‹ Histoire de FranceChapitre 73 sur 101 · LIVRE IV. GflÂPlTBB IV · texte numérisé non relu

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des députés à trente ans et la durée de leur mandat à cinq années ; on convint qu'il serait ultérieurement statué sur la constitution de la cliambre des Pairs , et cette décision eut plus tard pour efFet ral>olition de la pairie héréditaire; enfin le préambule par lequel Louis XVIII déclarait octroger la Charte à ses sujets fut supprimé comme blessant la dignité nationale. La Charte ainsi modifiée était suivie de dispositions particulières , dans Dispotittons lesquelles les députés abolissaient toutes les pairies de ^neite?' la création de Charles X, et déclaraient qu'il était urgent pour la France d'obtenir par des lois séparées ; 1" l'application du Jury aux délits delà presse et aux délits po> Htiques ; 2® la responsabilité des ministres et des autres agents du pouvoir; 3® la réélection des députés promus à des fonctions salariées ; 4" le vote annuel du contingent de l'armée; 5^ Torganisation de la garde nationale, avec intervention des gardes nationaux dans te choix de leurs officiers; 6°ras8urance légale de l'état des officiers de Farmêe ; 7* des institutions départementales et municipales fondées sur un système électif; 8*^ la liberté de Renseignement ; 9® l'abolition du double vote pour l'élection des députés. L'acceptatioh de là Charte ainsi rédigée devenait la condition formelle de l'élévation d'un nouveau prince au trône.

Cependant la famille royale fugitive, retirée de Versailles à Rambouillet et menacée dansce6éjour par vingt mille Parisiens, accourus en armes pour la contraindre à s'éloigner, venait d'abandonner cette dernière résidence et s'acheminait lentement et pour la troisième fois vers TexU (t). Le 16 août elle s'embarqua au port de Cher- Ci) Le prince de Condé , plus que septuagénaire» n^accompagna point sa famille liors de France; il reconnut le nouveau gouvernement, et peu de jours après on .le trouva mort, suspendu à i'espagnofette d'une des fenêtres de son appartement. Celte mort a été attribuée à un saicide dont la cause n'est pas connue.

616 QUATAIÀU BPOQ13E.

ReMte bourg pour TAngleterre. Avant de quitter la France *"5îSt*' Charles X fit parvenir aux Chambres son abdication et **« îiîîTe"''' celle du Dauphin , son fils, en faveur du duc de Bor- '^Abdikauo?' deaux ; mais, quels que soient les avantages qu'apporte deciMrtesx ^j^,jg ^q gouvernement régulier le principe du droit héda Dauphin. ,.^^jjjj^ p^^P \g^ transmission du sceptre, il n'oblige d'une manière absolue que ceux qui admettent le droit divin des couronnes ; et , pour que ce principe fût applicable et mis en vigueur à la suite d'une révolution victorieuse, il aurait fallu qu'il fût admis et reconnu par les vainqueurs eux-mêmes, il n'en était pas ainsi, et de quelles forces d'ailleurs auraient pu disposer les partisans de la succession héréditaire? J'en appelle à tous les souvenirs I La garde royale n'existait plus; une partie de la troupe de ligne avait fraternisé, durant le combat, avec la garde nationale et le peuple; plusieurs régiments chassaient leurs officiers ; tous avaient spontanément adopté les trois couleurs et adhéré à la révolution. Dans cet état de désorganisation complète , au milieu d'une capitale ensanglantée, foyer Incandescent où bouillonnaient tant de passions furieuses, hostiles à la branche atnée et à la monarchie môme, l'avènement du duc deBordeaux était une chimère, et proclamer l'enfant royal , c'était provoquer une explosion irrésistible et trop certaine d'où seraient sorties la république et la guerre civile. Les députés pensèrent ainsi; ils n'acceptèrent pas la clause à laquelle Charles X et le Dauphin avaient attaché leur abdication, et ils appelèrent au trône S. A.B. Louis-Philippe d'Orléans et ses descendants de mâle en mâle, à perpétuité. Les pairs adhérèrent sur-le-cliamp aux vœux et aux actes de l'autre Chambre, et des salves d'artillerie annoncèrent la séance royale du lendemain. rol^ie! Ce jour-là, 9 août 1830 , le duc d'Orléans , accompagné delS-^ de ses fils aînés , les ducs de Chartres et de Nemours , se 9 AoSri88o* rend en grand cortège au Palais-Bourbon, où sont réunii

