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LIVRE 111 — LOUIS LE JEUNE

de caractère, et se piquait d'être bon chevalier. Grâce aux tracasseries de leurs voisins, son père et son aïeul avaient pu rester étrangers, au dévouement chevaleresque de tous leurs grands vassaux ; mais, pour lui, tarder davantage c'était se faire noter d'infamie.

LXVI. Toutefois les agrandissements subits du royaume avaient tourné cette jeune tête. Oubliant qu'il venait d'être sacré par le pape Innocent II, Louis lui contestait aigrement le droit de nommer les évèques et voulait les dignités saintes i pour ses courtisans : prétention instinctive et monstrueuse de presque tous les souverains d'alors. Le siège de Bourges étant vacant, le chapitre et le roi se disputèrent longtemps à qui en disposerait, et, pour terminer le conflit, le pape, usant de son pouvoir souverain , nomma lui-même l'archevêque. Celui-ci, chassé par les partisans du roi, ne trouva de refuge qu'en Champagne , chez le pieux comte Thibaut, ami dévoué de saint Bernard. Il y rencontre une autre proscrite, la sœur même de Thibaut, qu'un cousin du roi venait de répudier. Louis le Jeune fut excommunié avec ce mari brutal. Furieux, il déchaîne sa vengeance sur la Champagne, qu'il traite en pays rebelle. Rien ne lui résiste ; il entre à Vitry l'épée à la main, et fait mettre le feu aux quatre coins de la ville. Les

habitants, épouvantés, se réfugient dans l'église, espérant un refuge au pied de l'autel ; mais l'église prend feu, et les malheureux, renfermés par une main de fer, périssent tous dans les flammes (1142).

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