I . * I ' /"< m. m.' is. J Demla
les méraes privilèges que Constantin avoit donnés à Saint-Pierre de Rome; en un root, il l'affranchit de toute juridiction séculière et ecclésiastique! II établit la foire du Landy, exempte en ce temps-là de toutes sortes d'impôts, et voulut même qu'elle eût quantité de prérogatives et de droits dans la ville de Paris.
Le huitième an de son règne il fut paisible possesseur de -toute la France par la mort de iiorta-Anhert. son frère Aribert, qui ne laissa qu'un fils, encore ne lui survécut-il que fort peu. En ce même temps retournèrent de Perse les ambassadeurs Servate et Paterne, avec des nouvelles de l'alliance de l'empereurHéraclius , et des assurances de l'affection qu'il portoit aux François: car il les avertit, au' ils eussent à se tenir sur leurs gar- , vem^r
w * ° Heracliu» avertit
des, contre la gent circonsise; et qu'il avoit^*^^^ connu par les astres qu'elle devoit ruiner l'em-* 0pire et travailler la chrétienté. La plupart expliquoient cette prophétie des juifs. Mais l'empereur, qui connoissoit déjà bien les Mahoniétans,
l8o HISTOIRE DE FRANCE.
avoit pris d'eux pour otage quatre raille jeunes hommes, dont il se servoit dans ses guerres. Il n'est donc pas vraisemblable que pour cette
Banni. i«j„i& raison Dagobert ait chassé les juifs; mais il est bien plutôt à croire que ce fut pour ne paroître en rien moins chrétien que Sisebute, prince espagnol, qui les avoit bannis de ses terres. Il fit aussi cette même année une célèbre action de justice, déshéritant les enfans de Sadragésile, pour ce qu'ils ne tenoient compte de venger la mort de leur père, tué par quelques uns de ses ennemis secrets. Peu de temps après il secou-
EovoieKcour. rut Sisenand , qui vouloit chasser Sentile , élu à
A Sisenand, en *
^p'*"* la place de Sisebute, roi d'Espagne , mais cruel , vicieux et dissolu. Avec ce secours Sisenand vint à bout de ses desseins; et en revanche il envoya cent livres d'or à Dagobert, qui les employa à couvrir le chœur de Saint-Denis de lames d'argent.
Il arriva cependant que les Bretons , contre la promesse par eux faite de ne reconnoître que le roi de France , ne laissèrent pas d'en créer un, lÉdioiêi. roi appelé Judicaél ou Giguel : de quoi Dagobert
drt 'Bretons ré- ,
vohéi. s'offensa si fort, que saint Eloi, envoyé exprès en Bretagne pour leur remontrer leur faute ,
jY» B d^amena ce nouveau roi demander pardon à Dagobert, qui le lui accorda, et fit avec lui une nouvelle alliance. Les Bretons, jaloux de leur li-
DAGOBERT I, ROI XI. 1 8 f
berté, ont peine d'avouer que leur province ni leurs souverains aient reconnu les rois de France; et toutefois ils remarqueront, s'il leur plaît, 8^™,^*. que celui-ci ayant été invité à dîner par Dagobert, refusa de se mettre à sa table , bien que d'ordinaire les grands seigneurs françois eussent c t honneur : mais quand il le vit assis, il s'en alla dîner chez Ouen le référendaire ( à mon avis chancelier), qu'il connoissoit être de sainte vie et de grand crédit auprès du roi ; ce qui ne peut être expliqué autrement que pour un profond respect et une soumission de vassal à souverain, non pas de roi à roi. Les Gascons aussi se GM««.rcvoi.
tés.
mirent à remuer de leur côté, fortifiés par l'assiette de leur pays et de leurs retraites presque inaccessibles. Il surprirent d'abord Arembert, un de nos capitaines; mais en fin les nôtres les traitèrent mal : ce qui fit que pour s'excuser de la mort d'Àrembert, ils dirent qu'elle étoit avenue par la brutalité d'une multitude de paysans amassés , et députèrent un gentilhomme nommé Arnaud pour obtenir leur grâce de Dagobert.
