CHAPITRE PREMIER
De roayerture des états généraux jusqu'à la dissolution de PAssemblée constituante.
5 mai 1789 — 20 octobre 1791.
Les états généraux s'oavrirent le s mai 1 789 dans la oavcrture salle des Menus-Plaisirs , à Versailles. Les députés fu- fféoénui.
, . , , ' , , "^ 8 mai 1789.
rent appelés a la séance royale et mtroduits suivant Tordre établi en 1614; mais le temps n'était plus où le tiers état, parlant à genoux et découvert, reconnaissait son humiliante infériorité en présence des autres ordres; il se hâta de témoigner qu'il se regardait comme leur égal, et lorsque, à l'exemple du roi, les députés des deux premiers ordres se furent couverts, ceux du troisième, contre l'usage des anciens états, imitèrent sur-le-champ la noblesse et le clergé. Ce geste faisait suffisamment comprendre qu'une révolution s'était accomplie dans les esprits et dans les mœurs. Les députés du tiers état auraient peu gagnéoependant à se proclamer eux-mêmes les égaux des députés des autres ordres s'ils n'avaient pu faire reconnaître cette égalité en l'établissant sur des faits. La première et la plus importante question à résoudre était de savoir si les votes seraient recueillis par ordre ou par
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tète; dans le premier cas les députés] du tiers état auraient perdu l'avantage que leur donnait leur nombre, double de celui des députés de chaque ordre privilégié. La cour, la majorité de la noblesse et une grande partie du clergé attachaient la plus baute importance à ce que les votes eussent lieu par ordre dans toutes les questions politiques; mais la noblesse comptait parmi ses membres quelques dissidents populaires ; les curés formaient une partie considérable des députés du clergé; leurs opinioDS se rapprochaient de celles des députés du tiers, auxquels Tunanimité de sentiment et la force numérique donnaient un immense avantage. Ceux-ci procédèrent à la vérification de leurs pouvoirs, après avoir invité la noblesse et Formatton le clcrgé à vérifier en commun les pouvoirs de tous ; puis, l'Assemblée de l'avîs de Sieyès, ils se constituèrent , le i7 juin, en
nationale. «^ ' 1*1
i7jaio. Assemblée nationale. Cette grave décision fut soutenue aussitôt par des actes de souveraineté; rassemblée, formée des députés du tiers état et des membres dissidents de la noblessse et du clergé, vota la perception provisoire des impôts tant qu'elle serait réunie et la cessation de ceux qu'elle n'aurait pas établis; elle consolida la dette publique, nomma un comité de subsistances^ et proclama l'inviolabilité de ses membres.
L'agitation des esprits était extrême lorsqu'une séance royale fut annoncée, et^ sous prétexte .des préparatife qu'elle exigeait, l'autorité fit fermer la salle des états. Bailly, premier député de Paris, présidait alors l'Assemblée; estimé pour ses travaux littéraires et scientifiques, il s'était acquis l'estime de tous les partis par la noblesse et la fermeté de son caractère. Il se présenta le ao juin 1789, avec un grand nombre de ses collègues, à ia porte des états, et la trouva fermée. Les projets violents de la
serment; COUT u'étaut plus uu mystère, les députés résolurent d'en de^ Paume, prévculr l'cxécution ; ils suivirent leur président au Jeu
^fiâ?' de Paume, et là, les mains levées, ils jurèrent tous, hors
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UD seal, de ne se séparer qa'après avoir donné une con»titation à la France. Deax jours après, la majorité du clergé se réunit aux députés des communes dans l'église Saint- Louis y où ceux-ci s'étaient provisoirement rassem* blés.
Necker avait conçu un plan qui devait tendre au rapprochement des ordres et à la conciliation des esprits ; le roi avait promis de Tadopter et d'en faire mention dans son discours à l'Assemblée : l'influence de la cour l'emporta sur la prudence du ministre. Effrayé de l'immense ascendant que prenait le tiers état, par ses premiers actes, sar l'opinion publique, le parti opposé à Necker, celui des priDces, communiqua ses alarmes à Louis XVI, et obtint de lui qu'il ferait intervenir son pouvoir en cassant les arrêtés de l'Assemblée, en ordonnant la séparation des ordres et en fixant lui-même toutes les réformes qui devaient être opérées par les états généraux. séaoce
Tels furent les préludes de la séance royale, qui se tint n j!un. ie n juin. Le roi y vint avec tout l'appareil de la puissance souveraine, et fut reçu d'une partie des députés avec un silence glacial; il ne reconnut l'Assemblée que comme l'ordre du tiers état, et lui ordonna de se dissoudre. Les membres présents de la noblesse et du clergé obéirent aussitôt après le départ de Lx>uis XVI ; ceux des communes ne quittèrent point leurs sièges. Le grand maître des cérémonies vint leur rappeler l'ordre du roi. « Allez dire à < votre maître, s'écria ISlirabeau, que nous sommes ici par « Tordre du peuple, et que nous n'en sortirons que par « la puissance des baïonnettes. » Sieyès, s'adressant alors à ses collègues, leur dit avec sang-froid : « Vous êtes « aujourd'hui oe que vous étiez hier : délibérons . » L'Assemblée persista dans tous ses arrêtés, et , sur la motion de Mirabeau, décréta l'inviolabilité de ses membres. Dès lors la puissance royale fut perdue. La majorité des membres du clergé siégea de nouveau dans l'Assemblée dès sa
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R^^oc« première séance. L'ordre de la noblesse persita dans son
refus, malgré les instances du comte de Ciermont-Tonnerre et les exhortations plus vives de Lally-ToUeoâiil, fils de l'infortuné général Laily et déjà célèbre par le talent qu'il avait déployé pour faire réhabiliter la mémoire de son père, a Songez, IVIessieurs, dit-il , que dans la ot marche des révolutions politiques il est une force des a choses qui l'emporte sur celle des hommes. Il a été a une époque où il a fallu que la servitude fût abolie, et « elle Ta été ; une autre où il a fallu que le tiers état ena trât dans les assemblées nationales , et il y est entré. a En voici une où les progrès de la raison , où les droits <r de rhumanité, trop longtemps méconnus, où le respect a que doit inspirer cette masse imposante de vingt>quatre a millions d'hommes veut donner à ce même tiers l'éga- « lité d'influence, la juste proportion de droits qui doia vent lui appartenir. Cette troisième révolution est a commencée; rien ne l'empêchera. Je crois fermement a qu'il ne tient qu'à la noblesse de s'y assigner une a place d'honneur, de s'y couvrir d'une gloire plus bril- 9 lante peut-être que toutes celles qu'elle a jadis recudl- 9 lies, de s'y inscrire pour jamais comme bienfaitrice de a la nation. C'est à ce titre , Messieurs , c'est par vos plos u chers intérêts que je vous presse d'acquiescer à la 9 motion de M. de Clermont-Tonnerre. » Les efforts de RéoDion Lally furent vivement combattus par d'Éprémesnil et et'du^iter'é ^^^'^1 ^^ ^^ motion fut rejetée; mais le lendemain quaauuersétat. rantc-sept membres de la noblesse, ayant à leur tête le duc d'Orléans, se réunirent au tiers état et à la migorité du clergé : ils furent accueillis avec enthousiasme.
