‹ Histoire de FranceChapitre 27 sur 47 · DÀGOBERT II, ROI XVIII · texte numérisé non relu

DÀGOBERT II, ROI XVIII

7 u. Pépin s'âgfandissoit chaque jour, et l'autorité des rois d.mitttioit cependant. La postérité du grand Clovis, abâtardie , se plaisoit à vivre dans une langueur oisive; et comme les premiers mesuraient leur bonheur à la gloire et à l'étendue de leur empire, cetixci , au contraire, l'établissoient dans l'exemption des soucis, et dans la douceur léthargique des voluptés. On ne les voyoit plus en public, et encore moins à Jatéte des armées. On ne les eût pas seulement trouvés FainéandMtu à la chasse , mais plutôt dans un sérail scandaleux, où ils ne s'entretenoient que de mollesse et d'amour avec des femmes lascives. Si quelqu'un avoit affaire à eux il n'étoit pas admis en leur présence , mais renvoyé tout aussitôt au maire ou au grand-maître de leur hôtel : en cela semblables à ces rois barbares', qu'on ne voit jamais qu'à travers un voile, et auxquels on ne parle que par des sarbacanes. Cependant, afin que le peuple ne s'ennuyât de leur lâcheté, et qu'il connût à qui il rendoit obéissance , leurs maires les faisoient paroître le premier

no» roi§ le pre-

•nierjoard* »«i. jour de mai en un équipage bien agréable : ils étoient vêtus à la royale, dans un charriot semé

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de fleurs, où se faisoit un harmonieux concert de voix et d'instrumens de musique. JVfais a$n que cette pourmenade ne les ébranlât et ne leur fût incommode, leur charriot n'étoit traîné que par des bœufs bien domptés. En cet état ils recevoient les acclamations du peuple et les présens qui leur étoient faits; puis se renfermoient sur le déclin du soleil. Ainsi, tant plus qu'ils rejetaient loin d'eux l'administration] des affaires, tant plus les maires agrandissoient leurs prétentions et leurs forces : aussi s'accrurept-elles si bien, et par le temps et par leur adresse, qu'il eut été difficile aux princes , quand même ils l'eussent voulu, de terrasser cette autorité, si profondes en étoient les racines. Mais les rois depuis Dagobert, s'étant mis sous la tutelle des maires, se courbèrent, par manière de çlire, pour leur servir de marche-pied à mpntçr à la royauté. Ils s'étoient eux-mêmes dépouillés de l'autorité en faveur de leurs maires , qui étoient en effet monarques : il ne s'en falloit plus que le consentement des peuples; et certes les peuples ont fait les princes ; et les politiques qui aspirent à cette principauté n'onjt point trouvé de plus doux appât pour attirer les peuples, que la religion ou la piété : aussi , comme elle est le fondement des vertus , on voit que celui qui la chérit les possède toutes. Notre Pe-

Ul6 HISTOIRE DE FRANCE.

pin ayant désormais tracé le plan de la monarchie pour ses descendans, caresse les ecclésiastiques, augmente leurs privilèges, et pour faire éclater davantage son zèle, entreprend la guerre Pépia bit i* contre les Frisons , sans autre motif que celui e ae r« «u ^ j a re ijgi on? q U »il leur vouloit faire embrasser.

Mais les esprits se gagnent par les enseignemens et non par la force. Ratbode, duc de ce pays-là, bien que vaincu en diverses rencontres, ne voulut point recevoir la foi , et fut contraint de permettre à Clément , homme de bonne vie , de la prêcher avec liberté dans ses terres. Le peuple se convertit par ses prédications : mais les grands, et le duc même, demeurèrent dans leur ridicule croyance; abusés, ainsi que je l'ai lu , par un fameux enchanteur qui leur promettoit une félicité perdurable, dont il leur faisoitvoir l'échantillon dans un palais merveilleux , plein de toutes sortes de richesses et de plaisirs. Un chrétien ayant appris en quel endroit étoit cette illusion, y accompagna le duc , et défit par le signe de la croix tous ces enchantemens et ces charmes.

avsF^fr do * Néanmoins Ratbode persista dans l'idolâtrie, diîÀtfe!"" 0 " sant : «'Qu'il aimoit mieux tenir compagnie en l'autre monde à ses prédécesseurs et à tant de grands princes, que d'être de la bande des pêcheurs »; il entendoit les apôtres. Sa fille Théodosine, plus prudente que lui se fit chrétienne,

DAGOBFRT II, ROI XVIII. HJ'J

et fut mariée à Grimoald, le plus jeune des enfans de Pépin , dont l'aîné, Drogon, étant décédé, son fils , appelé Thibaud ou Theudovaud , succéda à son gouvernement, et de plus, par la mort de Nordebert , intime ami de Pépin, fut élevé à la charge de maire de France.

