‹ Histoire de FranceChapitre 17 sur 47 · FRÉDÉGONDE, FEMME DE CHILPÉRIC I · texte numérisé non relu

FRÉDÉGONDE, FEMME DE CHILPÉRIC I

Voici une mégère entre beaucoup de saintes, Frédégonde, qui montre combien est dangereuse la beauté du corps jointe à celle de l'esprit, lorsqu'elles servent d'instrumens à la malice. On dit quelle étoit native d'Avaucour en Picardie, et de fort bas lieu, mais d'un cœur si haut, qu'étant une des suivantes de la reine Audovère, femme de Chilpéric, elle osa bien aspirer à la couche royale , et vint à bout de son dessein. Les attraits de son visage, mais bien plus, les artifices de son esprit, charmèrent si fort le roi, que nonobstant le lien du mariage , et les tendresses de quatre ou cinq enfans, qui dévoient l'attacher étroitement à sa légitime épouse, il l'admit dans ses embrassemens, et, par la suscicitation de cette rivale|, répudia la pauvre Audovère. Elle fit bien pis encore à Galsonte , sœur de Brunehaut, que Chilpéric avoit épousée ; car, non contente de l'avoir chassée de la in.ignr. mé- couche royale, elle la fit étrangler pour usurper Sjôiae? e les trésors qu'elle avoit apportés d'Espagne. Vous auriez horreur de m'ouïr raconter comme elle fit mourir tous les enfans d'Audovère, les uns par poison, les autres par de cruels supplices ;

FRÉDÉGONDE, REINE DE FRANCE. 1 3o,

combien elle extermina de seigneurs sur un simple soupçon , et comme elle fit assassiner Prétextât, archevêque de Rouen, lorsqu'il célébroit le service divin dans son église. Je ne blâme point les vengeances qu'elle prenoit de ses ennemis : c'est un ressentiment excusable en quelque façon , et il semble qu'elle avoit quelque droit de rendre la pareille à Brunehaut et aux siens. Je ne parle point de ses adultères: ce fut par eux qu'elle se fit craindre; et son mari ne devoit pas attendre de fidélité d'une femme qu'il avoit épousée pour son crime. Outre ces méchancetés, ceux de son temps en disoient des^maux à peine croyables, tant sa mémoire étoit maudite dans la bouche des François, qu'elle chargeoit d'impôts si pesans 9 que plusieurs d'entre eux abandonnèrent leur terre , incapable de produire seulement de quoi payer les tailles. Elle ne laissait pas toutefois d'avoir des qualités re- SMfcw»«»qu«marquables, qui éclatoient parmi ses malices : car sans parler de sa beauté ni de son adresse, l'on ne peut lui ôter la louange d'avoir eu une forte assiette d'esprit contre les plus rudes violences de la fortune. Quel homme n'eût perdu courage à Tournay, où elle fut assiégée avec son mari par Sigebert, qui avoit juré la ruine de tous les deux, lorsque par un coup étrange, elle se défit de son ennemi. Une autre qu'elle

l^O HISTOIRE DE FRANCE.

eût quitté le gouvernement après la mort de Chilpéric, se voyant exposée universellement à la haine des siens , et à l'envie des étrangers : mais au lieu de s'enfuir, elle s'avança; et n'ayant presque pour tout secours que son courage, elle fut plus rusée que Brunehaut , et plus forte que Childe* bert, ni que tous ses autres ennemis. Pour sa prudence et son adresse à la guerre , en voulezvous d'autre preuve que le soin qu'elle eut d'entretenir l'amitié de Gontran , et de le faire tuteur de son 61s? Ajoutez à ceci que pour s'assurer l'autorité et k lui le royaume, elle le vouloit porter entre ses bras encore enfant , et le montrer aux soldats. Enfin, après avoir régné longuement , elle mourut victorieuse et fort âgée , Sa mort, 601. Tan six cent un. On voit son tombeau et sou épitaphe à Saint-Germain-des-Pi és.

CLOT Al RE II, ROI X. l/^l

~" ' " - - - . PU - I l , >^^^M^MW^WW

Clo taire, fils unique de Chilpéric, est salué roi en son enfance, et suivant le conseil de Gontran , son fidèle tuteur , promené par toutes les provinces , auxquelles ce bon oncle reçomraandoit leur petit prince, leur disant : Qu'ils eussent à le considérer comme un des héritiers du grand Clovis; à révérer dans la bassesse de son âge la majesté royale, et à le défendre comme leur seigneur légitime. Or, afin de les obliger encore plus à leur devoir, il fit venir ceux qui se plaignoient des injustices de feu Chilpéric, et les assista de ses deniers propres. Cependant Childebert, ennemi juré de Frédégonde, suscita premièrement le peuple contre elle , et vint à Paris pour prendre, disoit-il, la tutelle de son c.\n^n^ cousin ; mais Gontran , qui s'en étoit saisi , lui ferma les portes : de quoi Childebert s'irrita si fort, qu'après avoir cherché divers sujets de le quereller, il lui envoya demander qu'il eût à lui remettre entre les mains Frédégonde, meurtrière des rois. Les ambassadeurs ayant plus fait que ne portoit leur commission , et menacé Gontran avec trop d'insolence, furent chifflés et A™.b4M.de U r,

r Indiens cliifflô.

couverts de boue, comme ils se préparoient à

Fiédé bannie.