Cependant la fusion des ordres en une seule assemblée n'était pas complète, et, cette dissidence entretenant au dehors une extrême agitation, Necker conseilla de nouveau la réunion des trois ordres ; la reine et plusieurs personnages influents unirent leurs intances aux siennes;
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Louis XVi céda , et annula sa déclaration du 33 juin aussi facilement qu'il avait abandonné les idées deNecker pour celle des courtisans. Il manda auprès de lui le duc deLuxembourgy président de la noblesse, et lui exprima son nouveau désir. Luxembourg combattit ce vœu ; Il montra au monarque la désunion entre les ordres comme le deroier moyen qui lui restât de conserver le pouvoir. « Votre ûdèle noblesse, dit le duc en terminant, a le choix d aller, comme Votre Majesté Vy invite , partager avec ses codéputés l'exercice de la puissance législative ou de moQrir pour défendre les prérogatives du trône. Son choix n'est pas douteux. — Monsieur de Luxembourg, répondit le roi d'une voix ferme , mes réflexions sont faites; je suis déterminé à tous les sacrifices : je ne veux pas qu'il périsse un seul homme pour ma querelle. Dites donc à l'ordre de la noblesse que je le prie de se réunir aux deux autres. Si ce n'est pas assez , je le lui ordonne ; comme son roi, je le veux. » Le roi fut obéi; après le 27 juio le clergé , la noblesse et le tiers état ne formèrent plus qu'une assemblée , qui fut indistinctement nommée nationale et constituante; la délibération devint générale, et la distinction établie entre les ordres cessa d'exister. ^^^^
Toute l'autorité morale ayant passé du monarque à -*« N«ckT. l'Assemblée, les conseillers de Louis XVI l'engagent trop tard et imprudemment à recourir à la force. Des troupes sont appelées en grand nombre autoui: 3e Versailles; Neeker est exilé ; le maréchal de firoglie , La Galissonnière , le duc de La Vauguyon , le baron de Breteuil et rintendant Foulon sont désignés pour le ministère : tous partageaient plus ou moins Topinion de la cour. L'approche des troupes et Texil de Neeker excitent une fermentation dans Paris. Camille Desmoulins , jeune et ^"""{^ ^ fougueux démagogue , harangue le peuple dans le jar- ^^^^ ^, dio du Palais-Royal et l'invite à courir aux. armes. Le
HIST. DB FRANCE. — T. IF. Il '
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pistolet à la main, il s^élance debout sar une table et dénonce le projet de la cour contre les patriotes. « Ce soir même, s'écrie-t-il, les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars pour nous égoi^erl Une seule ressource nous reste : courgns aux arm.sl » La foule lui répond par ses acclamations ; il propose alors d'adopter une couleur pour signe de ralliement ; le vert, symbole de TespérancCy est choisi. L'orateur arrache une feuille d'arbre qu'il attache à son chapeau; chacun Timite, et les arbres du jardin sont presque dépouillés. On . court de là chez un sculpteur prendre les bustes de Necker et du duc d'Orléans (i) ; on les voile d'un crêpe, et ils sont promenés dans Paris. Le prince de Lambesc , colonel du Royal-Allemand, trouble cette ovation en faisant charger les troupes; mais les gardes françaises prennent parti pour le peuple ; les troupes refusent de tirer sur leurs compagnons d'armes et battent en retraite. Cependant le tumulte et le désordre augmentent dans la capitale; les barrières sont incendiées y des malfaiteurs Formation pillent plusieurs maisons : la populace était sans pain, " def et l'on prévoyait les plus grands malheurs. Pour les pré- *"** venir, quelques électeurs réunis à l'hôtel de ville prennent en main l'autorité et rendent de grands services dans ces premiers moments, par leur conduite à la fois ferme ^ active et prudente. L'Assemblée nationale , après avoir vainement tenté une conciliation entre elle et la cour, décrète à l'unanimité la responsabilité des ministres et de tous les conseillers du roi , de quelque rang qu'ils puissent être ; elle vote des regrets à Necker et aux ministres disgraciés, place la dette publique sous la sauvegarde de la loyauté française, et s'établit en permanence; l'archevêque de Vienne la préside, et la Fayette est élu vice-président.