Tout succédoit ainsi au gré de Pépin : car, ' étant puissant par ses amis, par ses intelligences et par ses enfans, il gouvernoit absolument; trop heureux s'il eût su se gouverner lui-même , et ne s'abandonner pas aux vices, qu'il connoissoit avoir ruiné les rois. Il devint esclave de ses concubines, et quitta safemmePlectrude pour épouser Alpheide, plus belle à son gré; crime que d .^ l< * perda la France doit pourtant honorer , puisqu'il en naquit cet invincible Charles , tige de la seconde race denos rois. Lambert, évêque d'Utrecht, qu'il avoit rappelé de l'exil où Ebroin l'avoit envoyé , croyant que la plus noble revanche de ce bienfait étoit de le détourner du vice , et de prendre soin de son honneur et de sa conscience , lui remontra doucement sa faute, puis le menaça ,Sà!Cu^t rudement de la part de Dieu. Dudon , frère d' Alpheide, craignant, si sa sœur étoit rejetée, de perdre tout ce qu'il avoit de crédit à la cour, assassina ce bon prélat, qu'on peut appeler martyr «« t-jf ,p' r d ,^ d'une vérité chrétienne. Mais le meurtrier fut àP heUk l'instant frappé de la main de Dieu ; car son corps,

2l8 UISTOIR* DE FRANCE.

p„ni,u.« du rempli d'ulcères tous grouillans de poux , rendit une puanteur si grande et si insupportable à lui-même , qu'il se jeta tout enragé dans la rivière de Meuse. La punition s'étendit aussi sur Pépin : Ratbode , duc de Frise, offensé de ce que Grimoald son gendre , à l'exemple de son père , méprUoit sa femme , le fit guetter par un nommé d G ^w.fiuRangaire, qui le tua dans la chapelle où l'on £înt-L C mS ,k réclamoit saint Lambert , illustre déjà par plusieurs miracles. Au récit de ces triste» nouvelles» Pépin s'affligea si fort, que la fièvre, qui le tenoit déjà, s'étant redoublée, il mourut le vingtseptième an de sa mairie , et de notre salut 716 ou environ, car le calcul des années de cette première race n'est pas bien marqué chez les auteurs.

Il avoit , un peu avant que rendre l'esprit , nommé pour lui succéder à la charge de maire Charles, son fils naturel , et s etoit même donné le soin de le recommander aux principaux de sa cour au préjudice de ses autres enfans. Mais j^r»^r»*Plectrude, sa première femme, ne l'en voulut pas croire, et fit élire pour le palais son arrière-fils <*«i««»«Thibaud, qui relégua en prison à Cologne Charles et sa mère Alpheide. Voici cependant de nouveaux troubles qui s'élèvent tout à coup.

Les François s'ennuient du commandement d'une femme, possible trop cruelle, ou du moins

DAGOBERT II, ROI XVIII. il 9

avare, et peu favorable à la noblesse. Ils ourdissent donc une révolte , dont ils font chef un nommé Rainfroy. La France souffre durant ces divisions tous les malheurs d'une guerre civile, sans que Dagobert, aux dépens de qui s'émouvoient ces troubles, eut moyen d'y remédier.

Une médaille le représente tout pensif, à demi Médmai9 couché , et tel qu'un malade qui voit brûler sa maison et ne peut se remuer de son lit pour y donner ordre. Les causes de ses déplaisirs sont expliqués par ces mots : mecum voluto kvewtus belli vÀRios , je rêve aux divers èvènemens de ces guerres. Mais il n'en vit pas la fin , étant dé- Mo* a, d.. cédé l'an sept cent dix-huit, cinq ans après avoir ***"' 7 * été élu, et fut inhumé à Choisy.

FEMME DE DA.GOBERT n.

La fin de cette première race étant si vaste et si déserte comme elle est, parla nonchalance des historiens, qui l'ont possible fait à dessein pour éteindre la honteuse mémoire de nos princes fainéans, vous ne devez pas m'accuser de stérilité si j'ai recueilli si peu de chose touchant cette reine. Elle étoit issue de la maison de Saxe, qui est encore aujourd'hui la plus illustre de toutes les maisons d'Allemagne. Son mari Dagobert l'ayant épousée par l'ordre de ses maires, sans lesquels il n'eût osé rien entreprendre, en eut trois ou quatre en fan s, à ce que rapportent quelques uns. Mais je n'en trouve que deux, qui sont Thierry, depuis vingtième roi de France , et une fille nommée Irmine : car Daniel ou Chilpéric étoit, à mon avis, son frère bâtard plutôt que son fils; et Chilpéric l'insensé, par qui finit cette race , étoit son petit-fils ; quoiqu'il y ait des auteurs qui l'ont écrit autrement. Je reviens à notre Clotilde , de qui la vie m'est tout à fait inconnue; toutefois , si l'on peut juger des mères par l'instruction des filles, qui leur ressemblent aussi bien par les conditions de

Famé que par les traits du visage , il y a quelque apparence que cette reine fut parfaitement sage et vertueuse , puisque sa fille Irmine a, par ses vertus exemplaires, acquis une place dans le catalogué des saints.

