‹ Histoire de FranceChapitre 23 sur 47 · FEMME DE CLOVIS II · texte numérisé non relu

FEMME DE CLOVIS II

Y eùvil jamais combat entre la Fortune et la Vertu plus disputé que celui-ci? La Fortune Hrre Ba tilde, issue du sang royal de Saxe, à des pirates qui couraient les côtes de cette province, lors étendue jusqu'à la tner, et la fait vendre esclave à Archambaud , maire de Dagobert ; ellemême la contraint de servir son nouveau maître, et de lui verser à boire à la table. Mais, par un heureux revers , la Vertu fait qu' Archambaud recowndît que sa captive valoit beaucoup, quoique ce joyau ne lui eût coûté tjue fort peu : car, voyant qu'elle s'aoquittoit de bonne grâce de ses menus offices , et qu'en son visage éclataient des rayons d'une haute naissance et d'une auguste «najesté, il devint esclave de sa belle échansonne, et se mit à la servir avec des respects qui té moign oient qu'au lieu d'une servante il avoit acheté une maîtresse. Sa passion violente, et toutefois légitime , n'osa se déclarer ouvertement avant la mort de sa première femme. Il lui proposa pour lors le dessein. qu'il avoit de la prendre en mariage ; mais Baudour , dont l'ame royale n'étoit capable d -amour que pour un roi , se tint

cachée, pour éviter ses poursuites, jusqu'à ce qu'il eut épousé une autre femme. Cependant le roi Clovis n'ayant xien trouvé dans son royaume fi ^«^««- digne de ses désirs que Batilde , la prit pour sa compagne légitime, non seulement du lit, mais encore du gouvernement; d'où il s'ensuivit que ce choix fut tout-à-fait heureux et salutaire à la Nf«™iif U .e France : car, bien quelle fût en alarme conti-

«mtluUe de Ba-

uuelle à cause de l'indisposition du roi, on peut dire pourtant que , par la bonne conduite de notre princesse, il ne s'est point vu de règne dans la première race plus tranquille ni moins affligé d'impôts que celui de Clovis II, et la moitié de celui de Clolaire III, son , fils, pendant lesquels elle a tenu le gouvernail : heureux siècle , à vrai dire, et qu'on peut appeler l'âge des saints, tels que vivoient alors Vandrille t Léger, Arnaud, Remacle, Ouen, Philibert, Richer, Babolène, Judoque, Frodbert, Foursy, Gérémare, et quantité d'autres qui suivoient la perfection évangélique. Il n'est pas croyable combien cette dévote reine fit de saintes fondations , parmi lesquelles celle de la riche abbaye de Corbie est la plus considérable. Mais ce que j'estime davantage, c'est qu'elle édifioit l'Église plus par ses exemples que par ses trésors. Sous le règne de son fils Clotaire , son administration pleine de douceur, et agréable à tout

Set qualités.

BATILDE OU BAUDOUR , REINE DE FRANCE. 197

le monde, ayant choqué l'humeur sanguinaire d'Ébroin, elle, qui ne vouloit pas disputer contre lui de peur de troubler l'état, se retira sous la conduite de sainte Bertile dans le monastère de Chelle's, qu'elle avoit rebâti sur les ruines Eii^«ur«A

Cbellc*.

de celui que sainte Clotilde avoit fondé. Qu'est-il

besoin de vous exprimer les joies qu'elle eut de

se voir arrivée au port qu'elle avoit tant souhaité,

ni de vous dire la vie qu'elle mena sous le voile,

puisqu'elle avok si bien vécu sous le manteau

royal? Le ciel en a rendu dos preuves visibles;

car, tant plus l'humilité de cette princesse a

voulu cacher sa sainte vie dans la solitude , tant

plus il a plu à Dieu la manifester par ses grâces

et parles miracles qu'il a faits sur son tombeau y em-

à Cheiles , où elle est ensevelie.

1' ÉÉ11I I I ■ I I 1 i I MM

« 6a . Childéric , second des trois v enfans de Clovis, fut du vivant de son père pourvu du royaume d'Austrasié , qui lui demeura. Thierry , le plus jeûné y n'eut point de partage; et maintenant leur aîné Clotaire, âgé seulement de douze à quatorze ans , est roi de Neustrie et de Bourgogne. Son bas âge gouverné par Archambaud, maire de ses deux royaumes , et la fainéantise t désormais héréditaire à cette première race, sont cause qu'il ne se lit rien de mémorable de son règne, qui ne fut que de quatre ans. On remarque seulement que sa mère Baudotir , issue des ducs de Saxe, s'étant lassée des embariwcr « ras de la cour, se retira parmi les religieuses de

rend religirate. 1

Chelles , et rebâtit ce couvent, lors ruiné ou par les guerres ou par le temps, et autrefois érigé par Clotilde. Ébroin , aussi élevé à la charge de maire par le décès d'Archambaud , conserva la paix durant le règne de son maître, s'étant rendu par ses cruautés si redoutable aux Fran çois et aux étrangers , que pas un d eux n'osoit remuer. C'est ce qu'on peut remarquer dans une Médaille, médaille où le roi, paroissant dans son trône au milieu d'une grande cour , semble attendre ses