(1) Le bruit s^'étalt répaudii que le duc d'Orléaos venait d'dtre exilé.
14 Juillet
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Le peuple de Paris, enflammé par Tattltade hostile de la coar, veut poursuivre ses premiers avantages et demande des armes ; le comité des électeurs , siégeant à l'hôtel de ville , organise la garde nationale, qu'il porte à quarantehuit mille hommes, et a laquelle, sur la proposition de La Fayette, il donne la cocarde tricolore (t); chaque district a son bataillon. Cinquante mille piques sont forgées ; on pille l'arsenal des Invalides. A la Bastille ! à la Bastille! devient le cri de la multitude déchaînée. Le siège de la Bastille est aussitôt entrepris. Les gardes françaises se révoltent, accourent à l'aide du peuple avec du canon, et décident la prise de la citadelle, dont la faible gar- p^n nison rend les armes. Le peuple, élevant dans ses mains iaiâ»tme. de sanglants trophées de son triomphe, revient en ru- 0ssant à l'hôtel de ville, et bientôt des assassinats accompagnent sa victoire. L'infortuné Delaunay, gouverneur delà Bastille et prisonnier de la multitude, est égorgé par elle. Une lettre trouvée sur lui fait accuser de trahison Flesselle, prévôt des marchands; la populace veut le massacrer^ puis ordonne qu'il soit traduit en jugement devant elle : il est assassiné d'un coup de pistolet. L'effervescence est au comble , partout l'autorité est insultée, la loi méconnue ; le sang coule, et la guerre civile est imminente.
La cour ne voit qu'une émeute dans le mouvement de Paris; le roi se proposait de dissoudre l'Assemblée, et avait donné au mftréchal de Broglie, commandant de l'armée, un pouvoir sans limites. Instruit, au milieu de la nuit, par le duc de La Rôchefoucauld^^Liaucourt, de la prise de la Bastille et des autres événements du ] 4 juillet : a C'est une révolte, » dit le roi. « Sire, c'est une révolation, d répond le duc. La résolution du roi fléchit
(1) Celle cocarde unit au blanc, ancienne couleur de la France, te fooge et le bleu , couleurs de la ville de Paris.
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saus frein, en ne mettant d'autres bornes à leurs espérances que celles qu'ils reconnaîtraient eux-mêmes à leurs mérites.
ii^p«^rti< Trois partia principaux divisaient à cette époque l'As- •Assemblée, semblée : celui delà cour et des privilégiés, formé de la niajorité de la noblesse et du eler^é, et dont les orateurs les plus remarquables étalent TabbéMaury et Gazalès, officier de cavalerie; cieilui qui désirait une constitution sur le modèle de la constitution d'Angleterre : Necker, Mounier, Laily-Tollendal et Maiouet étaient à la tête de oe second parti , composé principalement de la minorité de la noblesse; enfin le reste de l'Assemblée formait le parti ennemi de toute distinction aristocratique entre les différentes classes de la nation ; ce parti se divisait lui*méme en plusieurs fractions, fort peu d'accord entre elles : dans Tune on remarquait Bailly et La Fayette ; dans une autre on distinguait les membres d'un triumvirat célèbre, toujours ardent à soutenir les propositions les plus populaires, et formé de Duport, conseiller au parlement et auteur de la confédération des clubs , du colonel Alexandre de 1^meth et de l'éloquent Barnave. Enfin quelques membres de ce troisième parti se signalaient par leur violence révolutionnaire; mais leur créditétaltfaibleencore; parmi leurs noms figurait un nom sinistre, obscur alors et depuis trop fameux, celui de Robespierrre. On pouvait compter encore un quatrième parti dans l'Assemblée, le parti d'Orléans; mais il était vague et indécis, et, s'il existait réellement» il ne se composait que de quelques membres particulièrement attachés au prince, et auxquels on supposait le dessein de transférer la couronne sur sa tète. Les principaux chefs de l'Assemblée étaient deux hommes étran- L^abbé gersatt tiersétatet adoptés parlui, TabbéSieyès et lemaret mlS^M. quis de Mirabeau. Le premier la dominait par la puissance d'une tète philosophique et abondante en idées neuves et séduisantes, mais abstraites, absolues, d'une application
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difficile, paHbis chimériques et trop- souvent suggérées par une haine implarabie contre les ordres privilégiés : il gouvernait dans les comités. Le second régnait à la tribune; abandonné de bonne heure aux passions les plus fougueuses, victime de ses désordres et habitué àlutter contre l'arbitraire, dévoré par le besoin d'une activité prodigieuse en harmonie avec ses puissants moyens, aussi audacieux qu'éloquent, les révolutions étaient son élément. Repoussé par la noblesse de Provence, il se jeta dans les bras du peuple, qui Taccueillit avec transport ; il domina quelque temps au-dessus de tous les partis, et il exerça dans l'Assemblée la souveraineté du génie.
Le pouvoir royal , suspendu de fait , était alors rem* placé par celui de T Assemblée nationale, qui nomma Actes différents comités charités de pourvoir à toutes les bran- rkMembite
. ,. nr^., , ... coMlltuante
ches du service public. Elle adopta ensuite, sur la pro- ^*J*Îj""°" position de La Fayette , une déclaration des droits de l'homme , rédigée dans l'esprit de la célèbre déclaration du congrès américain , et qui servit de basé à la consti'tution. Louis XVI hésita avant de l'accepter et n'y donna son adhésion qu'à regret. L'Assemblée décréta la permanence du corps législatif, et , après une discussion très-animée, dans laquelle Necker, Mounier et Lally- Tollendal insistèrent pour le partage de ce corps en un sénat et une chambre de représentants , il fut décidé qu'il serait indivisible et composé d'une chambre yni» que.
