‹ Histoire de FranceChapitre 72 sur 101 · LIVRE IV. GHÀPITBB IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. GHÀPITBB IV

Quelques voîx s^élevaîent au conseil contre les dangers convoMtion des mesures violentes et illégales ; mais le roi, interprétant ^^^™^^«* tout refus comme une faiblesse, comme un abandon au ^^ ' *"*^moment du danger, et ayant ainsi transformé la question d'honneur, un dévouement aveugle fut seul écouté. Le 26 juillet le Moniteur publia un exposé de motifs rédigé par M. de Chantelauze et suivi des fameuses ordonnances, si- J^,*Ji'j;j'J^p^' gnées de la veille, qui supprimaient la liberté de la presse, ** ji"jSîi£t*^* annulaient les dernières élections,et créaient arbitrairement *''J* un nouveau système électoral. Tous les ministres présents à Paris voulurent en partager la responsabilité ; elles furent contre-signées prince de Polignac, Chantelauze^ comte de Peyronnet, de Montbel^ de Guemon Banville, baron Capelle et baron d' Haussez, Le membre du conseil le plus capable d^ordonner des dispositions militaires indispensables pour en préparer Texécution, Bourmont, ministre de la guerre, était encore en Afrique; le prince de Polignac le remplaçait, et il avait une telle confiance dans le isuccès qu'il ne prit aucune mesure extraordinaire pour rassurer.

Un long et sourd frémissement répondit d'abord dans • Parisà lajpublication des ordonnances, et dès le lendemain parut, en tète des journaux de Topposition, une protesta- Protestation tion énergique, signée de quarante-trois de leurs princi- joumaustes. paux rédacteurs ou gérants, au nombre desquels étaient MM. Charles de Rémusat, Thiers, Mignet, Armand Carrel, Baude et Châtelain. Ils déclaraient ne point se sou- - mettre à des ordonnances illégales, et invitaient les députés à y résister, à se considérer comme légalement élus, et à protester avec eux. L'autorité fit briser leurs presses; une première lutte s'engagea dans les ateliers ^des imprimeries, et cette lutte fut bientôt transportée dans les rues, où la multitude, dès le soir même, abattit les in- soulèvement signes de la monarchie, au cri de Vive la Charte ! et im« provisa de nombreuses barricades. Paris fût mis en état

et 19 Juillet.

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^^«•mS? de siège; et le maréchal Marmont, duc de Raguse, eat le dM r^i8 commandement général des troupes de la maison du roi, de la garde et de la ligne, dont le nombre total dans Paris ne dépassait pas 12,000 hommes. Il les dirigea contre la population insurgée, fit occuper tous les points stratégiques, et de nouveaux régiments furent appelés des garnisons voisines. Mais déjà THôtel de Yilley abandonné par les deux préfets, était tombé au pouvoir de Tinsurreetlon; des hommes nouveaux et sans mandat y commandaient au nom du peuple soulevé; les trois couleurs y étaient arborées, et le nom de la république trouvait dans la foule enivrée de nombreux échos. Une partie des députés de l'opposition présents à Paris, réunis chez Ton deux dans la matinée du 28, reconnurent la nécessité de s'entendre et de prendre en mainTautorité pour sauver la France, s'il était possible, du despotisme et de Tanarchie. De ce nombre étaient MM. Casimir Périer, Lafïitte, La Fayette, Dupin aine, Charles. Dupin, Guizot, Ville- S^déjïtéî ™*^^°» Sébastiani, Benjamin Constant, Salverte, Audry roppSîmon. ^^ Puyraveau, Mauguin, etc. Ils votèrent, en la noodî- «8 Juillet fiant, une déclaration rédigée par M. Guizot, et dans laquelle ils protestaient avec force contre les ordonnances du 26 et contre les actes qui pourraient en être la conséquence, se regardant comme légalement élus et ne pouvant être remplacés qu'en vertu d'élections faites selon les principes et dans les formes voulues par les lois. Soixante-trois signatures furent apposées à cette protestation, celles des députés présents et de ceux de leurs collègues absents auxquels les premiers supposèrent Tintention de se joindre à eux.