Après le décès de Dagobert, Thibaut, ou

Rainfroy, ou quelque autre de ceux qui aspiraient à ]a souveraineté, ayant renfermé Chilpéric et Thierry, ses deux fils , exposés à diverses injures pour la foiblesse de leur âge, continuèrent leurs sanglantes menées. Mais enfin dans un combat qui se donna près de la forêt de Cuse, co«ut «fcqui est une branche des Ardennes, Plectrude,

Plcctriide contre *■ 9 7

R.irfroy. ^ s > eto i t sa j s i e ( j u gouvernement avec son petit-fils Thibaut , et Rainfroy, qui le leur disputait, demeura vainqueur, et ne fut pourtant pas assez fort pour vider entièrement cette querelle; bien qu'ayant renforcé son armée de nouvelles recrues, il se fût hasardé de passer la Meuse, et eût gâté tout le pays sans rencontrer aucun à la campagne qui lui osât faire téte.

Charles, cependant, ayant trompé ses gardes par la subtilité d'un nommé Aune, étoit échappé charu.iortd.de prison , au grand étonnement de ses ennemis, mais avec une joie incroyable des anciens serviteurs de son père, lesquels, pour rendre les commencemens de sa fortune plus augustes, publioient» partout qu'il avoit été délivré pgr les mains d'un ange , et que Dieu prenoit visi-

CHILPJÊRIC II, ROI XIX. Sa3

blement sa cause en main ; chose assez aisée à persuader en un temps où les artifices un peu déliés passoient pour miracles aux yeux du peu* pie , toujours crédule à de semblables aventures. Cette supposition ayant merveilleusement accru les forces de Charles > il déploie ses enseignes , et puissamment assisté de ses amis, il arrive pour ôter aux autres la proie dont ils disputaient* Rainfroy venoit de faire élire roi parles siens un nommé Chilpéric: je ne vous en disque le nom , car la naissance , l'âge , les mœurs, et les actions m'en sont inconnues. Les uns le font prince du sang, les autres le nient, bien que sans raison , et tous ensemble demeurent d'accord qu'il fut tiré du cloître, oùii a voit été nourri, et possible tondu ; quelques uns même assurent qu'il étoit prêtre : ce qui ne doit pas sembler étrange , puisque la couronne sacerdotale ne fait qu'augmenter le lustre de la royale, et que non seulement chez les anciens juifs ou gentils, mais encore chez les chrétiens , naos avons bon nombre d'exemples de ceux qui de la prêtrise ont été appelés à la royauté. Au reste , vous prendrez garde ici que, depuis quelque temps , le royaume n'a point été divisé entre les en&ns de France, comme «1 étoit sous les premiers rois; ce qui procéda de l'autorité des maires, qui, ne pouvant souffrir de compagnons

dans leurs charges, ne permettoient pas que plusieurs fussent couronnés à la fois, de peur qu'il n'y eût aussi plusieurs maires, et que par ainsi leur puissance n'en fût diminuée ; chacun d'eux, comme il eût été raisonnable , tâchant de conserver l'autorité de leur maître , ou plutôt la leur propre : de sorte que vous ne voyez plus maintenant deux rois, sinon lorsqu'il y a deux ligues opposées. Ainsi Charles , pour avoir aussi bien que ses ennemis un roi de son parti, coupât oouii* ronne Clotaire , frère des rois Clovis et Childe-

TOl.

bert; cela fait, il attire premièrement de son côté les restes de l'armée de Plectrude , défaite par Rainfroy , puis marche tète baissée contre son ennemi. Le combat fut sanglant, mais fort cb«ie^.î.ea désavantageux à Charles , qui, pour ne démentir pas les auspices de ce nom, qui signifie en tudesque magnanime , ne perdit pas courage , mais rallia ses gens , et fit retraite en bon ordre , en attendant l'occasion de se remettre. Sur ces entrefaites , Ratbode , duc de Frise , ayant fait ligue offensive et défensive avec Rainfroy, se vient joindre à lui , et tous deux ensemble ravagent l'Austrasie , et courent le pays jusqu'à Cologne , d'où Plectrude , qui par nécessité s'étoit rangée dans le parti de Charles , les repousse à force d'argent et de présens de grand prix. Cet heureux progrès les enorgueillit si fort, qu'ils

CHILPÉRIC II, ROI XIX. 2îl5

we crurent plus avoir d'ennemi, parce qu'ils n'en voyoient plus. Mais Charles, les assaillant tout à coup auprès d'un lieu nommé Amblave, taille en pièces leur arrière-garde, et pille tout leur riche bagage. Alors ses soldats , animés par le butin et par la victoire, le pressèrent tant de donner bataille, qu'il les suivit jusqu'auprès de Cambray, où les ayant à la fin rencontrés, il les défit entièrement. De là il revint à Cologne, <*•*• b«t

° ' Ratbode et R«ln-

et malgré Plectrude, qui lui ferma les portes, ^ sa faction fut si puissante , que les bourgeois les lui ouvrirent; et toutefois il usa de cet avantage avec tant de modération , qu'il ne punit que par des paroles cette femme factieuse, s'étant saisi des trésors de son père comme d'une chose qui lui étoit bien due.

