‹ Histoire de FranceChapitre 247 sur 339 · LIVRE VI — LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VI — LOUIS XIV

avait obtenu le gouvernement de Guyenne, le renvoi de trois ministres, des faveurs sans nombre; que pouvait-il demander de plus? Néanmoins il ne fut pas six mois sans se brouiller avec la reine et sans quitter la cour, décidé, cette fois, à mener la guerre civile avec l'aide des Espagnols. Le parlement, sur lequel il comptait, n'osa approuver cette défection sans excuse; s'arrètant à la folle idée de tenir la balance entre les deux partis, il condamna les traîtres en même tempsqu'ilmettait à prix la tête de Mazarin , et vendait à l'encan sa magnifique bibliothèque.

LXXVI. Plus sage, dégoûté de servir contre son pays, et pensant s'être acquitté envers les Condé, Turennemitsonépée au service de la reine. Son retour parut si loyal qu'il fut choisi pour général en chef. Ses troupes réunies, la Picardie et la

Champagne étant en sûreté, il vint occuper Lagny et Saint-Denis, dans l'espoir d'enlever la capitale. Le prince de Condé arrivait au même moment avec une armée ramassée dans le Midi; maître de Suresne et de Saint-Cloud, tournant la ville par le nord , il voulait passer la Marne à Charenton et se porter sur le confluent des deux rivières. Turenne le surprit en marche au faubourg Saint-Antoine, le chassa de barricade en barricade, l'accula aux fossés de la Bastille. Il était perdu sans la charitable

Arrestation de Condé. ( P. 276.)

duchesse de Montpensier, qui lui ouvrit les portes de Paris, et qui fit tirer sur les vainqueurs les canons de la citadelle (16o2). En présence de cette invasion armée, le parlement, qui n'avait pas un soldat pour exécuter ses ordres , songeait vainement à prolonger

son pouvoir et son indépendance.

Aux frondeurs s'étaitjointeune multitude furieuse, enfonçant les portes des prisons, délivrant les détenus, pillant l'hôtel de ville, aspiégeant le palais de justice et exigeant impérieusement les décisions les plus insensées. On aurait pu se croire aux plusmauvaisjours de la Ligue, sous la domination des Seize. Forcés d'opter encore une fois entre le roi ou l'anarchie, la France ou les Espagnols, les magistrats prirent bravement leur parti, ne voulurent pas imiter le parlement d'Angleterre, qui venait de faire tomber la tête de Charles I , et allèrent rejoindre la cour à Pontoise.

LXXVI I. Il fallait de plus désarmer les princes et les grandes dames, parti plus exalté que puissant. Pour rendre la paix plus facile, Mazarin, que la reine avait rappelé pendant la guerre , et contre lequel beaucoup d'esprits demeuraient exaspérés, feignit de se sacrifier une seconde fois , et alla "passer quelque mois à Sedan. 11 revint quand le roi eut fait son entrée triomphale dans Paris,

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