partie leurs succès à la supériorité de leur cavalerie
(Bas-relief de la colonne Antonine.)
leur suite à la barbarie. On ne passe pas, en effet, brusquement de l'état sauvage à la plus raffinée des civilisations : il y faut une initiation préalable qui manquait aux Germains. Sous leur choc l'édifice prodigieux, objet de leurs désirs, s'effondra, comme un géant maladroit brise le bijou qu'il admirait, et seules des ruines amoncelées rappelèrent à la mémoire des hommes les souvenirs impérissables de la grandeur romaine.
LA DYNASTIE MÉROVIN- GIENNE. 0 a Aussi l'histoire de notre pays entre le ve et le Xe siècle peut-elle se résumer très brièvement. Par ailleurs les documents sont, pour cette période, si rares et de si médiocre valeur que nous la connaissons assurément beaucoup moins bien que telle ou telle période de l'histoire romaine ou grecque, voire égyptienne.
Parmi les royaumes barbares établis en Gaule au Ve siècle, celui des Francs Saliens prit avec Clovis, fils deMérovée (481-51 1), la prééminence. Intelligent et rusé, parfaitement dénué de scrupules, Clovis sut d'abord se concilier la puissante protection du clergé catholique par son mariage avec Clotilde et son habile conversion. L'obtention des titrés romains de patrice et consul à lui décernés par un empereur d'Orient lui gagna les Gallo- Romains ; enfin des assassinats le débarrassèrent des autres rois francs. Aussi, vainqueur de Syagrius à Soissons, des Alamans à Tolbiac, des Wisigoths à Vouillé, il étendit son autorité du Rhin aux Pyrénées et fut le vrai fondateur de la dynastie mérovingienne .
Cette dynastie dura jusqu'en 752. Mais l'unité politique créée paT Clovis disparut avec \\à. Se conformant à la vieille coutume germanique, Clovis avait partagé son royaume entre ses quatre fils. Ce fut, entre rois de Neustrie (l'Ouest de la France), d'Austrasie (l'Est), de Burgondie, d'Aquitaine, l'origine d'une série presque ininterrompue de guerres sauvages, une période d'atroce bar-
DE LA PREHISTOIRE AUX DERNIERS CAROLINGIENS
Crypte de Saint-Paul a JOUARRE. û II nous reste fort peu de monuments de l'époque mérovingienne, fait très naturel, étant donnée l 'effroyable barbarie de ces tristes temps. Dans la crypte que nous montrons ici, il n'y a même de proprement mérovingien que le sarcophage (à gauche, au premier plan) renfermant les restes d'une abbesse, nommée Tetchilde, morte en 660. Chapiteau et colonnes datent d'une époque très postérieure. (Cl. Neurdein.)
barie au milieu de laquelle le règne de Dagobert (628-638) aidé de saint Eloi apparaît comme une trop courte trêve.
Les Mérovingiens s'usèrent par ces querelles stériles. Ils durent, pour s'attacher leurs leudes, abandonner à leurs convoitises une bonne partie de leurs domaines. Ils perdirent ainsi toute puissance, toute autorité, et, incapables de rien tenter de grand, méritèrent le surnom de Rois Fainéants.
Une famille nouvelle profita de leur faiblesse, celle des Héristal. De 687 à 751, Pépin de Landen, Charles Martel et Pépin le Bref, maires du Palais d'Austrasie, devinrent peu à peu les vrais rois de fait,
sans en avoir encore le titre. Ils eurent le mérite de reconstituer l'unité politique de la Gaule en conquérant la Neustrie, l'Aquitaine, la Burgondie, en expulsant les derniers Wisigoths demeurés en Septimanie (Languedoc). Ils arrêtèrent à Poitiers l'invasion arabe (732).
Surtout ils devinrent les alliés de la papauté en soutenant la mission de saint Boniface, et en donnant au Pape des territoires enlevés aux Lombards, origine première des Etats de l'Eglise. Tant de services demandaient une récompense éclatante.
