‹ Histoire de FranceChapitre 24 sur 101 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

R^ence du duc d'Orléans et mimstère du duc de Bourbou. 1715 — 1729.

Louis XIV vivait encore, et déjà tous les regards se portaient sur le duc d*01éans^ son neveu, que sa naissance et les coutumes du royaume appelaient à exercer la régence pendant la minorité du duc d*AnJou. Pliilippe d*Orléans, doué de talents militaires auxquels la jalousie de Louis XIV donna rarement Foccasion de se produire, distingué par son esprit, par son commerce agréable et facile, par ses connaissances variées dans les langues et dans les sciences, affichait un cynisme d'irréligion et d'immoralité qui l'avait déjà plus d'une fois* exposé à d'odieux soupçons. Héritier du trône après les descendants de Louis XIV, la voix publique le rendit

(1) Voyez» pour le tableau des guerres de la France et des prindpaoïL traités durant le règne de Louis XV, ma Géographie histo^ rtg«f,et la carte n"* 17.

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responsable de la mortalité qui frappa la famille royale durant les dernières années du règne précédent, et trouva un motif d'accusation dans les études chimiques, encore peu répandues, auxquelles il s*adonnait .Sa conduite à regard du jeune roi offrit dans la suite le plus éclatant démenti à ces noires calomnies ; Lonis XIV les repoussa; cependant, préoccupé de Tintérét de ses fils légitimés, il ne décerna par son testament à son neveu qu'un titre sans puissance réelle. Il sépara la régence de la tutelle du jeune monarque, et celle-ci fut confiée au duc du Maine ainsi que Je commandement des troupes de la maison du roi; un conseil de régence, formé de courtisans et d'anciens ministres, et où le duc d'Orléans n'aurait eu que voix délibérative, devait exercer la plénitude de l'autorité souveraine.

Quel que fût Tégoîsme des motifs qui inspirèrent au roi ses dernières résolutions, les hommes graves et de mœurs austères n'auraient vu qu'avec inquiétude le pouvoir suprême passer sans contrôle aux mains d'un homme aussi décrié dans l'opinion que le duc d'Orléans. Mais ce prince nourrissait des prétentions plus hautes, et comptait avec raison, pour les soutenir, sur les courtisans, fatigués du masque de dévotion que leur imposait le vieux roi et pleins d'espoir dans la régence d'un homme de plaisir ; sur les parlements, impatients de secouer l'interdiction politique qui pesait sur eux depuis cinquante années; enfin sur cette foule d'adorateurs de la fortune , sans principes et sans opinions, toujours prêts à changer • avec elle, et habiles à deviner le parti du plus fort.

Dès le lendemain de la mort de Louis XIV, après une nuit employée à négocier et à prodiguer des promesses , le duc d'Orléans se rendit au parlement, accompagné des princes, des pairs du royaume et d'un nombreux cortège de courtisans et d'officiers gagnés à son parti. Dans un discours plein d'adresse, le duc se montra jaloux de

le teaUment

de LoqH XIY.

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tenir do parlement le titre anquel sa naissanoe lui don* naît des droits ; puis, après avoir fait entendre à cette compagnie qu'il s*éclairerait deses remontranoes, il donna lecture du testament. La plupart des magistrats, et entre autres les avocats généraux Guillaume de Lamoignon, Pierre Gilbert de Voisins, Henri-François d'Aguesseau, depuis chancelier, et Joly de Fleury, procureur général, étaient dévoués au duc, et, malgré les efforts du premier président de Mesmes^ qui défendait les intérêts des princes légitimés, le testament fut cassé tout d'une ^oix. Le par^ lement reconnut le duc pour régent du royaume, avec plein pouvoir et toute liberté de composera son gré le con- "^^'ïj, seil de régence. D'Orléans y appela ceux que Louis XIV ^^^k^^avait choisis, et le composa des princes, du chancelier Voysin, des maréchaux de Villeroi, d'Harcourt, de Tallard et de Bezons, du duc de Saint*Simon et de Gbeverny, ancien évêque de Troyes : les trois derniers seulement étaient des choix nouveaux du régent; le due du Maine garda la surintendanue de l'édocation de Louis XV, élevé à Vincennes ; mais il fut dépossédé du commandement des troupes de la maison du roi.