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les pairs, les députés , le corps diplomatiqae et une assemblée nombreuse. Il prend place sur un pliant disposé au-dessous du trône vacant , et, après la lecture de la déclaration des deux Chambres^ le prince se découvre» lève la main et dit : a En présence de Dieu, je Jure d'oba server fidèlement la charte constitutionnelle avec les a modificatloDS exprimées dans la déclaration, de ne a gouverner que par les lois et selon les lois , de faire a rendre bonne et exacte justice à chacun selon son a droit , et d'agir en toute chose dans la seule vue de a rintérêt , du bonheur et de la gloire du peuple fran< or çais. x>

Le prince , après avoir signé la formule du serment , monta sur le trône; et de ce moment il fut reconnu pour roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe F^

J'ai donné ailleurs un précis du règne de Louîs-Philippe (1), dont l'histoire n'entrait pas dans le plan primitif de cet ouvrage : je me bornerai ici à quelques considérations.

Le maintien de la paix au dehors, le rétablissement de ^""Mo*lf/*" Tordre à l'intérieur, le progrès du crédit et le développement *^J^ *Lou*if "* de larichesse publique demeurent les titres véritables de ce p*'"*pp®règne devant la postérité. Le gouvernement fondéen 1830 n'a pas été non plus sans action dans le monde ni privé de gloire militaire : il a maintenu par les armes l'indépendancede la Belgique^ détachée par une révolution de la

(1) Voyez dans le premier Tolurne^ à la suite de la préface, les considérations qui m'ont porté à arrêter comme précédemment le récit des faits dans rédition actuelle in- 12, de cet onvrageà la Révolution de 1S30.

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Hollande ; il a aidé à rétablissement du régime constitationnel en Espagne et en Portugal^ et il a soutenu l*tionneur du drapeau français en Afrique comme dans lenou- Yeau monde : la victoire d'isly dans l'empire da Maroc et la prise de Saint-Jean d'Ulloa au Mexique sont au nombre des exploits qui l'honorent; laFrance enfin adonné sous le rolLouis-Pliilippe, par de nombreuses victoires en Algérie, une grande extension à ses conquêtes. Ce prince toutefois a préféré, non sans raison, l'affermissement de la paix en Europe aux avantages incertains d'une guerre générale. Son gouvernement a eu à surmonter de trèsnombreuses difficultés inhérentes, en grande partie, à son origine : il s'est trouvé aux prises, dès son début, avec les partisans de la république et avec ceux du gouvernement déchu, généralement désignés sous le^nom de légitimistes. Les principes de ces deux partis étant irréconciliables avec ceux du gouvernement de Juillet, il était naturel que celui-ci trouvât, dans les légitimistes comme dans les républicains, d'implacables adversaires auxquels se joignirent bientôt, plus ou moins ouvertement, une foule d'hommes qui avaient acclamé le nouveau règne. Il est impossible, en effet, qu'un gouvernement établi à la suite d'une révolution populaire contente les prétentions exagérées que son avènement a fait naître. Ceux qu'il n'a pu satisfaire lui vouent alors une haine ardente ; ils sont impatients de détruire leur propre ouvrage j^ et regardent souvent comme d'autant plus facile de renverser un pouvoir nouveau qu'il a suffi d'un effort pour briser celui qui était consacré par une longue existence. Il était donc inévitable que la royauté nouvelle rencontrât bientôt une vive opposition, et peu de gouvernements ont eu à soutenir plus que celui-ci des attaques nombreuses et violentes. Il en a triomphé longtemps, et a réussi, malgré tant d obstacles, à développer une grande pospéritéà l'intérieur. Il a aussi commis des fautes

