‹ Histoire de FranceChapitre 16 sur 47 · CHÉREBERT I DU NOM, ROI VIII · texte numérisé non relu

CHÉREBERT I DU NOM, ROI VIII

Le$ funérailles de Clotaire achevées, Chilpéric, le plus jeune des quatre frères, s'empare des trésors du père , et se jette dans Paria , où ses présens ni ses menaces n'ayant pu ébranler les seigneurs françois , ses frères le suivirent de si près , qu'il fut contraint de déloger et d'en veu ,oy.u,»« n i r £ 1(n p ar tage raisonnable. A Charibert , dit

partage en qui- I O »

autrement Aribert, et communément Chérebert, échut par le sort et non par le choix le royaume de Childebert avec Paris; à Gontran le royaume de Clodomir et Orléans; à Chilpéric le partage de Clotaire et Soissons ; à Sigebert celui de Thierry et Metz ou Reims pour siège. Après ces partages la France fut quelque temps paisible, tant dehors que dedans ; mais l'Italie lui communiqua ses troubles. Narsès , qui étoit le libérateur et le réparateur de l'empire, envié pour ses richesses et pour sa gloire , fut accusé par ses ennemis d'avoir amassé des trésors imjMoifaMé menses par ses concussions , et pour ce sujet Sophie 1 ^ déposé par l'impératrice Sophie, qui, après cet

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affront, le persécuta encore d'injures et l'appela femme, parce qu'en effet il étoit eunuque, le menaçant de lui donner la charge des fuseaux et des quenouilles de ses servantes. Mais il étoit vraiment homme et lui sut bien témoigner en effet son courage vîril, ayant mêlé une fusée, ainsi qu'il Tavoit juré, dont elle ni toute sa cour ne purent jamais trouver le bout : car il suscita son allié Àlboin, roi des Lombards, qui, venant

7 * 7 Lombadj en Ita»

■en Italie avec un déluge de barbares, occupa du l ikJ£ï Ttni " commencement le Frioul , et puis les terres voisines, à l'exemple desquelles les meilleures villes *e rendirent à lui jusque sur les frontières de la Toscane. Àlboin, si puissamment établi, ne craignoit point ses ennemis étrangers; mais il n'étoit pas à couvert des embûches de sa femme Rosimande. Il en avoit tué le père , comte des Gépides, dans une bataille, et buvoit, selon la coutume des Lombards, dans le crâne de sa tête. Un jour étant échauffé de vin il contraignit sa femme d'y boire : cet outrage la toucha si fort, qu'elle sollicita Améchilde, jeune et beau gentilhomme de sa cour, d'étrangler son mari, lui Ro.im.ndet^

«on m«ri AUoIn.

promettant pour récompense la dernière faveur que peut donner une femme irritée. L'assassinat exécuté, ils s'enfuirent ensemble à Ravenne; et Clèphes, illustre par sa naissance et par ses, exploits , fut élu en la place d* Alboin , mais bàen-

Il6 HISTOIRE DE FRANCE.

tôt tué par un de ses plus familiers, pour ce qu'il maltraita les grands seigneurs de sa cour. Après sa mort, les Lombards , ennuyés du gouvernement des rois , créèrent trente - cinq tribuns ou capitaines électifs. L'empereur grec, trop foible pour leur résister, afin de s'appuyer des François, leur donna les villes qu'il avoit en Provence, retournées naguère sous sa domination par la fainéantise de Théodoalde, et commanda à son lieutenant Aymé de reconnoîtreGontran, dont le pays contenoît la Basse-Bourgogne et le Dauphiné. Mais Sigebert le prétendoit être des droits de son royaume , en vertu de la donation faite par Amalasiunte àThibert de Metz. Durant l« Lombard, ces différents, les Lombards se jettent sur la pièce

disputée, et mettent en route Aymé, qui s'oppose

à leur passage. Il ne leur réussit pas si heureusement la seconde fois. Mumole , grand capitaine, les ayant enfermésdans des détroits auprès d'Ara-

brun, en fit tel carnage qu'à peine s'en put-il sau- L« s»«jj> ver un pour en remporter la nouvelle. Les Saxons, attirés en ces mêmes contrées pour y butiner, et venger, disoient-ils, la perte des Lombards, leurs anciens voisins e r t confédérés, n'y firent pas mieux leurs affaires ; car le même capitaine les traita mal, et tesr Lombards ne leur voulurent faire aucune part deitears conquêtes, comme ils leur avoient promis: partant ils furent contraints

