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CHAPITRE I

DE LA PRÉHISTOIRE AUX DERNIERS CAROLINGIENS

Monnaie a l'effigie

DE VeRCINGÉTORIX. 0

(Bibl. Nat., Cabinet des

Médailles.)

Notre France n'occupe qu'une partie de la vaste région à laquelle le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord forment un cadre naturel fait à souhait pour la constitution d'une Nation. Il y a là un mélange heureux de plaines fécondes, de collines ensoleillées, de montagnes riches en forêts et pâturages, qui, sous un climat modéré, favorisent la multiplicité des formes de vie. Des passages faciles assurent les communications nécessaires entre Nord et Sud, Est et Ouest. De larges vallées pénètrent jusqu'au coeur du Massif central, des Alpes mêmes. Des fleuves bien ramifiés, souvent navigables, sont comme les artères apparentes de ce grand corps aux nobles proportions.

Sa quadruple façade maritime le met en rapports faciles avec les régions lointaines sises par delà les eaux vertes ou bleues des mers. D'autre part, il se trouve solidement enchâssé dans le bloc de l'Europe continentale et rien de ce qui se passe chez lui ne peut laisser

l'Europe indifférente, de même qu'il reçoit forcément le contre-coup de toutes les convulsions qui ébranlent le reste des pays européens.

Toute l'histoire de notre patrie se trouve ainsi dictée en quelque sorte par sa situation géographique. C'est un lieu de passage entre les brumes du Septentrion et l'éclatante lumière de la Méditerranée, entre les plaines allemandes et les hauts plateaux de l'Ibérie. C'est sur son sol que l'olivier et la vigne trouvent leurs limites les plus élevées vers le Nord, que se rencontrent et se heurtent les races celto-latines et germaniques ; que toutes les invasions vinrent aboutir. C'est un des lieux du monde où la vie est le plus facile et le plus douce. Aussi est-ce l'un de ceux qui furent l'objet des plus âpres convoitises de la part des nations moins favorisées. Voilà le cadre harmonieux où, du mélange des sangs ibère, ligure, celte et romain, se forma notre peuple qui tient dans l'histoire de la pensée, des arts, de la justice et de la liberté humaines, la place magnifique dont témoigne la devise fameuse : Gesta Dei per Francos,

ES PEUPLADES PREHISTO- RIQUES. 0 0 Ce pays fut habité depuis la plus haute antiquité par des

Os DE RENNE GRAVÉ. 0 Autre témoignage des goûts artistiques qui se révélèrent de très bonne heure chez les populations les plus anciennes de notre pays. (Caverne de Lorthet, Hautes-Pyrénées. — Musée de Saint-Germain.)

peuplades dont nous ne, connaissons ni l'histoire, ni même le nom, mais qui ont laissé leurs traces d'un bout à l'autre du territoire. Les plus anciennes appartiennent à l'époque dite paléolithique (de deux- mots grecs signifiant ancienne pierre). Le climat était alors beaucoup plus froid qu'aujourd'hui. Les Vosges, les monts d'Auvergne avaient de longs glaciers ; ceux des Alpes descendaient jusqu'à

Armes gauloises, a Les Gaulois durent en partie leurs

défaites à l'infériorité de leurs armes qui, faites de bronze

eu de fer mou, étaient loin de valoir le « pilum » ou le

« gladius » romains. (Musée de Saint-Germain.)

l'emplacement de Lyon. L'homme de ce temps se réfugiait la nuit dans les cavernes, se vêtait de peaux de bêtes, chassait et péchait tout le jour à l'aide d'armes et d'instruments en silex éclaté, en os et en bois de renne. On a retrouvé de ces armes et de ces instruments dans les grottes de la Vézère (au Moustier, à la Madeleine, aux Eyzies), de l'Ariège (Mas d'Azil), de Solutré, dans les sables de Chelles (Seine-et-Marne) et de Saint- Acheul (Somme). Ces découvertes ont révélé en même temps la naissance de préoccupations artistiques qui nous apparaissent comme l'aube lointaine de la merveilleuse floraison de chefsd'œuvre qui devait plus tard s'épanouir en terre de France. Les Magdaléniens, notamment, se fabriquaient des parures, colliers et bracelets faits de coquilles coloriées. Surtout ils gravaient ou dessinaient sur des os, sur les parois de leurs cavernes, des figures d'animaux et des scènes de chasse d'un surprenant réalisme.

