OUVERTURE DES ÉTATS GÉNÉRAUX, A VERSAILLES, LE 5 MAI
Au fond de la salle, il y a une estrade: le roi est assis sur le trône. Dans la salle, à la droite du roi (au côté gauche de l’image) sont les députés du clergé; à la gauche du roi, ceux de la noblesse. Les députés dont on voit le dos sont ceux du tiers état.
10 Le discours du roi. — Le roi prononça un discours qui se terminait par ces paroles: «Tout ce qu’on peut demander à un souverain, le premier ami de ses peuples, vous pourrez l’espérer de mes sentiments. Puisse, messieurs, un heureux accord régner dans cette assemblée,
15 et cette époque devenir à jamais mémorable pour le bon-
heur du royaume! C’est le souhait de mon cœur!»
Louis XVI paraissait heureux et tranquille. Il avait un air de bonté.
Ce que le peuple espérait. — Le peuple de France était plein d'espoir; il croyait que la cause des maux dont il souffrait était que le roi ne savait pas ce qui se passait dans le royaume. On entendait souvent de braves gens dire: «Ah! si notre bon roi le savait. » Et l’on croyait que, lorsque les États généraux auraient fait connaître au roi les plaintes de ses sujets, il corrigerait tout ce qui était mal et que la France vivrait heureuse. 10
Ces belles espérances ne durèrent pas longtemps. Il y eut tout de suite une grave discussion sur la manière dont on voterait aux États généraux.
Comment on vote à la Chambre des députés. — Aujourd’hui, voici comment on vote à la Chambre des dé- 15 putés.
Les députés sont réunis dans une même salle. Le président leur lit un projet de loi. On discute ce projet; c’est ce qu’on appelle la délibération.
Quand la délibération est finie, on fait passer devant 20 les députés des urnes. Ceux qui approuvent le projet mettent dans l’urne un bulletin sur lequel est écrit Oui; ceux qui le désapprouvent y mettent un bulletin sur lequel est écrit Non. C'est ce qu'on appelle le vote. Le mot vote signifie: Voilà ce que je veux.
Quand le vote est fini, on compte les Oui et les Non. S'il y a plus de Oui que de Non, le projet de loi est accepté, parce qu'il a pour lui la majorité, c'est-à-dire le plus grand nombre des voix. S'il y a plus de Non que de Oui, il est rejeté parce qu'il n’a pour lui que la minorité, 30 c'est-à-dire le plus petit nombre des voix.
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Le tiers état voulait le vote par tête. — Aux États généraux, le tiers état voulait que l’on votât comme on vote aujourd'hui. Les députés des trois ordres auraient
siégé dans la même salle; on aurait délibéré ensemble, voté ensemble et compté les votes. Le Tiers aurait été sûr d’avoir la majorité, car il avait autant de votes à lui tout seul que les deux autres ordres réunis, et, de plus, il y avait dans le clergé et dans la noblesse des hommes généreux décidés à voter comme lui.
Cette manière de voter était ce qu’on appelait alors le vote par tête. Cela voulait dire: autant de têtes de députés, autant de votes. Si l’on votait par tête, le vote d’un député du tiers état aurait autant de valeur que le vote d’un député du clergé et de la noblesse.
Vote par ordre. — Mais la plus grande partie du clergé et de la noblesse ne voulait pas que l’on votât par tête. Elle voulait que l’on votât par ordre. Si l’on votait par ordre, chaque ordre, clergé, noblesse, tiers état, siégerait dans une salle particulière. Il délibérerait et voterait sur chaque projet de loi. Il y aurait donc un vote du clergé, un vote de la noblesse, un vote du tiers état, en tout trois votes.
Le plus souvent, le clergé et la noblesse auraient voté l’un comme l’autre, car ils étaient les ordres privilégiés et ils avaient à se défendre contre le Tiers, qui demandait la suppression des privilèges. Ils se seraient donc trouvés deux contre un, et ils auraient empêché les réformes.
Les États généraux deviennent Assemblée nationale. — Le Tiers était décidé à obtenir le vote par tête. Il siégeait dans la grande salle où avait eu lieu la séance d'ouverture; le clergé et la noblesse siégeaient chacun dans une salle particulière. Le Tiers les pria de se joindre à lui dans la grande salle où l’on aurait travaillé ensemble; mais le clergé et la noblesse ne vinrent pas. Le Tiers les avertit
qu'il allait se mettre à délibérer sans eux. Il décida que les États généraux s’appelleraient Assemblée nationale. Cela voulait dire que tous les députés, sans distinction d'ordres, représentaient la nation française, et qu'ils étaient les égaux les uns des autres.
Le serment du Jeu de Paume. — Cette conduite du Tiers inquiéta le roi, qui voulut l’obliger à accepter le vote par ordre.