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(Contran n'ayant point voulu traiter avec eux) de rechercher la grâce de Sigebert , qui leur accorda de passer sur ses terres après qu'ils eurent renoncé à l'alliance des Lombards. Mais Mumole, qui les attendoit sur les Alpes, leur mqd>oi«i«4*. vendit le passage à beaux deniers, et leur fit habilement rendre gorge de ce qu'ils avoient butiné en Provence; joint que, pour dernier malheur, ils trouvèrent que le canton de Saxe, qu'ils avoient abandonné, avoit été octroyé par Sigebert à une colonie de Suèves. Ces nouveaux habitans offrirent aux Saxons de leur céder les deux tiers du pays et de leur bétail. Les Saxons , par leur refus , les obligèrent le Jj , I s *'^ uU à se défendre; si bien qu'ils les taillèrent en eo rapièces , et demeurèrent maîtres du pays. Sigebert se tint neutre en cette querelle: mais Chilpéric favorisa les Saxons, en considération de ce qu'ils avoient quitté le parti des Lombards, et le fit ainsi pour gratifier l'empereur Tibère , auquel il envoya des ambassadeurs avec chiipéncf-ita.

Hiace «rec l'«n-

<les présens. L empereur pareillement le régalai*™

1 1 » v ' qui lui en voir de*

de beaucoup de dons magnifiques, entre autres 5et7m«1£ d " de cinquante pièces d'or monnoyé, de deux marcs chacune , dans lesquelles se voyoit d'un côté la représentation de cet empereur , traîné dans un char, avec cette légende, Tibère perpé. tuel Auguste ; et de l'autre , la gloire des Ro-

Il8 HISTOIRE DE FRANCE.

«^ïftt mains. Cependant les Lombards, prenant sujet d'une nouvelle guerre contre les François, de ce qu'ils avoient débauché les Saxons de leur alliance, leur donnant passage sur leurs terres, laissent un camp volant à Yurée, pour faire téte à Francillon, capitaine romain, qui leur eût pn donner à dos, et courent la Provence avec trois armées sous la conduite de trois chefs , Amon, Zabaone et Rhodane, dont le | SMtde&iMp.r premier étant défait par Mumole, se sauva vers les autres et leur conseilla de se retirer, sachant bien qu'ils n'étoient pas assez forts pour tenir

piÏÏ^Tî^r <ta vant ' es François» Chronique, un de nos ca- **** pitaines, prit aussi une forteresse nommée Granville, située au pays de Trente, et vainquit en bataille Rugillon, un des trente chefs des Lombards ; mais en voulant assiéger Trente il fut défait et tué par Ennius, gouverneur de la ville.

Ces choses en partie se passoient du temps de Chérebert, qui ne s'embrouilla pas bien avant dans tous ces démêlés , estimant que c'étoit

cwrAertiim. beaucoup faire de se tenir immobile contre tant de troubles qui ébranloient l'Europe. On nous a voulu rendre son repos glorieux, en représentant M^tflie. dans une médaille un édifice royal dont la porte est fermée; et pour preuve que le silence règne dedans , un grand pavillon, étendu sur la cou* verture, ombrage celte demeure, consacrée au

ch4rebkrt, aoi vut. 1 1 9

repos du prince, otio ac quifti pruxcipis, qui n'ayant pas dans l'esprit des entreprises infinies, eut aussi pour compagne la sûreté, oicurita** Il ne laissa pourtant pas déchoir les droits de la couronne , et montra bien qu'il avoit pouvoir de conférer les bénéfices, corn me aussi d'ôter et Conter** Ut

pHWMgn 4e la

d'installer les évéques par cette action : Hera* ^ t ^ c J oat clius> prêtre de Bordeaux, fut si effronté que de l'aller trouver, en qualité de député d'un synode qui avoit déposé un certain Ëmerius de son évéché, ou Clotaire Ta voit installé» Le roi l'ayant entendu, commanda qu'on te chassât et qu'on le traînât en exil dans un charriot plein E^oie un pr ê

tre en en

Parofel

d'épines, après hii avoir dit ces paroles : Penses* ^J^™* A ' é tu que je souffre qu'on dépose sans mon juge* h ** ment un êvêque de la charge où mon père l'a életé? Il épousa premièrement Ingoberge , dont il n'eut qu'une fille nommée Ingantic. L* reine avoit dans sa maison deux servantes, filles d'un pauvre ouvrier en laine > Méroflède et Marconèse. Son mari les ayant vues , conçut tant d'amour pour la première, qu'encore que la reine, pour l'en dégoûter i lui eût fait voir leur père travaillant mécaniquement à des rubans de laine, il la prît en mariage , et répudia Ingoberge. Sa concupiscence passa bien plus outre; car, malgré les fulniinations de Germain , évêque de Paris, il épousa encore Marconèse, sœur de Mé-

laO HISTOIRE DE FRANCE.