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graves qui orit contribué à sa chute. Ce n*est pas id qu^elîeâ feront examinées (i) ; disons seulement qu'il n'a pôîét tetou as^z compte des besoins et des intérêts nés de f ébranlement prodigieux excité par la révolution dé 1830. Il eut le tort de ne pas se préocuper suflisamimènt des classes ouvrières pour lesquelles , malgré les meilleures intentions , il fit peu de chose durant les dix-huit*^ années de son existence. On lut reproche encore et avec grande raison, d'avoir beaucoup trop accordé aux influendes parlementaires, et abusé dans les luttes électorales, comme Tout fait d'autres gouvernements, des forces dangereuses qu'une administration centralisée à Fexcës mettait entre ses mains (2).

Sorti des barricades de 1830, le gouvernement constl* tutlonhel de la branche cadette des Bourbons est too^ dix-huit ans plus tard devant d'autres barricades, et à succombé à Paris sous un nouvel effort de la multitude dans les journées du 23 et du 24 février 1848. BÀton»nous de dire cependant qu'il y eut entre les mouvements populaires des deux époques cette grande différence, que l'on fat provoqué par une violation positivedn pacte constitutionnel, et que Tautre éclata sans qu'aucune des lois en vigueur ait été violée par le pouvoir et par conséquent sans cause suffisante ou légitime. De cette différence essentielle dans l'origine des deux révolutions de 1830 et

(1) Voyez dans Tédifion in-8® de cet ouvragejle règne de Louis- Philippe.

(2) ia conséquence inévitable d'un tel abus est que la chambre éiectivey au lieu de représenter fidèlement le pays, ne représente plus que le pouvoir. La centrah'sation administrative, portée à l'excès, concentre au cœur d'un État toute la vie publique^ et sa puissance, lorsqu'elle est il linaitée est toujours féconde en scandales et en périls. L'empereur Napoléon III a formellement annoncé l'intention de la restreindre : cet acte sera un de ceux qui feront le plus d'honneur à son règne. — Voyez dans ce volume, sur les abus de la centralisation adniinistrative, page 576.

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de 1848 il résulta que la première, faite au nom de la Charte déchirée, eut pour principal objet de la rétablir en circonscrivant son œuvre dans les limites de la monarchie constitutionnelle ; la seconde fut faite contre la constitution même, elle eut pour effet de briser la forme monarchique du gouvernement, et le roi Louis-Philippe ayaot abdiqué dans la journée du 24 février 1848, un gouvernement provisoire, acclamé par la multitude, proclama la République.

Les événements postérieurs sont encore trop près de nous pour être appréciés dans leurs causes et dans leurs résultats avec assez d'indépendance et de lamières; il suffira de rappeler les formes successives du gouvernement depuis cette époque.

Formes La république étant proclamée, le gouvernement pro- ^em^nlir' visolre décréta le droit du suffrage, convoqua uneassemde la France bléc nationale qui douua au pcupi^ français une nouvelle '«'jjcr m$ constitution. Celle-^îi, décrétée en mai 1848, partagea le >'*^<^"jaieDt pouvoir entrc une assemblée unique et un président, élus ''îMîône'" ^*^^ ®* l'autre pour trois ans. Six millions de suffrages portèrent à la présidence de la république le prince Louis* Napoléon, fils de rancien roi de Hollande Louis-Mapoléon, et neveu de Fempereur Napoléon P*^.

La constitution fut renversée le 2 décembre 18&1 par un coup d'État. Peu de jours après, le peuple français nomma, par le suffrage universel , le prince Louis- Napoléon président de la république pour dix ans, et lui reconnut le droit de donner à la France une constitution qui institua un sénat nommé à vie et un corps législatif élu pour cinq ans. Cette constitution fut promulguée le 15 janvier 1852 : le 7 novembre suivant, le sénat appela le prince Louis-Napoléon au trône impérial, et huit millions de suffrages ratifièrent la décision da sénat.

L'empire fut proclamé à Paris le 2 décembre 1853 et

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la dignité impériale rétablie héréditairement dans la personne de Napoléon III (1) et de ses descendants mâles ou de ses neveoz.

