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RÉVOLUTION FRANÇAISE

L'histoire de la Révolution est celle de la France en révolte contre les vices d'un régime traditionnel et séculaire, et s'efforçant d'établir, au milieu des ruines, un ordre de choses idéal et rationnel ^ un régime nouveau à la fois civil et politique fondé sur des principes d'humanité, de liberté, de droit commun et d^équité naturelle (l). La France s'offre alors à nos regards, durant un demisiècle, sous quatre phases principales et très -diverses.

Dans la première nous voyons la lutte que soutient le tiers état pour abolir les servitudes féodales et les privilèges des deux premiers ordres, lutte imposante et terrible, dans laquelle le but fnt de beaucoup dépassé, et qui se termina par le triomphe de la multitude et par la chute du trône. La seconde nous préi^ente, avec le fléau de la guerre étrangère, celui du règne de la populace et de ses chefs sanguinaires, auxquels succède un gouvernement violent et incapable : c'est l'époque pendant laquelle la France est en proie à la terreur, puis à l'anarchie ; c'est celle de la Convention et du Directoire jusqu'au 18 brunaire. La Révolution, dans sa troisième phase, nous fait voir la nation, épuisée par tant de maux, lasse de tant d'excès , cherchant aux pieds d'un grand capitaine un refuge dans le despotime militaire; elle semble alors transformée en un vaste camp , et signale

(1) II suffit ponr en être conTaiiicu de relire les cahiers rédigés par les trois ordres ao débat de la Révolution.

QUÀTBIÈMB ÉPOQUB.

pendant doaze années, par ane suite non interrompue de triomphes, sa réaction contre i'Earope : c'est l'époque du Consulat et de TEmpire. Enfin, lorsque Fapplication de quelques-uns des principes au nom desquels la Révolution s'est opérée a reçu du temps une espèce de consécration , lorsque tant d'hommes , agités par des vœux contraires , ont appris à vivre ensemble et en paix sous la main de fer du conquérant, celui-ci tombe à son tour, et la restauration des Bourbons s'accomplit sous la condition de doter la France de libertés politiques et de respecter les intérêts généraux inhérents au nouvel ordre de choses. Il y avait lieu d'espérer que cette dernière époque aurait pour résultat l'établissement d'un gouvernement nouveau , capable , plus que tout autre, d'assurer aux Français la possession durable de tous les fruits obtenus après de si longs orages.

Si, au début du règne de Louis XVI, la voix des Turgot, des Malesherbes^ des hommes également distinigués par leur patriotisme et par leurs lumières, eût été entendue ,[ù France aurait peut-être joui dès lors des avantages qu'elle a payés par tant de trésors, de larmes et de sang. Mais il en est, hélas I des peuples comme des individus : leur expérience est toujours chèrement acquise, et ils ont besoin d'épreuves douloureuses avant de consentir à suivre les conseils de la sagesse. Tous les partis en France ne voulurent écouter que leurs passions égoïstes, tous périrent successivement, victimes de leurs propres excès et de leurs fureurs; et, dans la période sanglante dont nous allons esquisser le tableau rapide, la nation française, par ses affreuses saturnales et par ses étonnantes victoires, par ses progrès en population et en richessses, à travers d'épouvantables convulsions, et aussi par l'adoption définitive d'une partie des grands principes que la^Bévolntion a introduits, fut tour à tour pour Tuiiivers un objet d'horreur et d'envie, d'effroi et d'admiration^

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