»eidu-roflède, mari de deux femmes et adultère de

solution de Cbe

deux sœurs. Ce scandale fut bientôt étouffé, les deux sœurs et leurs en fans étant morts peu de temps après ; et le roi , gêné du repentir de ses feu tes, ayant fait voyage en Aquitaine, je ne

reuTrtl^o saus P our °i ue N e r a»so n > décéda au château de Blaye, et fut enterré dans l'église de Saint -Romain, Tan cinquième ou sixième de son règne, et de Jésus-Christ 570. De trois filles qu'il laissa , il y en eut deux de religieuses , Berteflède et Crotielde , Tune à Tours et l'autre à Poitiers. Pour le regard d'Adilberge, elle fut mariée à Édilbert , roi de Kent , en Angleterre , à la charge que son mari , qui étoit idolâtre, lui laisseroit la liberté de conscience. Les trois princes qui restèrent, ne pouvant pas s'accorder du partage du défunt , il y eut un interrègne pour cette portion* Contran , le plus modéré, bien que voluptueux , inclinoit toujours à la paix , et tenoit les choses en balance. Mais enfin il fut ordonné qu'aucun d'eux n'entreroit à Paris qu'après qu'on auroit partagé le royaume. ! Et d'autant qu'il étoit ici question de pacifier leurs différents , on assembla pour cet effet les prélats , qui ne purent les mettre d'accord , bien que les

u. préut. jv ecclésiastiques eussent alors beaucoup de cré-

geolf nt des diffe- * 1

rtau de* prince*, dit ^ £ cause de leur condition , de leur doctrine et de l'intégrité de leur vie.

Le» Hum a*i«illentl'Auill«-

CHBREBERT, ROI VIII. 121

Nous rentrons maintenant dans la confusion des guerres. Les Huns , venus de la Pannonie, s'étant jetés dans les terres de Sigebert , il s'apprêta pour les recevoir, et les alloit traiter si 4ie mal , qu'il ne leur eût jamais pris envie d'y revenir , si Chilpéric , son frère , ne l'eût attaqué en son absence , prenant sur lui la ville de Reims. Sigebert, à ces nouvelles, s'accommode avec les Huns et retourne tout court en France, cbn P éric .t.

» taqueSigrberteit

Reims mal défendu lui ouvre les portes, d'où tr * i,pe poussant son avantage dans le royaume de son frère , il force Soissons , et prend dans la ville Tbéodebert , fils aîné de Chilpéric. Il ne voulut pas punir en la personne de son neveu la faute du père, mais l'obligea seulement à ne porter plus les armes contre son service, serment qu'il viola depuis. Sigebert ayant cet avantage fut bien aise d'avoir la paix , qui se conclut pour la seconde fois par le moyen de Gontran. Lui cependant blâmant ses frères de s'être mésalliés à desservantes, épousa Brunehaut, fille d'Atha- Si6Aerti?oumt nagitde, roi des Goths en Espagne, princesse belle de visage, mais qui n'étoit vertueuse qu'en apparence; et parce qu'elle étoit arienne, il voulut qu'après qu'elle auroit été catéchisée elle reçût notre baptême. Chilpéric, à son exemple, demanda Galsuinte, sœur de Brunehaut, qui fut étranglée bientôt après à la persuasion

123 UISTOIBE DE FAAJTCE.

de Frédégonde sa concubine. Quelques mois s'étoient passés quand les Huns, plutôt irrités qu'affoiblis par les premières rencontres de Si^ gebert, recommencèrent la guerre , dans laquelle avec des fantômes et des visages épou» ^; Hu ™™- van tables (illusion des démons bien puissans P «r m . 6 ie. p arm i ces idolâtres , ou plutôt, comme je crois t stratagème inventé) ils effrayèrent tellement les chevaux et les gendarmes de Sigebert, qu'ils mirent en fuite son armée. Sa prudence pourtant répara l'extrême lâcheté des siens. Pour de l'argent et des présens qu'il fit il racheta le pillage de ses terres et assura une bonne paix avec Cagan, c'est ainsi qu'on appeloit tous les rois des Huns. Il étoit honteux à un prince François d'acheter la paix: mais il étoit nécessaire, le traître Chilpéric l'ayant assailli par derrière une seconde fois. L'injure reçue par les nôtres dans les traverses s'imprime trop avant dans le coeur: c'est pourquoi Gontran, qui avoit adouci l'autre, ne put pas en faire autant de celle-ci. Étant donc fâché de ce que Sigebert n'avoit voulu entendre ac.rrfrS s,ver, *à cet accommodement, il se ligua avec Chilpéric, dont ilsavoit bien pourtant que la cause ne valoitrien. Mais l'Austrasien, plus fort que tous les deux, piqué de l'outrage reçu, et suivi de soixante mille Allemands, contraignit Gontran de lui donner passage sur la Marne, et défit