Le roi lui fit si mauvais visage , qu'appréhendant les effets de sa colère, il prit pour asile l'église de Saint-Denis; et toutefois il obtint grâce à la
' ° «e sauvent dans
fin, l'ayant demandée au nom des saints martyrs, ïgJï * Sd,,t * en faveur desquels le roi ne pouvoir rien refuser.
l8'J HISTOIRE DE FRANCE.
Ceux des Sclavonsqui habitoient entre i'Olère et l'Elbe couroient et pilloient sans cesse les villes frontières du royaume de France, exerçant de continuelles voleries sur les François qui trafiquoient en leur pays; à raison de quoi Dagobert envoya le héraut Sicarius à leur roi w»,roid« Saraon , pour lui demander réparation de ces
ScIsvoth » nous
/«ubgurnr. injures. Mais n'ayant pu l'aborder en habit de héraut , il se déguisa en Sclavon ; et passant un peu les bornes de sa charge le menaça , lui din«HkMed*«> sant, Qu'il étoit vassal et tributaire de Dagobert.
héraut.
A quoi Samon n'ayant répondu autre chose, sinon, Que tout leur pays et leurs armes ètoient bien au service de Dagobert , pourvu qu'il les voulût tenir pour ses amis; le héraut répliqua , Qu'il étoit impossible que les chrétiens fis sent amitié avec des chiens; Et bien donc, reprit Samon? durant que vous autres serviteurs de Christ dressez toutes vos actions contre lui, et contre la justice y nous prendrons la hardiesse de vous mordre; et là dessus il le fit honteusement chas- Fort„»e de ser. CeSamon étoit François de naissance, homme de bon sens, et autrefois marchand, qui, trafiquant en Sclavonie, où il avoit de grandes intelligences, porta ces barbares à se révolter contre les Huns, qui les traitoient en esclaves; tellement que pour reconnoissance des bons offices qu'il leur avoit rendus en cette guerre,
DAGOBliRT I, KOI XI. J 83
comme ils se virent en liberté par sou moyen , Us lui déférèrent l'autorité souveraine. Dagobert l'alla attaquer avec trois corps d'armée , de Lombards ses alliés, d'Allemands ses tributaires, et d'Austrasiens ses sujets. Les deux premiers y firent merveilles ; mais les derniers furent défaits entièrement , après un combat de trois jours et de trois nuits consécutives; ensuite de quoi les cantons de Sclavonie, qui gardoient encore l'alliance des François, se déclarèrent du parti de leurs enuerais.
Les Huns voyant le crédit des François beaiir coup rabaissé en Allemagne, osèrent bien entrer au cœur de la France, où ils furent taillés en H(1UK pièces dans la. Picardie, avec tant de perte deF e r^! nt leurs gens , que toute la campagne en étoit cou> &»t nui*. verte, et nageoit dans le sang ; d'où vûent que l'endroit où se donna cette bataille se nomme, au conte des Picards , encore aujourd'hui Ly }wn sang terre*. Lesaffaires n'alloient passi bien e £ n £?J; n ' en Austrasie ; car les Saxons , qui pour se délir vrer du tribut avoient prorais de yenir à bout des Sclavons, n'eurent pas un succès conforme à leur espérance; de sorte que Dagobert , afin d'animer les Australiens , érigea derechef ces terres en royaume , dont il investit son aîné Si- sig^, gebert , sous lequel les Sclavons ne firent plus d'*.»*™*.' aucun progrès.