Il s'agissait ensuite de déterminer l'action du monarque dans la confection des lois ; les uns voulaient que le roi pût s'opposer d'une manière absolue aux décrets de l'Assemblée , et les autres que son veto ne fut que suspensif. Cette question excita les plus violents débats. Paris était encore dans une grande agitation , suite naturelle de la victoire do 14 Juillet. L'assemblée des élec^ teurs, qui avait tenu Heu de municipalité provisoire,
dTpîîiî* ^Cï^aït ^'^*ï^ remplacée. Cent quatre- vingt» membres, nommés par les districts , s'étaient constitués en législateurs et en représentants de la commune , tandis que les comités des soixante districts de Paris , dont ils tenaient le pouvoir, s'attribuaient également un pouvoir législatif et supérieur À celui de leurs mandataires. La manie des discussions publiques était devenue générale; il se formait dans la ville des assemblées de toute espèce : les soldats, les garçons tailleurs, les perruquiers, les domestiques avaient tous un lieu spécial de réunion. Les délibérations les plus animées avaient lieu au Palais- Royal, où le peuple contrôlait celles de T Assemblée na-
Discttwion tionale; ce fut là que la discussion sur le veto royal véiS'l^aL excita- la plus violente irritation. La classe moyenne , qui composait la garde iiationale , n'avait pas encore à Paris toute l'autorité en main, et le ministère , effrayé des démonstrations menaçantes de la multitude , décida le roi à abandonner le veto illimité pour se réduire au , veto suspensif, L'Assemblée décida que le refus de sanction du monarque ne se prolongerait pas au delà de deux législatures. C'était dépouiller la royauté du peu de force qui lui restait, et de son dernier prestige. Ceux qui jugeaient ainsi voulaient que le roi cberchât un refuge au milieu de son armée. Louis XVI résistait à ces suggestions; des troupes néanmoins furent appelées à Versailles; on y fit venir des dragons et Je régiment de Flandre ; et les adversaires du régime nouveau reprirent courage. Banquet Lcsofflciers dcs Fégimopts récemment venus furent fè-
i«rortobr<. ^^ par Icurs camaradcs dans la salle de spectacle da cbàteau, réservée aux grandes solennités; le roi et la reine V tenant le Dauphin dans ses bras , parurent dans cette réunion bruyante ; leur vue excita des cris d'enthousiasme; des cocardes blanches furent, distribuées, et l'on foula aux pieds les. emblèmes tricolores. Tel lut le fameux repas du 1^^ octobre, dont les. suites devaient
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^tre si foDestes à la famille royale. La nouvelles^ea répandit bientôt dans Paris et produisit ia pi as grande fermentation ; Tarrivée des régiments, leurs dispositions hostiles, la crainte des complots, et surtout la disette firent éclater un soulèvement redoutable. Une fille sans moeurs donne le signal , le 6 octobre , en parcourant les rues avec um tambour; une horde de femmes la sait» demandant du pain et poussant d'affreuses vociférations. Autour d'elles accourt de toutes parts une multitude furieuse ; c'est sur Versailles que veut marcher cette foule désordonnée, ^Le peuple
^ à Versailles.
etun nommeMaiUard offre de l'y conduire. Retenue Roctobn-. pendant sept heures par La Fayette , elle part enfin et jette l'épouvante dans Versailles. Un premier engagement avait eu lieu entre elle et les gardes du corps quand La Fayette arrive , pour la contenir, à l^ tête de la garde nationale parisienne ; sa présence ramène la sécurité , et le calme se rétablit. Tandis que chacun se livre au sommeil, quelques hommes du peuple trouvent pendant la nuit une des grilles du château ouverte; ils entrent en appelant leurs camarades; l'alerte çst donnée, et le combat s'engage dans les appartements entre le peuple et les gardes du corps de service, dont plusieurs se font tuer héroïquement à leur poste en criant : Sauvez la reine/ Marie- Antoinette , avertie du péril , s' enfuit, à demi vé;tue auprès du roi. La Fayette accourt; déjà les gardes frapçaises avaient pris parti, pour les gardes du corps ; La Fayette achève de; .dégager .le château, et expose sa vie pour repousser le peuple des appartements. La multitude demande à grands, cris .que. le roi paraisse; JLouis XVI cède à ses exigences et se moatre sur le grand balcon du château. Mais la reine surtout était en hutte à la fureur populaire : La Fayette, parait avec elle auprès du roi et baise sa main avec respect. La foule applaudit, mais elle exige avec violence que le roi parte pour Paris. \
Louis XVI éède encore et s'y rend| lé jour même ave^ sa
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famille, escorté 'de ses gardes et accompagné d'un sanglant et hideux cortège. Cet événement eut pour principal résultat de mettre la cour dans la dépendance de la multitude; il remplit d'horreur et d'effroi tous ceux qui redontairat avec raison l'intervention populaire, et détermina plusieurs membres de TAssemblée à l'abandonner, Lally-ToUendal et Mounier furent de ce nombre , et celui-ci essaya, mais sans succès, de soulever le Dauphlné, sa province, contre l'Assemblée nationale.
Cette tentative de Mounièr, quoique sans résultat, fit craindre les dangers de l'organisation provinciale. Plusieurs provinces, irritées de perdre, avec leurs privilèges, les garanties qu'elles avaient, depuis leur réunion, contre le pouvoir arbitraire de la couronne et de Tadminlstration centrale, formaient, dans l'opinion de l'Assemblée, des États trop vastes et trop indépendants; elle voulut réduire l'étendue des anciennes circonscriptions territoriales et soumettre les provinces à un régime uniforme. Elle adopta dans ce but, en décembre 17»9, un projet dont les résultats, utiles sans doute pour prévenir la guerre civile, eurent, à beaucoup d'autres égards, des conséquences très-funestes.