CHXREBERT, HOI VIII. ia3

Chilpéric près de Chartres. Il exécutait ces choses en personne tandis que Bozon, son lieutenant, poursuivoit le parjure Théodebert , fils de Chilpéric , qu'il renversa mort en la bataille qu'il lui donna prés d'Angoulérae. Alors Chilpéric, châtié de sa trahison, obtint de son frère Sigebert, à la prière de Gontran , une troisième paix fort désavantageuse pour lui, et qui fut r.i«. conclue à Troyes,dans l'oratoire de Saint-Loup, où les trois princes s'entre-embrassèrent et promirent d'oublier toutes les querelles passées. Mais elle dura trop peu, et Sigebert se fût possible contenté des avantages qu'elle lui donnoit, si les Allemands qu'il avoit amenés, n'étant pas encore assez chargés de butin , ne lui eussent mis dans l'esprit qu'il fa 11 oit abattre son ennemi, autrement qu'étant guéri de ses blessures il le viendroit toujours assaillir en traître. Il se laissa donc emporter à ce conseil, quelque remon- po„ r . trance que lui fit Germain, évéque de Paris, qui lui dit souvent, que Dieu le perdrait, s'il avoit dessein de perdre son frère. Chilpéric, effrayé de cette résolution, n'ayant plus son fils ni de gens qui tinssent la campagne, enlève ses trésors à la hâte, et se retire à Tournay, où H mène ses enfans, et Frédégonde, qu'il avoit épousée. Sigebert le poursuit chaudement. Les seigneurs du royaume de Puris , dont le partage n'étoit point

encore fait , le viennent trouver à Vitry , et le* reconnoissent pour leur roi, l'ayant élevé sur le> pavois. Ainsi, accompagné d'une puissante armée et suivi d'une cour magnifique, il met le LWctfedu» siège devant Tournay. Les approches se font : T>«.rn.. y . ^ pia Ce ^ réduite à l'extrémité , et par conséquent Chilpéric au désespoir. Frédégonde néanmoins , plus forte que tous ces maux , et qui avoit toujours près d'elle une troupe d'assassins déterminés, qu'elle avoit gagnés par les charmes, ou de sa beauté ou de ses présens, en députe deux auxquels elle promet de grandes récompenses, et, s'ils périssent dans l'entreprise, une place parmi les martyrs. Ces deux assassins ayant épié le temps que le roi étoit au milieu d'une troupe de sèigueurs, l'abordent en hom~ %ei*r t u.u. mes furieux , et le frappent de deux dagues dans

•incdevaMTour- A 11 4 °

les deux, côtés , dont il rendit aussitôt l'esprit avec un grand soupir, suivi des cris et de la frayeur de tonte l'armée. Les meurtriers furent hachés sur la place en mille morceaux. Cependant Frédégonde va trouver Chilpéric, tout éperdu de ce tumulte , et lui conte l'histoire , Tassurant que ces cris étoient de gens affligés par la mo'rt de leur prince; tellement que dès le lendemain il sortit victorieux de la ville. Les barons, qui l'avoient abandonné, ayant derechef embrassé son parti, lui demandèrent une

CHÉREBERT, ROI VIII. 1^5

^abolition du passé, qu'il leur accorda en apparence ; mais en effet il en tint cachés les ressentimens, qui n'éclatèrent pour lors que sur le malheureux Sigile, favori de feu Sigebert, auquel il fit appliquer des fers rouges sur toutes les jointures du corps , qu'on écartela ensuite. Sigebert fut tué au camp de Tournay, Tan 579, J^ rt 5 £ s *-' «t le quinzième de son règne. Son fils Ghildebert régna en Austrasie après lui. Quant à Ingonde et Closinde , ses filles, elles furent mariées en Espagne, aux fils de Leuvigilde. Son corps, fut porté au village*! e Lambrus, près de Douay, et enterré depuis à Saint-Médard de Soissons.