Rainfroy et son Chilpéric, échappés de la bataille de Troyes , tentent le hasard par un autre côté. Les Aquitains, depuis la fainéantise de nos ^^J^ rois et la discorde de leurs maires, avoienttou-ÎJ^,; e . Jue jours créé des ducs, à l'exemple des Austrasiens, y ayant même en quelque façon été réduits par la nécessité, pour avoir un chef qui exerçât la justice et maintînt les lois, presque éteintes par la licence du temps, et qui les conduisît contre les Espagnols wisigoths , lesquels essayoient pendant ces divisions de reconquérir les terres que nous leur avions otées au-deçà des tome i. i5

monts. Alors ils avoient un duc factieux et remuant au possible : il s'appeloit Odon ou Eudon, auquel Rainfroy , pour le tirer de son côté, remontra premièrement l'ambition de Charles , qui, ne s'étant pas assouvi du gouvernement de l'Austrasie, s'étoit encore jeté sur la Neustrie, pour usurper lui seul la monarchie françoise ; que c'étoit maintenant à lui d'aviser s'il se devoit soumettre à un bâtard, ou se défendre de ses

injustes prétentions; et partant s'il avoit envie de se maintenir, qu'il devoit au plus tôt s'unir avec les Neustriens, durant que ses forces d'Aquitaine étoient encore entières, et celles de Charles affaiblies par tant de sanglantes batailles. L'Aquitain , gagné par ces belles raisons , comme les principaux seigneurs l'étoient par de riches présens , s'avança avec les Neustriens jusqu'en Champagne, où Charles, ne redoutant pas ces prodigieuses armées, et se fiant plus à son bonheur et au courage de ses gens qu'à la multitude, les vint trouver, les combattit , les rompit, et les mit en fuite , leur tenant toujours l'épée KudooTiinco. dans les reins jusqu'à Paris. Eudon , vaincu et talonné de la sorte, ne voulut pas toutefois s'en retourner chez lui sans remporter les (rais de son voyage : il emmena le roi Chilpéric , et prit ses trésors ; ce qu'il fit avec tant de vitesse, qu'on ne put l'attraper. Charles envoya demander l'un

et l'autre par un héraut ; même il y fut en personne, et le poursuivit si vivement, que pour avoir la paix il lui rendit Chilpéric et la moitié Moucha-

1 * peric, l'an 7*5.

du trésor. Cbilpéric mourut un peu après, Tan 7^5 , et le cinquième de son règne. Or, pour ce qu'il avoit été tiré du monastère au Louvre, c'étoit comme si d'une lumière on l'eût conduit à l'autre, e luce in lucem eductds, c'est à dire de la sainteté de la religion à la grandeur du royaume. C'est ce que dénote une médaille où mawuc. Ton voit ce monarque , assis en majesté , tenant un sceptre d'une main, et posant l'autre sur un livre ouvert, dans lequel il pouvoir avoir appris les vertus chrétiennes , si peu connues et si nécessaires à la cour. Aux côtés paroissent deux soleils en un même ciel, qui signifient que si par ses vertus il avoit été resplendissant dans le cloître, il y avoit apparence qu'il le seroit encore plus sur le trône. 11 est enterré à Noyon; ce qu'on ne peut discerner pourtant par aucune marque, si hien qu'il nous est même inconnu par son tombeau. Mais il n'est pas étrange si on tenoit si peu de compte de ces rois après leur mort, vu que durant leur vie la tyrannie de leurs maires ne leur assignoit qu'une terre de médiocre revenu pour l'entretien de leur maison , laquelle à ce compte-là ne pouvoitpas être splendide, ni fournie d'officiers qui en un besoin

eussent pu assister leur maître. Un peu ayant lui étoit décédé Clotaire , que Charles avoit orné des habits royaux, et qu'on croit avoir été fils de Thierry premier, et frère de Clovis troisième, et de Childebert second. Il n'eut aucun enfant, et fut enseveli à