(1) Le roi de Rome, fils de l*empereur Napoléon V^, mourut à Vienne en 183*2. On a vu qu'il avait été proclamé empereur en 1815, &OUS le nom de Napoléon II, après l'abdication de son père.

is'ota. Dans un autre ouvrage, intitulé Christophe Sadval, je me suis proposé de faire comprendre la catastrophe de la monarchie en 1830 par l'état moral de la société en France sous la Restauration. Présent à Saint-Cloud, dans la résidence royale, en ce moment suprême, j'ai été témoin de quelques faits intéressants qui n'ont pu trouver place ici. Je les al consignés dans le roman que je rappelle et dont une nouvelle édition est au moment de paraître (a).

(a) Ua YolHint in-S» (sous pressé), à la Librairie Parisienne, S, rue de la Paix.

Lorsque dans le champ de la politique on veut embrasser du regard un espace étendu, il faut, en se dépouillant de tout préjugé, de toute habitude de parti, suivre un chemin qui conduise h des hauteurs proportionnées à Thorizon que Ton cherche à découvrir : cette voie d'où Thomme peut contempler les destinées passées et futures de rhumanité^ c'est l'histoire ; et a la lumière qui doit c( éclairer ce double horizon, c'est la morale, ^ce jour di- (( vin qui émane de Dieu même et qui ne peut ni égarer « ni faillir (1). » C'est, en effet, en reportant un regard attentif sur les quatorze siècles de notre histoire, c'est en . interrogeant le passé avecun'cœur sincère, que tout homme^ impartial sera capable d'apprécier plus sûrement l'époque où il vit, et obtiendra quelque révélation de l'avenir.

Ijg^ableau de nos annales est de natureji^exciter^en nous^resque a chaque page, deux sentiments opposés : l^l^L^iûHlêM. et , de découragement^ l'autre d'admiration et d'espérance. n*ynp. part^ ^ l'^^'P^ct des innombrables folies et de tant de crimes atroces dont le sol de la FrâiacèTrite^jJ|j^4t£fi^ on serait tenté de désespérer de lacïviiisation et de l'espèce humaine si, de loin en loin, un saint Louis, un l'Hospital, un Vincent de Paul, un Fénelon, un Malesherbes ne protestaient , par leur caractère, au nom de la religion et de la morale outragées, et ne nous rappelaient le noble but où l'humanité doit

(1) Lamarline, Poliliqiie rationnelle.

tendre et ses destinées immortelles ; tandis que, d'antre

part, |j^s progr^réels de la nation, au milieu d'effroyables

catastropheT, semblent souvent tenir du~prodige. Nous

' voyônsrën^ëffet, depuis Tavénement de la troisième race,

se produire simultanément un double phénomène ;^e

tftrHtnirft de la France a gagné presque toujoars^ïnjtftn-

dorTjasuite des plus affreuses calamités , et un plus

~grand nombre de ses^habitonts ont participfLSuciàsssiv.e-

' ment aux jouissances de la vie et à rexercice des droits

cîvîlF.^

^~Sous les deux premières dynasties, le choc des races diverses qui couvraient le sol de Taucienne Gaule y entretint une longue et sanglante anarchie; et après les efforts impuissants du génie de Charlemagne pour créer un lien national durable parmi des peuples si différents d'origine, de mœurs et de langage, et pour les soumettre au joug d'une administration légale et uniforme, nous voyons la féodalité prévenir une dissolution générale, et préparer les nouvelles destinées de TEurope.

