‹ Histoire de FranceChapitre 28 sur 47 · TOME I. l · texte numérisé non relu

TOME I. l

a#a histoire m France.

« que vous en avez autant de mon heureuse « conduite: mais à cette heure souvenez- vous, je «.vous prie, que vous ne combattez pas sous « moi, mais plutôt sous les auspices du dieu des

* armées, dont vous défendez la juste querelle. « Il se veut aujourd'hui servir de nous pour « maintenir sa gloire et terrasser par nos armes « comme par sa foudre ses plus cruels ennemis, o Ces, deux effroyables comètes que vous voyez « tous les jours paroître, Tune au matin et « l'autre au soir, sont des présages de leur ruine « future. Que vous allez recevoir d'honneur « d'être les défenseurs, non pas de la France, « mais, du christianisme ? et les libérateurs du « genre humain ! N'est-il pas indubitable que « ces infidèles sont poursuivis de la vengeance « céleste, puisque la fureur les a transportés en

Lté FranroU « France, qui est l'écueil de l'impiété? Notre

ont été toujoar* • . . , . # .

chrétien, ou .mu « natiQA, * rançois % a toujours été chrétienne, « ou du moins amie du christianisme; et Ton

* peut \ui donner cette louange par-dessus les « autres peuples, qu'elle n'a jamais engendré <f ni souffert des sectes contraires à la vérité. « C'est elle qui la première a pris les armes pour « la cause de Dieu. Vous savez que Clovis, quand « il alla combattre les ariens,, reçut de l'église de « Saint- Martin ,, que vous voyez c]e,vajit vos yeux, « les heureux signes de sa vietçwe^. et c'est de « là encore que nous attendons notre, bonheur.

« Au reste , ceux à qui nous avons affaire sont « d autant plus foibles , que leur grand nombre « ne sert qu'à les embarrasser et à les mettre en « désordre. Nous n'avons pas accoutumé de me- « surer nos exploits à la quantité des hommes , « mais à la grandeur de leur courage. Ces « brutaux que vous voyez se jettent dans les « épées et se précipitent eux-mêmes, pensant « étouffer leurs ennemis par la foule ; mais je « m'assure que vous en viendrez à bout par « votre valeur. Jusqu'ici ils n'ont eu affaire qu'à « des nations molles ou divisées. Ils ont cornet battu en Orient des femmes r et en Espagne « un tyran haï de ses sujets , et intimidé par sa « conscience. Ceux des Asturies et de Biscaye « les ont déjà repoussés ; et je m'étonne bien « fort de leur présomption , qui leur a fait croire «c qu'ils auroient meilleur marché de nous que « de ces montagnards. Montrons-leur que la « justice des François sait bien châtier des voce leurs , et que notre piété est toujours victo- <* rieuse des ennemis de Dieu : faisons-leur ici « rendre le butin qu'ils ont amassé depuis les « derniers confins du Levant. Laissons aujourt< d'hui un mémorable exemple de zèle aux « chrétiens , de vaillance aux barbares , et d'a- « mour envers notre patrie à nos descendans.

« Rappelez en votre mémoire vos beaux faits

« d'armes , pour les surpasser tous en cette seule a journée. Souvenez-vous quels ont été vos pères, « et quels vous voulez que soient lesenfans qui « descendront de vous. Ne souffrez point que « de chrétiens ils deviennent mahométans. Vous « combattez ici au cœur de la France, qui vous « a engendrés, qui vous a nourris, et qui vous « a mis dans l'estime où vous êtes. Vous n'avez a point d'autre pays que celui-là. Il n'y a point « de terre ni de lieu de refuge derrière vous : « il faut vaincre en défendant celle qui vous a « donné naissance, ou mourir entre ses bras; ch.,i« pro . 0 car vous ne tirerez aucune composition que

aus aies* aa l m

P * ,e « de votre épée. »