ia6 HI&TOIRK DE FBAirCE.

ivp.bi.mort Ce fut donc ainsi que Chilpériç se vit maître

île Cliérebcrt .8, , i r r** 1 1 i

«.* 9 « M , donc des trésors de teu Sigehert et ae tout le royaume

de Paris. Y étant arrivé , il trouva que Brunehaut avoit secrètement envoyé son filsChildebert en Austrasie pour le faire reconnoître héritier de Sigebert par les seigneurs du pays. Pour cette cause, et de crainte qu'elle ne remuât quelque chose contre sa personne ouua#ntre son état, il la confina dans la ville de Rouen. Mais comme à quelque temps de là il eut envoyé son fils Mérovéeen Poitou pour aller courir sus à Gontran, ce jeune homme, mécontent de sarmarâtre Frédégonde , tira vers le Mans , sous prétexte d'aller voir sa mère Audovère, reléguée en cette villelà, et du Mans il courut à Rouen voir sa tante Brunehaut, où, étant charmé par ses ruses et Mérotéegou^ par sa beauté, il l'épousa publiquement, ayant même intimidé ou gagné l'archevêque delà ville, qui était son parrain, nommé Prétextât, pour célébrer ces noces illicites à la vue et au contentement de tout le peuple. Le père en fut te ie» averti, et la fortune voulut qu'il les surprît si à point, que tout ce qu'ils purent faire fut de se sauver dans une église. Pour les en tirer, Chil-

chilperic, roi ix. 127

péric jura qu'il ne s'opposer oit point à leur mariage , pourvu que l'église le trouvât bon ; et par ce moyen il les eut tous deux en sa puissance. Il avoit bien dessein de se défaire de Brunehaut, mais par raison d'état il la rendit aux seigneurs d'Austrasie, qui étoient venus la demandercomme mère de leur roi. Quant à son fils , le soupçonnant d'intelligence avec elle, il le rasa et le renferma dans un cloître au Mans ; et pour l'éloigner entièrement du mariage de Brunehaut, il lui fit prendre les ordres sacrés. Prétextât , qui avoit fait le mariage, accusé par quelques uns devant le synode des évéques d'avoir dérobé les trésors de Brunehaut, et voulu en sa faveur troubler l'état, sétoit assez bien purgé de l'un et de l'autre ; car on ne dit point comment il se justifia d'avoir assisté a ces noces incestueuses. Chil péric voyant qu'il ne le pouvoit convaincre par preuves , s'avisa de recourir aux finesses. Il aposta Pré^ut, pour cela quelque courtisan qui lui suggéra d'à- «'.«T^ î^TS vouer ce de quoi on l'accusoit, afin de n'aigrir le roi y disant que la soumission pourroit plus sur lui que l'innocence, et qu'il l'obligeroit ainsi à lui pardonner. L'archevêque trop simple le crut, et pour flatter Chilpéric , en avoua beaucoup plus qu'on n'en voulott savoir. Alors le roi demanda justice aux prélats assemblés , et ses ministres saisirent le criminel , lui enveloppant la

tête de peur qu'il ne découvrît la fourbe. De cette sorte, s'étant rendu coupable lui-même, il fut incontinent banni dans une île du pays de Constantin.

Mérovée, que nous avons laissé dans un cloître, s'étant accoutumé aux embrassemens d'une femme etaux délices de la cour, et d'ailleurs persuadé par des pensionnaires de Frédégohde, qui le vouloit perdre, se réfugia dans Saint-Martin de Tours, où Grégoire le reçut comme par force. Mais l'asile d'un temple lui semblant une prison, MétoréeM il se mit à la campagne assisté de Bozon, pareil-

une de Saint- Martin de Tour»

• lement réfugié , coupable envers Chilpéric le père pour la mort de son fils Théodebert , et pour la même cause agréable à Frédégonde, sa marâtre. Après beaucoup de malheurs, Mérovée se voulut sauver en Austrasie , vers Brunébaut ; mais Bozon qui le trahissoit et qui avoit du crédit chez cette nation , lui fit fermer les passages. Il étoit revenu d'auprès de Reims, vagabond, et changeant tous les jours de cachettes , quand les habitans de Térouane l'ayant traîtreusement appelé, sous couleur de le recevoir pour leur seigneur, le livrèrent entre les mains des gens de E,ttoép.ri*. son père, qui le tuèrent sur-le-champ. Chilpéric,

geas de Chilpé- ...

rfc pour le rendre plus odieux, sema un bruit parmi

les peuples qu'il s etoit fait tuer de désespoir par Gailen, l'un de ses valets, se rendant, par cette

calomnie, doublement homicide de son fils. Mais afin qu'on ne lui reprochât cette mort dénaturée, il fit en punition couper le nez, les oreilles, les pieds et les mains à ce malheureux valet.