Les ministères furent supprimés, et pour les remplacer le régent tréa six conseils particuliers : celui de conscience, et ceux de la guerre, des finances, de la marine, des affaires étrangères et de l'intérieur du royaume ; ils étaient présidés par le cardinal de Noailles, le maréchal de Villars, le duc de Noailles, le maréchal d'Uxelles et le duc d*Antîn. On s'aperçut ensuite qne les intérêts commerciaux avaient été oubliés dans l'établissement de ces six conseils, et il en fut créé un septième intitulé conseil du commerce. On remarquait dans leur composition des hommes très-différents par la naissance, par l'esprit et les mœurs : d'abôrS les grands seigneurs, habiles en intrigues et novices en affaires; ensuite les amis du régent, l'élite des roués, hommes ignorants.

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spirituels et pervers ; enfin, au-dessous d'eux, on comptait des conseillers d'États et des membres du parlement, gens instruits et laborieux, destinés à réparer les fautes de leurs collègues. Le régent se réserva personnellement le soin de TAcadémie des Sciences. Ses premières me- ^'^IST ^^^^ furent généralement approuvées; il rendit au parde régence, lement le droit de remontrances, dont il le priva dans la suite; il fit payer exactement la solde des troupes, ordonna contre les financiers des poursuites judiciaires, fixa la valeur, jusqu'alors vacillante, des espèces d'or et d'argent, visita les prisons royales, exila le P. Tellier et quelques autres jésuites, et révoqua les arrêts arbitraires rendus par le feu roi contre leurs nombreuses victimes. Plusieurs évêques, une foule de prêtres et de laïques, proscrits pour de misérables querelles théologiquesy furent rappelés ; enfin le régent ordonna l'impression du Télémague. Ce fut sous ces heureux auspices que débuta son gouvernement.

Les hommes influents étaient divisés en deux partis : les uns ( à leur tête était le maréchal de Villeroi, gouverneur du jeune monarque ) , fidèles à la politique de Louis XIV, voulaient maintenir une étroite union avec TEspagne, alors gouvernée par le fameux cardinal Albéroni, qui de simple curé de campagne s'était élevé au rang de premier ministre de Philippe V; l'autre parti inclinait avec TAngleterre. Dubois, soldé par cette puissance, homme cynique et habile intrigant, autrefois précepteur du régent, puis ministre de ses débauches et qui le dominait encore par le triple ascendant d'une volonté énergique, du vice et de l'habitude, était l'Âme de ce parti, qu'il présentait, en cas de vacance du trône, comme la plus forte barrière contre les prétentions de Philippe y à la couronne de France, quoique ce prince y eût formellement renoncé en acceptant celle d'Espagne. Lord Stair, ambassadeur d'Angleterre, compagnon des

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plsûsirs du régent, Tentralna dans cette alliance, et la lui fit acheter par l'expulsion du prétendant, fils de Jacques II, et par la démolition du port de Mardick, que Ix>uis XIV destinait à remplacer celui de Dunkerque. Une triple alliance fut conclue entre la France, TAngleterre et ^^^^ la Hollande. L'année suivante ces trois puissances signe- ^'Angleterre rent, conjointement avec l'empereur, un nouveau traité, ^ l??""*** connu sous le nom de traité de la quadruple alliance^ et ^^Jj^)* TEspagne fut sommée d'y accéder sous trois mois. '''^'*'

Le régent, toujours inquiété par les prétentions de Philippe y et par les intrigues d'Alhéroni, comptait à l'intérieur du royaume un très-grand nombre d'ennemis, dont les uns lui étaient suscités par la force des circonstances, d'autres par les fautes de son gouvernement et sa conduite personnelle. Ses débauches et le scandale de ses orgies, où présidait la duchesse de Berri, sa fille; la honteuse élévation de Dubois et son immense crédit sur le prince blessaient toutes les âmes honnêtes et soulevaient contre le régent l'indignation publique. Sa partialité pour l'Angleterre et les mesures rigoureuses contre les princes légitimés, qu'il avait privés du titre de princes du sang, à la sollicitation des ducs et pairs, lui avaient aliéné leurs nombreux partisans, ainsi que ceux du système politique de Louis XIV ; mais rien n'avait excité plus de ressentiments contre le régent que ses opérations financières.