L'an quatorzième de son règne , Dagobert se voyant obéi par tous ses sujets, et redouté de ses voisins, se mit à faire quantité d'oeuvres a^SST* P* euses P our racheter ses péchés, ou pour fermer la bouche aux ecclésiastiques, qui le reprenoient avec raison du débordement de sa vie : de sorte qu'en une assemblée qui se fit, il remontra en la présence de plusieurs grands seigneurs et de ses enfans, que son intention dJi«^ fi p7r e i!î étoit de confirmer les biens qu'il avoit donnés fl,k! * us * w aux églises, et qu'il entendoit que des quatre copies de l'ordonnance faite là dessus, toutes signées de la main des évèques et des principaux de son royaume, les trois fussent gardées à Laon , à Paris , à Metfr, et la quatrième mise en son trésor ; puis adressant sa parole à ses en-
.pdTnTî£fe ns ' il l® 8 exhorta de vivre en bonne intelligence, et les pria d'exécuter ses volontés après sa mort de la même sorte qu'ils voudroient que leurs successeurs exécutassent la leur. Après cela il leur fit prêter le serment ordinaire par les seigneurs là présens , priant Éga maire de son palais , d'avoir soin de Clovis , et Adelgise , l'un de ses comtes, d'assister de ses bons conseils le prince Sigebert. Il mourut deux ou trois
goSe?; Da " jours après, l'an 647> et fut enterré à Saint- Denis, ayant eu quatre femmes, et un nombre
sadiuoiatio». j n fj n j j e concubines, dont il menoit ordinaire-
DAGOBERT I, ROI XI. l85
ment des troupes à sa suite, sans celles qu'il f ai soit tenir resserrées en divers endroits. Il ne laissa pourtant que deux enfans, Sigebert , et Clovis, qui, n'étant que cadet, fut néanmoins roi de France ; son aîné n'ayant que le royaume d'Austrasie pour partage , mais plus avantageux et meilleur que celui de son frère.
Quelques moines veulent que l'on croie qu'il fut le premier qui inventa l'oriflamme ou la bannière de saint Denis , et qu'à son imitation ses successeurs l'ont toujours portée dans les combats, aussi bien que sa lance, qui étoit dorée : sur quoi je dirai qu'autrefois les François, qui avoient accoutumé de porter pour sacré gage du secours divin la chape de saint Martin , l'un des patrons des Gaules, étant venus à concevoir une dévotion particulière pour saint Denis, prirent la bannière de son église, nommée oriflamme à cause qu'elle étoit semée oKfi a ».m, .
pourquoi nin»l
ou de flammes ou de fleurs de lis d'or. Ceux qui sans beaucoup de fondement, en attribuent l'origine à Clovis, disent qu'avant qu'il fût chrétien il avoit en sa bannière un bras issant d'une nue , et qui décochoit une foudre à plusieurs carreaux ; ce qui donna dès lors à cet étendard le nom d'oriflamme, qu'il retint encore lorsque ce roi, devenu chrétien, chargea cette foudre d'une croix. Je n'en croirois pas
l86 ' HISTOIBJS DE FRAICCE.
non plus ceux qui rapportent que la bannière du sépulcre , apportée avec les clefs de ce saint lieu à Charlemagne, de la part de l'évêque de Jérusalem, en Tan 800, est cette oriflamme si renommée, qui ne devoit être déployée que con-
s. forme. tre i es infidèles. Sa forme étoit celle d'une bannière ou d'un pennon fendu en deux par la pointe, ainsi que le sont les girouettes , dont le mouvement ondoyant représentoit en quelque
saumure, façon une flamme. Sa matière, au rapport de Guillaume le Breton, en l'histoire de Philippe Auguste, étoit de simple cendale, sa couleur, de flamme d or. Une autre chronique , sous Philippe de Valois, dit qu'elle étoit attachée au bout d'une lance de couleur vermeille, fort vive, en forme de gonfauon à deux queues, ayant à l'entour des houppes de soie verte , par où je connois qu'il y en a eu plusieurs. Quelques uus U confondent avec la bannière royale : mais ils se trompent, vu que vous les verrez toutes deux distinctement nommées en une même bataille.
