‹ Histoire de FranceChapitre 63 sur 339 · LIVRE III — PHILIPPE I · texte numérisé non relu

LIVRE III — PHILIPPE I

épée, également impétueux au bien et au mal.

XXI. Même sève chez les Normands, encore dans toute la fleur de la jeunesse. Quarante d'entre eux, revenant de Jérusalem , avaient à eux seuls délivré Salerne , assiégée par les Sarrasins. Fêtés, admirés, bénis comme des sauveurs, comblés de présents, ils revinrent plus nombreux, commandés par Robert Guiscard ou le Rusé, l'aîné des douze frères, conquirent la Pouille, la Calabre, Malte, la Sicile, et fondèrent le royaume de Naples, rempart de l'Italie sans défense contre les Sarrasins et contre les empereurs germaniques.

XXII. Pendant ce temps-là, le digne duc des Normands était Robert le Diable , vrai diable au combat, vrai diable dans sa maison, implacable pour ses ennemis, empoisonneur de son frère, large, prodigue, magnifique pour ses hôtes et pour ses amis. C'est à ses secours désintéressés que le roi de France devait d'avoir gardé sa couronne. 11 n'était pas moins généreux pour les fils de sa sœur, Edmond et Edouard , renversés du trône d'Angleterre par d'autres hommes du Nord, les Danois, et il leur donna des guerriers et des vaisseaux pour reconquérir le royaume de leur père. Parmi les serfs avides, qui là, comme en France,s'étaient joints aux pirates, se trouvait un jeune berger, Godwiu, tour à tour ami des Danois et des Saxons , devenu en peu de temps, par son audace et son habileté, maître du sort de son pays. En arrivant les princes comptaient sur sa parole. Trahi par lui, Edmond fut livré aux Danois et lâchement égorgé. Edouard fut plus heureux, et chassa les étrangers. Toutefois il crut Godwin trop puissant pour le punir, et, seul, sans enfants, n'ayant plus de frères, sans autres amis que Robert le Diable et quelques fidèles Normands , il passa sa vie à lutter contre l'ambitieux, qui ne travaillait à rien moins qu'à préparer les voies du trône à ses propres enfants.

XXIII. Glorieux et aimé sur l'un et l'autre bord de la Manche, le duc Robert semblait avoir effacé la tache de ses crimes ; mais le souvenir de son frère empoisonnait sa fortune.

Comme Foulques le Noir, il voulut faire pénitence, confia son fils unique Guillaume à ses amis les rois de France et d'Angleterre , et, disant adieu à ses Etats, partit pour Jérusalem, nu-pieds, sans armes, suivi d'une foule de chevaliers, de barons , de serviteurs, qui ne pouvaient se détacher de leur maître. Sur toute sa route il sema des largesses. Traversant Rome par un froid d'hiver, il fit donner par charité un manteau à la statue d'airain de Constantin. Aux portes de Jérusalem, une foule de pauvres pèlerins attendaient tristement,n'ayant pas la pièce d'or exigée par les Sarrasins ; ce fut lui qui paya pour tous. Il mourut à son retour, en passant à Nicée, regrettant de n'avoir pu, comme le pèlerin d'Aulun, expirer, de douleur et d'amour sur le mont des Oliviers.

XXIV. Cependant Guillaume avait grandi, brave et bouillant comme son père. Le roi de France Henri I, usant d'une juste reconnaissance, lui avait à son tour servi de protecteur, et l'avait défendu contre un parent qui lui disputait le duché de Normandie (1032) ; puis il était mort à son tour, laissant la couronne à un enfant, Philippe I (1060). Philippe était jeune, mou, indolent, et pourtant orgueilleux ; Guillaume était ardent, irascible, avide de conquêtes, aguerri par de perpétuels combats contre les Prêtons, maître d'une belle flotte et d'une armée belliqueuse. L'amitié des pères risquait de ne pas durer entre les fils, et le voisinage des Normands redevenait menaçant pour le petit royaume de France, quand tout à coup une magnifique occasion s'offrit à leur humeur conquérante.

XXV. Naguère le roi d'Angleterre avait reçu à sa cour le duc Guillaume. C'était à la fois le fils de son bienfaiteur et l'unique parent qui lui restât. Aussi lui avait- il donné des armes, des chevaux, des chiens, des faucons, et l'avait-il fêté comme son héritier. A son tour, Guillaume avait reçu en Normandie le seul homme qui pût convoiter cette succession, le fils aîné de Godwin, et, sur un morceau de reliques, lui avait fait jurer d'y renoncer. Edouard mort, les dignes enfants du pâtre perfide se disputèrent la couronne, l'un à la tête des Anglo- Saxons, l'autre à la

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