‹ Histoire de FranceChapitre 79 sur 339 · LIVRE III - LOUIS LE JEUNE · texte numérisé non relu

LIVRE III - LOUIS LE JEUNE

au massacre des juifs, et, pour gage de sa mission, guérit les malades, les aveugles, les sourds et les boiteux. Son voyage est une suite de triomphes ; l'enthousiasme se propage comme une fièvre: les juifs sont épargnés, et soumis seulement à une contribution en argent ; les églises donnent tout ce qu'elles possèdent, engagent même leurs couronnes et leurs croix d'or ; on envoie quenouille et fuseau au noble qui hésite à partir.

LXVIII. Louis le Jeune laisse le soin de son royaume à l'abbé Suger , digne bientôt du nom de Père de la patrie. Le connétable Matthieu de Montmorency lui est adjoint comme porte -glaive, au lieu du pieux comte de Nevers, qui préfère se faire chartreux. Toutes choses réglées, le roi va prendre l'oriflamme à Saint-Denis, où figuraient déjà, en vitraux de couleur, les exploits de la première croisade (1147). Comme Godefroi, il dédaigne de conquérir Constantinople, passe en Asie, et, pour éviter les montagnes, essaye de suivre les bords de la mer. 11 restait pourtant des endroits périlleux. A partir de Laodicée, le chemin devient étroit et difficile : d'un côté une muraille de rochers, de l'autre un précipice affreux. Il fallut plus d'une journée pour faire défiler l'armée et les bagages ; le soir les Turcs se jetèrent sur la colonne engagée dans la gorge, et essayèrent de couper l'armée en deux. Le roi, qui était resté à l'arrière-garde avec l'élite de ses chevaliers, se précipita sur la route pour rétablir ses communications. Mais d'invisibles mains lançaient sur eux une grêle de flèches et de pierres. Un grand nombre périrent ; les plus belles fleurs de France se fanèrent avant d'avoir porté des fruits; le roi, démonté, se trouva tout seul, réduit à son épée pour se défendre. Retranché sur un rocher et protégé contre les flèches par une bonne cuirasse, il fit mordre la poussière à quiconque essaya de l'approcher ; la nuit venue, il se jeta sur un cheval abandonné, et rejoignit le gros de l'armée, qui le pleurait comme mort.

LXIX. Arrivé à Satalie, il trouva le grand maître du Temple, venu au-devant de lui avec ses chevaliers. Il y avait de nouvelles gorges à traverser, et, malgré ce renfort,

Louis le Jeune ne voulait plus se hasarder. Une flotte grecque s'offrit à le transporter à Antioche. Il eut la faiblesse d'accepter, et, commençant la guerre par une fuite à peine excusable au lendemain d'un désastre, il s'embarqua avec les guerriers les plus riches, laissant les malades , les blessés et tous les pauvres pèlerins s'en tirer comme ils le pourraient. N'ayant pas de quoi payer leur passage, ces malheureux essayèrent de se faire jour par la route de terre, et offrirent aux Turcs une proie facile. Presque tous moururent en braves ; trois mille, pour éviter la mort, se firent musulmans. Cependant Louis le Jeune parvint à Antioche, où le galant Raymond de Poitiers s'efforça de lui faire oublier ses remords par une splendide et joyeuse hospitalité. Il ne s'oublia que trop en celle voluptueuse résidence ; car il y perdit l'affection de sa femme Eléonore. Cœur léger, tout entier au plaisir, elle avait cédé aux séductions de Raymond, et elle cherchait à prolonger son séjour sur ces bords riants de l'Oionte, embellis avec le raffinement du luxe oriental. Le roi fut obligé de l'arracher de force à cette dangereuse ivresse. Déjà le mal était irréparable : ils ne s'aimèrent plus.

LXX. Enfin ils arrivèrent à Jérusalem, et, comme si le plaisir devait être jusqu'au bout l'écueil de cette croisade , ils choisirent pour l'assiéger la ville la plus riche, Damas, célèbre pour ses soies , ses selles et ses belles épées, et ils vinrent camper dans ses jardins plantés d'orangers et de jasmins , arrosés de fontaines et de jets d'eau, séjour de voluptés et de délices. Le temps s'y perdit en jalousies, en querelles, en brillants mais stériles faits d'armes. Que ne peut l'aveugle passion ! panai les soldais du Christ, elle fit jusqu'à des traîtres. Après des assauts malheureux, ce siège, commencé avec éclat, fut levé sans bruit 'et Louis le Jeune , découragé , renonçant à égaler les premiers croisés, dont il avait cru facile d'éclipser la gloire , pressé de se séparer de l'infidèle Eléonore , revint dans ses Etats.

LXXI. Il trouva son royaume plus florissant et plus heureux que s'il l'eût gouverné lui-même, les villes ri hes et commerçantes,

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