En 75 1 , avec l'autorisation du pape Zacharie, Pépin le Bref enfermait dans un couvent le dernier roi mérovingien et prenait le titre de
Une VILLA MÉROVINGIENNE (restauration). 0 Comme les riches propriétaires gallo-romains, les chefs francs habitaient de vastes maisons de campagne, avec granges, celliers, étahles, logis pour les colons, et tour de défense.
roi. Le pape Etienne II le sacrait solennellement dans la basilique de Saint-Denis : la dynastie carolingienne et la dynastie de droit divin se trouvaient créées du même coup.
LA DYNASTIE CAROLIN- GIENNE. 0 0 Cette seconde dynastie franque (75 1 -987) eut une destinée singulièrement semblable à la première. Ses débuts furent admirables. Après le règne glorieux de Pépin (751-768), Charlemagne (768- 814) fut un homme d'un véritable génie, très
supérieur à son siècle, digne en tout de ce surnom de grand que la postérité lui concéda.
Ses innombrables expéditions militaires en Espagne contre les Sarrasins, en Italie contre les Lombards, en Germanie contre les Saxons, les Slaves, les Avars, etc., n'étaient pas destinées seulement à accroître son royaume, mais à propager le christianisme, c'est-à-dire la civilisation. Grâce à lui, la Germanie entière devint chrétienne jusqu'à l'Elbe, et les marches militaires qu'il établit aux frontières : Brandebourg, Autriche, Lusace, etc., continuèrent, par la suite, une œuvre progressive d'extension territoriale, de perfectionnement religieux et économique.
A l'intérieur, il sut organiser son vaste Empire avec un remarquable sens des nécessités pratiques, plaçant à la tête de chaque circons-
MONNA1PS MÉROVINGIENNES, û Les rois mérovingiens cherchèrent à imiter les monnaies romaines. Mais la pauvreté du dessin, la grossièreté de la frappe, témoignent de la barbarie de l'époque où ils vivaient. (Cab. des Médailles.)
ËpÉE FRANQUE, O Epée trouvée dans le tombeau de Chil-
déric,père de Clovis. Ornements en émail rouge, cloisonné
d'or. (Cab. des Médailles.)
cription administrative un comte, un duc, un marquis, véritable préfet nommé par lui, révocable à sa volonté, étroitement surveillé par des inspecteurs généraux : les Missi dominici. Ses lois ou Capitulaires sont en général des modèles de sagesse et de bon sens, et tout ce que ses naïfs biographes nous rapportent de ses goûts, de ses fondations d'écoles, montre en Charles un esprit très ouvert, très compréhensif , déjà presque moderne par son indépendance et son ampleur.
Mais l'œuvre de Charles ne lui survécut pas, et son Empire trop vaste, composé de trop de peuples différents, se désagrégea promptement. Ses petits-fils se disputèrent âprement sa succession, puis finirent par s'entendre pour en régler à l'amiable le partage. Ce fut l'objet du Traité de Verdun (843), l'un des plus importants de l'Histoire, non pas seulement de notre pays, mais de l'Europe entière.
Ce traité consacrait en effet définitivement la séparation de la Germanie donnée à Louis le Germanique et de la Franc ie (on ne disait plus la Gaule) donnée à Charles le Chauve. Désormais ces deux pays devaient vivre d'une
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STATUETTE DE CHARLEMAGNE. 0 II est probable — mais non certain — que cette petite statue, provenant de la cathédrale de Metz, représente Charlemagne. C'est en tout cas l'effigie d'un empereur carolingien. Elle représente un Personnage couronné, avec les insignes impériaux, l'épée dans la main droite, le globe dans la main gauche et enveloppé du grand manteau des Francs. (Musée Carnavalet. - Cl. Hachette.)
vie tout à fait distincte et presque nécessairement rivale. Entre les deux, une longue bande de territoires allant de la mer du Nord à l'Italie était la part de Lothaire. Sorte d'Etat tampon, fait de pièces et de morceaux sans forte soudure, cette Lotharingie (Hollande, Belgique orientale, Lorraine proprement dite, Alsace, vallées de la Saône et du Rhône) na
pouvait avoir de vie propre. Elle se dissocia très vite et la France et l'Allemagne n'ont pas cessé, au cours des siècles, de se disputer sa
Charles le Chauve, û L'empereur, assis sur un trône
d'argent tt d'or, reçoit l'abbé de Saint-Martin de Tours
qui lui fait hommage d'un manuscrit delà Bible. (Miniature,
Bibl. Nat. — Cl. Berthaud.)