Un peu après on lui manda que les Champe- ««,

fusions*

nois avoient occupé la ville de Soissons , qu'il regagna promptement , ayant puni de mort les premiers bourgeois affectionnés au service de ses ennemis. La France étoit alors si troublée, que les villes faisoient la guerre aux villes , les provinces aux provinces, les comtes aux comtes, et les ducs aux ducs, sans autre motif que delà manie qui les agitoit.Ne vous travaillez donc pas à débrouiller toutes ces menues factions , que les auteurs de ce temps-là nous ont laissées bien confuses : mais remarquez en passant que les comtés et les duchés étoient comme des commissions pour gouverner les villes ou les provinces qui étoient données par la volonté du prince, et pour certain temps; puis conférées durant la vie, et à la fin laissées à titre de fief. Chilpéric, Chilpéric »t

tMjM Uontran ,

sur quelque autre différent quil eut avec Gon- rt « tran , envoya son fils Clovis remuer en Périgord et en Àgenois, assisté de Didier, excellent capitaine. Mumole , gouverneur de ces provinces , les combattit et les surmonta, mais avec beaucoup de perte. Cet échec arrêta bien Chilpéric de ce coté là , mais il ne l'empêcha pas d'en atta-

TOMK 1. 9

l3o HISTOIRE DE FRANCE.

quer d'autres. Macliave ou Maclou , et Bodic » comtes bretons, a voient réciproquement juré que celui qui survivroit l'autre seroit défenseur de ses enfans. Bodic étant décédé le premier, Macliave, parjure, opprime son filsThéodoric et le chasse : mais peu de temps après il est attaqué et tué par le même, qui, content d'avoir tué le père , en laisse le patrimoine au fils , nommé Varoch ou Guérec, hardi et vaillant de sa personne. Chilpéric avoit usurpé sur celui-ci plusieurs villes pendant la guerre civile. Pour empêcher donc qu'à l'avenir il ne les redemandât, il donne charge aux Manceaux et aux Poitevins de le surprendre. L'entreprise réussit tout au contraire. Varoch les surprend à la faveur de la nuit et les fait passer au fil de l'épée; obligeant ainsi Chilpéric à faire la paix et à lui donner de plus le comté de Vannes et son fils en otage. „• L'an cinq cent quatre-vingt-quatre mourut Austrigilde, femme de Gontran, qui, se voyant à l'article de la mort , contraignit son mari n«ge d-Ao». par d'horribles sermens de tuer les médecins

trigil'Je , femme . i, • . , • 11 1 i «

deGo.tran. qui 1 avoient traitée; et si elle eut de la rage a lui demander cette vengeance, lui n'eut pas moins de cruauté à l'exécuter. Un peu après, voyant qu'il n'avoit point d enfans mâles, bien qu'il n'eût eu que trop de femmes , il envoie quérir son neveu Childebert en Austrasie , et

Fait attaquer les Bretons mal-

CHILPÉRIC, ROI IX. I 3 f

l'adopte pour son fils et pour son héritier présomptif. L'oncle et le neveu encore petit s'étant régalés de beaux présens, leur conseil trouva bon d'en voyer demander à Chi 1 péric la restitution de leur part dans le royaume de Paris. Si cette nouvelle l'affligea, il ne fut pas d'ailleurs moins troublé des ravages des Bretons, qui, s'étant b t f t * w «« dM avancés jusqu'à Rennes, avoient pillé toute la contrée. 11 dépêcha contre eux Bépolène, qui les rembarra , mais en vain , puisqu'ils revinrent aussitôt qu'il fut parti. Ses desseins vastes et sans ordre avoient épuisé son épargne, au défaut de laquelle il se mit à lever impôts sur impôts , en- g™. tre autres ce rigoureux huitième du vin, et des rie subsides sans nombre, auxquels même il imposa les François, exempts jusque-là de toutes sortes de tailles. Marc, nom remarquable pour être m«*.j celui du premier partisan en France, fut tué par les Limousins en exigeant ces tributs insupportables. Là dessus ses deux fils viennent à mourir de maladies inopinées ; et sa femme et lui sont ensuite fort malades. Alors cette princesse, touchée, comme autrefois Antiochus, plutôt de sa douleur que d'une vraie pénitence, tint ces propos au roi son mari : « Le ciel nous persécute : ^**^i£t£ « ne le ressentez - vous pas? Nos enfans sont B °" de * « morts : nous avons été en grand danger : pour- « quoi pensez-vous que ces plaies nous affligent,

l3l HISTOIRE DE FRANCE.

