CHAPITRE IV
DE LA RÉVOLUTION A LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
TuRGOT. 0 Célèbre économiste et le plus grand des ministres de Louis XVI.
LA REVOLU- TION, a 0 Après les tristesses du règne de Louis XV et les fautes de Louis XVI, des modifications profondes dans l'ordre des choses établies paraissaient indispensables.
Il y avait désaccord complet entre les faits et les idées. En fait, la France demeurait en 1 789 comme en 1 680 une monarchie absolue basée sur le système du privilège. Les idées nouvelles démontraient au contraire l'absurdité du despotisme et l'injustice du privilège.
A vrai dire, la situation était sensiblement la même dans presque tous les pays européens. Mais on y trouvait en général, dans le peuple, une apathie, une résignation, une ignorance beaucoup plus grandes que chez nous, et, chez
les princes, une fermeté, une intelligence, souvent même des sentiments adroitement réformateurs qu'ignoraient nos rois. Si la Cour eût été sage, si les Français eussent fait montre de la patience, de la modération qui caractérisent le tempérament anglais, l'adaptation entre les idées et les faits se fût opérée progressivement ; il y aurait eu évolution lente et pacifique. Mais la frivolité stupide, l'aveugle obstination de l'autorité royale d'une part, et d'autre part le goût naturel des Français pour les mesures radicales, devaient donner à la disparition de l'ancien régime en France un caractère d'extrême violence. Beaucoup, parmi les plus clairvoyants, ne se faisaient sur ce point aucune illusion : « L'opinion chemine, monte, grandit, ce qui pourrait commencer une révolution nationale, » disait d'Argenson, et Voltaire écrivait : « Tout ce que je vois jette les semences dune révolution qui arrivera immanquablement. Elle éclatera à la première occasion, et alors, ce sera un beau tapage. »
Le beau tapage dura dix ans ( 1 789- 1 799)
Louis XVI. -r> Physionomie douce, mais un peu niaise d un souverain qui eut toutes les vertus d'un bourgeois hcnnête, mais manqua des qualités indispensables au chej d'un grand Etat. (Musée de Versailles. — Cl. Hachette,)
et se fit en quatre actes : la Constituante, la Législative, la Convention, le Directoire, aux-
quels on pourrait donner comme sous-titres : l'Enthousiasme, la Défiance, la Terreur, l'Anarchie.
Ce fut d'abord, au milieu de l'exaltation de la nation presque entière, la démolition de l'ancien régime, les journées fameuses du Serment du Jeu de Paume, de la prise de la Bastille, la nuit du 4 Août/Ja fête de la Fédération. On remplace le drapeau blanc par le drapeau tricolore, on crée partout des Communes, des gardes nationales, on donne à la France une Constitution qui supprime l'autocratisme et organise la monarchie parlementaire. La bourgeoisie, qui a surtout voulu cette révolution et l'a faite à son profit, sait y attacher fortement la masse paysanne par la mise en vente, à bas prix, des biens immenses de 1 Eglise catholique.
Mais déjà, en 1 791 , les choses se gâtent. Le
Marie-Antoinette et ses Enfants, a Ce portrait, dû au pinceau de Mme Vigée-Lebrun, fut peint à l'époque où la reine ne connaissait que les joies de la vie et ne se doutait guère du sort affreux qui l'attendait. (Musée de Versailles.)
Trîanon : la maison de la Reine, a Dans un cadre charmant fait de grands arbres et d'eaux vives, la reine et ses amis se plaisaient au simulacre d'une vie champêtre mise à la mode par les romans de Rousseau. (Cl. Hachette.)
roi, blessé au cœur par la constitution civile du clergé, cette faute capitale des Constituants, essaie de fuir et d'aller rejoindre les nobles émigrés à Trêves et Coblentz. Arrêté à Varennes (21 juin 1791), on le suspend provisoirement de ses fonctions. Heure décisive dans l'histoire révolutionnaire. Les illusions disparaissent, la méfiance naît. Beaucoup tiennent le roi pour un traître ou tout au moins pour un rouage inutile dans l'Etat. Les premiers républicains proclament ouvertement leurs doctrines, et la fusillade du Champ de Mars n'arrêtera pas leurs progrès.