1^2 HISTOIRE DK FRANCE.

partir. Gontran, néanmoins, voulant témoigner qu'il supportait le droit du pupil et non pas le crime de la mère , et ne pouvant d'ailleurs souffrir près de sa personneun si dangereux serpent, pria Frédégonde de se retirer en Normandie, où elle choisit la ville de Rouen pour sa demeure. Elle y trouva les affaires changées, et Prétextât remis en sa dignité d'archevêque , honteusement usurpée par Melantius. Mais le jour de Pâques, sur le point qu'il commençoit de célébrer F-lMSM4lBer le divin service, le voilà assassiné par un jeune ri^dURo^T soldat. Le peuple effrayé d'un coup si hardi, jugea incontinent qu'il venoit de Frédégonde , à cause qu'elle en voulait à leur prélat , et n'osa pourtant en faire du bruit : seulement l'archevêque fut emporté chez lui, près de rendre les derniers soupirs. Frédégonde, pour mieux couvrir sa méchanceté, le fut visiter, accompagnée de quantité de seigneurs. Comme elle lui eut dit d'abord qu'elle étoit sensiblement touchée d'un meurtre si hardi , commis en si bon jour , dans un lieu saint et sacré , mais encore plus étonnée de ce qu'on n'avoitpoint arrêté l'assassin , ni pu „ . , savoir de quelle part cela venoit : Et d'où vien-

Belle réplique * 1

ét pretemt. drofoU ^ madame, lui répondit-il, en un état où il n'avoit plus que Dieu à craindre, si ce n'est de vous , qui avez ainsi assassiné deux rois? À cause de cet attentat, les églises, par l'autorité des

CLOTA.IRE II, MQl X. 143

èvëques d'alentour, furent fermées, et le service interdit, jusqu'à ce que le crime fût expié. iwinterdi-, Gontran députa trois évêques pour en informer : le meurtrier, appréhendé, confessa qu'il avoit commis ce méchant acte à l'instigation de Frédégonde et de Mêla n tins. Gontran toutefois ne voulut pas approfondir l'affaire, de crainte de plus grands maux; et même Melantius fut rétabli dans l'archevêché.

Childebert cependant mouroit de dépit de voir vivre Frédégonde dans l'impunité, lui-même étant obsédé par Brunehaut comme par un autre démon ; lorsqu'il se présenta , comme il lui sembloit, une fort belle occasion d'attaquer Gontran et de lui faire la guerre. Il y avoit un certain Gondouaud, fils de Clotaire premier et G 4err*d*G««. d une de ses maîtresses. Son père, soit pour ce ku " ud * qu'il avoit d'autres enfans, soit qu'il ne crût pas celui-ci pour sien, lui fit raser la perruque royale que sa mère lui laissoit croître, afin que toute la France sût qu'il ne le reconnoissoit point pour son fils. Mais Chérebert , qui n'avoit point d'enfans, s'avisa de le garder quelque temps dans sa maison, jusqu'à ce que Sigebert l'ayant appelé en Austrasie, sous promesse de lui donner partage , le rasa une seconde fois et le rélêgua à Cologne. Comme il eut long-temps erré par la France, il s'évada en Italie, auprès deNarsès,

et de là se retira vers l'empereur en Grèce , où il se maria et fut traité en prince, en considération de l'auguste maison dont il se disoit descendu. Mais comme il eut su que par la mort de Sigebert, nouvellement advenue, toute la France étoit en désordre, il s'y en retonrna, et fit plusieurs partisans par l'espérance de grands trésors dont il promit de leur faire part. Théodore, évéque de Marseille, le reçoit; Didier, comte de Toulouse, en fait de même; Mumole, les Wisigbths et les Romains, qui gardoientla frontière d'Espagne , l'assistent dans son entreprise ; les pays de Guyenne, d'Angoumois et Saintonge le reconnoissent ; et Childebert l'appuyant , le salue roi par ses ambassadeurs, et lui donne le nom royal de Clotaire. Gontran ne trouve point de meilleur remède à ces nouveautés que d'apaiser Childebert par la donation qu'il lut fait de toutes ses terres après sa mort. Ainsi Gondouaud, délaissé de Childebert, puis de Didier, est enfin assiégé dans Comines , ville alors bien fortifiée, où il n'eût jamais été vaincu sans la trahison de ses capitaines Mumole et Sagittaire , uondoniodeu à la persuasion desquels étant sorti de la ville

V»hl et tué.

pour se mettre entre les mains de Lendesille , lieutenant de Gontran , il fut tué à coups de pierres: mais ces traîtres qui, layant engagé à une si folle entreprise, croy oient en être' quittes pour

CLOT A IRE il, ROI X. 1^5

le perdre, furent mis à mort par le commandement de Gontran. Les vassaux du roi qui avoient assisté ce Gombaud , ou omis de rendre le service dû en semblable occasion , furent punis, les uns de mort, les autres d'une amende pécuniaire. Gontran le faisoit ainsi moins par vengeance que par zèle de justice, duquel étant poussé il se mit à rechercher les auteurs de la mort de Chilpéric. Durant qu'il faisoit cette perquisition , Frédégonde lui envoya déférer Ébérulfe, chambellan du défunt roi, tant pour se venger de ce seigneur , qui , connoissant sa malice , l'avoit abandonnée , que pour témoi- J^X^n* gner quelque ressentiment de l'assassinat de son ,Ber Èhenlk mari. Le pauvre Ébérulfe, sachant qu'en ces matières-là les accusés sont à demi coupables , tout innocent qu'il étoit, se réfugia sur le tombeau de Saint-Martin , où néanmoins il fut tué en trahison par un certain Claude, agent de Frédégonde, au grand mépris de ce saint asile , jusque-là toujours inviolable.

Environ cette même année, quelques vaisseaux françois ayant été pris et pillés sans aucune raison sur les côtes de Galice , par le commandement du Wisiffoth Recarède , Gontran, of- g™™^».

D 77 trnnd contre le

fensé d'ailleurs du mauvais traitement qu'a voient wt,goth reçu des Goths espagnols sa nièce Ingonde, et porté d'une haine héréditaire aux rois de

Page 1