Sous cette forme de gouvernement, encore grossière, un petit nombre d*hommes seulement possédaient des droits, des libertés et des jouissances; mais, à la suite des croisades, la bourgeoisie s'élève et grandit par les luttes de la couronne contre Taristocratie, par Taffranchissement des communes, par la création des cours judiciaires, où saint Louis et ses successeurs admettent les légistes , et par la convocation des hommes du tiers état aux assemblées générales. L'autorité royale voit tous les . pouvoirs rivaux s'effacer devant elle, et par ses importantes conquêtes elle étend les limites du royaume. L'unité nationale s'affermit ensuite, au milieu d'effrayants désastres, dans la longue et terrible lutte contre l'Angleterre, après laquelle l'industrie , les lumières, les découvertes eu tout genre font croître les habitants des villes en importance et en richesse, tandis que Tunité du pouvoir,

ia ruine progressive de la grande féodalité et la création des armées permanentes délivrent la population agricole d'une multitude d'oppresseurs , et lui permettent de recueillir avec plus de sécurité les fruits de ses travaux. Bientôt trois monarques, avides de conquêtes, poussent à Faventure la France sur Tltalie, et Tinitient aux merveilles d'une brillante littérature et des beaux-arts ainsi qu'aux jouissances matérielles d'une civilisation plus avancée ; mais déjà rimprimerie est découverte, le nouveau Monde est connu et de bardis navigateurs ont doublé le cap de Bonne-Espérance : les lumières pénètrent de toutes parts , le champ du commerce s'agrandit, et Tuni vers s'offre aux spéculations de l'Europe; la pensée humaine prend un essor, périlleux sans doute, mais immense ; et après un demi-siècle de sanglants combats^ la liberté cfe conscience est acquise à la nation française.

^a monarcbieâttdnt son apogée sous Louis XIY. Il n'y a plus alors en France, après la guerre de la Fronde, qu^une seule autorité, forte, puissante et respectée de tous, celle du monarque. Louis XIV^ dans la première partie de son règne, fait des conquêtes avantageuses et achève de détruire la féodalité en appelant auprès de lui ia haute aristocratie tout entière à un service de cour, en même temps qu'il développe la puissance des classes moyennes par l'efficace protection qu'il accorde aux lettres , aux sciences et à Tindustrie. Les progrès de la raison, deja civilisation et des lumières avaient déjà fait reconnaître à cette époque les libertés religieuses et civiles pour le droit commun de tous ; mais le maintien de ces libertés n'était garanti par aucune loi fondamentale : Tautonte presque absolue'du prince, nécessaire pendant un temps pour abattre les grandes puissances féodales, et pour imprimer à une immense population, composée d'éléments divers^jane suffisante unité, deve&îr^nè-même^ M oEstacleàde nouveaux progrès. Le pouvoir adminis-

tratif et central n*avaît plus aucune limite et ses abus se faisaient cruellement sentir. D*utiles barrières à ses empiétements perpétuels avaient été renversées : les états généraux n'étaient plus convoqués, les parlements avaient perdu toutesleursattributions politiques, les franchises des dtés étalent détruites ; la révocation deTédit de Nantes et une multitude d'ordonnances rendues sous Louis XIV et sous son successeur enlevèrent aux Français > iihi>rté de conscience acquise au prix de tant d^ sang ; les ban- ''qïïefdtttës dèTÉfat, les édits arbitraires sur les taxes et sur la valeur des monpaies ôtèrent toute espèce de garantie à la propriété; Tiodustrie fut comme paralysée sous une multitude d'entraves, et la liberté individuelle fut violée par d'innombrables lettres de cachet, tandis que le droit féodal pesait encore sur une grande partie de la nation, et que des privilèges non justifiés maintenaient, surtout dans la répartition des impôts entre les diverses clasi^ de la société, des distinctions humiliantes et préjudiciables aux finances de l'État. On sentit^lorejebejoin d'abolir ces privilèges, de rétablir les libertésjdetruî^ ^es et d'en obtenir denouvelleâB,d'opi)oser^ainsiunjfreinà ^ l'autorité absolue du monarque, de garantir à chacun, par I une constitution fondamentale, la jouissance de ses biens \ et de ses libertés civiles et religieuses, et l'on reconnut 1^ yJ \<iwei pour y parvenir, 4I fallajtjiuejia nation eût die»

