MELIORI FORTUNE ADVERSUM TEMPUS
Landregésile , élu pour gouverner le palais , s'y comportait sagement, et selon les bops avis de Léger , évêque d'Autun , prélat de grande iir in. m ine probité. Ébroin, qui n'a voit pu apprendre dans
dvfiruquc.
le cou veut la douçeur et la patience qui s y exercent, ayant laissé refroidir le crédit du maire, e* repousser ses cheveux , remuoit <te tous côtés ses vieilles intelligences. Les brouillons, les exilés, et tous ceux qui n'avoient rien à perdre, le
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vinrent trouver et le reconnurent pour maire du palaU. Thierry, outre son naturel pesant et lâche, n'ayant pas accoutumé d'agir dans le cloître, ne se remua pas beaucoup à ces nouvelles , et laissa former le parti de son ennemi* Il grossissait tous les jours, et Ton accouroit de toutes parts sous la conduite d'un homme estimé grand capitaine : mais il n'avoit garde pourtant d'égaler celui de Landregésile , qui gouvernoit le roi et les finances , en homme de bien à la vérité , mais non pas en homme d'état f puisqu'il 6e laissa lourdement surprendre ; car J^ff^*- Ébroin , s approchant tous les jours pour épier du quelque occasion , et consultant par ses lettres les vieux amis qu'il avoit en cour, n'eut d'eux, pour toute réponse, que ces quatre mots : Souviens-toi de Frèdègonde. Lui , qui avoit l'esprit subtil et le raisonnement profond , comprit aussitôt par là qu'il étoit méprisé de son en* nemi et qu'il pourroit bien, comme fit autrefois Frédégonde en pareil cas, le surprendre hors de ses gardes. Il choisit donc les plus hardis de sa cavalerie et les plus adroits de ses gens de pied , avec lesquels il force d'abord quelque foible garde , qui sur le pont de Sainte-Maxence défendoit la rivière d'Oise, qu'il passe à gué, et . fond sur ses ennemis , qui ne l'attendoient pas. Les trésors furent pillés , et le roi même eut
bien de la peine à se sauver ; mais enfin , après plusieurs venues départ et d autre, Ébroin lui ayant protesté qu'il n'étoit-là que pour l'honorer et pour le servir, il se remit entre ses mains, et le fit maire de son palais. Alors Laodregésile, qui vit le bon traitement que le roi recevoit , et qui d'ailleurs se persuada qu'Ébroin auroit rapporté quelque foi du cloître , l'alla trouver sur t j-™^iie sa parole , et paya par sa mort la peine due à son imprudence. Ébroin s'étant ainsi défait de son rival , manioit tout d'un pouvoir absolu , et n'oublioit pas à se venger de ceux qui l'avoient persécuté, et commença par Léger, évêque d'Autun, auquel il fit souffrir de cruels tourmens,
wo^'^tcrct arracner J es veux > couper la langue, et enfin ^.edAutu». trancher la tête; ce qu'il entreprit d'exécuter inhumainement) pour ce que la juste administration de ce saint personnage, qui avoit manié l'état sous Clotaire et sous Childéric, ne condamnoit pas moins ses tyrannies, que faisoit son libre discours, qui, frappant sans cesse les oreilles de Thierry pour le bien public , lui eût à la fin pu ouvrir les yeux pour lui faire voir l'esclavage où ce barbare l'avoit réduit, et son royaume avec lui : de sorte qu'on put nommer à bon droit ce saint prélat le véritable martyr de la liberté publique. Ébroin cependant couvroit toutes ses tyrannies sous la recherche de la mort du roi
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Chilpéric. La plus légère vengeance qu'il prit étoit le bannissement, très agréable à plusieurs, pour ce qu'ils s'estimoient heureux de n'être plus témoins de ses cruautés. L'Austrasie étoit toute pleine de ces gens-là , pour le bon accueil que leur faisoient Martin et Pépin- le-Gros, tous deux cousins germains, issus de deux frères. L'un et l'autre gouvernoient alors tout ce royaumelà, par l'élection des états, et ne reconnoissoient que légèrement le roi; ce qui fut cause que, par la suggestion d'Ébroin, le roi les ayant mandés pour lui venir rendre compte de leurs actions, ils ne voulurent pas obéir qu'auparavant ils n'eussent pris les armes pour se défendre de son injustice : ce qu'Ébroin ne sut pas plutôt, qu'il leur alla donner bataille en Laonois, où. ^ ro,n dé ? at ils furent mis en route. Pépin se sauva de cette Pr f toelM ' rtin affaire par le plus long chemin , et le plus loin qu'il put; mais Martin, moins avisé, s étant retiré dans le prochain château, s'engagea d'aller trouver Ébroin , sans autre assurance que son serment. Alors ce perfide, ayant posé les mains M ^£ în p 7 r m £ sur des châsses vides de reliques, prit les saints, f "°* qu'il en croyoit éloignés , à témoins de sa parole , qu'il viola méchamment, et commanda qu'on lëgorgeât dès qu'il se fut livré entre ses mains. 11 est bien aisé de tromper les hommes par de faux sermens ; mais les puissances célestes, ja-
