XIX. A la famine succéda la guerre
Henri , attaqué à la fois par sa mère Constance et par son frère sans apanage, fut contraint de se réfugier chez Robert le Diable, duc de Normandie, et ne dut qu'à la bravoure de cet hôte magnifiquede rentrer dans ses Étals. Pendantque l'héritier de Clovis et de Charlemagne traînait cette vie pénible et humiliante sur les bords de la Seine, sur la
Loire, comme dans un autre monde, ses vassaux faisaient de bien autres choses. Foulques le Noir, comte d'Anjou, et Eudes le Champenois, comte de Blois, se disputaient l'épée à la main la belle ville de Tours. Une plus riche proie les mit d'accord : Eudes céda Tours pour se jeter sur le royaume d'Arles ou de Bourgogne. Ses vues ambitieuses ne s'arrêtaient pas là ; il avait des intelligences à Milan, espérait la couronne d'Italie, vainement offerte au roi Henri , qui ne s'était pas senti de force à l'accepter, et rêvait jusqu'à
Le roi Robert chantant au lutrin. (,F. 83.)
la pourpre impériale , vacante par la mort du dernier des Ûthon. En route pour cette entreprise, il fut surpris près de Bar-le-Duc par des forces supérieures. Il combattit en brave, et périt sur le champ de bataille. Son rival allemand , le duc de Franconie , fut à la fois empereur, roi d'Arles et d'Italie, maître d'un quart de la France, et réalisa la
grande fortune rêvée par le Champenois.
XX. Autre était le sort de son premier rival , Foulques le Noir, comte d'Anjou, fougueux et cruel guerrier, la terreur de ses sujets. Il avait fini par tuer sa première femme; puis il avait forcé le fils de sa victime à descendre de cheval et avenir, pieds nus, sa selle sur le dos, lui demander pardon à genoux. Tout à coup, las de meurtres et de combats, la conscience tourmentée par la pensée des jugements de Dieu , ce monstre s'apprivoise. Il abdique en faveur de son fils, et, simple pèlerin, part pour la Terre-Sainte. Arrivé à Jérusalem , il se fait traîner la corde au cou et battre de verges par ses serviteurs. Il trompe, pour visiter l'église du Saint-Sépulcre, les ruses des musulmans, et revient en bâtir une pareille à son château de Loches. Mais ni aumônes ni constructions d'églises et de couvents ne pouvaient calmer sa conscience: deux fois il recommença son lointain pèlerinage, et mourut à Metz, au retour du troisième. Telle était l'énergie de ces hommes de foi, ne relevant que de Dieu [et de leur