DiTuioo Ce projet^ qui eut pour auteur le métaphysicien Sieyès, en départe, divisait la Fraucc en quatre-vingt-trois départements ct^woojjjtt d'une surface à peu près égale (l); le département fiit électoral. divIsé cû districts et le district en cantons. Oo régla leur administration d'une manière hiérarchique et uniforme : le département et le district eurent chacun un conseil administratif et un directoire exécutif; ceux do district relevaient du conseil et du directoire supérieurs. Le canton, composé de cinq ou six communes, itit une simple division ékctorale. L'administration de
(i) Pour la division de la France en département, voyez ma Géographie de la France et la carte n* 18.
LITRB T. CHAPITRE T. 25 1
la commune fut confiée à une municfpalité composée d'un nombre de membres en proportion avec ia population. Tout dans le nouveau plan fut soumis à l'élection, mais elle eut plusieurs degrés : les citoyens payant a ne contribution équivalant à trois journées de travail furent déclarés citoyens actifis, et se réunissaient au canton en assemblées primaires pour désigner les électeurs; ceux-ci, qui devaient être cboisis parmi les citoyens imposés à une somme représentant dix journées de travail, désignaient les députés à TAssemblée nationale, lesadmi- • nistrateurs du département et ceux du district. Les élec^ tions municipales étaient faites d'après le même principe. Cette division de la France en petites fractions nommées>p"*«« «>ndépartements contribua dans la suite, plus que tous les de actes des rois et des ministres les plus absolus, à accroî- division^ la puissance qui, sous le nom de centralisation administrative, menace de se substituer aujourd'hui à tous les droits et défaire intervenir l'État dans tous les intérêts (l). ^S^ fut elle qui rompit véritablement dans toute la France la chaîne des souvenirs et des traditions, ^et quH en détruisant partout en France les prestiges d'un passé historique et les influences tirées des localités mêmesj rendit Paris le foyer incandescent de toutes les ambitions et de toute "^ les intrigues, comme il était celui de la toute-puissance^II n'y eut plus nulle part aucun centre d'action assez fort pour faire équilibre au despotisme de la capitale; la vîë se retira de plus en plus des extrémités pour affluer au cœur, et Paris absorba la France. ^
Quelques grandes provinces essayèrent d'abord de repousser uue organisation si contraire à leurs intérêts et destructive de leurs privilèges ; les états provinciaux et les parlemens protestèrent , mais vainement , et furent
(1) Ce résultat devint manifeste surtout après ré|ablissement des préfectures, sous le Consulat.
262 QUATRIÈMB ^POQUÎE.
supprimés. A leur résistance se joignit celle du clergé, que rAssemblée, par une autre n^esurenon moins violente et spoliatrice , dépouilla de ses biens ; elle y fut poussée par cette nécessité qui, dans les temps de révolution, est trop souvent considérée, au mépriis de la morale, comme la loi suprême des peuples. Ledéficit en effet était immense, \e8 impôts presque réduits à rien, et les emprunts mal couverts. Necker, après plusieurs expédients peu productifs , avait deinandé que TAssembtée votât un impôt extraordinaire du quart du revenu, que chacun devait évaluer lui-même, et Mirabeau, entraînant ses collègues par le tableau hideux de la banqueroute prête k dévorer la France, les avait spontanément déterminés à sanctionner cette utile mesure; mais elle était loin de sufûre pour combler le vide du trésor, et dès lors les biens inmienses du clergé furent convoités comme Tunique ressource susceptible de faire face à tous les besoins. Déjà les dîmes, d'abord raçhe tables, avaient été supprimées, lorsque Talleyrand, évêque d'Autun, proposa au clergé de renoncer à ses biens, évalués à plusieurs centaines de millions, en faveur de la nation, qui les emploierait au payement Le dergé ^ sa dette et à Tentretien du culte ; le clergé refusa. L*A^ dépoMédé semblée alors déclara qu'il n'était point propriétaire^ mais dépositaire des biens consacrés aux autels, et que la nation, en acquittant les frais du culte, devait rentrer dans sa propriété. Les dépenses publiques exigeaient quatre cents millions pour cette première année; on créa, Premiers pour uuc valcur égale, des billetsd'État auxquels on donna lia «. , ^^ cours forcé, avec hypothèque sur les biens du clergé. Telle fut la naissance des assignats, qui, d'abord énus avep prudence , facilitèrent à la Révolution l'accomplissement de choses considérables, et qui furent discrédités plus tard par l'odieux abus qu'on en fit.*
La dépossessîon violente du clergé , contraire à toute ')tibti)c^'^"étbièiâftôt'8tiivie de la suppression des ordres re-
de ses biens.
LIYRB I. CHAPITBS I. ' 258
ligieux, irrita profondément ce grand corps» et rAssemblée rendit son opposition plus vive et plus inflexible en portant une atteinte imprudente à sa discipline comme à la conscience de ses membres par le vote fatal de la con- con«titutU)n
«^ civile
stitution civile du clergé (l). Celle-ci établissait le siège *lîjlfjrf/td'un évêché dans chaque département , accordait au *^^peuple l'élection des évéques et des curés, et al louait au\ ecclésiastiques un salaire qui devait remplacer les biens possédés auparavant par le clergé et dont la nation s'emparait. Il se fit dès lors une scission dans cet ordre; un grand nombre de ses députés abandonnèrent aussitôt l'Assemblée et se liguèrent avec la noblesse dissidente.
