‹ Histoire de FranceChapitre 191 sur 339 · LIVRE V — FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

LIVRE V — FRANÇOIS I

et murmuraient aussi le grand mot de réforme. François I leur prêtait son facile appui, et les défendait contre les rigueurs du parlement ou de la Sorbonne. Quoique bien près d'éclater, l'orage lui semblait lointain. D'ailleurs il se faisait gloire de mépriser tous les périls.

LX. Cependant le rival de cet insouciant vivant au jour le jour, Charles-Quint, travaillait sans relâche à réaliser ses rêves de domination. Se flattant encore d'écraser les protestants s'il le voulait, il les tenait suspendus comme une menace sur la tète du pape, laissait à son frère Ferdinand le soin de pacifier l'Allemagne et de tenir tête aux Turcs,s'emparaitdu Milanais , héritage des Sforza, et préparait en Italie, en Flandre et aux Pyrénées de nouvelles armées pour défendre , s'il le fallait , cette belle et importante acquisition.

Complice de son ambition, l'Espagne lui

donnait toujours ses meilleurs soldats; à ce comble de puissance, cette brave nation succombait avec son prince à un orgueil intolérable et à une odieuse cruauté. Si d'une main elle prenait Tunis, bombardait Alger et châtiait comme autrefois les féroces musulmans, de l'autre elle tenait Clément VII en une injurieuse captivité. Les peuples d'Amérique, que Colomb avait prétendu convertir à l'Évangile, s'éteignaient victimes de traitements qui faisaient pâlir la barbarie des Turcs; pour les remplacer, les conquérants inventaient la traite des nègres, et arra-

Mort de Bayard. (P. 212.)

chaient à l'Afrique ses pauvres et rudes enfants. A la honte d'un peuple chrétien, l'esclavage, qu'il avait fallu tant de siècles pour abolir, renaissait dans ses colonies, et si la France était païenne de jeux et de plaisirs, l'Espagne ne l'était pas moins de tyrannie et d'inhumanité.

Page 1