Charles n'osant encore prendre le nom de roi, 7 ,&

dont il possédoit' le pouvoir, donna les habits

royaux à Thierry, de Chelles, qui jusqu'alors Pourquoi Thierry r*t lurnommé

avoit été renfermé dans ce couvent et nourri mol- «focheiie». lement parmi des femmes. Rainfroy ne sa voit plus de quelle sorte lui résister , et , pressé de toutes parts , fuyoit tantôt de Paris à Orléans, et tantôt d'Orléans à Angers; mais enfin il se rendit à sa discrétion, qu'il trouva fort douce. Charles, qui faisoit gloire de traiter généreusement ses en- clémence *

° & Charles

nemis quand ils n'étoient plus en état de lui nuire, lui accorda volontiers le pardon , et de surplus la province d'Anjou pour son entretenement ; et afin qu'on ne lui pût reprocher de l'avoir injustement dépouillé, il fit déclarer par les états qu'il n'avoit jamais été valablement R.i«ir« y <M-

J mU de U maille

pourvu de la dignité de maire.

Plectrude, qui ne pou voit porter la charge du commandement ni goûter la douceur d'une vie privée, ne manquoit pas de prétextes pour brouiller l'état, qu'elle n'étoit pas capable de Plectrude

* . broaille l'eut.

gouverner. Mais les François aimant encore mieux les heureuses armes d'un bâtard que l'impuissante autorité d'une femme, ne vouloient

23o HISTOIRE DE FRANCE.

point écouter ses plaintes ni lui donner aucun secours : elle fut donc contrainte d'abandonner le royaume, bannie plutôt par son esprit inquiet que par Charles. Les peuples voisins du Danube, nourris dans la guerre comme dans leurs plus grands délices, lui semblèrent propres à poursuivre son dessein. Elle se réfugie chez eux , et pratiquant les principaux, leur remontre le mauvais traitement qu'on lui faisoit; quêtant légitime épouse de Pépin , elle se voyoit bannie par un bâtard, et que ce grand prince, dont la mémoire étoit encore récente dans la bouche des peuples , ayant par tant de belles actions obligé l'Europe , n'a voit laissé que ce crime , qui étoit fatal à toute sa race. Elle menoit avec -jw. elle son arrière-fille Sonechilde , fort belle princesse , en faveur de laquelle les charmes de son visage persuadoient éloquemroent les peuples y qui ne sont jamais si touchés de compassion qu'à la vue d'un prince déshérité ou d'une beauté malheureuse ; de plus, ilsétoient conviés à lui prêter secours par leur intérêt propre. Le bonheur de Charles leur N étant déjà suspect , ils craignoient, avec quelque raison , qu'il n'entreprît sur leur liberté, et que s'il continuoit de s'agrandir, il ne voulût les rendre ses sujets u.Aiie»«n«ude simples alliés qu'ils étoient. Ces mouvemens se rendant plus violens de jour en jour, alloient

THIERRY II, ROI XX. a3l

être dangereux, si la diligence de notre maire ne les eût étouffés presque dans leur naissance; car il suivoit toujours Plectrude de l'œil , connoissantbien le naturel remuant de cette femme. Ainsi , dès qu'il sut qu'elle étoit réfugiée parmi ces peuples , il y accourut , et leur ayant fait voir qu'ils ne dévoient pas , pour l'amour de cet esprit brouillon, entreprendre une guerre témérairement contre leur allié, il leur persuada par ses raisons , et par la montre de ses armes , de Umrt

■ . 1* 1 • 1 1 « trode r t ta nièc«

lui livrer entre les mains les deux causes de ce * ch.^ désordre.

Eudon, qui faisoit son compte que cette eu*», guerre seroit de longue durée, avoit bâti dans d< " dn *son imagination de vastes projets sur la monarchie universelle de France. Il espéroit que ces peuples barbares déferoient entièrement Charles, ou pour le moins que s'il n'y demeuroit , il s'en reviendroit si rompu , qu'il seroit bien aisé à vaincre , et qu'après cela il ne se trouveroit personne qui lui voulût contester le maniement de tout l'état; car déjà l'Aquitaine, où fl commandoit en souverain , n'étoit pas la plus petite province des Gaules , ni la moins abondante en gens de guerre et en bonnes villes. La France étoit alors si malheureuse , que les maires ayant envahi le gouvernement disposoient de tout à leur fantaisie. D'ailleurs, chaque peuple diffé-

terre»

1 3a HISTOIRE DE FRANCE.

rent dans ce grand corps faisoit des ducs ou des gouverneurs, ne pouvant vivre sans, avoir quelque espèce de monarque. Tai dit cela pour expliquer de quelle sorte Eudon et les siens étoient parvenus à la duché d'Aquitaine, pour lors étendue, ou peu s'en falloit, jusqu'aux îtSlrieT, bords de la rivière de Loire. Il travailla le pays quiieut. j e Charles de plusieurs ravages qu'il y fit, et donna bien avant dans la France : mais notre maire de retour l'en chassa honteusement , et

le renfonça dans les dernières contrées de son duché , où il se résolut de l'aller punir pour une bonne fois, et de le mettre en état de ne lui être plus à charge.