Cette atmosphère de défiance caractérise la Législative (1 79 1 - 1 792). Les accusations portées contre le roi, les prêtres réfractaires, les émigrés se précisent surtout à partir du jour ou, en avril 1792, la guerre éclate entre la
DE LA REVOLUTION A LA TROISIEME REPUBLIQUE
France révolutionnaire d'une part, d'autre part l'Autriche et la Prusse. Ces deux puissances désirent en effet enlever à notre pays, qu'elles supposaient affaibli par l'anarchie, nos provinces du Nord et de l'Est. Surtout elles veulent couper court à la « gangrène révolutionnaire », car les princes européens s'aperçoivent que les idées de liberté, d'égalité, de justice sociale ne connaissent pas de frontières et qu'elles ont une répercussion significative dans les cerveaux de leurs sujets, si arriérés soient-ils. Ainsi, et fatalement, aux troubles intérieurs s'ajoutent les préoccupations d'une guerre qui, au début, ne nous est pas favorable. Nos armées, désorganisées par l'émigration des officiers, affaiblies par l'indiscipline des premiers volontaires, subissent
PRISE DE LA Bastille. & Le peuple de Paris fut amené, le 74 juillet 1789, à s'emparer de la Bastille. La chute de la vieille forteresse apparut aux yeux de tous comme le signe visibledeV effondrement del 'ancien régime. (Musée Carnavalet.)
des échecs. La Flandre, la Lorraine, se voient envahies. D'où colère formidable du peuple. Le 1 0 août 1 792 il se rue sur les Tuileries, les emporte d'assaut. Le roi suspendu de ses fonctions est enfermé avec sa famille dans la tour du Temple. Les prisons s'emplissent de suspects que des bandes d'assassins, conduits par Marat, égorgent pendant quatre sinistres journées de septembre. La Législative, n'ayant plus déraison d'être, se sépare et, le 20 septembre, fait place à la Convention. Le même jour, à l'immense joie de la nation, Dumouriez, à Valmy, sauvait notre pays de l'invasion prussienne, première victoire de la France révolutionnaire que Jemmapes et la prise de la Belgique confirment peu après.
Le troisième acte s'ouvre par la proclamation de la République suivie du procès et de l'exécution de Louis XVI (21 janvier 1793), puis des luttes fratricides entre Girondins et Montagnards
UNE SÉANCE DES ËtATS GÉNÉRAUX. 0 La gravure représente
la salle des Menus Plaisirs où siégeaient les Etats lorsque,
dans la nuit du 4 août 1789, les privilégiés renoncèrent à
leurs droits seigneuriaux. (Bibl. Nat.)
(février- juin), entre Dantonistes, Hébertistes, Robes pierristes, luttes qui n'empêchent, du reste, pas la Convention d'accomplir une besogne presque surhumaine. Dès le début de 1793 elle eut contre elle non plus seulement l'Autriche et la Prusse, mais l'Angleterre, les princes allemands, italiens, l'Espagne, la Savoie. A l'intérieur, les Vendéens sont maîtres de l'Ouest. Lyon, Marseille, Toulon se soulèvent. Remettant à plus tard l'application d'une
Le Club DES JACOBINS, 0 Entrée du Clib fameux, organe du parti le plus avancé, et qui joua un si grand rôle dans l'histoire de la Révolution. Au premier plan, précédée par un piquet de soldats, passe une charrette \ls condarr.nés.
Victoire de Valmy. 0 La canonnade de Valmy ne fut pas une grande bataille. Mais ses conséquences morales furent immenses. « De ce lieu et de ce jour, écrivit Gœthe, date une nouvelle époque dans l'histoire du monde. » (Bibl. Nat.)
Constitution hâtivement faite, la Convention sent la nécessité absolue d'un pouvoir central
Exécution de Louis XVI. a Condamné à mort par la Convention, le roi monta sur Véchafaud le 21 janvier 1793. Un aide du bourreau montre à la foule la tête de l'infortuné souverain. (Musée Carnavalet. — Cl. Hachette.)
très fort, concentré entre peu de mains. Elle dirige donc seule les destinées de la France
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Robespierre, û Masque fé- Danton, û Incarna la Rélin, énigmatique, d'un hypo~ volution dans ce qu elle eut crite et d'un bourreau. (Mu- déplus grand : la lutte contre sée Carnavalet.) les ennemis de la patrie.
avec l'aide des Comités du Salut public et de Sûreté générale, des tribunaux révolutionnaires, des représentants en mission. C'est une véritable dictature, plus despotique, cent fois, qu'aucune monarchie ne le fut jamais et qui, sans souci de la légalité, mais uniquement préoccupée du salut public, s'imposa par la Terreur.
