‹ Histoire de FranceChapitre 220 sur 339 · RENAISSANCE CATHOLIQUE — LOUIS XIV · texte numérisé non relu

RENAISSANCE CATHOLIQUE — LOUIS XIV

I. Par la soif de l'or et d'une domination universelle, l'Espagne s'était condamnée à la paresseetà la servitude. Impuissantes à conquérir l'Europe, ses armes n'avaient fait que développer la vigueur militaire de la Hollande et de l'Angleterre , comme jadis celles de l'Autriche avaient suscité la Suisse. Non moins despotiques qu'elle sur le terrain de la théologie, les États réformés, après avoir anéanti dans leur fureur iconoclaste les monuments et les écoles de l'art chrétien , tour- . liaient leur jeune activité vers les progrès de l'agriculture, les spéculations du commerce et de l'industrie, le tralic des mers et tout ce que la science peut inventer pour le progrès matériel de l'homme. Amasser et dominer, telle était toujours leur devise, et ceux que ces biens terrestres ne consolaient pas de la perte des richesses spirituelles étaient voués à d'impitoyables persécutions. La France, au contraire, ouvrait à la fois un asile hospitalier aux négociants et aux fabricants du Nord, aux artistes, aux poètes, aux saints du Midi. Le génie des affaires revivait à côté de Henri IV dans son fidèle et laborieux serviteur Sully ,

ennemi de toute prodigalité, restaurateur des finances, protecteur intelligent du commerce et de la culture ; mais l'esprit large et brillant du roi tempérait l'âpre économie du ministre, et conservait à la France dans sa prospérité quelque chose de plus noble que ses voisins. Par leurs soins, le canal de Briare réunit la Loire à la Seine ; les routes et les ponts furent remis en état ; des pépinières de mûriers blancs peuplèrent le Languedoc et la Provence ; le trésor dota des manufactures de cristal, de drap d'ow, de tapisseries ; enfin de hardis colons, portant le drapeau de leur patrie en Amérique, prirent possession de Terre- Neuve, et jetèrent les fondements de Québec au Canada. Les prêts à intérêt, devenus nombreux à la faveur des guerres de religion, furent consolidés pour le passé, interdits pour l'avenir. Ainsi l'industrie dut se développer avec ses propres forces, sans le fiévreux aiguillon du crédit, si dangereux pour le tempérament français. L'agriculture obtint une sage préférence : labourage et pâturage , telles étaient, suivant Sully, les deux mamelles de la patrie. Le sol, les eaux, les

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