L'Assemblée nationale persévérait avec suite, mais sans mesure, dans la voie des réformes et dans la nouvelle organisation du corps social et politique; elle attacha l'armée à la Révolution en déclarant les grades et l'avancement indépendants des titres nobiliaires; elle abolit tous ces titres d'après la proposition des membres populaires de la noblesse, et organisa sur une base nouvelle le corps judiciaire (2). Elle établit un tribunal cri- orsaoïsation
■ . 1/ .1 • . .1 du corps
mmel pour tout le département, un tribunal civil pour judiciaire, chaque district et un tribunal de paix pour chaque canton. Il y eut deux degrés de juridiction et une cour de cassation; le jury, à l'exemple de ce qui avait lieu en Angleterre, fut introduit dans les causes criminelles; toutes les charges de la magistrature furent temporaires et conférées par l'élection , comme les fonctions politiques et administratives; enfin la législation de cette époque découla tout entière du principe delà souveraineté du peuple. Cependant le roi conserva l'initiative cf|ins les questions de paix et de guerre : le droit de les résoudre fut réservé au corps législatif.
(1) Voir Tappendice sur Pëtat du clergé avant .1789. il) Voir l'appendice.
254 QUATBiiMB lÊPOQUE.
L*anniversaire de Ip prise de la Bastille approchait; on résolut de le célébrer avec un éclat extraordinaire. Des de*!î députés envoyés à Paris par les quatre-vingt-trois dépar- *tH!3u?t* tements formèrent une nombreuse confédération au Champ de Mars. Là, en leur présence comme en celle de TAssemblée nationale, de la garde parisienne, des députés de l'armée, d'un peuple immense, Talleyrand, évoque d'Autun, célébra une messe solennelle sur un vaste autel, décoré selon Tusage antique^ et dont quatre cents prêtres, revêtus d*aubes blanches et de ceintures tricolores, occupaient les extrémités. La Fayette, en sa qualité de commandant général des gardes nationales du royaume, s'avança le premier pour prêter le serment civique ; après lui tous les députés le répétèrent, au bruit de f artillerie et des cris prolongés de Vive le roi! vive la nation! Louis XVI se leva alors^ et dit : « Moi, roi des 9 Français, je jure d'employer tout le pouvoir qui m'est a délégué par l'acte constitutionnel de FÉtat à maintenir a la constitution 'décrétée par i' Assemblée nationale et a acceptée par moi. — Voilà mon fllsl d dit la reine émue, en élevant le Dauphin dans ses bras et le montrant au peuple, a voilà mon fils ; il s'unit à moi dans les d mêmes ^sentiments. » Les bruyantes acclamations du peuple se firent entendre de nouveau, et un cantique d'actions de grâces termina cette fête, dernier jour d'espérance pour i^ouis XYI et pour sa famille, si toutefois le roi pouvait espérer encore quand déjà son pouvoir n'était plus qu'une ombre.
Les intrigues des partis recommencèrent le lendemain. Necker, dont les idées méthodiques et absolues étaient sans cesse en opposition avec la marche violente et précipitée de l'Assemblée, donna sa démission 1^ 4 septembre; un grand nombre de nobles émigrèrent à la même époque, et Tesprit d'insurrection fit chaque jour des progrès dans le peuple et dans l'armée. Trois régiments en
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garnison à Nancy se révoltèrent et furent soumis avec peine par le général Bouille, qui désirait attirer le roi dans l'armée qu'il commandait en chef sur la firontiëre du Nord.
Le roi avait sanctionné, après une lutte violente avec lai-mème, la constitution civile du clergé; le pape refusa son adhésion ; dès lors les archevêques et les évêques formèrent nne ligue que 1* Assemblée fortifia imprudemment en exigeant de tous les prêtres en exercice le serment de fidélité à la nation, à la loi, au roi et à la constitution civile : ceux qui refuseraient devaient être frappés de destitution. Cette mesure fatale attaquait les consciences et créa un schisme : il y eut deux clergé.s dans le royau-» me, Tun constitutionnel et assermenté^ l'autre réfractaire et non assermenté. Les membres de ce dernier refusèrent d'abandonner leurs fonctions et fulminèrent contre les successeurs que leur donnait la loi ; ils employèrent toute leur puissance sur les populations, que leur soumettaient l'habitude et la foi, pour les attacher à leur cause. Ce fut ainsi qu'une lutte violente se prépara sur plusieurs points du royaume, et que, sous un calme apparent, tout espoir d'ordre et de concilfation s'évanouit.
La création des clubs multiplia les semences d'agita- KondaiioD tien et précipita la Trance vers l'anarchie ; les clubs " ^jJJ'et étaient d'abord des réunions privées, sans autorité politique, où l'on discutait sur les affaires dç l'État ; le premier formé dans cette vue le fut par les députés bretons, à l'ancien couvent des Jacobins, d'où il reçut son nom ; mais bientôt ce club s'étendit et voulut agir sur l'Assemblée, sur la municipalité, sur la multitude; ses premiers membres l'abandonnèrent et furent remplacés par des hommes violents, ambitieux et amis du désordre, membres de la Commune ou simples citoyens. Ils formèrent des affiliations dans les provinces, et élevèrent, à côté de la puissance légale, une autre puissance.
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plus redoatable, qui ne tarda point à conduire la première et à la subjuguer.
L'émigration contin\iait; les tantes du roi sortirent de France; Louis XVI, qu'oo soupçonnait de vouloir les rejoindre, fut arrêté par le peuple et retenu, dans Paris avec sa famille a\i moment où il se préparait à quitter la capitale pour baint-Cloud; rAsserabléè, en proclamant rinviolabilité du monarque, déclara que sa fuite hors du royaume entraînerait sa déchéance. Cependant les députés, après avoir détruit tous les privilèges et achevé la Constitution, s'effrayèrent du vide immense qu'ils avaient fait autour du trône et manifestèrent dans leurs actes une tendance plus monarchique.