Paris presque tout entier, dans la journéedu 28, tomba au pouvoir des insurgés. De nombreux uniformes de la garde nationale récemment dissoute avaient reparu sous la cocarde tricolore au milieu des masses populaires, et les élèves de TÉcole polytechnique et des autres grandes

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écoles, forçant leur consigne, donnaient partout des chefs à rinsurrectioD. Aucune précaution militaire n'avait été prise par le gouvernement avant le combat; les soldats manquaient de pain et murmuraient ; quelques compagnies de la ligne avaient déposé les armes et fraternisaient avec le peuple. La garde royale et le reste des troupes, assaillis de toutes parts, accablés de projectiles du haut des maisons et mitraillés derrière les murs par des ennemis invi* sibles, combattaient vaillamment et se repliaient sur le 9 quartier du Louvre et des Tuileries, où la défense, dans la soirée du 28, se trouvait déjà circonscrite.

Le 29 au matin les députés auteurs de la protestation signée la veille, cédant aux vœux de Télite de la bourgeoisie, nommèrent La Fayette commandant supérieur de la garde nationale et instituèrent une commission muni- ^^JjJ];}*^'?' cipale chargée d'assurer la sécurité des personnes et des propriétés et de pourvoir à l'administration de la ville (1). Cette commission, avec La Fayette et son état- major, prit immédiatement possession de THôtel de Ville, où elle s*installa au milieu d'une foule exaltée par la victoire, et qui sut se respecter elle-même en défendant, sous peine de mort, la dévastation et le pillage.

A côté du spectacle de la capitale insurgée au nom de La cour la Charte et des lois violées, celui qu'offrait à Saint-Cloud pendant rintérieur de la résidence royale n'était pas moins saisis- loumees. sant. Quelques courtisans élevés en dignités, ceux dont la raison était éclairée par l'imminence du péril et par l'expérience du malheur, avaient pâli à la lecture xles ordonnances de juillet et renfermé leurs secrètes appréhensions dans un silence inquiet et improbateur, tandis que les hommes qui à tout moment assiégeaient Toreille du

(1) Cetfc commission se composait de M. Laffitfe, Casimir Périer, général Gérard, Lobau, Schonen, Aiidry de Piiyraveau et Mauguin; elle fit choix de M. Odilon Barrot pour son secrétaire.

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prince, ceux aussi, qui dans un rang inférieur, peuplaient sa cour, s'étaient abandonnés la plupart à une joie insensée. Charles X, à leurs yeux, venait enôn d'agir en monarque; de ce jour seulement il était roi. Cette foule téméraire passa promptement à un désespoir aussi aveugle que l'avait été son ivresse ; mais celui qui, dans le palais, presque seul entre tous, appelait sur sa personne un ^ vif intérêt, c'était Fauteur et la première victime de cette

catastrophe prodigieuse, c'était le roi. Il dérobait en public à tous les yeux, sur son front impassible, le secret de ses émotions déchirantes. Rempli du sentiment que le £œur éprouve lorsqu'on croit s'acquitter d'un grand et pé- 'Dible devoir, pénétré de confiance dans la protection céleste, et sourd en apparence à la voix lugubre du tocsin qui sonnait au loin la dernière heure de la monarchie, Charles X cherchait au pied des autels Passurance qu'il ne trouvait plus autour de lui. Sans doute 11 se serait reproché d'ébranler par un signe de faiblesse un reste de fermeté dans l'âme de ses serviteurs, et de leur arracher toute espérance en paraissant désespérer lui-même de sa fortune. Il y avait eu de sa part, dans les derniers actes de son règne, une étrange témérité ; mais il y avait aussi de la majesté dans le regard serein du vieux monarque, ierme encore et résigné sur les débris croulants de son trône.