Son grand mérite fut de réussir. Dès la fin de 93, les quatorze armées organisées par Carnot ont mis les Vendéens à la raison, dompté Lyon, repris Toulon, écrasé à Hondschoote, à Wattignies, au Geisberg les armées anglo-austroprussiennes, contenu sur les Alpes et les Pyrénées les troupes d'Espagne et de Savoie. En 94 et 95, la France prend à son tour l'offensive, tandis qu'à l'intérieur Robespierre succombe (9 thermidor), que les prisons se rouvrent, que la Terreur s'arrête et que la réaction inévitable après de si rudes secousses se manifeste par les excentricités des « Muscadins », des « Incroyables », des « Merveilleux et Merveilleuses ». Fleurus nous redonne la Belgique, puis toute la rive gauche du Rhin dont lès glorieux traités de Bâle (juillet 1795), signés avec la Prusse, l'Espagne et la Hollande, nous confirment la prise de possession. C'était l'éclatante consécration des victoires républicaines et la réalisation du long rêve de nos rois.
L'histoire de la Ire République s'achève dans l'anarchie. De 1795 à 1799 le Directoire, successeur de la Convention, se déshonore par l'égoïsme, la cupidité, la corruption d'une partie de ses membres. En butte aux attaques des partis extrêmes, jacobins et royalistes, il ne se maintient au pouvoir qu'en multipliant les coups d'Etat. Sa mauvaise gestion financière l'oblige à faire banqueroute tout en aggravant le poids des impôts. A l'extérieur il profite d'abord des prodigieuses victoires de Bonaparte pendant la première campagne d'Italie (Lodi, Castiglione, Arcole, Rivoli) (1796- 1797), et le traité de Campo-Formio (1797) complète l'œuvre des traités de Bâle. Mais pendant l'absence de Bonaparte occupé à conquérir l'Egypte (mai98-août 99), les imprudences et les provocations du Directoire amènent la formation d'une seconde coalition : Angleterre, Autriche, Russie. Si la victoire de Masséna à Zurich (septembre 1 799) préserve la France de l'invasion immédiate, nous perdons l'Italie et, en Piémont comme sur le Rhin, les armées autrichiennes arrivent jusqu'à nos frontières.
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La France était lasse de tant de guerres, écœur/e du triste spectacle offert par les chefs de la République, prête a se donner au maître qui lui assurerait l'ordre, le bien-être matériel, la sécurité. Le maître, comme César, comme Cromwell, c'est l'armée qui le fournit, fatalement. Bonaparte, revenu d'Egypte, débarrassa la France du Directoire (coup d'Etat des 18 et 1 9 Brumaire) et, à l'immense satisfaction du pays tout entier, il se chargea d'assurer seul son destin.
LE CONSULAT (1799-1804).* 0 La République dura encore, au moins de nom, jusqu'en 1804. En fait, elle disparut du jour où Bonaparte eut organisé le gouvernement consulaire, prélude du gouvernement impérial et qui lui assurait l'universalité du pouvoir. Il s'en servit au mieux des intérêts de notre pays. Son merveilleux génie, aussi propre aux œuvres pacifiques qu'aux conceptions guerrières, vit, avec une étonnante précision, ce qu'il fallait faire, et sa rare puissance de travail suffit à tout. La plupart des grandes institutions de la France actuelle — et de nombreux Etats étrangers — datent du Consulat : organisation administrative, judiciaire, financière, le Concordat, le Code civil, l'Enseignement secondaire, la Légion d'honneur, la Banque de France, etc. Dans le même temps, les derniers Chouans de Vendée et de Normandie posaient les armes ; les frontières s'ouvraient aux émigrés ; enfin, en choisissant ses serviteurs parmi tous les hommes de valeur sans distinction d'opinion, Bonaparte travaillait à la fusion de l'ancienne et de la nouvelle France.
