LIVRE V — FRANÇOIS I
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Espagnols, ne parlant que de démembrer le royaume, entraient en Provence. Plus prudent que de coutume, le roi donna l'ordre de détruire vivres et fourrages et de dévaster le pays jusqu'à la Durance, derrière laquelle il massait des troupes. Toujours braves quand il s'agissait de repousser l'ennemi, les habitants s'exécutèrent avec un patriotique enthousiasme, brûlèrent eux-mêmes leurs villages, et pour se venger eurent bientôt à poursuivre un ennemi affamé et fugitif. A sa suite, François I allait rentrer en Italie et y éprouver peut-être un nouveau désastre, quand il apprit que les Impériaux étaient en Picardie, et que soixante-douze canons battaient en brèche les murs de Péronne. Il revint en toute hâte, n'espérant plus sauver cette place, à peine défendue par six cents hommes et a bout de munitions après deux assauts repoussés. Mais son compagnon de gloire à Marignnn, le lidèle Guise, l'avait devancé. Prenant avec lui son fils de dix-neuf ans, le jeune d'Aumale, il était accouru au secours des assiégés. Nouveau Gédéon, il avait donné à l'ennemi une alerte nocturne par un grand bruit de tambours et de trompettes, et, à la faveur de ce stratagème, il avait jeté dans la place, d'un côté mal gardé, quatre cents hommes d'élite portant chacun dix livres de poudre. Péronne était sauvée. A leur tour épuisés, les Impériaux levèrent le siège. Au nord comme au midi, Charles-Quint voyait ses espérances déjouées.
LXIII. Les réformés d'Allemagne et de Hollande le menaçant d'une prise d'armes, et l'or d'Amérique ne suffisant pas à vaincre tant d'ennemis, il fut contraint, pour la première fois, d'accepter une paix désavantageuse, consentit à une trêve de dix ans, promit à François I le Milanais pour un de ses fils, et sollicita le droit de passer en France pour aller étouffer une révolte dans les Pays-Bas. Le roi s'estima heureux de cette occasion de fêter et d'héberger son rival ; il lui fit en hôte magnifique les honneurs de Paris, et ferma l'oreille à tout conseil de trahison. Moins généreux, l'Espagnol abusa de cette hospitalité. Comme pour venger son aïeul Charles le Téméraire , joué à Péronne par Louis XI , il
noua, au foyer qui l'abritait, de criminelles intelligences. Une clame célèbre par une longue faveur, mais alors éclipsée par des grâces plus jeunes, la duchesse d'Étampes, lui vendit les secrets qu'elle possédait et son alliance pour la prochaine campagne. Sûr d'être tenu au courant de tout, Charles-Quint refusa de se dessaisir du Milanais, laissa assassiner à Pavie deux ambassadeurs français, et conclut une alliance offensive avec le sanguinaire épouseur Henri VIII, à qui Guise venait de refuser sa fille Marie.
LXIV. Bien qu'en France l'enthousiasme dure peu , et que les choses les plus belles y dégénèrent promptement, l'élan de la dernière guerre n'était pas encore éteint ; les milices nationales n'avaient pas complètement disparu, et la haine contre les Espagnols redoublait à la seule pensée de leurs récentes perfidies. Le premier choc eut lieu en Piémont. La victoire de Cérisoles (1544), qui coûta douze mille hommes à l'ennemi , semblait promettre enfin des succès en Italie. Non loin de là, la flotte turque, jointe aux galères du roi, venait de ravager les côtes et de bombarder Nice. Il fallut encore une fois renoncer à ces espérances pour accourir au secours de la Champagne, où quatre-vingt mille Allemands et Anglais prenaient l'offensive. Gouverneur de la province, le duc de Guise en avait soigneusement fortifié les places, et comptait sur Saint-Dizier pour arrêter l'ennemi. Mais son chiffre fut livré par la duchesse d'Étampes; l'Empereur fabriqua ainsi une fausse dépèche, qui ordonnait à la place de se rendre. Guidé par cette main perfide, il entra également à Epernay, puis à Château-Thierry.
LXV. Le péril approchant, les Parisiens tremblaient déjà ; pour les rassurer, il fallut que le roi parcourût les rues à cheval, en compagnie du duc de Guise. Tandis que ces deux fiers et riants visages dissipaient la peur, l'Empereur s'amusait à des sièges; les Anglais prenaient Boulogne, et donnaient à l'armée française le temps de se grossir. Bientôt elle fut en force. Les rangs ennemis, au contraire, commençaient à s'éclaircir; l'automne s'avançait ; les routes devenaient mau-