FRÉDÉRIC II, ROI DE PRUSSE
Frédéric IT était fils de Frédéric-Guillaume [7. Frédéric-Guillaume fut un roi économe jusqu'à l’avarice. Il ne dépensait que pour ses soldats; il est vrai qu'il les voulait fort beaux. Dans ses États et au dehors, il faisait la chasse à tous les hommes grands, et, bon gré mal gré, il les enrôlait dans sa garde. Faire manœuvrer la troupe était son plus grand plaisir, il avait les soldats les mieux exercés et les plus disciplinés de l'Europe. Aussi sévère pour ses sujets que pour ses soldats, il les menait à coups de bâton. Plus d’une fois, il reconduisit chez elles à coups de canne, dans les rues de Berlin, des femmes qu'il surprenait à ne rien faire.
Sa femme et ses enfants furent traités avec la même dureté. Il les battait, les traînait par les cheveux. Il est vrai que Frédéric IT, le prince royal, ne lui donnait guère de satisfaction. Le jeune prince aimait les arts, cultivait les lettres, s’ennuyait dans la compagnie des amis avec lesquels son père se plaisait à fumer la pipe. Il était en relations avec les écrivains français, faisait de la philosophie, écrivait. Dans les derniers jours de son père, il avait mis la main à un beau traité sur les devoirs des princes, parmi lesquels il citait la stricte observance de la morale et de la justice.
On aurait pu croire que la Prusse allait être gouvernée par un juste et saint homme: il n’en fut rien. Elle fut gouvernée par un homme de génie, mais sans l'ombre d’honnêteté. A peine Frédéric-Guillaume est-il mort, que Frédéric II déchire son beau traité, en disant: « Plus de ces sottises! » Il se met alors à la tête de l’armée de son père, et grâce au trésor que celui-ci lui a légué, il conquiert la Silésie, parce que cette province lui convenait fort bien pour arrondir son petit royaume !