‹ Histoire de FranceChapitre 224 sur 339 · LIVRE VI — LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI — LOUIS XIII

chepied, et, sans que personne le vît, perça le cœur de sa victime, qui expira au même instant (1610).

XI. Comme les Guises, Henri IV succomba au moment où il allait mettre dans la balance le poids de son épée. Peut-être le sang des guerres civiles, effacé aux yeux des hommes par de glorieux services, demandait-il sa tardive mais immanquable expiation? Ou bien, en laissant ce crime s'accomplir, la Providence voulait-elle seulement empêcher le glaive d'un conquérant de trancher les débats religieux de l'Europe, et livrer une fois de plus les peuples à eux-mêmes ? Quoi qu'il en soit, la France, déçue dans ses rêves de grandeur et frappée (dans un prince bienaimé , déchaîna son indignation contre l'assassin, et voulut lui trouver des complices. Les moyens de torture ordinaire ne suffisant pas , on en proposa de nouveaux inventés à Genève ; plus d'un magistrat eût volontiers condamné à mort le père, la mère, les frères et les sœurs du coupable. Quant à lui, il fut tenaillé, puis écartelé. Le procès et l'exécution n'ayant rien révélé, l'occasion était belle de s'en prendre aux jésuites, accusés depuis longtemps de prêcher et de comploter le meurtre des rois. Leurs ennemis en profitèrent, et le parlement ordonna qu'un de leurs livres serait brûlé par le bourreau devant l'église Notre-Dame.

XII. Ces vaines fureurs ne comblaient pas le vide d'un grand chef, remplacé par un enfant sous la régence d'une femme. Au dehors, Marie de Médicis , ajournant la guerre avec dignité, se contenta d'occuper Juliers avec un beau corps d'armée et d'arrêter le duc de Savoie prêt à tourner ses préparatifs contre Genève. C'était tout ce que l'on pouvait demander d'une princesse sincèrement catholique, au milieu des embarras d'une minorité. Aussi les réformés d'Allemagne durent remettre à un temps meilleur leurs projets belliqueux et supporter en silence les conquêtes que faisaient dans leurs rangs l'éloquence et le zèle des catholiques. Au contraire, en France, les concessions d'un prince débonnaire ayant plutôt nourri qu'étouffé les semences de discorde, les huguenots se flat-

taient de toucher au jour de la vengeance, et se tenaient prêts à profiter des premiers troubles. Le prince de Condé dont Henri IV avait irrité la jalousie conjugale, et ses oncles le prince de Conti et le comte de Soissons, étaient revenus à la cour pleins de morgue, faisant payer cher une fidélité douteuse , moins disposés à soutenir le pouvoir qu'à jouer le rôle des princes du sang sous Catherine de Médicis et à s'agrandir à la faveur de nouvelles dissensions. Fier de son importance croissante , le parlement ne se bornait pas à déclamer contre les jésuites et contre le concile de Trente, mais se croyait appelé à remplacer les états généraux, à donner une direction aux affaires et à continuer la politique de Henri IV. La régente n'avait pour elle que l'épée de Mayenne et de Guise, sincèrement ralliés au service de la couronne, et le zèle de quelques anciens ministres. Douce, facile, incapable de verser du sang, elle crut désarmer ses ennemis en satisfaisant leurs exigences, rassura les huguenots sur ses intentions, combla de pensions les princes et les grands, et, voulant à tout prix se concilier les gens de robe, rendit un remarquable hommage à leur puissance, en faisant confirmer son pouvoir non plus par les états, mais par le parlement de Paris toutes chambres assemblées. Difficile à soutenir pour un homme supérieur, ce système ne pouvait durer entre les mains d'une femme dont la faiblesse ne faisait qu'encourager les convoitises de chacun. Le trésor amassé par Henri IV et les revenus de l'État allaient bientôt y passer et n'y pas suffire.

XIII. Pendant que l'absence d'une main forte laissait le champ ouvert à toutes les ambitions, et que, sauf le camp organisé et discipliné des huguenots , chacun usait de cette liberté non pour la grandeur de sa patrie, ni même pour celle de son propre parti, mais pour de misérables et mesquins avantages personnels, la renaissance catholique se développait majestueusement en dépit de ses ennemis. Les jésuites rendaient chaque jour de nouveaux services à la science et à l'éducation, et recrutaient de courageux missionnaires qui, réalisant le vœu de saint François

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