LIVRE V
HENRI IV
à Henri IV un stratagème inventé au siège de Paris, ils déguisent des soldats en paysans chargés de vivres. Les bourgeois affamés ouvrent une porte , et se ruent sur un sac de noix répandu comme par mégarde. Les faux paysans désarment ces étourdis , demeurent maîtres de la porte ; un corps de troupe caché dans le voisinage accourt à leur aide , et s'empare de la ville (1597). Cet accident répandit la terreur jusqu'aux portes de Paris. « Allons, dit Henri, c'est assez faire le roi « de France ; il est temps de faire le roi de « Navarre. » Et, quittant sa cour, il se mit ■en campagne pour réparer cette surprise. Mécontents de sa conversion, les incorrigibles huguenots désertèrent son drapeau , et se montrèrent à leur tour disposés à pactiser avec l'Espagne. Mais leur vide fut plus que comblé par les ligueurs sincèrement ralliés à la couronne et par l'illustre Mayenne en personne. Amiens fut repris (1597). Même succès à la frontière de Savoie. Le brave Lesdiguières laissa les Piémontais construire paisiblement le fort des Barraux; l'ouvrage terminé, il l'enleva avec artillerie et munitions, et donna aux frais de l'ennemi un puissant rempart au Dauphiné.
CXXXIII. N'espérant plus vaincrela France, et regrettant d'avoir si mal profité de ses guerres civiles, Philippe II signa la paix à Vervins, aux mêmes conditions qu'à Cateau- Cambrésis (1598). L'activité surhumaine qu'il avait déployée pendant ses quarante années était restée sans succès. S'il avait pu réunir à l'Espagne le Portugal avec ses colonies , l'empire des deux Indes ne l'avait pas rendu plus fort en Europe. La France, dont il avait attisé les dissensions , en sortait plus jeune et plus vigoureuse. Une tempête affreuse avait anéanti la flotte et l'armée dont il s'était tlatté d'écraser l'Angleterre. Rejeté de Dieu , ce superbe champion de son Eglise mourut chargé d'années et d'inutiles labeurs.
CXXXIV. La même année, Henri IV assura par l'êdit de Nantes la paix religieuse du royaume (1598). Traitant les huguenots avec toute la douceur due à d'anciens frères (farmes et ne voulant pas les punir de leurs récentes infidélités , il leur laissa des places
de sûreté, une chambre mi-partie réformée dans chaque parlement, enfin la liberté de s'assembler, de délibérer, d'avoir des députés auprès de la couronne et d'être en relations avec les coreligionnaires de l'étranger. Ces incroyables privilèges , que les catholiques auraient pu à bon droit leur envier, ne les consolèrent pas de la conversion d'Henri IV. Dépouillés en un seul jour de l'influence décisive d'un grand parti politique et national, abandonnés sur-le-champ de presque toute la noblesse, ils ne se virent pas sans dépit réduits à un groupe mesquin de marchands, de petites villes, de seigneurs du second ordre , et nourrirent secrètement l'espoir de se venger plus tard. Pourtant, qui pouvaient-ils accuser de leur disgrâce ? Pour écraser leurs adversaires, ils n'avaient épargné ni violences, ni assassinats, ni alliances étrangères ni intervention d'un pouvoir perfide. Ces armes les avaient bien servis ; au contraire, en les employant pour se défendre, les ligueurs avaient succombé : ceux qui avaient appelé les Anglais et tué les Guises l'avaient emporté sur les alliés des Espagnols et sur l'assassin d'Henri III.
CXXXV. Cependant, dès qu'il s'était agi non plus de se détruire, mais de vivre en paix sincère, l'hérésie, exposée à flotter dans l'insaisissable variété des opinions , restait condamnée à chercher force et unité dans l'extirpation de toute doctrine contraire à la sienne et dans une guerre implacable à l'Eglise, tandis que les catholiques retrouvaient leur noble privilège de savoir seuls régner par la douceur et par la persuasion. Impossible pour un calviniste sérieux, la tolérance cessa donc de l'être pour Henri IV du jour de sa conversion. Fort de l'appui de tous les bons citoyens, il imposa la paix aux huguenots et leur garantit la liberté de leur culte , à condition qu'ils renonceraient à leur perpétuelles attaques contre la religion et contre l'Etat, et à tout prosélytisme violent ou corrupteur. Le saint-siège éprouva bien quelque peine à voir ainsi consacrée la séparation de ces enfants égarés qu'il avait longtemps espéré ramener sous son autorité paternelle. Mais le malheur était consommé, et la gêné-