Nos rois, en des guerres dangereuses, Talloient
r.cnWnieob- quérir avec grande cérémonie dans l'église de
•rryicrti prenant * «-> O
iorifl. m me. Sai n t-Denis , dont ils étoient soldats, puisqu'ils faisoient gloire de combattre sous son enseigne, la faisoient bénir par l'abbé, puis la baillaient «u comte de Vexin, qui pour cela faisoit hommage à l'église de Saint-Denis; et depuis, cette comté
DAGOBERT I, KOI XI. 187
ayant été réunie à la couronne, la confioient à quelque illustre et vaillant chevalier, après l'avoir baisé à la bouche. Ainsi la firent porter Ew.pi.-. ai
r vert.
. le bon roi Robert , comme il se voit par une de ses lettres; Louis-Ie-Gros , contre l'empereur Henri cinquième; Louis-le- Jeune, contre les Sarrasins; Philippe-Auguste à Bouvines, par les mains de Gallos de Montigny; et Philippe de Valois au mont Cassel , par celles de Miles de Noyers; Charles VI la donna à Louis delaTrira ouille contre les Anglois; et ainsi de plusieurs autres. Cette charge étoitsi glorieuse, que Pierre . de Villiers grand-maître de France, se trouva fort honoré de la porter sous Charles V; et Arnoud d'Endeuchan sous le même roi , pour avoir cet honneur, quitta le bâton de maréchal en B*u*rcmar q ae. un temps où il n'y en avoit que deux en France.
l88 HISTOIRE DE FRANCE.
nsir.
Si gel*
ClovU pacifié.
648. Nous allons voir désormais en tête les noms des rois, et lire dans le discours 1 administration des maires du palais. Éga, pourvu de cette charge dans le royaume de Clovis , qu'il gouvernoit avec la reine Nantilde, pacifia doucement les * T £ différents des deux frères , Sigebert et Clovis y ayant partagé les trésors du père au contentement de l'un et de l'autre. Ce fut environ ce Prpi» w Tie«x. même temps qu'advint la mort de Pépin , grand seigneur d'Austrasie. Comme il manioit les principales affaires dans le palais de Sigebert , aussi avoit-il en qualité de maire , sous le règne de Clotaire , gouverné l'état et l'esprit de^on maître, qui, reconnoissant en lui une grande dévotion pour les choses saintes et pour son service r recouroit à ses conseils , au grand profit du royaume , sur l'assurance qu'il avoit en sa prudence et en sa probité. Aussi lui commit-il l'éducation de son jeune fils Dagobert , qui , par sa conduite s'étant acquis la réputation de prince juste et libéral, fut aimé généralement de tous ses sujets : car c'est une vérité bien éprouvée , que les rois sont chéris par leurs ministres ; et celui-ci, par sa douceur, par ses bienfaits et par
ses autres vertus, avoit tellement captivé les esprits libres des François , que Dagobert irrité contre lui pour ce qu'il le répriraoit clans ses <lébauches, ayant pris une mauvaise résolution Étrange de tuer plutôt son médecin que de s'amender, " n'osa l'entreprendre de peur de susciter une révolte qui possible l'eût étouffé lui-même. La femme de ce seigneur, nommée Itte, des plus Itte et Gtr*
truHr rNoramin-
iJlustres maisons d'Aquitaine, et celle de ses filles fjjjj/°" r ,eup qu'on appeloit Gertrude, l'une par sa chaste viduité, l'autre par sa virginité incorruptible, ont acquis une place parmi les saints, et lui-même est estimé tel par tous les auteurs de son siècle , et, si vous m'en croyez, le parfait modèle d'un grand ministre. Son fils Grimoald, avantagé du crédit de son père, avoit pareillement beaucoup Gr«dcr«ya,ic
Grimoald.