Xe 29 au matin la lutte continuaittlans la capitale avec l'audace croissante que donnait à la multitude l'ivresse ' des suocès de la veille. La campagne autour de Paris s'était soulevée et coupait les communications aVec la ville. L'armée royale manquait du nécessaire, et, ne recevant ni vivres ni renforts, découragée et déjà fortréduite par la mort, les blessures et la désertion, elle était dans l'împ^.^ puissance de se maintenir dans Paris. Le Louvre, mal dé- Eva^itioa feiidu, fut cnlcvé par le peuple, et Marmont ordonna la sfl'jJiû^. retraite sur Saint-Cloud. Le roi cependant demeurait iné*

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bràBlable au milieu de ceux qui le suppliaient de révoquer ses fatales ordonnances. Des hommes considérables, I\i. de Sémonville; grand référendaire de la chambre des Pairs, et M. d*Àrgout, accoururent dans Tespoir de vaincre sa résistance. Leurs efforts furent secondés par ceux de M. de Vitrolles, vieux serviteur de Charles X et son ami, le même qui, en 1814, avait pris une part si active aux négociations pour le rappel de ce prince et de sa famille. Us supplièrent tous ensemble le monarque de prononcer une parole qui, seule, disaient-ils, pouvait sauver la couronne, tandis que le combat dans la capitale durait encore. Le roi refusait d'ajouter foi à retendue du péril; mail? enfin, lorsque Marmont eut évacué Paris et eut reparu à Saint>Cloud avec les débris de ses bataillons, Charles X céda ; il révoqua ses ordonnances et chargea »ùTocauon le duc de Mortemart de composer un ministère. 11 n'é- ordonnances

1 t . 1 / , , daïO Juillet.

tait plus temps ; trop de sang avait coule; la commission municipale de Paris rejeta les ouvertures de la cour. Le danger de celle-ci redoublait à chaque heure ; des régiments passaient dans les rangs des insurgés et Paris allait fondre sur Saint-Clond. Dans la nuit du 29 au 30 juil- nçiraitc let Charles X ordonna le départ pour Versailles. Lorsqu'aux lueurs naissantes du jour il traversa, pour la dernière fois, le palais si longtemps témoin des pompés et des splendeurs royales ; lorsque, entouré de sa famille, il aperçut Tenfant dont des milliers de voix avaient salué les glorieuses destinées ; quand il le vit prêt à s'avancer avec lui vers la terre d'exil, des larmes sillonnèrent les joues du vieillard découronné et une angoisse douloureuse étouffa ses paroles. Quelques heures plus tard Charles X était à Trianon et les vainqueurs parisiens à Sàint-Cloud.

Il était cependant fort à craindre que Tunion maintenue entre les citoyens de l'immense capitale pendant le combat ne fût brisée au moment de choisir un gouver*

du roi

sur

Versailles.

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nement nouveau. Les uns voulaient établir la république; les autres, et c'était Timmense majorité de la bourgeoisie, désiraient conserver un gouvernement monarchique et constitutionnel ; mais il fallait pour cela qu'il se rencontrât un homme élevé déjà au-dessuà de tous par sa position particulière, et qui eût donné des gages incontestables de son dévouementaux iibertéspubliques. Cet homme d'oîiéB^ns ®^^^*^^*î ^^ France le possédait dans la personne du duc •ppg* d'Orléans. Bien jeune encore à l'époque de la Bévolutîon, ce prince avait adopté les couleurs nationales et combattu aux premières grandes journées où s'illustrèrent nos armes. Proscrit, il avait su conserver, à Taidede ses talents, une honorable indépendance. Rétabli dans ses titres et dignités, il fit donner à ses fils une éducation populaire. Il avait été T^fmi du général Foy; il l'était encore des hommes éminents de la littérature, de la science et de la tribune,' et seul enfin» après la lutte des trois jours, il paraissait en état de rallier la France par son nom et de contenir le flot révolutionnaire prêt à déborder. Cette opinion était celle des députés spontanément réunis au Palais-Bourbon ; et^ sur la proposition de Benjamin Constant, ils votèrent une déclaration portant que S. A. R. le duc d'Orléans serait priée de se rendre immédiatement dans la capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant général du royaume (1). La déclaration exprimait en même temps le vœu des députés pour le maintien des couleurs nationales arborées par l'insurrection.

Une députation fut nommée pour la'porter au prince. Elle le trouva au château de Neuilly , sa résidence d'été habituelle, et réussit à vaincre ses irrésolutions. Il promit de se rendre à Paris et s'y fit précéder par une proclamation adressée aux habitants de la capitale, et dans la-

(1) M. Villemain s'abstint de voter, ne pensant pas, ûil-ili avoir reçu le mandat de clian.'çer une dynastie.

