LE SERMENT DU JEU DE PAUME, 20 JUIN
Au centre de la salle, debout sur une table, est le président de l’assemblée, Bailly. Il lit la formule du serment. Sur le devant, un moine, un prêtre et un député se serrent les mains. Tout le monde est plein d'enthousiasme.
Le 20 juin, les députés du Tiers, qui se rendaient à leur salle, trouvèrent la porte fermée par ordre du roi. Alors, ils allèrent dans une rue voisine et entrèrent dans une salle qui servait à un jeu de paume. Là, ils jurèrent de donner une constitution à la France.
Le commencement de la Révolution. — Une constitution, c'est une loi qui règle et organise le gouvernement d’une nation. La France n'avait jamais eu de constitution:
le roi gouvernait comme il lui plaisait. A la fin des lois qu'il faisait, il disait: car tel est notre bon plaisir. Donner une constitution à la France, c'était un changement total, une révolution, puisque le roi allait être soumis à la loi constitutionnelle.
La séance du 23 juin. — Le roi fut très irrité par le serment du Jeu de Paume. Il ordonna, le 23 juin, aux trois ordres de s’assembler pour entendre ses volontés.
La salle était entourée de soldats. Le roi ne paraissait plus heureux et tranquille. Il n’avait plus l’air de bonté.
Il déclara qu'il défendait de délibérer en commun. «Je vous ordonne de vous séparer tout de suite et de vous rendre demain matin dans les salles préparées pour votre ordre. »
Le roi sortit; le clergé et la noblesse sortirent aussi; mais le Tiers demeura sur ses bancs.
Alors le maître des cérémonies de la cour rentra dans
la salle, et il dit: «Vous avez entendu, messieurs, les ordres du roi.» Mais Mirabeau, le plus grand orateur du Tiers, répondit: « Nous sommes ici par la volonté du
peuple, et nous n’en sortirons que par la puissance des baïonnettes. »
Le roi n’osa pas envoyer des soldats pour chasser les députés. Quand on vint lui dire qu'ils ne voulaient pas s’en aller: «Eh bien! dit-il, qu'ils restent! »
La réunion des trois ordres. — Les jours suivants, des députés du clergé et de la noblesse allèrent rejoindre le Tiers. Chaque jour, il en arrivait un plus grand nombre.
Le roi comprit qu'il ne pouvait pas empêcher la réunion des trois ordres. Alors, lui qui leur avait ordonné le 23 juin de se séparer, il les invita quatre jours après à se réunir.
A partir de ce moment, le clergé, la noblesse et le Tiers délibérèrent ensemble, et l’on vota par tête. Le tiers état avait donc remporté une première victoire.