heures brille d'une éclatante lumière et dont la fin s*écoule dans les ténèbres (l). »
C'est à tort que l'on fait un mérite à Louis XIV de la direction imprimée aux mœurs nationales par sa cour; celle-ci fit faire , il est vrai , de grands progrès à la civilisation en polissant le langage et les manières; mais elle se distinguait plus par Télégance des formes extérieures que par la délicatesse des sentiments; les écrits de La Bruyère, de La Rochefoucauld, de Saint-Simon et des poètes de cette époque, en font foi. Le mépris pour le mariage ; l'avidité pour For, dans un temps où la plupart des distinctions étaient devenues vénales ; Tindifférence pour la source des fortunes, quelque honteuse qu'elle pût être; la fureur du jeu; l'indulgence à l'égard des vices, enfin Thypocrisie religieuse caractérisaient les courtisans à la fin de ce règne. Ces exemples déplorables , plus dangereux encore par le vernis brillant dont ils étaient colorés, exercèrent sur la nation une fâcheuse influence. Ces temps brillèrent cependant aussi de l'éclat de hautes vertus , là surtout où Tinfluence de la cour avait le moins pénétré. La noblesse de province, la magistrature et une partie du clergé donnèrent l'exemple de la pureté des mœurs , de l'intégrité et du mépris de l'argent; mais en vain un grand nombre d'hommes respectables résistèrent au torrent général , le règne suivant agrandit les plaies ouvertes sous celui du grand roi , et la corruption de la cour contribua autant que l'anarchie des finances à ébranler la monarchie dans ses fondements.
Le règne de Louis XIV fut une des grandes époques situation du système d'équilibre en Europe. Deux États, la Prusse ^* ''»^"™p«-
(1) Joseph Droi. •
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et la Savoie, avaient doublé en importance : la première, érigée en royaume, devait balancer au nord de l'Allemagne Tinfluence qu'exerçait TAutriche au sud de cette contrée ; la seconde, augmentée de la Sicile, était destinée à fermer l'Italie à l'Autriche et à la France. Celleci s'empara, sous Louis XTV, du rôle qu'avait rempli l'Espagne sous la période précédente : elle fut longtemps la puissance dominante par son étendue, par la force de son gouvernement, par l'ascendant de la civilisation et du merveilleux concours des supériorités intellectuelles qui l'illustrèrent.
C'est de l'avènement de Guillaume III, en 1688, que date réellement l'ère de la liberté anglaise. Depuis lors l'Angleterre n'a cessé de croître en population et en puissance. La reine Anne, qui dut toute sa gloire aux liommes célèbres de son règne, avait précédé de peu de jours Louis XIV au tombeau^ et l'électeur de Hanovre succédait à cette reine sous le nom de George P^ (1). La Russie, dont le génie de Pierre le Grand faisait un nouvel empire, s'affermissait dans le Nord en écrasant la Suède, déchue, par les témérités belliqueuses de Charles XII, du haut rang où l'avait portée Gustave- Adolphe. L'Autriche languissait sous Charles YI, et l'Allemagne obéissait paisiblement à ses nombreux souverains. La monarchie espagnole, à qui la paix d'Utrecht avait enlevé un grand nombre d'États, continuait à pencher vers son déclin^ tandis que la Hollande, illustrée par ses guerres contre Louis XIV et partageant avec l'Angleterre l'empire de l'Océan, atteignit le plus haut point de sa puissance et de sa richesse. Tel était l'état de l'Europe en 1 7 15, à la mort de Louis XIV.
(1) Ce prince descendait de la fille de Jacques V, épouse de Télecteur palatin. Le fils de Jacques II étant exclu du trdne comme 1 catholique , et ses sœurs , Marie et Anne , n'ayant pas laissé d'en- | fants , George de Hanovre était le plus proche héritier.