‹ Histoire de FranceChapitre 21 sur 101 · LIVRE III. CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE Y

il les appela à la couronne de France , eux et leurs descendants, à défaut de princes légitimes.

Cependant le roi s'affaiblissait rapidement ; son arrière-))etit-fils, qui devait lui succéder au trône, était Âgé de cinq ans , et la régence allait appartenir à son neveu , Philippe d'Orléans. Inquiète sur l'avenir des deux princes qu'elle avait élevés , madame de Maiutenon arracha au roi un testament qui bornait le pouvoir du ré- '^^"^^^^ gent par l'établissement d'un conseil où devaient entrer '^"** *'vle duc du Maine et le comte de Toulouse. Louis XIY montra lui-même peu de confiance dans l'exécution de cet acte, qu'il remit au parlement avec défense de l'ouviir avant sa mort.

Aveuglé par Torgueil et par l'habitude du pouvoir absolu , il s'avançait au tombeau, la tète encore remplie de projets désastreux . La mort , en s'approchant, le trouva méditant d'assembler un concile national pour faire proscrire une partie de son clergé par l'autre , engloutissant de^s sommes immenses dans ses inutiles construc* tions de Marly, fomentant une révolte en Angleterre , et tentant , au mépris de sa parole , un dernier effort en faveur du fils de Jacques II. Vers la fin de sa vie, cependant, renonçant aux intérêts terrestres, il fit un retour sur lui même , et, uniquement occupé de son néant, on l'entendit souvent s'écrier : a Quand J'étais roi ! » Sa mort enfin , admirable par la résignation et la majesté qu'il déploya jusque au moment suprême , peut être regardée comme une grande leçon. Nous en emprunterons quelques détails à un témoin oculaire (1). « Vers le commencement d'août (1716) le roi se plaignit d'une sciatique à la Jambe, qui se trouva être une plaie incurable. Le 14 la maladie se déclara. Il n'en continua pas moins à travailler au lit, se levant de temps en temps. Le 24

(1) Mémoires du duc de Saint-SimoD. '

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août il se confessa au P. Tellîer, et le lendemain, s'étant trouvé très-mal , H reçut du cardinal de Bohan l'Extrême-Onctîon. Puis , ayant fait entrer tous les grands officiers de sa maison : Messieurs, leur dit-il, je vous demande pardon du mauvais exemple que je vous aï donné. J'ai bien à vous remercier de la manière dont vous m'avez servi et de rattachement et de la fidélité que vous m'avez toujours marqués. Je suis bien fâché de n'avoir pas fait pour vous ce que j'aurais voulu faire; les mauvais temps en sont cause. Je vous demande pour mon petit-fils la même application et la même fidélité que vous avez eues pour moi. C'est un enfant qui pourra essuyer bien des traverses. Que votre exemple en soît pour tous mes autres sujets. Suivez les ordres que mon neveu vous donnera; il va gouverner le royaume; j'espère qu'il le fera bien ; j'espère aussi que vous contribuerez tous à l'union, et que , si quelqu'un s'en écartait, Vous aideriez à le ramener. Je sens que je m'attendris et que je vous attendris aussi , je vous en demande pardon. Adieu, Messieurs; je compte que vous vous souviendrez quelquefois de moi. » Il reçut ensuite les princes et princesses du sang, et s'entretint séparément avec le maréchal de Villeroi , qu'il avait nommé gouverneur du petit Dauphin , avec le due du Maine et le comte de Toulouse, et enfin avec le duc d'Orléans, futur régent. Quelque temps auparavant il avait mandé le jeune Dauphin; il le fît approcher et lui dit ces paroles (i) : « Mon enfant , vous allez être un grand roi; ne n'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments ni dans celui que j'ai eu pour la guerre; tâchez, au contraire, d'avoir la paix avec vos voisins. Rendez à Dieu ce que vous lui devez; reconnaissez les obligations que vous lui avez; faites le honorer par vos sujets. Suivez toujours les bons conseils, tâchez de sou-

(1) Louis XV fit grayer ces paroles ao chevet de son lit.