Cette œuvre intérieure se complétait par les succès à l'extérieur. En 1 800, la seconde campagne d'Italie (Marengo) et la victoire de Moreau à Hohenlinden avaient contraint l'Autriche à signer la paix de Lunéville ( 1 80 1 ) qui consacrait la conquête des frontières naturelles et plaçait l'Italie presque entière sous la domination delà France. En 1 802, l'Angleterre elle-même se décidait à poser les armes par la paix d'Amiens.
Tant de triomphes eurent leur récompense. Nommé d'abord Consul pour dix ans, le 8 mai 1802, puis Consul à vie avec le droit de désigner son successeur, Napoléon Bonaparte fut, le 18 mai 1804, élu Empereur des Français.
Incroyable et merveilleuses. 0 Types de costumes excentriques pendant la période du Directoire.
BONAPARTE A ARCOLE. 0 Cheveux plats, visage long et maigre qui respirel' audace et V énergie. (Musée de Versailles.)
La Bataille des Pyramides, û D'après Gros. Le 21 juillet 1 798, l 'armée de Bonaparte, après une marche très dure, écrasa, près des Pyramides, la cavalerie des Mamelouchs. Deux jours après, elle entrait au Caire. (Musée de Versailles.)
L'Empereur a Austerlitz. 0 Tableau de Gérard: Du haut du plateau de Pratzen, l'Empereur contemple la déroute de l'armée russe, coupée en deux tronçons, affreusement décimée par le tir de notre artillerie. (Musée de Versailles.)
L'EMPIRE (1804-1815).* 0 L'histoire essentielle de l'Empire est celle des campagnes conduites par l'Empereur. A l'intérieur, en effet, l'organisation créée par le Consulat ne subit qu'un petit nombre de modifications destinées à accroître encore l'autorité despotique du maître.^
Les guerres de l'Empire furent la conséquence immédiate et la continuation des guerres républicaines. La cause principale des coalitions fut, en effet, la haine des puissances
Le 1 7 BruMAiRE aux Tuileries, e A la veille d'accomplir
le coup d'Etat qui débarrassa la France du Directoire,
Bonaparte remercie le Conseil des Anciens du décret qui
vient de le charger de Veiller à la sûreté de l'Etat.
contre une France agrandie, et la volonté continue de lui arracher ses conquêtes d'abord, puis de rétablir la royauté. Napoléon — on l'ignorait il y a vingt ans, mais nous le savons aujourd'hui — n'eut jamais, sauf en Espagne, l'initiative et, par conséquent, la responsabilité des attaques. 11 fut contraint à la guerre presque malgré lui, chaque succès entraînant des modifications, des annexions territoriales qui faisaient la France plus forte, partant plus dangereuse, suscitaient chez le vaincu de nouveaux motifs de haine et portaient fatalement en germe un autre conflit. Cela ne pouvait durer indéfiniment ; il était inévitable que la France, seule en face de l'Europe, succombât sous le nombre. Jusqu'en 1812 nous ne connûmes que la victoire. Attaqué d'abord par l'Angleterre seule (rupture de la paix d'Amiens en mai .1803) puis successivement ou à la fois par l'Autriche, la Prusse, la Russie, l'Espagne, etc. , l'Empereur triompha de toutes les coalitions à Ulm, à Austerlitz (1805), à Iéna et Auerstaedt (1806), àEylau et Friedland (1807), à EckmUhl, Essling, Wagram ( 1 809) En 1 8 1 2, la puissance de la France est à son apogée.
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Le Sacre DE NAPOLÉON, d L'une des œuvres les plus célèbres du grand peintre David, ancien terroriste devenu le premier
peintre de l'Empereur. Napoléon vient de recevoir du pape les onctions rituelles; mais, serappelant les querelles du Sacerdoce
et de l'Empire, il ne veut pas tenir de lui la couronne. D'un geste rapide il l'a prise sur l'autel et s'est couronné de ses propres
mains. Il s'apprête à couronner de même l'impératrice agenouillée. (Musée du Louvre. — Cl. Hachette.)
