XVII. Alors que ces grandes choses
s'accomplissaient paisiblement dans l'empire des esprits et des cœurs, en politique ce n'étaient qu'intrigues, tiraillements, petites et étroites ambitions. Au milieu des seigneurs avides qui se disputaient ses largesses, Marie de Médicis n'avait d'amis sûrs qu'une femme de chambre, Léonore, ramenée jadis de Florence avec son mari Concini. Cet Italien était fidèle, dévoué, mais dépourvu d'intelligence. Vainement la reine voulut -elle s'en faire un rempart et le grandir aux yeux de la foule en le nommant marquis d'Ancre, gouverneur de Normandie, maréchal et ministre: ces di-
Saint François de Sales.
gnités, prodiguées a un étranger, ne firent que lui tourner la tête, en même temps qu'elles excitaient la haine des jaloux. L'innocent et paisible courtisan devint bientôt le point de mire de tous les mécontents qui n'osaient s'en prendre directement à sa protectrice. A leur tête se mit le premier prince du
sang, le prince de Condé, qui se donnait pour le soutien et le représentant de la politique de Henri IV, et qui, bien que catholique, était le chef secret du parti huguenot. Fidèle aux traditions de ses pères, il protesta contre les abus de finances dont lui et ses parents étaient cause, s'éleva avec violence contre le mariage espagnol, arma en pleine paix, demanda l'épée à la main des places de sûreté et les frais de sa révolte, et, pour se rendre populaire, invoqua le vieux remède des états généraux.
XVIII. Désireuse d'éviter la guerre civile au risque de l'avoir plus grave un jour, Marie de Médicis accorda tout , et convoqua à Paris les députés des trois ordres (1614). Comme d'habitude, de cette assemblée sortit plus de bruit que d'effet. La noblesse brilla par la futilité de ses demandes, et jeta de vaines clameurs contre l'envahissement par les bourgeois des places que désertait sa paresse. Le tiers état, représenté presque exclusivement par des gens de robe, officiers de justice ou membres des parlements, se montra jaloux de l'importance qu'il avait prise dans