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LIVRE VI

LOUIS XIII

Xavier , ouvraient les portes de la Chine , et fondaient des églises jusque dans les capitales de ce mystérieux empire. Les bénédictins réformés de Saint-Maur se vouaient à l'instruction de la jeunesse noble et à de célèbres recherches historiques. Le pieux Bérulle rapportait de Rome la règle des oratoriens, destinés à la prédication et à la direction des âmes. Marie de Médicis faisait venir d'Espagne les frères de Saint-Jeande-Dieu, charitables gardiens des malades, bientôt assez nombreux pour diriger trente hôpitaux.

XIV. De même une foule de couvents de femmes s'ouvraient d'un côté pour les sublimes sacrifices de la vie contemplative, de l'autre pour les soins plus doux d'une ingénieuse charité. Les carmélites, filles de sainte Thérèse, établissaient à Paris, rue d'Enfer, un cloître bientôt trop étroit pour les illustres recluses qu'y attiraient le mépris du monde et l'amour des plus effrayantes austérités. Moins sévères, les ursulines, récemment fondées à Brescia, ouvrirent leurs maisons à l'éducation gratuite des filles, et comptèrent bientôt en France plus de trois cents maisons. Rêvant pour la visite des pauvres une règle encore plus douce et plus facile, saint François de Sales appelait à Annecy Mmo de Chantai, fille d'un magistrat de Dijon, et y fondait l'ordre de la Visitation, qui se répandit avec une merveilleuse rapidité. Toutefois, c'était à un de ses amis, au Français saint Vincent de Paul, qu'il était réservé de réaliser complètement cette pensée par ses filles de la Charité, et quelques années plus tard, les dames de la Visitation s'étant obligées à la clôture et bornées à l'éducation, une autre veuve, Mme Legras, également fille de magistrat, commença à Paris, avec quelques humbles compagnes, ces visites du pauvre et ce soin des hôpitaux qui sont encore aujourd'hui la plus belle gloire de leur fondateur. Ainsi, pendant que de fortes et savantes compagnies d'hommes remplaçaient au dedans l'enseignement des universités, au dehors l'épée des croisés , de pieux essaims de femmes se disputaient le berceau des enfants et le chevet des malades de plus en plus abandonnés par

les grandes dames, les bourgeois et les tiers ordres dégénérés.

XV. Épurés par les calamités publiques , les arts et les lettres reprenaient aussi leur éclat mis en péril par la dépravation du siècle précédent, et s'épanouissaient sous l'impulsion de ces nobles vertus, comme des fleurs prodiguées par une sève généreuse. En Italie, l'inspiration épique elle-même venait de se ranimer dans la Jérusalem délivrée du Tasse ; la musique religieuse, que le concile de Trente était sur le point de proscrire pour ses écarts, avait dû son salut aux merveilleuses compositions de Palestrina ; enfin, si la peinture n'avait retrouvé ni le génie de Raphaël ni la pieuse naïveté de Fra Angelico, elle témoignait dans Guerchin et le Dominiquin un talent sérieux, sincèrement désireux de redevenir chrétien. Marie de Médicis tenait à honneur de répandre dans sa nouvelle patrie le goût de ces belles choses et de faire de Paris une autre Florence. Elle fit bâtir le palais du Luxembourg dans le style toscan , y réunit les toiles des premiers maîtres contemporains, et appela pour le décorer le Flamand Rubens, qui avait acquis talent et réputation par un long séjour au delà des Alpes. Quant aux lettres , les passions langoureuses de la nouvelle école italienne convenaient moins au caractère français que la mâle vigueur des Espagnols , et de nombreuses traductions de romans et de drames attestaient la vogue de Cervantes et de Lope de Vega , tous deux guerriers passés du service de la patrie au culte des muses. Ainsi, par de pieuses colonies et par des chefs-d'œuvre de tout genre , l'Italie et l'Espagne communiquaient à la France le contagieux amour du bien et du beau, et réparaient à l'envi les maux qu'avaient causés Catherine de Médicis et Philippe IL Non contente de favoriser ces relations, la reine les rendit bientôt plus intimes; cédant au penchant de son cœur, elle demanda pour son fils Louis XIII la main d'Anne d'Autriche, fille du roi d'Espagne. Ni la colère du parlement ni les menaces des huguenots ne purent entraver ce mariage, lien nouveau de la cour et du royaume avec l'Europe méridionale.

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