A l'époque paléolithique succède l'époque néolithique ou de la pierre polie (quelque 20 000 ans avant notre ère ?). Ses débuts coïncident avec la disparition des glaces et l'adoucissement du climat qui devient alors tel que nous le connaissons aujourd'hui. L'homme peut vivre plus aisément ; il dispose de territoires plus vastes. Usait polir la pierre, ce qui lui permet de confectionner des armes et des outils plus délicats. Quittant les cavernes, il se construit des huttes, parfois perchées sur pilotis (les cités lacustres) ; il commence à vivre en société ; les familles se groupent pour former des tribus. On sait domestiquer quelques animaux: le chien, le bœuf, le mouton, la chèvre ; on cultive les céréales : froment, seigle, orge ; on tisse des vêtements de laine et de lin ; on fabrique de la poterie. Enfin des préoccupations nouvelles, d'ordre religieux, se traduisent par l'érection des dolmens, des menhirs, des allées couvertes, des cromlechs, particulièrement nombreux en Bretagne, mais dont on trouve des spécimens sur tout notre territoire.

A l'âge de la pierre succède l'âge des métaux : cuivre pur d'abord, puis bronze (alliage de cuivre et d'étain), enfin fer. C'est alors — cinq à six mille ans avant notre ère ■ — qu'en certaines régions privilégiées : Ch aidée, Egypte, Chine, apparaît aussi l'écriture et que la préhistoire cesse pour faire place à l'histoire.

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Dolmen DE LocMARIAKER (Morbihan). 0 Le plus grand de ces tombeaux primitifs — faits d'une énorme pierre reposant

sur d'autres plus petites — que l'on trouve dans toute l'Europe occidentale et en bien d'autres lieux du monde. Comme les

« menhirs » et les « cromlechs », ces dolmens durent être édifiés non par les Gaulois comme on l'a cru fort longtemps, mais

par les hommes de l'âge de la pierre polie. (Cl. Neurdein.)

IBÈRES, LIGURES, CELTES, a a Les premiers renseignements historiques que nous ayons sur notre pays ne remontent pas à une époque aussi reculée et, à dire le vrai, ils se réduisent à fort peu de chose avant la conquête de César. Les historiens grecs et latins nous ont cependant fait connaître que, à l'époque où le bronze et le fer furent employés en Occident (vers le deuxième millénaire avant J.-C.)> la France fut habitée d'abord par des Ibères, puis par des Ligures, peuples de petite taille, bruns, énergiques, avides de gain, vaillants, féroces et rusés. Les Basques ou Euskaldunac passent pour descendre en droite ligne des Ibères. Quant aux Ligures, une forte dose de leur sang coulerait encore dans les veines des Niçois et des Génois d'aujourd'hui.

Ibères et Ligures furent subjugués et rejetés dans les montagnes alpestres et pyrénéennes

par de nouveaux arrivants : les Celtes, appelés Galates par les Grecs et Galli — d'où Gaulois — par les Romains. Venus de 1 Europe centrale, ils occupèrent peu à peu, vers le VIe siècle avant notre ère, le pays compris entre l'Atlantique, le Rhin et les Pyrénées. Il est probable qu'ils appartenaient à deux races différentes : l'une de haute taille, blonde, aux yeux bleus : l'autre de taille moyenne, aux cheveux et aux yeux bruns. Du reste, les métissages avec Ibères et Ligures introduisirent chez eux de multiples variétés.

COMBATTANT GAULOIS. 0 Visage énergique, longs cheveux. A gauche, un légionnaire romain, la poitrine couverte d'une cuirasse. A droite, une hutte gauloise en joncs et paille tressée. (Musée du Louvre. — Cl. Giraudon.)

A GAULE ET LES GAU- LOIS. 0 a A

l'époque où les Celtes se fixèrent en Gaule, le sol était couvert en grande partie de forêts de chênes, de landes, de marécages coupés de clairières fertiles qu'unissaient des pistes cavalières. Ils n'y constituèrent point un Etat unique, mais se divi-

sèrent en trois groupes de peuples : Aquitains au sud de la Garonne ; Celtes ou Gaulois proprement dits entre Garonne, Seine et Rhin ; Belges au nord de la Seine, eux-mêmes divisés en une soixantaine de petits Etats indépendants, jaloux les uns des autres, et luttant constamment entre eux pour acquérir la prééminence ou simplement gagner du butin et des esclaves. Ces petits Etats correspondaient en général à des unités géographiques fondées sur la nature du sol, le climat, les productions, etc. Aussi retrouve-t-on leur nom dans la désignation de toutes nos provinces, de tous nos « pays » : Benar-

nenses (Béarn), Ausci (Auch), Cadurques (Quercy), Lemovices (Limousin), Carnutes (Chartres), Arvernes (Auvergne), Biturijes (Berry), Rèmes (Reims), Treveri (Trêves), Mediomatrici (Metz), etc. ,

