‹ Histoire de FranceChapitre 95 sur 229 · CONDÉ ET TURENNE · texte numérisé non relu

CONDÉ ET TURENNE

Turenne est né à Sedan en 1611, d’une très noble famille, Dès son enfance, 1l aimait tant les armes et le métier de soldat, qu’un soir, à l’âge de dix ans, il disparut de la maison paternelle. On le chercha partout, et on le trouva sur les remparts, couché tranquillement sur l’affût d’un canon.

Il remporta ses premières victoires en compagnie de Condé, dans les années qui précédèrent la paix de Westphalie (1643-1648). Pendant la Fronde, il prit part un moment à la révolte contre la cour, mais il fit sa soumission très vite, et c’est lui qui défendit alors la cour contre Condé.

Turenne vainquit Condé à Arras et aux Dunes, près Dunkerque. A cette dernière bataille, il avait pris admirablement ses dispositions de combat. Les Espagnols comptaient bien le battre, mais Condé, qui les commandait, dit à un Anglais qui était près de lui: « Monsieur, avez-vous jamais vu une bataille? » Et comme l'Anglais répondit que non: «Eh bien, reprit Condé, vous allez voir comment on en perd une!» Et Condé, en effet, perdit la bataille.

Après la paix des Pyrénées (1659), les deux grands généraux se retrouvèrent ensemble à la tête de nos armées. Ils ne se ressemblaient guère. Turenne était calme et prudent, au lieu que Condé était ardent et audacieux. Condé parlait beaucoup et très bien, au lieu que Turenne parlait très peu et en hésitant, comme un homme qui a de la peine à s’exprimer.

La modestie de Turenne était admirable: dl ne se vantait jamais; il fut rarement vaincu, mais ? racontait aussi sincèrement ses défaites que ses victoires.

La dernière campagne de Turenne fut la plus belle de toutes. Les ennemis avaient envahi l'Alsace en 1674;

ils l’occupaient tout entière avec des forces considérables, et ils s’apprêtaient à marcher sur Paris, quand l'hiver serait fini. Turenne, avec une petite armée, était resté de ce côté-ci des Vosges. En plein hiver, par un froid glacial, les routes étant couvertes de neige, il entre en Alsace par le sud; il tombe sur l’armée ennemie, qui ne l’attendait pas; il la bat en trois batailles et la force à repasser le Rhin et à rentrer en Allemagne.

L'année d’après, il la suit en Allemagne. Il enveloppe si bien les ennemis, qu'il est sûr de la victoire; mais la veille du jour où il voulait livrer bataille, il se promenait à cheval avec quelques officiers pour observer une dernière fois les positions des ennemis.

Un boulet de canon l’atteignit: Turenne poussa un cri et tomba mort. Le même boulet emporta un bras de Saint-Hilaire, un des officiers qui se trouvaient avec Turenne, et le fils de Saint-Hilaire se jeta en pleurant sur son père: «Mon fils, dit le blessé, en lui montrant Turenne étendu par terre, ce n’est pas moi, c'est ce grand homme qu'il faut pleurer. »

La France pleura le grand homme qu’elle avait perdu, et Louis XIV voulut que Turenne, comme jadis Duguesclin, fût enseveli à Saint-Denis, au milieu des sépultures des rois.

Monnaie de Louis XIV %

Portrait du roi Couronnes et

Louis XIV fleurs de lys

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