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lotfees qu'on les prenne à garant de ces trahisons, vengent la querelle de celui qu'on a trompé, tomme il arriva depuis à ce méchant Ébroin :
car un gentilhomme nommé Ermenfroy , menacé de perdre ses biens et sa vie par sa vk> tence, amassa de nuit une troupe de soldats, et, Ébm^n pou forçant le palais d'Ebroin , le poignarda dans sa chambre , puis s'enfuit en Arastrasie vers le gouverneur Pépin. Varanton , élevé en sa place â la mairie de France, se reposant tin peu trop des affaires sur son fils •Gilimer , fut débusqué ni. détalé. de sa charge par ce fils dénaturé; mais le père de tous les humains ne le laissa pas long-temps régner <!ans son impiété : il mourut, et le bon vietllard fut remis en sa dignité, qui ktt fut pour là dernière fois ôtée par la mort.
Berderadre. ^ Varanton succéda Bertier, gendre tde sa femme, petit homme, et grand brouillon, cause d'une cruelle guerre qui survint <entre les Australiens et les François pour le sujet que voici. Est eau»* de la Pépin, seul gouverneur d'Àustrasie, avoit traité la paix avec Varanton ; il h voulut de nouveau confirmer avec son gendre , auquel H envoya des ambassadeurs pour le prier d'obtenir du roi te retour des seigneurs de France , exilés des pays de Childéric et de Thierry. Bertier boucha les oreilles du roi pour l'empêcher d'entendre cette requête, lui remontrant que c'étott
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chôse indigne de son autorité de parler dè pâi* avw son Sujet, ni de révoquer te qui avoit été fait par ses prédécesseurs ; ce qu'il né disoit pafc assurément pour aucune affection qu'il eût au service du roi, mâifc de ttlainte qu'il ne lui fallût rendre gorge <tt sè dessaisir des grands bien* qu'il avoit usurpés sur les bannis. Ainsi les députés, ne remportant de la <<bur que des menaces, animèrent les exilés à rentrer par force dans leurs faisons, résolus de mourir sur les tombeaux de leurs pères plutôt que de vivre dans une terre étrangère. Pépin , qui les conduisit, attafqtfâ Thierry et sbn maire si vigoureusement, qu'il lés contraignit dè ie mettre en feiitè;&vec apparence qu'il eût pu prendre le
fait.
roi> si le caractère sacré ne l'eut 'empêché de lé poursuivre. Après cette journée , si àgréaWe à toute la France , Bertier tomba dans un tel mépris , que les siens mêmes le tuèrent par une a^ier t»ép«r
les ftieiM*
conspiration faite contre lui , où sa belle-mère se trouva mêlée. Quant à Pépin , il s'en retourna en Austrasie , et laissa Norbert , son substitut , dans la mairie de France.
Sa mort fut le commencement de l'autorité de Pépin , qui jeta dès-lors les fondemens d'une race née à régner. Il est , par le consentement universel delà noblesse de France, élu maire du palais. Sa haute naissance , ou , si vous voulez ,
Nobkuedepe.réminente noblesse de sa maison , qui se vantoit
In.
d'être descendue du fils aîné d'Anchise, père d'Énée^ les mérites de ses prédécesseurs , et sa propre vertu, le mirent en telle réputation, qu'il commença de partager le royaume comme sien à ses enfans. Il donna la souveraineté de
i. D 3^' ,on Champagne à son fils Drogon ; et de la façon qu'il harassa les Saxons et les Suèves, estimés indomptables, il les contraignit d'en venir aux soumissions, et lui demander la paix , qui dura long- temps.
Thierry ayant ainsi prêté son nom l'espace de quatorze ans ou environ , et servi de bouclier à divers maires qui l'opposoient à la haine des
Mon <u Thier. peuples et à l'envie des seigneurs, mourut de
maladie au pays d'Artois, et fut enterré à Saint- Vaast d'Arras , l'an 693 ou 689.