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quelle il rappelait le vœu exprimé par les députés, a Je ^ÎJJ^ÎJJ^S;;^ ferai tous rues efforts, disait-il, pour vous préserver de «ronéan». la guerre civile et de TaDarchie».. Les Chambres vont se réunir; elles aviseront aux moyens d*assurer le règne des lois et le maintien des droits de la nation. La Charte sera désormais une vérité. » Dès le lendemain le prince rentrait à Paris. Le temps pressait ; le mouvement insurrectionnel pour la défense de la Charte menaçait à chaque heure de se transformer en mouvement républicain. Les insignes royales étaient foulées aux pieds ; partout sur les murs on lisait en gros caractères ces mots significatifs : Plus de Bourbons ; la république est le vœu de la France! La place de Grève et ses alentours étaient remplis par de nombreux groupes harangués^ échauffés et remués par les orateurs de la démagogie., tandis qu*on promenait déjà dans les rues les bustes des démocrates de sinistre mémoire, de Robespierre , de Marat, de Saint- Just. UHôtel de Ville enfin était occupé par des hommes en blouse ou les bras nus , agitant leurs fusils^ brandissant leurs sabres, et qui avaient vu avec colère Tinstallation de la commission municipale. Celle-ci exerçait avec peine ses fonctions et se voyait sur le point d'être débordée; La Fayette seul , par le prestige attaché à son nom, conservait quelque autorité sur cette foule tumuN tueuse et menaçante ; mais enveloppé , pressé, dominé même par son entourage républicain , il paraissait en proie à une irrésolution funeste. La cause du gouvernement monarchique semblait ne pouvoir être sauvée que par la présence immédiate du lieutenant général à THôtel de Ville; quelques heures plus tard et la république était proclamée. Les députés, avertis de l'état réel des choses, lc» député» se rendent en corps au Palais-Royal ; ils lisent au prince gneîlfte'dic une déclaration , qu'il approuve , touchant les garanties Vvmva nouvelles réclamées par la France ; puis il lui font cortège jusqu'à l'Hôtel de Ville , s'ouvrant avec peine un passage

de Ville.

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à travers toute cette multitude frémissante et en armes. Le doc d'Orléans se rend au sein de la commission municipale, qui résigne en sa main ses pouvoirs. La Fayette alors remet au duc un drapeau tricolore , le conduit au balcon, et présente au peuple sur la place le lieutenant général du royaume. Le prince déploie le drapeau et embrasse le vieux général aux acclamations de la foule émue et apaisée. De ce moment le duc d^Orléans fut reconnu sans obstacle à Paris et dans les départements pour le chef du gouvernement nouveau (l).

Le 3 août avait été indiqué par le gouvernement décbu pour l'ouverture des Chambres ; ce jour était venu ; un grand nombre de pairs et la majorité des députés étaient présents à Paris. Ils ouvrirent leurs séances (2), et le premier soin des députés fut de mettre la Charte en harmonie avec la situation nouvelle du p£tys , en y apportant quelques modifications, les unes depuis longtemps désirées, les autres exigées maintenant par l'opinion ou par la clameur publique.

Modinca- La Chambre, sur le rapport d'un de ses membres, auportées M. Bérard , vota les résolutions suivantes : le trop fa raeux article 14 disparut de la Charte; la religion catholique cessa d* être reconnue pour la religion de l'État; la liberté de la presse fut irrévocablement établie par Tabolition de la censure ; les Chambres eurent , comme le monarque, l'initiative dans la présentation des projets de loi; il fut arrêté qu'il ne pourrait plus ètrecréè decommissions et dé tribunaux extraordinaires , et que la France reprendrait l'étendard aux trois couleurs ; on fixa l'âge

(i) SMl faut admettre un mot très-répandu, maïs qui a été contesté , La Fayette, en préseotant au peuple le duc d'Orléans^ aurait dit : Voilà la meilleure des Républiques.

(2) Les députés qui, depuis le 26 juillet, avaient pris en maia rautorilé , avaient agi jusqu'alors spontanément et par motif dWgence, sans prétendre donner à leurs actes aucun caractère législatif.

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