\LAs i lâème,^ne part sérieuse dans son gouvernement. Ces i^y^^^^ l principes sont ceux qui demeurent célèbres sousTle nom de principes de 1789 et que nos pères tenaient àhon* neur d'avoir proclamés et soutenus. Les mettre en lumière, assurer leur triomphe et en tirer tontes leurs conséquences pratiques fut le noble but qu'ils poursuivirent au début de Jft révolution française, crise douloureuse, lutte sanglante et gigantesque dont beaucoup d'erreurs et trogjdecrîmeSi hélas! ont mîsjenjaérUJesjn^eiÛ résultats. Parmi céuïcTcependant la France peut déjà

compter : une législation pins équitable et plus douce , des garanties admises en principe pour la liberté religieuse et politique, la destruction des privilèges irritants ou onéreux, Taffranchissement des entraves pour le commerce et pour l'industrie, la fondation du crédit, d'immenses développements donnés à la richesse industrielle et mobilière, d'incontestables progràs dans la situation matérielle des classes nombreuses et radoucissement général des mœurs. De toutes parts aujourd'hui de nobles efforts sont tentés pour développer ces résultats, pour accroître le libre exercice des facultés humaines et pour faire participer tous les hommes, s'il est possible, aux bienfaits d'une civilisation plus morale et plus éclairée; mais il y a pour. ceux qui travaillent à cette noble tâche des vérités essentielles qu'il importe de ne pas perdre de vue, et en les énonçant, j'emprunterai beaucoup aux paroles d'un philosophe chrétien que la mort a depuis peu d'années en^vé à la France et dont les ouvrages devraient être dans les mains de toute la jeunesse.

Presque tous les hommes qui, en essayant de modifier les institutions politiques de leur pays^ se proposent d'exercer une utile influence sur le sort de leurs semblables obéissent à l'impulsion de certains principes constitutifs des doctrines qu'ils propagent ; et parmi celles-ci le plus grand nombre en adopte deux de préférence, l'une comme étant en apparence la plus noble et la plus généreuse, l'autre la plus féconde en utiles résultats. La première est la doctrine des dcoits, la seconde celle des 4lb^ t^^4jBaiâ de grands dangers les accompagnent Pune et l'autre : a Poussées dans leurs conséquences extrêmes, dit Joseph Droz, elles sont moins en harmonie avec la raison qu'avec les passions; souvent elles ne font que changer de main l'arbitraire, et portent la multitude à exercer sur le petit nombre le despotisme qu'auparavant le petit nombre exerçait sur la multitude Ces doc-

trines^ d^ailleurs, n'obligent point à conserver les biens qu'elles préconisent, et souvent leurs défenseurs abandonnent avec lâcheté ces mêmes droits, ces mêmes intérêts qu'ils soutenaient d'abord avec fureur (l). » Il va une troisième doctrine qui, observée à la rigueur, nous assurerait tous les avantages que promettent les deux autres sans offrir les mêmes périls ; et pour Tapprécier dignement il convient de ne Jamais oublier que Tart social ne peut avoir d*autre but que de rendre les hommes meilleurs et plus heureux. Si, pour tracer une théorie juste de cet art, on observe la nature humaine, en cherchant quels principes doivent la diriger, les vérités suivantes sont les premières dont on sera frappé : « Il est des lois imposées à notre esprit par Féternel Auteur des êtres; ces lois morales et sacrées prescrivent des devoirs dont l'accomplissement peut seul produire un état de sagesse et de bonheur que nous avons dit être le but de l'art social : de ces faits évidents, de ces idées simples natt cette conséquence que la vraie doctrine est la doctrine des devoirs.... L'État où régnerait Tordre le plus admirable serait celui dont tous / iles citoyens ne s'occupànt^que de leurs devoirs, les droits I let les intérêts de chacun auraient la plus solide et la plus complète garantie.... Les autres doctrines excitent une fougue passagère : celle-ci inspire une fermeté constante, car le devoir seul est toujours obligatoire (2). »

a La religion, l'instruction^ la liberté, dit encore le même auteur, offrent les véritables moyens d'améliorer le sort des hommes. N'oublions pas cependant que, partout où les intérêts de la conscience, de la personne et de la