de pouvoir dans les deux royaumes, mais particulièrement en celui de Sigebert , où environ Tan septième de son règne il arriva de grands désordres. Raoul, duc de Turinge, son vassal, s'étant élevé contre lui , le jeune prince fit publier son arrière-ban et passa le Rhin avec teutes ses forces. Faron, fils de Croald, qui maintenoit le re- ReMiu» ,ie belle par ses secrètes intelligences, paya le premier la peine due à sa trahison : car, comme il se fut avancé avec ses gens, n'étant pas connu de Raoul , il perdit la vie, et la plupart des siens furent emmenés prisonniers. Tous les seigneurs
françois, irrités de cet échec reçu à la vue d'une si puissante armée, se donnèrent la main l'un à l'autre, jurant qu'aucun d'eux ne pardon neroit à ce rebelle. Ce serment fut inutile pourtant; car Raoul, averti de la venue de Sigebert, rassembla son armée en une montagne près de la rivière d'Onestruclh, et avec sa femme et ses enfans
s'enferma dans un château bâti au-dessus , où il avoitfait des préparatifs pour s'y bien défendre, n'ayant dessein de ne rien remuer, mais d'attendre qu'on l'attaquât témérairement, ainsi qu'il arriva. Quelques seigneurs de Sigebert ne pouvant se donner la patience que l'armée fût logée, allèrent à l'assaut dès l'heure même de leur arrivée. Les plus avisés n'étoient pas de cet avis, ; mais le jeune âge du roi n'ayant pas le pouvoir d'arrêter les étourdis , le duc Bobon, avec ses Auvergnats , qui lors étoient du royaume d'Âustrasic, et quelques autres des plus échauffés, s'approchèrent de la porte du château pour l'emporter. Raoul, bien assuré que plusieurs ducs et capitaines^ustrasiens qui s'entendoient avec lui ne chargeroient pas ses gens, sortit sur les assaillans et en fit un tel carnage que l'on s'apperçut bien dès lors qu'il y avoit de la trahison. Ceux de Mayence ne furent pas fidèles en cette occasion , et la perfidie de ces gens, comme le désastre des autres , toucha si vivement le roi
cr.ovis n, roi xii. 191
Sigebert , qui étoit monté à cheval pour mettre j «««d dépuu ordre à cette déroute, qu'il en pleura à chaudes ***** larmes : aussi perdit-il en cette malheureuse journée le duc Bobon et les plus vaillans hommes d'Austrasieavecplusieurs milliers de bons soldats; de sorte qu'il fut contraint de se retirer sur sa perte. D'où il s'en suivit que Raoul, enorgueilli de ce bon succès, se déclara roi de Turinge; et * dé.
1 1 .1 t • A 1 clar* roi de T»-
qu encore que de parole il témoignât quelque obéissance, si est-ce qu'en effet il n'en rendoit aucune quand il en étoit besoin. Othon, fils d'Ouen* maire du palais deSigebert, qui avoit aussi été son bail, c'est-à-dire bajulus, le portant petit entre ses bras, échapé de ce combat, fut deux ans après tué par Luther (c'est un même nom que Lotaire) duc d'Allemagne , à la suscitation de Grimoald son ennemi, qui ne trouva point de meilleur Sttafdp'ine de
Grimoald.
moyen de s'en dépêcher, que de le mettre en querelle avec cet Allemand, haut à la main et vindicatif. Ainsi Grimoald s'étant servi de la main d'autrui à exécuter sa vengeance , outre la vie de son ennemi , eut aussi sa charge de maire , dans laquelle il périra lui-même à la fin. D'un autre côté Flocate fut créé maire du palais Flora ternaire, de Bourgogne parClovis; et d'autant qu'il avoit querelle contre un patrice du pays , nommé Guillebaud, il l'attira dans des embûches , et le mit à mort avec tous ceux de sa suite , n'ayant
joui qu'onze jours de sa victoire et de la vie. Comme cela se passoit , la reine Nantilde vint Mortdebwta* à mourir, et Clovis prit seul le gouvernail , qu'il
Nantilde. *»
tint véritablement sans être cruel, mais fort mollement et dans une fainéantise odieuse à ses sujets. Durant son règne la France fut affligée Fâmine ex- d'une merveilleuse famine , par qui les chemins étoient jonchés de morts, et les vivans réduits à traîner leurs misérables jours dans une langueur insupportable. Clovis ouvrit ses greniers et ses coffres pour soulager son peuple en cette nécessité commune : mais n'ayant ni assez de blé , ni assez d'argent pour en assister tous les pauocrn. décoa- vres, il fit détacher de l'église de Saint-Denis les lames d'argent dont elle étoit couverte , et les employa beaucoup plus utilement à secourir les chrétiens, qui sont les vrais temples de Dieu; par où certes il se montra charitable de la même chose dont son père s'étoit montré magnifique, mais en cela beaucoup plus pieux que lui. Il ne voulut pas néanmoins que les deniers provenant de cette couverture fussent maniés par ses trésoriers; mais il les fit distribuer par l'abbé. One médaille le représente par ces mots qui rendent raison de son procédé : ecclesije opes , ihopum dapes , les biens de V église sont la nourriture des pauvres; où se voit encore, sous l'exergue, sacra, annona , la distribution sacrée y ainsi nommée à
Saint- Dénia «rcaurir lea vre».