Chaque Etat se gouvernait comme il l'entendait. En général, au temps de César, la royauté avait à peu près disparu ; le pouvoir appartenait aux nobles, grands propriétaires, et aux Druides, à la fois prêtres, juges, savants et professeurs. Au-dessous de ces classes privilégiées venait d'abord la masse des hommes libres vivant d'agriculture, d'élevage et de chasse, puis une quantité considérable d'esclaves. Point de villes comparables aux belles cités grecques et Jatines, mais des villages formés de huttes grossières en terre sèche eten bois. Puis çà et là, en des lieux naturellement forts, dans une île, sur une colline escarpée, des « oppida 8, c'est-à-dire des camps retranchés oîi l'on se réfugiait en cas de guerre, tels Gergovie, Bibracte, Alésia, Uxellodunum, etc.

Les Gaulois avaient de belles qualités naturelles, qui du reste sont encore les nôtres : bravoure presque téméraire, générosité, fran-

BuSTE DE JULES CÉSAR. Û Le vainqueur des Gaules avait alors cinquante-trois ans. Le masque est rude, impérieux, et semble ne plus connaître la douceur du sourire. (Coll. Stroganof, Rome.)

chise, amour de l'éloquence, promptitude à l'enthousiasme. Par contre, ils manquaient d'esprit de suite, de persévérance, se laissaient aller facilement au découragement et se montraient réf ractaires à une discipline stricte. C'est cela surtout qui facilita leur soumission par les légions de César.

Les Gaulois croyaient à l'immortalité de l'âme et, comme tous les peuples de l'antiquité, adoraient un grand nombre de dieux symbolisant les eaux, les forêts, le tonnerre, la lumière (le nom du dieu Bqrvo par exemple, qui présidait aux sources, se retrouve dans Bourbon- Lancy, la Bourboule, Bourbonneles- Bains). Ils n'édifiaient en l'honneur de ces "dieux ni temples ni statues, mais leur sacrifiaient des victimes humaines : criminels, prisonniers de guerre que l'on égorgeait ou que l'on brûlait dans des mannequins d'osier.

Ils aimaient le luxe, la parure, teignaient en rouge leurs longs cheveux blonds, portaient au cou de lourds colliers d'or, mais ils ignoraient presque complètement ce qui est l'essentiel de. la civilisation : les lettres, les sciences, les arts, et l'on a pu dire d'eux fort justement : « En face des Romains ils étaient à peu près comme les Kabyles en face des Français en Algérie, il y a quatrevingts ans, quand nous commencions la conquête. »

A GAULE ROMAINE. 0 a C'est naturellement par la région méditerranéenne, cette large porte ouverte sur l'Orient, qu'arrivèrent en Gaule les premiers étrangers pourvus d'une culture supérieure. Les Phéniciens eurent dès le Xe siècle quelques comptoirs à Monaco, à Villefranche, à Cavalaire, Port-Vendres. Ils furent remplacés au VIe siècle par des Grecs venus de

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Phocée en Asie Mineure. Ces Phocéens fondèrent Massalia (Marseille), qui prospéra très vite et jalonna de ses filiales toutes les côtes provençales et languedociennes. Nice (Nikè, la ville de la victoire) , Antibes (Antipolis, la ville d'en face), 01bia(près d'Hyères), Agde (Agathe Tychè, la bonne Fortune), s'ajoutèrent a Monaco et Port-Vendres. Ce sont les Hellènes qui introduisirent en Gaule l'usage de l'alphabet grec, de la monnaie, sans doute aussi la culture de l'olivier et de la vigne. Toutefois l'action directe et profonde de l'hellénisme se limita à la seule région côtière. Il était réservé à Rome de faire entrer notre patrie dans le cercle des nations civilisées.