Mirabeau Ccttc réaction favorable au pouvoir était due en grande
»e rapproche '^ ^
de la cour, partie à Miral)eau, dont la cour avait acheté les services et qui voulait en même temps consolider le trône et maintenir tous les utiles résultats de la Révolution • Mais pour que sa voix fût respectée il aurait fallu que son caractère personnel fût respectable ; Tor coupable qu'il recevait pour ses folles dépenses écartait de lui cette considération sans laquelle les hommes politiques sont le plus souvent condamnés à une douloureuse impuissance. On refusait à son caractère la confiance que commandait son génie : le roi reconnaissait la justesse de ses conseils, et il tremblait de s'y abandonner. Nul ne déplora plus que Mirabeau lui-même cette situation fatale qu'il s'était faite, a Je paye bien cher, disait-il souvent, les fautes de ma jeunesse I... Pauvre prince, on te les fait payer aussi L.. )) a Regardez autour de vous, dit-il un jour à un des Crillon avec Taccent d'une conviction profonde; il n'y a que moi^ moi seul, qui puisse combattre Tanarchiequi va dévorer vous, vos amis^ le trône, le prince; il faut qu'on m'écoute, qu'on me suive, ou nous périssons tous... JD S'entretenant une autre fois avec Cabanis, il jeta des regards tristes et prophétiques sur l'avenir de la pa-
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trie et rompit un solennel silence par ces paroles : « Oh I si j'eusse apporté dans la Révolution une réputation sem* blable à celle delVlalesherbes, quelles destinées j'assurais à mon pays ! quelle gloire j'attachais à mon nom I p Malgré ses fautes, son génie dominait encore TAssemblée ' nationale ; il parvint à faire rejeter, comme portant atteinte à la liberté individuelle, un décret violent proposé contre les émigrés; ce fut son dernier triomphe. Quoiqu'il n'eût que quarante-deux ans, sa constitution était détruite par des excès de tout genre ; il attendit et appela la mort au milieu d'atroces douleurs. Dans son agonie il s'entretint encore de la France, de l'état où il la laissait. a J'emporte dans mon cœur, dit-il, le deuil de la monarchie, dont les débris vont être la proie des factieux (1). o Peu d'intants après il mourut. L'Assemblée nationale as- Mort sistaen corps à ses obsèques et fit porter ses restes dans i?'»la nouvelle église de Sainte-Geneviève, destinée, sous le nom de Panthéon, à recevoir les dépouilles mortelles des grands hommes. Mirabeau, après avoir tropjpuissamment concouru à déchaîner le torrent révolutionnaire, eût seul peu-êttre été capable d'en modérer quelque temps la violence; sa. mort fut à cet égard une calamité publique, et ia nation porta son deuil.
Déjà l'orage grondait sourdement sur les frontières. Les émigrés sollicitaient toute l'Europe contre la France; ils formaient deux corps, l'un organisé sous Condé à Worms, l'autre sous le comte d'Artois à Coblentz. Ce prince se rendit avec Galonné, son ministre, auprès de l'empereur Léopold, et la déclaration secrète Déciarauon deMantoue, signée le 20 mai 1791, fut le résultat de leur ^^lïi'mi?^' conférence ; elle promettait à Louis XYl les secours d'une coalition où devaient entrer TAutriche, les cercles d'Allemagne, la Suisse et les rois de Sardaigne, d'Ëspa-
(1) Joseph Drpz/Jïût du règne de Louis XVI.
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gne et de Prusse. Mais Louis essaya d*alM>rd de relever seul la monarchie ; il tenta de se rendre à Montmédy, au milieu de rarméequecommandaitBouilié; son plan d'évasion fût concerté avec ce général, qui plaça de distance en distance des détachements sur la route que le roi de- Fuite vait suivre. Le 20 juin, dans la nuit, la famille royale sort
^royale, déguîséc du.châtcau des Tuileries, trompe la surveillance des gardes, franchit les barrières de Paris sans obstacles, et prend sur-le-champ la route de Châions et de Montmédy. A cette nouvelle la stupeur règne d'abord dans Paris et dans 1* Assemblée ; mais celle-ci s'empare aussitôt du pouvoir exécutif, annonce ses résolutions pacifiques aux puissances, et envoie des commissaires aux troupes pour recevoir leur serment en son propre nom. Bientôt le
Arrwtniion bruit de l'arrestation du roi se répand : l'infortuné
du roi *
eiso"retow Louis XVI avait été reconnu et arrêté à Varennes; toutes à Parts. ]es gardes natioualés des environs prennent les armes; les détachements de troupes postés sur la route sont repoussés ou craignent d*agir; Bouille accourt lui-même à la têted'un régiment, mais il arrive trop tard : déjà, depuis plusieurs heures, le roi était en route pour Paris. L'Assemblée avait envoyé trois de ses membres au-devant de lui, à l'effet d'assurer son retour : c'étaient le cbmte de Latour-Maubourg, Pétion et le jeune Bamave. Ce dernier, depuis lors, touché des prévenances et do triste sort de la famille royale, résolut de lui prêter ses conseils et son appui.