l'exemple de celle des premiers siècles chrétiens, dans lesquels les évêques vendoient hardiment les vases sacrés pour nourrir les pauvres, et prenoient plus de soin de bien entretenir leurs frères que de dorer leurs églises. Sigebert , frère de Clovis, n'ayant point encore d'en fans, fonda grand nombre de riches églises , et adopta Ildebert, fils de son maire Grimoald, ne pensant pas que Tannée d'après il lui dût naître un fils qu'il nomma Dagobert. Mais le roi étant bientôt décédé , le maire fit élire son fils, et relégua le jeune prince en Écosse, dans un monastère. Ercembaut ou Archambaud, qui gouvernoit le palais de Clovis après la mort d'Éga , ne pouvant souffrir cette injustice, arma contre Ildebert , roi par usurpation, lequel il défit, et mit aux og^adeGri. fers Grimoald, qu'il mena à Paris, où il fut™"* 1 P condamné à perdre la tète après une gène trop rigoureuse. C'étoit ainsi que régnoient les maires, tandis que les rois vivoient en hommes privés , n'ayant pour toute marque de leur puissance royale que celle d'entretenir impunément des légions de maîtresses. Clovis, plongé dans les voluptés aussi avant que pas un de ses successeurs, ou par le trop grand usage des débauches , ou par la foiblesse de son naturel , perdit la moitié du sens., et mourut en la fleur de son âge, l'an Mon.de ao- 662 et environ le 16 de son règne. II eut de sa tome 1. i3
194 HISTOIM DE FftAJîCE.
femme Baudour trois eufans mâles i Clotaire, Childéric tet Thierry, qui les tins à près te$ feutrés ont tenu le sceptre. 11 est enseveli à Saint-Dénis.
La douceur de la paix, qui s accorde u*rv«illeusëment bien avec la dévotion^ fut cause que «ous ce règne se fondèrent en France plusieurs abbayes, dont la plus mémorable est aujourd'hui
ym^£Z£1 ice " ie t * e Saint-Maur-dès-Fbstfés, près de Paris >
M.ur^Fo^. D ^tie à la sollicitation de Bligilde y archidiacre cU Audrbert évè- cette ville * où pour lors étoit évêque Audebert*
q ° eaB * Anglois de nation i chassé par son roi d'un autre siège qu'il avoit tenu en Angleterre, mais favorablement reçu en France. Ce bon prélat recueillit chez lui Bérxden , premier abbé de ce lieu > nommé les Fossés à cause qu'autrefois il avoit servi de retranchement contre les empe*
/fej«i M *M,!iom.reùrs romains à ces bagaudes f tant célébrée
mu factieux.
chez les historiens , et iqùi n'étoient , à mon avis, que certains séditieux > ou un parti qui dura long-temps , et dont on ne sait pas &u vrai l'origine.
B A. TILDE OU TJA.UDOUR, REINE DR FRANCE. \g5
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BATILDE OU BAUDOUR»