FEMME DE THIERRY I
Les auteurs ne demeurent pas d'accord du nom de cette princesse: les uns l'appellent Clodoilde, les autres Cratilde; quelques uns, Solinde. Son épitaphe la nomme Dode, et moi, Clotilde , nom plus familier à" la première lignée de nos rois. Ce ne seroit pas sans conjecture que je dirois que Thierry, dont elle fut femme, en eut plusieurs autres avec elle, ou en qualité de légitimes épouses, ou en qualité de maîtresses. Pour celle-ci, elle fut jointe avec lui par les nœuds du mariage, et donna à la France deux princes, Clovis troisième et Childebert second , qui régnèrent l'un après, l'autre , et témoignèrent, sous la domination des maires, qu'ils étoient nés pour commander, si la tyrannie n'eût étouffé les étincelles de leur générosité. Quelques auteurs donnent à Thierry deux autres fils : ce Clotaire que Martel fit couronner pour s'en servir contre Rainfroy, et Daniel, autrement dit Chilpéric, qui servoit de couverture à ce même Rainfroy. Mais puisqu'il n'est pas assuré si ces deux furent de lui, il l'est encore bien moins qu'ils furent de Clotilde. Je n'ai rien TOME i. i4
aïO HISTOIRE DE FRANCE.
trouvé dans l'histoire touchant les mœurs et les actions de cette reine , sinon qu'elle traitoit fort respectueusement les serviteurs de Dieu; ce que je reconnois par les grands dons qu'elle fit à saint Ouen, archevêque de Rouen, et par les magnifiques funérailles qui , par son ordre , lui furent faites; car elle employa libéralement le prix de ses plus riches joyaux à honorer celui qu'elle voyoit être honoré de Dieu par une infinité de guérisons miraculeuses. Il est bien certain qu'elle survécut à son mari; mais on ne peut pas marquer au vrai l'histoire de sa vie, ni le temps de son trépas, qui arriva environ l'an six cent quatre-vingt-seize. Elle est enterrée à Sâint-Vaast d'Arras, auprès de Thierry son époux, au moins si c'est elle qui porte le nom de Dode ; et s'il est ainsi , l'apparence me tait croire que ce nom est une épithète qui, en vieux langage françois, signifie gentille et agréable.
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CLOVIS III, ROI XVI. ai I
CLOVIS III, ROI XVI
Thierry laissa trois enfans mâles, Clovis,Chil- ^ debert et Clotaire. Pépin s'étant fait tuteur de sa propre autorité, mit sur le trône l'aîné. Il abusoit ainsi les peuples par ces foibles idoles de la royauté, qu'il possédoit en effet : car c'étoit lui qui recevoit les dépêches , lui qui donnoit audience aux ambassadeurs, et qui se pou voit dire maître absolu du conseil et de la justice. En cette qualité il ordonne , établit, protège , démet et dispose de toutes choses à sa volonté, faisant néanmoins valoir le droit et sonner le plus haut qu'il peut l'autorité, le nom et le service du roi. Clovis cependant se repose, comme on dit, au soleil, et jouit voluptueusement des travaux de son maire , ainsi qu'on le représente sur une médaille, nonchalamment couché, les yeux tournés .devers l'astre qui l'éclairé , se réjouissant d'avoir trouvé
Unxepos assuré sous uu soleil serein, Secura quies sub sole sereno.
U régna dans cette oisiveté trois ans, et mou- . w«t a« ci..
rut sans enfans, l'an 696. C'est la commune opinion , qu'il fut enterré près de Compiègne , dans l'église de Sainjt-JEtienne de Choisy.
697. Nous avons peu de chose à dire touchant la vie de Childebert , à qui Pépin conféra le titre de roi , qu'il n'illustra d'aucun acte remarqua-
ble. Vous voyez que , suivant le bon plaisir du même Pépin , il parvint à ce degré par ordre de Muant, succession. Sur la médaille de ce règne se voit un palmier fatal qui représente la France, toujours victorieuse des adversités : les rameaux d'or sont les rois ; celui qui tombe est Clovis » et l'autre qu'un homme vêtu à la royale vacueillir sur l'arbre, sans aucun effort, est notre Childebert , établi par Pépin dans le trône de son frère :