La dette publique laissée par Louis XIV montait à ^J^/;^^. près de cinq milliards de notre monnaie actuelle; les ^Uforab"». revenus de trois années étaient consommés d'avance et "« "i». tout crédit anéanti. Le régent eut donc à lutter dès son début contre des difficultés immenses. Les seules voies connues et habituellement suivies par les gouvernements, pour sortir de gêne, étaient la banqueroute, l'altération de la valeur des monnaies et les poursuites contre les traitants. Le régent employa d'abord ce dernier moyen, nom-

l4à tHÔISIÈMB ipOQUS.

mant une chambre de Justice chargée de rechercher les coupables. Cette chambre, vue d'abord avec faveur, se rendit bientôt odieuse par L'atrocité des mesures prises pour seconder ses poursuites ; la délation fut encouragée par Tappât d'une part dans la confiscation, et la peine de mort prodiguée pour tous les délits des justiciables; on admit les domestiques à déposer contre leurs maîtres sous des noms empruntés, et la médisance à l'égard des délateurs fut punie du dernier supplice. Les recherches remontèrent à vingt-sept années; il suffit d'être riche pour être poursuivi, et quatre mille quatre cent soixantedix chefe de famille furent inscrits sur vingt rôles qui parurent successivement comme autant de tables de proscription. Une . multitude de réclamations surgirent de toutes parts; des solliciteurs de tout état et de tout rang assaillirent je régent, et, comme l'a dit un écrivain judicieux et spirituel (i), « rindulgence eut ses tarifs comme a la vengeance avait ses rôles, d et la cour de France ne fut plus que le marché scandaleux d'un royaume mis au pillage. Chacun déguisa sa fortune, et le travail cessa en même temps que le luxe ; on finit par s'indigner en voyant les vols changer de main/ et la chambre de justice tomba sous une réprobation universelle.

On eot reeours à d'autres moyens également arbitraires et violents : les contrats d'affaires conclus avec l'ancien gouvernement furent en partie détruits; ou réduiâtàk moitié les rentes, ainsi que les pensions audeasus de six cents livres ; on supprima impitoyablement, sans en rembourser le prix, une multitude d'offices et de privilèges créés et vendus par le gouvernement précédent. Cette réforme rendit aux communes l'élection de leurs administrateurs. La refonte des monnaies semblait offrir, au gouvernement d'immenses avanta-

(1) Lemontey, BMoire delà Régence,

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gesy et elle fut ordonnée; mais cet acte, dont le prestige n'abuse la multitude qu'un moment , a des effets constamment funestes. La confiance se perd , la circulation s'arrête 9 et l'étranger tire d'immenses profits de la refonte qu'il fait lui-même des espèces décriées. Tel fut le sort de la refonte qu'entreprit le duc de Noailles : il comptait sur un milliard de fabrication, on n'apporta aux hôtels des monnaies que trois cent soixante-dix-huit millions; au lieu de deux cents millions de bénéfice qu'il espérait, il n'en obtint que soixante-douze, et l'or du royaume s'écoula rapidement chez l'étranger (i).

Une troisième opération financière eut pour objet la revue générale des effets publics ^ dont Le nombre était inconnu : on résolut de les refrapper en une seule espèce de billets d'État , et l'on chargea de ce travail les quatre frères Paris, doués d'une sagacité remarquable. Six cents millions furent présentés au visa; une loi les réduisit à deux cent cinquante millions de billets d'État portant intérêt à quatre pour cent, dont cent quatrevingt-quinze seulement furent délivrés aux propriétaires des effets visés. Après les moyens violents le duc de Noailles en employa de corrupteurs : il eut recours aux loteries. Mais la crise n'en était pas moins imminente : réquitabie impôt du dixième sur tous les biens venait d'être supprimé; les caisses des receveurs étaient vides ^ et la solde des troupes ne se payait plus. Au milieu de ces grands bouleversements, l'Écossais Law commençait à élevejr sa fortune : cet aventurier, si fameux dans la suite et qui unissait de hautes conceptions financières à des erreurs fondées sur l'inexpérience pratique, séduisit le régent par la nouveauté de sa théorie , exposée avec une grande clarté. Cependant il ne put d'abord , en 1 7 1 6, appliquer son génie, qu'aux opérations d'une banque dont

(1) Ces détails sont extraits en partie de VBistoire de la Ré* gencCf par Lemontey.