CLOTURE III t RO| 199

sujets pour leur donner audience, et les écouter favorablement, parmi le bonheur qui se trouvait jpipt à la tranquillité çfe s,on siècle , quieti ac felicitati temporum. Le chiffre qui est sous l*e*ergue marque le tem.ps de l'action représentée par la médaille. Ce fut, au reste, ce même Ébrojn qui conseilla méchamment à Clotaire de lever des impôts sans néçes^ sité, pour appauvrir le peuple , qui regimbe, disoit-il, quand il se voit à son aise ; par où ce-* pendant il rendit odieux son maître , qui mourut à Gbelles , peu regretté des siens , et fut enterré à Saint-Denis, Tan si* cent soUantersi^.

HISTOIRE ÛE FRANCE.

66 7 . Childéric , appelé par les seigneurs à la succession , réunit le royaume d'Austrasie avec ceux de feu son frère, et cette réunion se trouve Med.ak- représentée dans une médaille, où sont gravées deux moitiés de sceptre , avec deux demifleurs de lis aux côtés , tournées d'avenue , ensemble deux couronnes Tune au - dessus de l'autre , dont la plus grande serrant les deux demi-sceptres par en bas, les remet en un , et rassemble les deux couronnes pour nen faire qu'une seule, ut duo unum composant. Après le décès de Ciotaire, Ébroin employa tout son crédit et ses trésors à lever une puissante armée pour la défense de Thierry. Mais le bon droit de l'aîné, et les secours des François , autant affectionnés à leur prince légitime qu'ils étoient irrités contre Ébroin , à raison de ses tyrannies, l'emportèrent à la fin , malgré toutes ses pratiques; de manière qu'ayant pris Thierry, et avec lui son maire Ébroin , il les fit raser tous deux, et les confina dans des monastères, le premier à Saint-Denis, et le second à Luxeuil , en Bourgogne.

Childéric ayant ainsi triomphé de ses eune-

mis, fut salué roi, et se mit bientôt dans la haine des siens par ses inhumanités , et dans leur mépris par ses dissolutions. A cette licence il ajouta une extrême cruauté envers les seigneurs qui lui avoient mis la couronne sur la téte; car il les traita fort mal et de parole et d'effet, jusquelà même qu'il voulut tuer de sa propre main saint Léger, évêque d'Autun, leqnel il bannit de sa cour. De plus, ayant commandé qu'on attachât à un poteau un gentilhomme nommé Bodille, il le fit honteusement fouetter. Cet ou- audënc r.u

* fouetter un gcn-

trage toucha toute la noblesse , qui conspira dès l'heure contre lui ; d'où il s'ensuivit que Vigobert et Amalbert, offensés peut-être par quelquautre injure, assistèrent Bodille, et se jetèrent tous ensemble sur le roi, qu'ils percèrent à E*t««p.rkL coups d'épée comme il revenoit de la chasse, exercice déjà fatal à trois autres rois. Pour assouvir entièrement leur vengeance , ces enragés entrèrent dans le palais, où ils tuèrent aussi la reine Blitilde, lors enceinte; et il est à croire qu'Ulfoade n'en fût pas échappé non plus , s'il ne se fût sauvé de vitesse en Austrasie. Cette barbarie plus qu'inhumaine fut exécutée l'an 679 , environ le douzième du règne de Childéric , Mort de cui de qui le corps et celui de Ta reine gisent à Saint- Germain-des-Prés, où on les porta de Chelles.

6*>. Les François, qui, dans les deux premières races, se sont toujours conservé le droit d'élire et de déposer les rois , allèrent à Saint-Denis TWrry .„>- chercher Thierry dans le cloître où ils l'avoient

le du cluitra tu "

twk. royj. confiné , et des ténèbres de sa cellule ramenèrent au jour , dont ses foibles yeux pouvoient k peine; souffrir l'éclat, Un double changement de fortune dans une même personne est, k mon avis, mmw. bien désigné dans uqe de nos médailles ; car une Déesse debout , qui renverse et foule au* pieds un vieux Saturne qui semble lui vouloir empêcher le chemin , veut dire qui une bonne Fortunç est victorieuse du mauvais Temps , représenté par ce dieu t et qu'il fou* que, çepat

Page 1