(1) Joseph Droz, Application de la Morale à la Politique. Cet auteur oe recoonaissait point de doctrine des intérêts, pro-

premeut dite; j^ai cru néanmoins pouToir appliquer à celle que je désigne ainsi ce qui, dans son livre, ne se rapporte qu^à la doctrine de Voppression et à celle des droits,

(2) Joseph Droz, ibid.

propriété sont respectés, l'homme est libre, quelque imperfection qu'on puisse trouver dans la forme du gouver* nement. Si ces intérêts, au . contraire, sont méprisés et froissés, il y a dans TÉtat tyrannie, esclavage, de quel- ( que nom populaire dont se masque l'autorité.... » Mais ! pour que les peuples soient libres, pour que la civilisation ne soit point arrêtée dans sa marche, « il importe qu'une ; sage doctrine éloigne des esprits les projets chimériques, j les rêves décevants; qu'elle chasse des âmes les turbulents désirs, qui font passer près du bien avec mépris, pour aller poursuivre avec ardeur un mieux imaginaire (O.J-fî» bien ne peut germer Cit je développer qu'avec^ jenteùr i c'est une loi de la nature, et le travail éphémère .dje l'homme ne peut suppléer au long travail des siècles, o Llgnorance ou le dédain de ces vérités et surtout l'oubli trop fréquent, de la loi chrétienne, de cette religion sainte qui seule & introduit dans le monde le principe de la fraternité entre tous les hommes ainsi que le respect véritable de la dignité humaine, et qui ne sépare point dans ses préceptes les idées de liberté et de progrès de celles d'abnégation, de sacrifice et de charité,

(1) Au début de la révolution, nous avions peu d'hommes formés par rétude de la société, de Thistoire el de la législation ; nous avions beaucoup de ces rêveurs qui, prenant pour guides des idées abstraites, créent des gouvernements à priori. L'esprit spéculatif ^lait aussi commun que l'esprit observateur était rare... Il en est résulté de grands maux... a Jamais, dit un publiciste illustre de cette épocc que (a), jamais on ne comprendra le mécanisme social si Ton ne M prend le parti d'analyser la société comme une machine ordinaire.» Non, ce n'est point une machine ordinaire qu'une machine qui pense et qui souffre, dans le jeu de laquelle entrent les passions et les préjugés. Insensés novateurs, tremblez de confondre la politique avec les sciences qui s'exercent sur des corps inertes ; la matière que vous jetez dans vos creuseisest une matière vivante; elle crie, et il eo sort du sang et des pleurs! »

(Joseph Droz, Histoire du règne de Louis XVI,)

(a) L'abbé Sieyes, dans sa célèbre brochure Intilulée, Qu'est-ce que le tiers état.

\oilà les causes des plus grands (^stades au bien. Le fer et la flamme sont impoîssaiits à fiiire édore^jes^ermes ' des am^lui alloua ao- seiu d^Iln peuplé ; iis^e fécondent m n* affermissent les meiUeores constitutions politiques ou sociales ; et si l'on songe par combien de sang et de larmes ont été payés les avantage acquis et les progrès obtenus depuis la fin du dernier siècle, on ne saurait se tenir trop en garde contre les funestes égarements des partis extrêmes, et contre cette ardeur téméraire qui nous porte quelquefois à tout renouveler et à tout détruire.J[ljiLaJO£venLiaMBParélecoura d'un fleuve à l'existence, de l'homme : cette comparaison serait aussi justenaent appliquée à la viejlea-Pfinpjes. La plupart des fleuves^ en effet, alimentés par les émanations de l'Océan, , peuvent être considérés comme n'ayant qu'une même origine et comme tendant au même but par une marche constante. Rencontrent-ils des obstacles qu'apportent à leur cours les accidents de la nature ou la main des hommes, les plus rapides bouillonnent, se gonflent et triomphent^ en écumant, de leurs impuissantes barrières ; mais à l'endroit où ils ont franchi ces obstacles ils sont devenus troubles et fangeux, et il faut longtemps attendre avant qu'ils réfléchissent de nouveau le ciel dans leurs ondes.

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