Les Romains pénétrèrent en Gaule dès la fin du second siècle avant Jésus-Christ, 60us le prétexte de défendre Marseille contre les razzias gauloises, en réalité pour s'assurer une route de terre vers l'Espagne récemment conquise. De 123 à 118 ils occupèrent le pays compris entre les Alpes et le Rhône, et en firent la province de la Gaule Transalpine ou la Province tout court (d'où le nom de Provence). En 78, Pompée y ajouta la Narbonnaise entre Rhône, Cévennes et Pyrénées. Enfin, de 58 à 50 avant Jésus-Christ, César, qui avait besoin pour ses desseins ambitieux d'acquérir une grande gloire militaire et de fortes

sommes d'argent, entreprit la conquête de la Gaule entière. Ses légions bien disciplinées, bien armées, eurent assez aisément raison des bandes gauloises paralysées, du reste, par les jalousies

MARC-AURÈLE HARANGUE SES LÉGIONS. £f L'empereur philosophe dut, malgré lui, passer sa vie presque entière à protéger les frontières de l'Empire contre les attaques des Germains. (Arc de Constantin à Rome. — Cl. Neurdein.)

et les rivalités intestines. En vain Vercingétorix essaya-t-il de faire naître chez ses compatriotes le sentiment de la patrie gauloise, en vain remporta-t-il quelques beaux succès, à Gergovie notamment ; il finit par succomber à Alésia, et la Gaule dut se plier au joug des vainqueurs.

Elle le fit, il faut bien le dire, de fort bonne grâce, car la domination romaine fut, pour les Gaulois, un incontestable bienfait. Non seulement, en effet, les vainqueurs respectèrent les mœurs et les usages des vaincus, leur ouvrirent les rangs de leurs armées, leur donnèrent toutes sortes de privilèges, et, à partir de Caracalla, le droit de cité qui les rendait pleinement égaux aux Romains ; non seulement la Gaule connut enfin la paix, l'ordre, la tranquillité succédant à des siècles de guerres intestines ; non seulement elle se trouva protégée pendant quatre siècles contre toute menace d'invasions germaniques, mais elle se transforma à l'image de Rome, et devint, par l'éclat de sa civilisation, l'égale de l'Italie.

Des routes, si solides que leurs traces subsistent encore en maints endroits, la sillonnèrent en tous sens, remplaçant les pistes d'autrefois.

Arc de triomphe d'Orange, û Les Gaulois romanisés

ne manquèrent point, à l'exemple des villes grecques et latines,

d'édifier dans leurs cités devenues riches et prospères, une

foule de magnifiques monuments. (CI. Boulanger).

Des colons, des marchands, des vétérans romains se fixèrent un peu partout, s'unirent aux familles gauloises, leur firent adopter leurs costumes, leur genre de vie, leurs goûts, leurs dieux, jusqu'à leur langue, ce latin corrompu d'où sortit la langue romane, première étape vers le français. Des villes magnifiques, Arles, Nîmes, Vienne, Lyon, Bordeaux, Limoges, Autun, Metz, Strasbourg, etc., pleines d'édifices publics (Arènes d'Arles et de Nîmes, aqueduc du Pont du Gard, théâtre d'Orange, Maison Carrée de Nîmes, etc.), d'objets d'art,

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Le Pont du Gard, a A côté d'œuvres architecturales purement décoratives ou destinées au plaisir, la Gaule eut aussi ses routes solidement construites, ses ponts monumentaux, ses aqueducs indestructibles. (Cl. Hachette.)

de maisons luxueuses décorées de mosaïques, remplacèrent les misérables bourgades gauloises.

Des cultures nouvelles : noyers, châtaigniers, cerisiers, pruniers, pêchers, augmentèrent le bien-être des paysans, tandis que l'industrie (manufactures d'armes, tissage des draps) enrichissait les citadins. Enfin la disparition de la langue celtique et son remplacement par le latin firent très vite de la Gaule un pays de culture littéraire. Les Ecoles ou Universités de Bordeaux, Lyon, Toulouse, Autun enseignaient à des milliers d'étudiants les langues grecque et latine, le droit, la philosophie, la médecine, tandis que des écrivains gaulois : Cornélius Gallus, Trogue- Pompée, Pétrone, Ausone, se classaient au rang des meilleurs représentants de la littérature latine des derniers siècles.

Le christianisme fut apporté de bonne heure en Gaule, et les premiers chrétiens y devinrent comme ailleurs l'objet de sanglantes persécutions (martyre de saint Potin et sainte Blandine à Lyon, de saint Denis à Paris, de saint Saturnin ou Saint Sernin à Toulouse). Toutefois leur nombre ne cessa de grandir, et, lorsqu'en 380 Théodose fit du christianisme la religion officielle de l'Empire, la Gaule entière^était chrétienne. Les derniers convertis furent, naturellement, les gens des campagnes, toujours réfractaires aux nouveautés. Aussi les mots paysan et païen dérivent-ils du même terme latin : paganus. Les Eglises reçurent des Empereurs un grand nombre de privilèges et immunités (exemption d'impôts, de service militaire, tribunaux particuliers, etc.). Elles s'enrichirent des dons des fidèles, de la dîme sur les récoltes, etc., et les évêques devinrent les premiers personnages de la cité.