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le fonds, partagé en douze cents actions, ne s'élevait c[a'à six millions : Law en obtint le privilège pour vingt ans. Elle gérait les caisses des particuliers, escomptait des lettres de change , recevait les dépôts, et délivrait des billets payés à vue et en monnaie de banque invariable. Elle eut un succès prodigieux^ et maigre , la juste défiance des gens sensés, la fixité de cette nouvelle monnaie rétablit les changes et rappela le commerce. Le régent, empressé de faire profiter le gouvernement des avantages de cette banque, fit recevoir ses billets eD payement des impositions , et voulut lui-même en être Fun des directeurs. On vit alors une monnaie fictive émise par des particuliers , confiée , ainsi que les revenus de rÉtat, à la bonne foi d'une compagnie indépendante; et Law mérita dès lors le titre de fondateur de la science du crédit public en France.

Law cependant rencontrait une vive opposition surtout dans le parlement. Ses plus puissants adversaires , le chancelier d'Âguesseau et le duc de Noaîlles , avaient été destitués; l'ancien lieutenant de police 'd'Argenson et Dubois étaient à la tête des affaires , lorsque le régent résolut de frapper un coup décisif tout à la fois contre les ennemis du système de Law et contre les princes légiticéièbre Ut més. Un Ht de justice est indiqué pour le 26 août 1718, M août 171*8. et les magistrats se rendent aux Tuileries au nombre de cent soixante-dix. Le régent invite le duc du Maine et son frère le comte de Toulouse à sortir ; puis il donne lecture de lettres patentes qui cassent les derniers arrêts du parlement et lui enlèvent le droit de remontrances en matières de finances et de politique; On lit ensuite un édit par lequel les princes légitimés sont réduits au simple rang de leur pairie; enfin un arrêt enlève au due du Maine la surintendance de l'éducation du roi et la donne à son neveu et à son ennemi le duc de Bourbon , prince de mœurs dépravées , singulièrement cupide et de l'esprit

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le plus borné. Le premier président ayant demandé qu'il fût permis au parlement d'examiner l'édit qui le concernait , le garde des sceaux répondit : a Le roi \eut être obéi , et sur-le-champ, o Trois jours plus tard des rigueurs signalèrent la victoire du régent : trois magistrats furent emprisonnés; plusieurs parlements, et entre autres celui de Bretagne , subirent de semblables violences. Les conseils établis par le duc d'Orléans au commencement de la Régence furent supprimés , et remplacés par des départements à la tête desquels il mit des secré^ taires d'État plus dépendants de lui. Le duc du Maine céda sans bruit à l'orage, mais la duchesse sa femme éclata en plaintes et en menaces ; sa magnifique résidence de Sceaux devint le rendez- vous des mécontents et le foyer de toutes les intrigues. Un rapprochement intime existait depuis longtemps entre cette petite cour factieuse et l'ambassadeur espagnol, le prince de Gellamare. Celui-ci, fidèle aux coBipinitioii instructions d'Âlbéroni^ conspirait contre le régent et ceiumare. s'efforçait d'amener une révolution dans le gouvernement du royaume. Abusé lui-même, il exagérait dans ses rapports Fimportance politique et le nombre des mécontents, et l'audacieux cardinal voulait que Philippe V engageât le jeune roi Louis XV, son neveu , à renoncer à la quadruple alliance , à enlever la régence au duc d'Orléans et à convoquer les états généraux ; il méditait en même temps de rétablir les Stuarts en Angleterre, et de mettre le roi guerrier Charles XII à la tète de l'expédition. Il servait ainsi les désirs ambitieux d'Elisabeth Farnèse , seconde femme de Philippe V, et se maintenait dans sa faveur en la flattant de l'espoir de conquérir des trônes pour ses enfants; il avait jeté les yeux sur plusieurs États distraits de la monarchie espagnole par le traité d'Utrecht, et déjà une armée avait envahi et soumis la Sicile. Mais, en 1718, une flotte anglaise , composée de vingt voiles et commandée par l'amiral Byng , attaqua dans la Méditer-