« sinon pour nos tyrannies? Nous avons foulé « les nôtres et pillé les étrangers, chargeant les « uns de misère, les autres de honte, et plusieurs « de supplices indignes, sans avoir employé jus* « qu'ici dans notre gouvernement que les édits, « le fer et le poison. Quittons donc ces méchan- « cetés qui nous accableront à la fin : fuyons-les, « et nous repentons avant que la colère du ciel « nous consume tout-à-fait. » On dit , je ne sais s'il est véritable, que Chilpéric, touché de ses maux et de ce discours, mit au feu tous les rôles des tailles et de nouvelles levées; enrichit • les églises qu'il a voit pillées, distribua de grandes aumônes, et tira son fils Clo vis, néd'Audovère, de la prison où il l'avoit mis à dessein de le faire égorger. Ce repentir ne fut pas bien chrétien ; car Chilpéric, non content d'avoir persé

rctu^' 1 * bé * cut ^ ' es hommes, s'en voulut prendre à Dieu, et se forgea de nouvelles opinions sur la Trinité; obstiné à les maintenir , s'il eut pu ranger seulement un évéque de son parti. Mais il quitta son hérésie lorsqu'il vit tout le monde bandé contre lui ; Dieu n'ayant jamais permis que dans le trône de France se soit assis aucun hérétique. Frédégonde, pareillement fâchée d'avoir procuré la délivrance du jeune Clovis, qu'elle craignoit pour successeur de son mari:, conspira sa mort par une étrange fourberie. Ce jeune prince ai-

CHILPKR1C, ROI IX. 1 33

mait une servante. Frédégonde l'accuse elle et sa mère déjà vieille , de sortilège, et de lui avoir par maléfices tué ses enfans. Sur-le-champ elle fait empaler la fille devant les fenêtres de Clovis, v J: n ™ li de et tourmentant la mère par d'horribles gènes , ï£. lejWao " qui tirent d'ordinaire plus de sang et de moelle que de vérité, la force d'avouer ce crime, et la fait brûler toute vive* Elle ne cessa depuis de presser le roi qu'il se défit d'un enfant dénaturé qui tramoit sa mort après celle de ses enfans. Le père , ensorcelé par cette furie, lui livra enfin Clovis enchaîné, à qui elle demanda ses complices. Lui, pour se venger du moins en cette extrémité sur les amis de son ennemie, accusa ceux en qui elle avoit le plus de confiance. Ensuite de quoi elle le donna en garde à deà soldats, qui par son commandement le tuèrent et laissèrent le poignard dans la plaie , pour faire croire qu'il s'étoit tué par désespoir.

Voici derechef un sujet d'une nouvelle guerre» Autre guéri*

entre Gontran et

Théodore, évêque de Marseille, chassé et dé- chiidebm. pouillé par Dynamus, se veut retirer vers Chil debert Gontran le surprend favorisant le parti de son ennemi : Childebert s'en plaint, et veut ravoir la moitié de Marseille, conformément an don que Gontran lui en avoit fait. Son oncle s'y opposé, et lui ferme les passages.' Toutefois, le général Gondesille y arrive, avec une armée de

la part de Childebert, et remet Théodore. Cetie brouillerie ayant cassé tous les traités précédens entre Gontran et Childebert , ce dernier se ligue avec Chilpéric, qui n'ayant pour lors cl en fans qu'une fille , le leurroit de l'espoir de sa succession; et comme les trois princes avoient leurs armées prêtres à combattre, les barons de part et d'autre les contraignirent de s'accorder. On voit uuaiife. dans une médaille qu'ils s'entre-don nent la main, et que la paix représen tée en déesse, j étant sur eux des regards pleins de douceur, tient de la droite une branche d'olivier, et de la gauche une corne d'abondance remplie de toutes sortes de fruits, dont le meilleur est la concorde, concordia, qui doit s'entretenir par la paix conclue entre ses frères , ainsi que l'explique la légende , icto foedere, pax stabilita , la paix assurée par cette ligue mutuelle.

