LIVRE III — LOUIS LE JEUNE
reconnaissaient Innocent II, plus d'un seigneur abritait ses passions indomptées sous le nom du faux pape et sous un zèle hypocrite pour l'Église. Dans tout le midi de la France les mœurs étaient légères, le clersé corrompu ; marchant à la tète des voluptueux . le duc de Gascogne, Guillaume X, comte de Poitiers, se déclarait hautement contre Innocent II. C'était un brillant et prodigue seigneur, géant de taille, se battant comme quatre et mangeant commehuit, à la fois redoutable et séduisant.
Ne pouvant vivre sans guerre, il fai-
sait battre ses vassaux entre eux ; ravisseur incestueux delà femme de son frère , il avait chassé de son siège l'évèque de Poitiers, le seul qui lui résistât, et accumulé les diocèses entre les mains du servile et ambitieux Gérard,évèqued'Angoulème. Qui s'étonnera s'il prit
parti contre le saint-siège? Si jamais souverain avait mérité la déchéance, c'était lui. Mais saint Bernard, le pacificateur de l'Allemagne et de l'Italie, avait des moyens plus doux. Il arrive seul à Poitiers et fait venir le comte, qui, à la stupeur de tous, reste sept jours entiers avec lui dans un cloître, et en sort charmé, subjugué par ce magique ascendant.
LXIV. Saint Bernard parti, Gérard, le mauvais génie de Guillaume, l'ébranlé, lob-
Louis le Gros reprend Montlhéry. ( P. 97.]
sède et l'entraîne en de nouveaux excès. Saint Bernard revient. Au milieu de la messe, il apostrophe l'inconstant seigneur, et, lui présentant l'hostie sacrée: « Voici, lui dit-il, « celui que tu persécutes, et qui va bientôt « te juger! » Guillaume tombe atterré, se relève à jamais converti, et se réconcilie avec l'évèque de Poitiers, dont il avait juré la mort. Tandis que son fatal ami Gérard périt frappé demortsubite,lui, déplorant ses péchés et s'abandonnant à la merci de Jésus -Christ, renonce à tout pour l'amour de son Sauveur. Il laisse ses filles sous la protection du roi de France, et son dernier vœu est de voir l'aînée, Éléonore, héritière de l'Aquitaine et du Poitou, épouser le fils de Louis le Gros. Ce testament fait, il part, humble pèlerin, et va mourir ignoré à Saint- Jacques-de- Compostelle. LXV. Son désir fut réalisé, et Louis VII, dit le Jeune, épousa Éléonore (1137). Ainsi le royaume de France se trouvait tout à coup doublé, et, tandis que Louis le Gros, toujours languissant depuis ses chagrins, descendait dans la tombe, son fils sortait de ce petit domaine, bien nommé l'Ile-de-France, passait la Loire et la Garonne, et faisait un voyage triomphal jusqu'aux Pyrénées. Le moment était venu pour le roi de se mettre à la tète de la guerre sainte. Louis le Jeune était jeune d'âge, jeune