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lager le peuple, ce que Je suis assez malheoreux pour n'aYoir pu faire. Mon cher enfant, Je tous donne ma bédietion de tout mon coeur. » Gomme on eut ôté le petit prince de dessus le lit du roi, il le redemanda, Tembrassa de nouveau et , levant les mains et les yeux au ciel , lé bénit encore. Le roi languit encore quelques Jours et vit approcher la mort avec calme. Il dit à ses officiers : a Pourquoi pleurez- vous? M'avez-vous cru immortel? » et à madame de Mainfenon : « J'aurais cru qu*il était plue difficile de mourir; de restitution à faire, je n*en dois à personne comme particulier; mais pour celles que je dois au royaume , j'espère en la miséricorde de Dieu. » Il mourut à Versailles le i*' septembre 1715, dans sa "«t soixante-dix-septième année, après un règne de soixante- *^*l^if *^* douze ans, le plus long entre tous ceux dont il soit fait mention dans l'histoire. Madame de Maintenon, âgée de quatre-vingt-deux ans, se retira dans la maison de Saint-Cyr (l), qu'elle avait fondée pour l'éducation de trois cents jeunes filles nobles peu favorisées de la fortune, et elle y resta jusqu'à sa mort (2).

(f) Cette maison célèbre ne fat transrormêe en école militaire que depuis la Révolntion.

(2) L'union secrète de Louis XIV et de madame de Maintenon demeura stérile. Ce prince ne fut marié qu*une fois publiquement, et Ton a vu qu'en 1638 il avait épousé Marie-Thérèse d'Autriche , fille de Pliilippe IV , roi d'Espagne, et d'Elisabeth de France. Le seul enfant né de ce mariage et qui ait vécu fut Louis, Dauphin, qui éponsa une princesse de Bavière, dont il eut Louis, due de Bourgogne ( père de Louis XV ), et deux autres fils , Philippe , duc d'Anjou, qui devint roi d'Espagne, et Charles , duc de Berry. Louis XIY eut de nombreux bâtards. Mademoiselle de La Yallière lui donna trois enfants , dont une fille , connue sous le nom de mademoiselle de Blois, épousa le prince de Contl.De Françoise de Rochechouart- Mortemart , femme du marquis de Montespan , il eut le duc du Maine; le comte de Toulouse; mademoiselle de Nantes, mariée au duc de Bourbon-Condé ; la seconde mademoiselle de Blois, ma- ' riée à Philippe II , duc d'Orléans, régent de France. Mademoiselle

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Coosidéra-

tiODS

Beaucoup plus jaloux d'inspirer la crainte et de captiaartcer^ne.- y^j^ l'admiration que sensible à l'amour de ses sujets et / touché de leur bonheur, Louis XIV avait eu sa propre j grandeur pour but dans la plupart de ses entreprises. f ': Une faible partie seulement de l'édifice qu'il avait cons- ' • truit lui survécut; il vit lui-même, pendant la seconde ■ moitié de son règne, la France descendre de la hauteur où il l'avait portée durant la première , et ses actes pré- ; parèrent pour l'avenir des résultats directement contrai- ; res à ceux que ses efforts persévérants tendaient à pro- ! duire. C'est ainsi qu'en voulant affermir la religion ca- \ tholique dans l'État, il l'ébranla par les violences qu'il commit en son nom et par les faveurs trop souvent prodiguées à l'hypocrisie. Il voulut, en encadrant les gentilshommes dans les régiments nouvellement disciplinés et dans les compagnies spéciales, aussi bien qu'en instituant l'ordre de Saint-Louis , faire de la noblesse le plus ferme rempart de la monarchie ; mais il la déconsidéra par la servitude brillante qu'il imposait aux grands seigneurs et par la vente de charges ridicules, qui toutes avaient le privilège d'anoblir. Ennemi déclaré de l'autorité des parlements , il les maintint dans le silence pendant tout son règne, et lui-même, en remettant son testament à celui de Paris, ouvrit la voie par laquelle ils rentrèrent dans l'arène politique. Il crut, en transportant à sa cour l'étiquette espagnole , fortifier l'autorité royale et la gran dir aux yeux de la multitude; il l'affaiblit, au contraire, en achevant de l'isoler. Enfin, plein de mépris pour le tiers-état, il contribua puissamment à l'émancipation po-

de Fontanges lui donna un fils qui naourut an berceau. Il eut encore d'une liaison obscure une fille non reconnue , qu'il maria à un gentilhontnie des environs de Versailles , nommé le Queue. Enfin on soupçonna avec beaucoup de vraisemblance une religieuse de Pabbaye de Moret d'être sa fille.

Louis XIY n'a?ait eu qu'un frère, le duc d'Orléans, père du régeot.

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