Mais avant de se résoudre à cette guerre, que l'on pouvoit rendre odieuse sous le nom de guerre civile, et où il ne pouvoit être que dangereux de s'altaquer à un capitaine puissant et rusé , Charles jugea nécessaire de s'assurer de la bonne volonté des François, et de les porter à ce dessein de leur mouvement propre ; à quoi Finduisoient deux principales considérations , qui étoient le désir de se faire aimer , et de repousser les traits de l'envie, que les divers événemens de ce voyage pourroient attirer apparemment sur sa personne. Il assembla pour îfcntfeséuu. cet effet les états-généraux, qui s'appeloîent parlement , composés non pas de gens de robe ,

tuais d'hommes d'épée, et de seigneurs qualifiés, o™?*™ qui, pour avoir été nourris aux affaires de la guerre, en parloient plutôt par l'expérience qu'ils en avoient que par les mémoires du cabinet.

Telles assemblées ont été long-temps continuées par nos rois, après avoir commencé par Charles. Ce prince, non moins sage politique que hardi **vh»ol guerrier, et à mon avis, pour ces deux qualités, le plus grand homme d'état que la France eût produit jusqu'alors, jugeoit bien qu'en communiquant de cette sorte l'autorité des seigneurs, il se l'assuroit pour lui-même; pour ce qu'euxj s'imaginant d'avoir part au gouvernement, bien qu'en effet ce fut lui qui tenoit les clefs de tous ses ressorts, ne pou voient apparemment envier un homme auquel il se croyoient égaux ; joint qu'il les faisoit là venir en corps comme des otages de tout le royaume. D'ailleurs ils n'avoient garde de rien remuer, de peur d'être privés du rang qu'ils y dévoient tenir; et quand même ils l'eussent voulu faire, le peuple, qui se réjouissoit de voir éclater sa liberté dans ces parlemens, les eût persécutés au lieu de les secourir. Dans cette assemblée dont je parle , les seigneurs tous d'une voix, voulant gratifier Charles, lui donnèrent le titre de duc des François, qui appro- v Ji^ t tt a u !5 choit d'un degré plus près delà royauté que£*. celui de maire , et résolurent de faire la guerre

a 34 HISTOIRE DE FRANCE.

à Eudon , duc d'Aquitaine. Mais lui , ne se sentant pas assez fort pour faire tête tout seul , eut fJr^Zu'^ recours aux Sarrasins , se rendant en cela rebelle i« 0 WMi!r l,e à la majesté divine, aussi bien qu'à celle de l'état ; à l'ordinaire des méchans, qui pensent ne pouvoir pas renverser le trône des rois qu'en choquant celui de Dieu.

Je reprendrai un peu plu» haut en peu de ™£ÏT ** mots l'origine de cette nation. Mahomet ayant, par ses impostures, jeté presque tout l'Orient dans une religion impie, forgée de la payenne , de la juive et de la chrétienne, les Arabes furent les plus puissans de ceux qui l'embrassèrent , et se nommèrent Sarrasins, ou de la ville de Sarai, ou de Sara, femme d'Abraham, duquel ils se disent faussement légitimes héritiers, et non pas enfans de sa servante Àga , du nom de laquelle plusieurs les ont nommés Àgarènes. Le mahométisme s'étant étendu, le nom de Sarrasin commença d'être plutôt un nom de religion que de nation; car, ayant vaincu l'Égypte , et wpte * rangé les plus riches contrées de l'Orient à leur ta. créance, ils firent diverses courses dans l'Afrique,

Lri Sarrasint envahit*?!)! l'E-

Prem

friqoe.

tantôt à leur avantage , tantôt à leur perte. Ils occupèrent même, sous la conduite d'un de leurs chefs nommé Abimélech , la région cyrénaîque; d'où s'étant avancés dans le milieu de l'Afrique, ils prirent et ruinèrent Carthage. Il

THIERRY II, ROI XX. a35

est vrai que Jean , lieutenant pour les empereurs »~ « en Afrique, les chassa honteusement ; mais ils ne se tinrent pas vaincus pour cela : au contraire, ils firent de plus grands préparatifs qu'auparavant pour se remettre en possession. Jean, ayant J««dom.««ir

feconrt k l'eut-

souvent demandé secours à l'empereur Léonce, et n'en recevant aucun , s'embarqua lui-même pour remontrer à la cour la nécessité de ce qu'il demandoit. Les favoris le retinrent si long-temps sans aucun effet, que son armée, ennuyée d'une si longue absence, se créa pour général un er J£^*£ nommé Apsi mare Tibère, gentilhomme grec , p*™* qui fut un peu après salué empereur, et contraint de marcher vers Constant inople pour châtier Léonce de sa trop grande négligence.