Dans cette paix, Chilpéric bâtit à Soissons et à Paris des cirques pour les courses de chevaux et pour les tournois. Mais durant ces passe-temps il perdit Théodore, son fils unique; d'où Frédégonde prit occasion d'accuser le prévôt Mumole, qu'elle haïssoit , ayant fait brûler, écorcher, et mettre sur des roues grand nombre de pauvres femmes, qu'elle forçoit à dire que Mumole leur avoit fait ensorceler cet enfant. Il fut à cette occasion appréhendé etgéné si ru-

dément, que peu de jours après il en mourut.

Au lieu de ce fils , il en naquit un autre , qu'elle appela Clotaire, depuis roi de France. La joie en fut grande , mais incontinent interrompue , par l'avis que Chilpéric eut d\me nouvelle ligue &mtr«.rtciin

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entre Contran et Childebert, dont il prit telle treChi, ^ k épouvante qu'il campoit en pleine paix, même auprès de Paris; se défiant ainsi de ceux qu'il a voit offensés, c'est-à-dire de tout Je monde. Mais enfin ces justes défiances se terminèrent par un accident qui rendit tragique le dernier acte de sa vie, et qui arriva de cette sorte: un jour qu'il étoit près d'aller à la chasse , il entra bellement dans la chambre de Erédégonde, et la frappa d'une petite houssine sur ses cheveux, qu'elle avoit éparpillés pour les peigner. Alors croyant que ce fût Landry de La Tour, son galant, qu'elle avoit élevé à la charge de maire du palais: Tout beau, lui dit-elle, mon Landry , , du ^^^ un gentil cavalier ne doit frapper les dames que Land ' 7 ' par devant. Mais ayant tourné la tète , elle reconnut sa faute, et le mari son affront. Qui fut le plus saisi des deux, l'une de crainte, et l'autre de rage, je vous le laisse à juger. Le mari lui tourne le dos, et s'en va, repensant à ces paroles et aux moyens de se venger. Elle, cependant, pénétrant dans la pensée de Chilpéric, envoie quérir son Landry, et lui déclare en

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quel danger ils étoient réduits : sur quoi elle le conjure de ne perdre point courage , et de repousser sur Chilpéric la mort qui les menaçoit. 11 met donc eu embûche deux des assassins p*it t^ri^qu'entrenoit Frédégonde, qui, dans ce bois i«n5s 7 . ' qu'on appelle pour ce sujet le bois de la trahison, attendent le roi revenant de la chasse à nuit close ; et comme il descend de son cheval , lassé de ses inquiétudes , appuyant sa main sur l'épaule d'un page , ils le percent de plusieurs coups de poinçon dans le corps et à la gorge , etcrient, comme tous éperdus ,que le roi avoit été assassiné par des Àustrasiens qui s etoient sauvés. Frédégonde ayant fait courir dans la forêt, pour chercher les meurtriers, publia que ce coup venoit de la part de Brunehaut, qui vouloit par cette voie attirer tout le royaume à son fils Childebert. Pour mieux contrefaire l'épouvantée, elle s'enfuit au même instant à Paris avec tant de vitesse , que le corps de Chilpéric fut abandonné dans l'endroit où il avoit été tué, et y fût demeuré long-temps si Malulfe, évêque de Senlis, qui étoit à la suite de la cour pour quelque affaire, ne l'eût fait lever de là, et porter honorablement en terre dans l'église de Saint-Germain -des-Prés, où sur son tombeau l'on a mis une figure qui tient la main à la gorge, pour marquer de quelle façon il fut

CHiLPimc, roi ix. 1 37 '

tué ; ce qui arriva à Chelles , l'an de son premier „,

4 7 I Vice» et ver

règne vingt-trois, et du Christ, 587 ; prince mé- iaCha r iHe diocrement imbu des bonnes lettres, ainsi que vous le jugerez pari epitaphe de saint Germain, évêque de Paris , qu'il composa ; mais au reste souillé de toutes sortes de vices , et surtout haï , des ecclésiastiques , seuls écrivains de son temps, qui Font dépeint le plus méchant qu'ils ont pu, en haine de ce qu'il attenta sur leurs privilèges ^ un peu trop étendus ; avertissement aux grands , qui briguent l'immortalité dans la mémoire, de ne pas choquer ceux qui en tiennent les archives. Il eut un grand nombre d'enians , tant o?Audovère que de Frédégonde: mais il les fit tous s« enfant, mourir, à la réserve d'une fille, nommée Cbildesinde, qui se renferma dans le cloître à Poitiers; et ceux-ci Dieu les lui enleva, hormis Rigonde et Clotaire qui va régner.

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