LES INVASIONS GERMA- NIQUES. £f 0 Cette magnifique prospérité dont la Gaule jouit pendant quatre cents années prit fin brusquement, au début du Ve siècle, sous le choc des invasions germaniques — l'un des événements les plus considérables - et les plus néfastes de l'histoire de l'humanité.

Longtemps contenues sur la rive droite du Rhin par les légions romaines échelonnées de Basilea (Bâle) à Utrecht (Ad trajectum) en passant par Argentoratum (Strasbourg), Mogontiacum (Mayence), C on Attentes (Coblence),

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L'AUTEL Saint-TropHIME a Arles, 0 La décadence des arts, déjà très sensible au IIIe siècle de notre ère, s'accentua bien plus

encore à partir du Ve siècle et des invasions germaniques. Ce fut le début d'une longue période de barbarie qui dura jusqu'au

XIe siècle et dont on peut juger par l'inexpérience, la gaucherie de ce bas-relief.

Colonia Agrippina (Cologne), etc., les tribus barbares de Germanie profitèrent de l'affaiblissement des armées romaines, composées du reste en grande partie d'auxiliaires barbares, pour se ruer à l'assaut et au pillage de cette proie prodigieuse étalée devant eux : l'Empire romain. En Gaule passa d'abord le flot dévastateur des Suèves, des Alains, des Vandales (407) qui, par l'Espagne, défilèrent jusqu'en Afrique. Derrière eux vinrent les Wisigoths (412), les Burgondes, les Francs, les Flamands qui se fixèrent respectivement en Aquitaine, dans la vallée de la Saône, en Gaule- Belgique et se fondirent promptement dans la masse des Gallo- Romains dont ils adoptèrent à peu près partout la langue (exception faite pour la Flandre et les pays situés immédiatement sur la rive gauche du Rhin,

Couronnes des rois Wisigoths. û Les Wisigoths

fondèrent un vaste royaume qui s'étendait de l'Aquitaine à l'Andalousie et qui disparut à la suite des invasions arabes (VIIIe siècle). (Musée de Cluny.)

où l'élément germanique fut particulièrement

nombreux).

Barbares et Gallo-Romains s'entendirent en

450 pour arrêter, à la bataille des Champs Ca-

talauniques, une invasion nouvelle, plus redoutable que toutes les autres, celle des Huns d'Attila, puis ils se partagèrent la Gaule et y créèrent une série de royaumes indépendants : royaume des Wisigoths, royaume des Burgondes, royaume des Francs Saliens et Ripuaires, royaume gallo-romain de Syagrius.

Ces invasions, en Gaule comme dans le reste de l'Empire, ne marquèrent pas seulement un temps d'arrêt dans le développement de la civilisation, mais elles eurent comme résultat un retour en arrière, une reprise de la barbarie, comme ces champs momentanément abandonnés dont

Un chef Franc. 0 Vêtu d'un manteau, d'une veste de four' rure, d'une tunique de laine et d'un pantalon serré par des bandelettes, il tient en mains la hache de guerre ou « francisque » et la lance ou « framée ». (Musée d'artillerie.)

la brousse et la forêt s'emparent de nouveau. Non seulement les temples, les œuvres d'art, les monuments furent détruits ou mutilés, mais, chose à peine croyable, on oublia tout ce que les Anciens avaient su. Il n'y eut plus, pendant six à sept siècles, un seul artiste, un seul écrivain digne de ce nom. Les mœurs, en dépit du christianisme, redevinrent semblables à celles des Assyriens : il suffit d'ouvrir les chroniques de Grégoire de Tours, de se rappeler l'histoire de Clovis, de Brunehaut, de Frédégonde pour constater l'incroyable sauvagerie, la naturelle et presque inconsciente férocité des gens de ce temps-là. En se mélangeant aux Gallo- Romains, les nouveaux venus n'adoptèrent point — comme c'avait été le cas lors de la conquête de la Grèce par les Romains — leur culture supérieure ; ils les entraînèrent à

Cavaliers germains. 0 Les envahisseurs germains

qui détruisirent l'Empire romain durent en grande

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