De ce tumulte s'engendrèrent des guerres civiles, et par ce moyen l'Afrique, dépourvue de ses garnisons, fut incontinent la proie des Sarrasins. i^tr^m LaNumidie,et i'uneet l'autre Mauritanie reçurent leurs lois et leur religion. La mer Atlantique et les derniers coins de l'univers eussent borné leurs conquêtes, si Julien, comte wisigoth, LeeomuJdi«

le* appelle en Ear

pour se venger de Rodrigne son roi, qui lui avoit forcé sa femme , ne les eût incités à passer le détroit de Gébaltar, mot abrégé de Gebal- Tarijfe , qui signifie en arabe montagne de Tatiffe , l'un de leurs capitaines, qui lui donna son nom. Qu'un prince qui ose tout ce qu'il

il'où V* exterminent les WUigoths.

Va Bucaycna.

peut soulève contre lui d'étranges malheurs ! Ce n'eût été que justice, si la violence de Rodrigue n'eût coûté la vie qu'à lui et à ses mauvais conseillers; mais tous ces princes et la noblesse gothique étant demeurés en diverses rencontres, la malheureuse Espagne tomba sous le joug des infidèles, et par sa chute attira la ruine de presque toute l'Europe, qui se vit tourmentée de cette peste, non pas dix ans, comme autrefois l'Asie pour l'amour d'Hélène, mais plusieurs siècles entiers. Les Àsturiens et de * les Biscayens ( petits peuples à la vérité , mais plus vaillans que tous les autres ensemble), qui les derniers de l'Espagne avoient reconnu et conservé l'empire romain, se remettoient d'euxmêmes en liberté quand les Wisigoths subjuguèrent tous leurs voisins , et se garantirent par la hauteur de leurs montagnes de ce déluge effroyable de peuples barbares. Le bonheur des Sarrasins étoit à un haut point , s'ils n'eussent entrepris de passer en France, dont l'air est aroniconisi. mortel aux infidèles. Comme ils avoient envahi

dorus paeensis.

le royaume des Wisigoths, ils en vouloient usurper toutes les dépendances : en effet , ils prirent d'abord la plus grande partie du Languedoc; mais Toulouse, ville toujours bien chrétienne, pressée jusqu'à l'extrémité, implora le secours des François, qui, joints avec les Aqui-

THIERRY II, ROI XX. rf*]

tains, la -délivrèrent , au grand dommage des mécréans , qui laissèrent là leur général Zama, et tant de leurs gens, qu'il seroit difficile d'en dire le nombre. La France auroit bien sujet de publier la gloire d'Eudon , duc d'Aquitaine , principal instrument de cette victoire , ' si, par une maxime d'impiété, il n'eût recher- . ché l'alliance de ces circoncis, donnant sa fille à Mumuz , l'un des gouverneurs sarrasins, qui, s'étant révolté contre son vice-roi Abdérame, fut pris et décapité , et sa femme envoyée cap* tive au Miramolin , qui tenoit son siège en Afrique. Après cela, eût-on jamais pensé que l'Aquitaine eût derechef voulu contracter alliance avec cette nation? Et toutefois,- c'est une croyance presque universelle , que l'envie qu'il portoit au bonheur de Charles lui fit oublier les dommages qu'il avoit reçus des Sarrasins, et l'affront qu' Abdérame avoit fait à sa fille , pour les rappeler en France, d'où il les avoit chassés. Ce fut l'an sept cent trente de notre salut, et le quinzième de leur descente en Espagne, qu'ils repassèrent les Pyrénées, avec tant Le* w«*i... de confiance de la victoire, qu'ils traînèrent eel '«° 7*»leur famille et leur ménage avec eux. Ils se ruèrent premièrement sur la Novempopulanie, c'est aujourd'hui la Gascogne, où ils rasèrent la cité d'Eaulse, capitale de la province , qui , du-

rant le règne de Chilpéric premier , avoit souffert presque semblable désastre 'd'Evarich et de Henri, roi wisigoth , en baine de ce qu'elle refusoit l'arianisme aussi constamment comme en l'occasion dont je parle elle fit téte aux Mahométans; heureuse ville dans son malheur, . et qui mérite bien d'être dans l'Histoire, puisque c'est pour la défense de la religion de ses pères qu'elle n'est plus que dans des masures. On les montre encore aujourd'hui sur le bord du nofL^Hoa* ruisseau nommé la Gélize, et le lieu s'appelle Ciutat : car vous savez que les métropolitaines ou mères-villes portoient le nom de cité de tel ou tel peuple, et que celle-ci , comme capitale de la province, et de plus autrefois archevêché, s'appeloit Civitas Elusatum, et dans le pays, sans antre addition, cité, en gascon ciutat, des anciens gouverneurs de laquelle est descendue la noble maison de Ciutat, connue encore maintenant dans la Guyenne. Ces barbares se répandirent en peu de jours par cette large province, au nombre de plus de quatre cent mille ames, sous la conduite d'un chef nommé Abdérame , mot qui signifie en leur langue serviteur des fidèles, et qui me feroit conjecturer que ce prince étoit souverain mufti , par la maxime des nations les plus politiques , qui ont mis pour l'ordinaire dans une même personne la souveraineté de l'état et de

chef.