L'Empire comprend plus de 1 30 départements, s'étend de la Baltique à l'Adriatique et, sauf l'Espagne et l'Angleterre, n'a dans le reste de l'Europe que des alliés. Des préfets français sont installés à Rome et à Turin comme à Mayence, Amsterdam et Hambourg Des frères ou des parents de 1 Empereur sont rois de Naples, d'Espagne, de Westphalie, d'Italie. De Madrid à Berlin le drapeau tricolore a flotté sur toutes les capitales, assurant à notre pays cette impérissable gloire que nul désastre postérieur ne saurait jamais obscurcir. L'avenir de la dynastie napoléonienne semble assuré par la naissance du roi de Rome.
Mais la roche Tarpéienne est près du Capitole, et trois ans suffirent pour ruiner ce prodigieux édifice construit par le génie du plus grand des hommes. Il a
trop d'ennemis. Toute l'Europe, frémissante sous le joug, est avide de se verger de vingt ans de défaites ; en France, on est las de la guerre éternelle, las du despotisme, las de la victoire même qui coûte Z^| trop de sang. Il n'est pas jusqu'aux vieux compagnons de l'Empereur qui, «saouls de gloire», ne désirent jouir en paix de leurs richesses, de leurs honneurs.
1812 sonne le glas de l'Empire. La campagne de Russie détruit la Grande Armée presque entière, provoque le soulèvement de la Prusse, puis de l'Autriche, puis de l'Europe accourant à la curée. En vain, au début de 1813, l'Empereur avec des armées de conscrits essaie de conserver l'Allemagne (victoires de Lùtzen, Bautzen, Dresde). Accablé à Leipzig par des forces quatre fois supérieures, il doit repasser
CAMBRONNE A WATERLOO, a Le sait de la fatale journée,
les derniers survivants de la Garde se formèrent en carré
pour couvrir la retraite, et Cambronne, sommé de se rendre,
fit aux Anglais la réponse que l'on sait. (Bibl. Nat.)
le Rhin, suivi à la trace par les Alliés. Et c'est l'invasion, c'est la campagne de France (janvier-mars 1814), véritable prodige de génie militaire, qui ne parvient pas, hélas, à empêcher Russes, Autrichiens, Prussiens de violer pour la première fois de notre histoire le cœur même de notre patrie et de faire à Paris" une entrée triomphale. Les Bourbons sont restaurés, Louis XVI II reprend son trône. On oblige l'Empereur à abdiquer sans conditions et l'on exile sur le rocher de l'île d'Elbe ce vaincu, hier encore maître du monde.
Il s'en échappe dix mois plus tard, est accueilli avec enthousiasme par une nation profondément irritée des maladresses, des provocations, des menaces que multipliait l'entourage des Bourbons. Mais les Alliés le mettent « hors la loi » comme le plus infâme des criminels. 800000 hommes sont levés contre lui, et Waterloo ( 1 8 juin 1815) met fin à son dernier espoir. Il abdique une seconde fois, laisse derechef la place aux Bourbons, songe à se fixer en Amérique, puis se confie aux Anglais qui l'envoient misérablement mourir à Sainte-Hélène (5 mai 1 82 1 ).
LA FRANCE DE 1815 à 1914 (Histoire intérieure). J0 0 Vaincue, foulée aux pieds par les hordes des Cosaques, des Prussiens, des Austro-Hongrois, la France dut se plier aux dures exigences des vainqueurs. Les deux traités de Paris (1814-1815), sanctionnés par le Congrès de Vienne, nous enlevèrent non seulement les acquisitions de l'Empire, mais toutes les conquêtes de la Révolution : Belgique, rive gauche du Rhin, Savoie, Nice! — Seule, Avignon nous restait.
En même temps une violente réaction se manifestait en Europe contre la <( gangrène libérale » née de la Révolution française. Et notre pays en subissait le contre-coup. La charte de 1815, qui consacrait sagement les principes de la Révolution (égalité, liberté, vente des biens nationaux), ne nous préserve pas des excès de (( la Chambre Introuvable » ni (après un essai de gouvernement plus libéral sous Louis XVIII), de la période du ministère Villèle et du triomphe des Ultras sous l'égide de Charles X (1824-1830), «roi des prêtres et des émigrés ». C est l'époque