‹ Histoire de FranceChapitre 218 sur 339 · LIVRE V — HENRI IV · texte numérisé non relu

LIVRE V — HENRI IV

ralion nouvelle, née dans l'erreur, ne pouvait plus être reconquise que, comme les infidèles et les hérétiques des premiers siècles, par l'éloquence de la charité, du dévouement et des vertus évangéliques. La France eut le privilège d'être le théâtre de cette renaissance catholique toute spontanée, et de ramener à la foi, sans le secours de ses rois, ceux qui naguère l'avaient mise à deux doigts de sa ruine, et qui ailleurs poursuivaient sans pudeur l'extermination des catholiques.

CXXXVI. Au siècle précédent, malgré le pieux héroïsme de Jeanne d'Arc, le paganismepolitique avait définitivement pris racine avec Charles VII et Louis XI , et fait à la liberté civile une irrémédiable blessure.

A peine l'Eglise avait - elle subi cette déchéance temporelle, à peine les peuples avaient-ils repris

le cours interrompu de leur prospérité et de leurs découvertes, qu'ils furent minés par le paganisme des mœurs et des arts. Une seconde révolte éclata plus profonde que la première, attaquant à la fois l'autorité de Rome et des évèques, le célibat des prêtres et l'unité du mariage, déchaînant la guerre civile et ajoutant aux rivalités de nations les haines de sectes. En présence de l'anarchie, les hérésiarques sentirent eux-mêmes la nécessité

Attaque du faubourg Saint-Germain. (P. 2-ii.)

de réprimer par la force le dévergondage des idées ; prenant parti avec ou contre eux , les souverains s'érigèrent partout en maîtres de la foi et des consciences, et étouffèrent sous un joug de fer la voix des docteurs et des universités, véritable chevalerie intellectuelle du moyen âge : de là des révolutions, d'atroces guerres civiles et le règne de la tyrannie spirituelle, la pire de toutes.

CXXXVILCette prétendue réforme porta à la société une atteinte plus profonde que le grand schisme.

Non moins cruels que les Anglais , les huguenots laissèrent le territoire appauvri, dépeuplé, et, chose plus grave, ébranlèrent la foi et les vertus de famille jusque dans les derniers rangs de la nation. Parmi les bourgeois se propagea le dégoût des champs , la soif des honneurs et des fonctions publiques; dans les communes, ainsi qu'au foyer domestique, s'insinua l'égoïsme qui tue la vie publique et partant la liberté. Le revenu des terres diminua des deux tiers ; celles qui produisaient du froment en abondance ne donnèrent plus que de maigres gerbes de méteil. Partout l'activité spontanée disparut ; pour la remplacer avec leurs rouages et leurs machines, il fallut des siècles à l'industrie et à la centralisation. Cependant, si, dans une

l.V.IS

LIVHE V

HENRI IV

première lutte, l'Église avait raffermi l'indépendance et l'unité du saint- siège, elle retrouva dans la seconde la chasteté de ses mœurs, l'héroïsme de ses vertus primitives, le zèle apostolique de ses moines, la pureté d'inspiration de ses orateurs. Par la persuasion, par le seul attrait de la sainteté et du sacrifice, elle reconquit les âmes que les autres se disputaient le fer à la main. En dépit des menaces et des violences, la France lui resta courageusement fidèle,et, après avoir jadis suivi ses rois dans la voie du schisme, cette fois elle les força de rentrer dans le giron catholique. En échange, elle allait voir son clergé purifié, un champ glorieux ouvert au libre essor de ses artistes , la première place en Europe rendue à ses soldats et à ses écrivains. Seul asile de la liberté intellectuelle, elle n'avait rien à envier à ses voisins , et , si ailleurs la vie politique devenait le privilège d'une aristocratie exclusive, chez elle la royauté , dans sa puissance croissante , gardait surtout pour mission de représenter et de protéger les petits. C XXX VIII. Toutefois ce triomphe de la vérité n'était pas complet. De là plus d'une tache à ce consolant tableau. Compromis par un alliage de mauvaises passions, les ligueurs avaient succombé parleur faute; et n'étaiUce pas encore une ample récompense de leurs efforts et de leur dévouement que la conversion du roi, que l'incontestable supériorité

Entrée de Henri IV à Paris. (P. 246.)

morale et intellectuelle de leur patrie? A leur place régnait un prince catholique par nécessité plutôt que par conviction, et avec lui ses amis les politiques , voués, comme leur nom l'indiquait, aux combinaisons et aux calculs temporels. La volupté, puissance fatale, gouvernait encore, sinon les lettres, du moins la

cour toujours digne de François I.

Comme par le passé, les grands se montraient plus avides d'aventures que de gloire réelle, de complots que de travaux sérieux.

Les magistrats restaient rampants en haine du saintsièire , et proclamaient bien haut le triomphe du droit divin. Si, en présence d'une nation qui abdiquait toute indépendance, Henri IV faisait preuve de modération, pouvait-on espérer longtemps la même vertu de ses successeurs?

La tête ne devaitelle pas infailliblement leur tourner, et ne verrait-on pas dans l'avenir se creuser de plus en plus l'abîme du despotisme et de la servilité? Au dehors, la perfidie de l'Espagne n'invitait-elle pas les Bourbons à la vengeance , et n'allaitelle pas faire d'eux les complices des violences protestantes, en attendant que, vainqueurs, ils pussent exploiter à leur tour le rôle tout aussi funeste de dominateurs catholiques? Tels étaient les dangers volontaires d'un peuple brave, généreux, mais qui, au lieu de s'unir dans une même foi, dans un même esprit national et dans le sentiment commun de sa mission providentielle, restait sans but

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