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la religion , afin qu'avec une correspondance Belle remarqué mutuelle l'autorité fût sanctifiée par la religion, et la religion fortifiée par l'autorité. A ce débordement si furieux , il étoit besoin sans doute d'opposer un homme tel que Charles pour le bien universel de la France. Que si vous y voulez prendre garde , vous trouverez que ça été talr B ^j,^ par des bâtards qu'elle s'e>t sauvée des plus visibles dangers, comme si, pour des nécessités trop pressantes, il ne falloit que des hommes extraordinaires. Le courage de celui-ci sembla s'accroître dans le péril : il ne s'y comporta ni lâchement ni témérairement ; mais , soutenant toujours son esprit d'une égale force , il chercha ses avantages partout où il crut de les pouvoir trouver. Il fit donc armer par toutes les terres de son obéissance ceux qu'il jugea propres â la guerre ; et de cette multitude infinie ^ch«!«cbowt il en tira une élite à la façon des Romains, faisant bien plus d'état d'une bonne armée que Pourquoi™*

li îiil » i grande année est

d une grande, dont le nombre ne peut aisément ** pe» «ivre* . senourrir ni se mouvoir, non plus que se ranger à la discipline. Ajoutez à ceci qu'un si grand corps ne sauroit avoir des forces durables , et que, parmi une multitude excessive , les lâches entraînent souvent par leur fuite les plus vaillans. Toute la noblesse, qui chérissoit notre duc , le connoissattt d'une humeur aguerrie et

l[\Ç> HISTOIRE DE FRANCE.

généreuse, n'avoit pas attendu le commandement, mais étoit aussitôt montée à cheval pour le venir trouver. Lui cependant avoit envoyé secrètement des agens à Eudon, qu'il savoit être déjà fort mécontent des Sarrasins, pour ce que, contre leur promesse, ils àvoient ruiné Bordeaux , ravagé la Saintonge et l'Angoumois, brûlé Poitiers , et abattu toutes les églises : de sorte que du quart de la France ils en a voient presque fait un désert aussi affreux que ceux de la Libye. Il lui fit représenter que les infidèles appelés par lui à son secours l'avoient effectivement dépouillé de son pays; qu'il ouvrît un peu les yeux pour regarder les impiétés de ses alliés et l'extrême misère de ses sujets, qu'il verroit comme il étoit le mépris des Sarrasins et l'horreur des chrétiens ; qu'il s'alloit précipiter dans uu crime qui le rendroit odieux à toute la terre; que la faute qu'il avoit commise jusqu'alors se pouvoit appeler un effet de colère mal digéré; mais que s'il perse veroit dans ce dessein, ce seroit une rage qui n'auroit assurément point de meilleure fin que celle qu'ont les criminels les plus désespérés ; qu'il vouloit croire néanmoins, qu'étant encore chrétien et prince, il joindroit à la crainte de Dieu l'amour qui l'obligeoit envers sa patrie , et oublierait ses ressentimens, plu tôt que de s'en se vdir

sous la ruine de sa religion , et de son autorité.

L'Aquitain , piqué d'un remords ou de conscience ou d'état, renonça dès-lors en son ame à l'alliance des Sarrasins pour en contracter une secrète avec les François. Cependant les infidèles^ ravageoient la Touraine , attirés en ce l* s«™iw quartier-là par la douce abondance du pays"" et par les riches trésors de l'église de Saint-Martin. Le but de Martel étoit de les empêcher de passer sur ces terres, et déjouer cette partie aux dépens d'Eudon : c'est pourquoi il les alla rencontrer au-delà de la Loire , près de la ville de Tours, résolu de les combattre, au grand con- .

' 7 U Pourquoi Char.

lentement de notre noblesse et des Touran-£i^. 3nre,,tcou, * geaux, qui, tout au contraire de ceux d'Aquitaine , a voient détesté les Sarrasins et assisté les nôtres de tout leur pouvoir. Les deux armées étoient en présence lorsque Charles, ayant fait dire à tous les siens qu'il avoit laissé des troupes derrière pour assommer les fuyards, et commandé aux habitans de Tours de n'ouvrir les portes qu'aux vainqueurs , se mit à la tête , et les exhorta au combat de cette sorte:

« Mes .compagnons , j'ai eu l'honneur de vous Hârangwe ^ « mener souvent dans les occasions, et je puis ££ k,,u « Fr "' « dire aussi que je vous en ai toujours ramenés « victorieux. Comme j'ai mille preuves de votre « courage invincible, je crois, sans me louer,

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