Le roi fut accueilli dans Paris par un silence de sinistre augure ; l'Assemblée le suspendit provisoirement de ses fonctions , nomma des commissaires pour l'interroger, ( t le soumit dans son palais à une rigoureuse surveillance. Il s'agit ensuite de décider si Louis XVI continuerait à régner ou si sa déchéance serait prononcée. Les Lametb et Bamave, dans l'intention de défendre le roi , s'unirent au parti modéré et créèrent le club des Feuillants, pour
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t'opposer à celai des Jacobins , dont ia direction ftit saisie par Pétion et Robespierre, chefs du parti républicain. L'Assemblée^ de l'avis de Barnave, déclara qu'il n'y avait pas lieu à traduire Louis XVI en Jugement ou à proiioneer sa déchéance; mais en même temps, pour calmer l'efifervescence populaire, elle décréta que le roi aurait abdiqué de fait et cesserait d'être inviolable sMi faisait ia guerre à la nation ou souffrait qu^^elle lui fût faite CD son nom. Cette déclaration de l'Assemblée irrita la multitude. Les agitateurs préparèrent une pétition dans laquelle ils en appelaient à la souveraineté du peuple et coDsidéraient Louis XVI comme déchu depuis sa fuite. Brissot la rédigea ; elle fut portée, le 1 7 juillet, au Champ pétition de Mars, sur Tautel de la patrie , où les démagogues Dan- d" mn^ ton et Camille Desmoulins haranguèrent une foule im- nw. mense , en l'excitant à l'insurrection. Le péril devenait menaçant^ et l'Assemblée enjoignit à la municipalité de veiller à la sûreté publique. La Fayette et Bailly se transportèrent au Champ de Mars à la tête d'une troupe nombreuse de gardes nationaux; Bailly prononça les sommations légales , et fit déployer le drapeau rouge; la multitude répondit à ce signal par une grêle de pierres. Alors , toute voie de conciliation étant fermée, il fallut recourir à la force, et La Fayette commanda le feu; la seconde décharge fut meurtrière et dissipa l'attroupement. La multitude prit la fuite , et ne pardonna ni à La Fayette ni à Bailly d'avoir rempli leur devoir dans cette fatale journée.
Ces déplorables dissensions entraînèrent à des actes Première imprudents les adversaires de la Révolution, et les émi- ^^îieî""* grés ne songèrent plus qu'à l'étouffer par l'effort de toute l'Europe : Monsieur prit à Bruxelles le titre de régent; Bouille écrivit une lettre foudroyante à l'Assemblée; l'empereur , le roi de Prusse et le comte d'Artois se réunirent à Pilnitz, où ils signèrent, aux risques de compro-
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mettre le roi qu'ils voulaient défendre, ie traité du 37 de^niSitz. juillet. Ils considéraient, dans cette déclaration, la cause ''m"*' de Louis XVI comme la leur, exigeaient qu'on le remît sur son trône et que l'Assemblée fût dissoute; sinon ils menaçaient la France des plus effroyablescalamités. L^Assemblée , irritée , répondît à ces menaces en levant cent mille gardes nationaux et en armant ses frontières. Cependant elle touchait au terme de son mandat , et la codvocation des collèges électoraux fut fixée par elle au 5 août; un décret • funeste , rendu avant le départ du roi pour Varennes, interdisait à tous ses membres de faire partie de l'assemblée suivante. En vain Duport s'était écrié: a Depuis qu'on nous rassasie de principes, comment n'aa t-on pas reconnu que la stabilité est aussi un prin- 0 cipe de gouvernement? » Le décret fut rendu, et, la manie de désintéressement devenant contagieuse, Bailiy se démit de la mairie et La Fayette du commandement des gardes nationales. C'est ainsi que la conduite de la Révolution fut abandonnée à des hommes nouveaux , qu en recommencèrent une autre pour se faire un nom et une fortune.
Avant de se dissoudre l'Assemblée réunit ses décrets cons' titutionnels en un même corps, déclarant que la France avait le droit de revoir sa constitution, mais qu'il était prudent de n'en pas user avant trente ans. Le roi accepta sans restriction l'acte constitutionnel ; il fit, le 29 septembre, la Clôture clôture de l'Assemblée , et prononça dans son sein de too- TAuembiée chautcs parolcs, qu'elle accueillit avec des acclamatioDs
oostituante. . -, , , ,, » i r«i *
"•eptembre et dcs tcmoiguagcs de respect et d'amour. Alors ThooreL s' adressant au peuple, prononça ces paroles : a L'Assema blée constituante déclare que sa mission est achevée et <r qu'elle termine en ce moment ses séances. »
Ainsi finit cette assemblée célèbre, après avoir accompli dans l'espace de deux années les choses les plus codsidérables avec un grand mélange de bien et de mal; elle
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apporta dans Texécution de son œuvre des intentions louables et l)eaucoup d'illusions , sans être guidée par les lumières de Texpérience et d'un sens moral suffisamment pur. Entraînée par la passion du nivellement et des réformes plus que par un sentiment toujours vrai de la justice et de la liberté , elle confondit trop souvent des droits respectables avec des privilèges abusifs, et des garanties nécessaires avec des institutions oppressives ; elle renversa un passé traditionnel et séculaire avec une précipitation aveugle, et\ en édifiant sur des ruines, elle eut le malheur d'oublier ou de méconnaître ce qui pouvait donner à son œuvre la vie et la durée. Les plus grands vices de la constitution qu'elle rédigea furent la réunion des membres du corps législatif en une seule cbambreet la subordination complète de l'autorité royale à la puissance populaire. Cependant , tout en reconnaissant le peuple comme la source des pouvoirs, l'Assemblée constituante avait espéré soustraire la France aux conséquences dangereuses de ce principe en conservant Télection à deux degrés, et son œuvre périt moins encore par ses défauts, qui étaient grands et nombreux , que par la fureur des factions , qui soulevèrent l'Europe contre la Révolution et amenèrent rintervention directe de la multitude dans le gouvernement de l'État