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ranée la flotte espagnole,^ forte de viogt-sept vaisseaux, dont elle prit ou détruisit vingt-trois. Albéroni , troublé par cet échec et sentant sa puissance clianceler, écrivit à Gellamare de a mettre le feu aux mines, b Cependant Dubois, déjà instruit par un copiste, tenait tous les fils de l'intrigue : il laissa les conspirateurs s'engager plus avant^ et le ô décembre il fit arrêter en route Tabbé Porto-Carréro, chargé des dépêches de Timprudent Gellamare et des papiers relatifs à cette absurde intrigue, adressés à Albéroni. L'ambassadeur fut aussitôt transféré au cliâteau de Blois, pour y attendre les ordres de sa cour. Les conspirateurs étaient découverts. Le duc et la duchesse du Maine sont aussitôt arrêtés ; le premier est envoyé au cliâteau de Dourlens et la duchesse à Dijon ; on emprisonne en même temps un grand nombre de leurs complices. Après avoir fait imprimer les lettres du roi d'Espagne, le régent se montra indulgent pour ses ennemis : il exigea d'eux l'aveu de leur faute, fit signer une confession détaillée à la duchesse du Maine, et relâcha les prisonniers sans tirer d'eux aucune autre vengeance. Un magnanime oubli des injures était la plus noble qualité de son àme.

Complot Une intrigue semblable à celle de Gellamare se tramait in^si^sne. à la même époque en Espagne par le duc de Saint- Aignan, ambassadeur du régent; elle avait pour but de renverser Albéroni et de préparer à la maison d'Orléans la succession du valétudinaire Philippe V. Ges projets avortèrent sans éclat : Saint-Aignan quitta l'Espagne avant que la disgrâce de Gellamare y fût connue, et tandis que le régent recueillait tous les fruits qu'il pouvait souhaiter de l'imprudence téméraire de cet ambassadeur. Le parti de l'ancienne cour demeura consterné ; il n'y eut qu'un cri en France et en Europe contre la déloyauté de l'ambassadeur espagnol , et la guerre contre Philippe Y fut résolue.

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Trouble»

en BreUgne

Des troubles avaient éclaté dans la Bretagne, encore inculte en grande partie et où végétait une population ignorante et pauvre, dominée par cinq ou six mille gentilshommes. Ceux-ci, blessés des hauteurs du maréchal de Montesquiou, gouverneur de la province, firent difficulté d'accorder le don gratuit, et Tannée suivante ils s'opposèrent à un édit du conseil relatif au droit d'entrée. Le parlement enregistra leur décision. Quelques lettres de cachet punirent ces tentatives d'indépendance. Albéroni entrevit dans ces étincelles de révolte l'espoir d'une puissante diversion en faveur de Philippe V; il entretint les chefs dans leurs projets factieux : la noblesse signa un acte de confédération armée et appela les troupes espagnoles; mais les classes inférieures, indifférentes à cette querelle absolument étrangère à leurs intérêts particuliers, refusèrent de la soutenir, et le gouvernementeut bientôt étouffé la révolte. Une chambre de justice fut établie à Nantes : quatre gentilshommes condamnés à mort y furent exécutés Ja nuit aux flambeaux, en grand appareil, et quand la flotte espagnole, commandée par le duc d'Ormond, se présenta en vue des côtes de Bretagne, elle les trouva hérissées de troupes et défendues par une population fidèle.

Cependant une armée, sous les ordres du maréchal de Guerre

entre

Berwick, était entrée en Espagne, où Albéroni n'avait }^J^^^

' . ^ ^ ' et l'Espagne

rien préparé que pour l'intrigue; un grand nombre de d^uKîrai. places tombèrent au pouvoir des Français, et la marine *''*•• espagnole fut détruite dans ses ports. Vers le même temps seize mille Impériaux, conduits en Sicile par le général Mercy, firent évacuer Tile aux Espagnols. Écrasé par ces nombreux revers, Albéroni se vit perdu. La reine se tourna contre lui et ne vit plus dans ce ministre que l'obscurité de sa naissance. En vain fit-il encore trembler le gouvernement français en proposant de jeter l'Espagne dans l'alliance de l'Angleterre et de l'Autriche : sa dis*

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