Troupe de cavaliers carolingiens. 0 Casqués de fer, ils sont armés d'une longue lance et protégés par une cuirasse d'écaillés de métal : la brogne. (Miniature du psautier du monastère de Saint-Gall, Suisse.)
possession : la guerre de 1914 fut l'épisode le plus récent de cette longue qi erelle.
Ce démembrement n'était, du reste, que le prélude d'un autre infiniment plus complet. Les Carolingiens de France et de Germanie (Charles le Chauve, le Gros, le Simple, Louis l'Enfant, etc.) ne furent en effet, comme les derniers Mérovingiens, que des princes fort médiocres, en général, incapables de protéger leurs sujets contre les ravages des derniers envahisseurs barbares : Normands, Sarrasins, Hongrois (les Ogres des légendes). Avant de se
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fixer à l'embouchure de
la Seine et de se chris-
tianiseï (Traitéde Saint -
Clair-sur-Epte, 91 1),
les Normands avaient
impunément ravagé
pendant tout le IXe siècle
la Gaule presque entière ; les Sarrasins,
déjà maîtres de la Sicile,
demeurèrent pendant
quatre-vingts ans établis
dans les monts des
Maures en Provence ;
les Hongrois poussèrent
leurs incursions jusqu'en
Bourgogne. Il fallut,
devant l'incapacité, la lâcheté, la faiblesse des rois, que les hommes se défendissent eux-mêmes. Les grands propriétaires organisèrent des troupes de soldats, se bâtirent des châteaux forts et devinrent les protecteurs naturels, les seigneurs des paysans d'alentour.
D'autre part, les fonctionnaires royaux :
comtes, ducs et marquis, échappèrent à l'autorité royale, rendirent héréditaires leurs titres viagers et furent les maîtres dans leurs circonscriptions, Ainsi naquit la féodalité qui, en multipliant à l'infini les domaines des pos-
Couronne dite de Charlemagne. 0 Elle est faite de
huit plaques d'or dont quatre ornées de personnages sur
émail, quatre de perles, de saphirs et d'émeraudes.
(Trésor impérial de Vienne. — Cl. Giraudon.)
Une BARQUE NORMANDE. ' Montés sur de frêles esquifs de ce genre, les hardis aventuriers normands parcoururent tout l'Atlantique nord et dévastèrent les côtes de l'Europe occidentale. (D'après la tapisserie de Bayeux.)
sesseurs de fief 3, réduisit à rien l'autorité du roi .
L'une des familles féodales ainsi formées joua, au temps des derniers Carolingiens, un rôle analogue à celui des Héristal.
Robert le Fort, créé duc par Charles le Chauve, fut le fondateur de cette famille, qui se signala par son énergie dans la lutte engagée contre les Normands. Eudes, fils de Robert et comte de Paris, son gendre Raoul,
son neveu Hugues le Grand, furent, pendant
tout le xle siècle, les vrais chefs du royaume, disposant à leur gré de la couronne soit pour eux-mêmes, soit en faveur des derniers descendants dégénérés de Charlemagne. En 987 enfin, Hugues Capet, fils de Hugues le Grand, était définitivement choisi par les évêques et les comtes comme roi de France.
La troisième dynastie française, créée en fait depuis près de trois
quarts de siècle, ne date réellement que de
cette élection.
TXVL I Cil/NT CAPlTvUA;
PftreiviqxiemonTALiiKYV
Spécimen d'écriture carolingienne (Fragment d'un manuscrit de la vie de saint Martin, d'après Prou.)
Le Palais des Papes a Avignon, a Après l'attentat d'Anagni et la mort de Boniface Vlll, Avignon devint pendant soixantedix ans (1309-1 378) le siège de la papauté. Les papes y vécurent dans une étroite dépendance des rois de France. I h s'y firent construire une magnifique demeure, forteresse et palais à la fois, et, délaissant les grands rêves de domination universelle chers à leurs prédécesseurs romains, ils s'occupèrent exclusivement de leurs intérêts temporels. (Cl. Neurdein.)