Après cette harangue, l'infanterie françoise, sous la conduite de Childebrand , fils de Martin, commença rudement la mêlée, et fut reçue de même par la sarrasine, ordonnée en croissant afin d envelopper la nôtre, et de la battre par Difrien* de ] es fl ancs e t par le derrière. Leur cavalerie se

la cavalerie chré- 1

el Mr "* présenta sur les ailes , et Charles parut à la tête de la sienne. Les deux cavaleries étoient bien différentes: la nôtre étoit plusfoible en nombre, mais plus pesante, pour être armée de pied en cap; celle des Sarrasins, presque innombrable, beaucoup plus légère, comme n'ayant que des javelots et quelques autres traits qui ne pouvoient guère offenser, notre gendarmerie. Elle

mrt sccour» IMI

THIERRY II, ROI XX. a/|5

n'osoit donc attendre la nôtre de pied ferme , mais caracolant toujours à l'entour, laharceloit j^,^ à coups de traits, et tachoit de lui faire quitter ses rangs : toutefois voyant qu'elle ne gagnoit rien par ses escarmouches, elle se résolut de l'enfermer et de l'attaquer de tous côtés. Le combat s'étant échauffé , la victoire penchoit tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La contenance , la couleur, et la voix , changeoient de moment en moment aux Sarrasins , qui suivant les mouvemens des leurs , selon qu'ils leur .voyoient avoir de l'avantage ou du pire , tantôt les encourageoient par des battemens de mains, tantôt rechassoient leurs fuyards avec des huées ; ils faisoient quelquefois retentir l'air de cris de joie, puis s'imposoient tout à coup silence, éperdus d'étonnement et de crainte.

Mais voici qu'on les va mettre de la partie. Eudon , qui avec ses troupes avoit suivi les Sarrasins, ayant connu par le feu que Charles avoit fait mettre en ses huttes qu'il étoit temps de* s'avancer, choisit les plus dispos des siens, et surprenant par derrière le camp des barbares, u* s.™!», commence d'en faire un carnage horrible, sans "m P £rKudo». r épargner ni âge ni sexe. Les cris de ces misérables, qu'on égorgeoit, vinrent bientôt aux oreilles des combattans ; sur quoi Charles , prenant occasion d'encourager les siens , courait

iffî HISTOIRE DE FRANCE.

tantôt vers les uns, tantôt vers les autres, leur remontrant que c'étoit là le secours caché qu'il leur avoit promis tant de fois , et qu'Eudon s'étant sagement réconcilié avec lui, faisoit ce ménage dans le camp des ennemis avec de belles troupes qui venoient à leur secours* Les nôtres , fortifiés par ces bonnes nouvelles, se mêlèrent de toute leur force avec les ennemis, qui se voyant attaqués par derrière, commencèrent à branler, puis à s'enfuir : mais où pouvoient-ils

J^«s«rmiD.se sauver, si leur camp étoit pris? d'où il paroît bien que la peur qui saisit les armées est ordinairement si peu raisonnable, qu'elle ne regarde pas où Bile fuit, mais seulement ce qu'elle fuit. La vitesse des chevaux en sauva quelques uns ; mais il en resta fort peu de l'infanterie. L'on tient qu'il y eut de morts de leur câté,

m rt» de s. r . chose à peine croyable, trois cents soixame-

lii.in» 375,000.

quinze mille, et du nôtre seulement quinze cents, mais presque tous gentilshommes et gens de commandement. Ceux des ennemis qui se sauvèrent ne lurent pas exempts de blessures ; et j'ose bien dire que cette journée, soit pour le nombre des morts, soit pour la donsidération des gens de marque qu'elle fit périr, est la plus grande de toutes celles dont l'histoire fait mention. Le roi Abdérame fut trouvé étouffé sous un monceau de corps, et la plupart des chefs

de son côté eurent une semblable fin par la foule des fuyards. Le sang qui s'étoit écoulé de leur mi*

tloo.

camp avoit presque rempli les retranchement, et dans l'enclos vous eussiez vu des corps à demi brûlés , d'autres étouffés , et plusieurs tout couverts de plaies. Mais ce qui sembloit plus effroyable à la vue, c'étoit le meurtre de tant de femmes; car, sans parler de celles qu'Eudon avoit fait passer par le tranchant de l'épée, cesdéses* pérées n'ayant pas voulu survivre à la perte de leurs maris, s'étoient défaites, s'ehtre*tuant mi- u.s.rra.i«*.

•e tuent par clé-

sérablement pour dernier office de charité. Ici »«p^en un même cbarriot de bagage étoient pendus les enfans et' la mère; là se voyoient deux sœurs, qui se tenoient serrées d'un bras, et qui de l'autre s'étoient poignardées. Ici paroissoit un enfant traversé d'un javelot sur le sein dé sa nourrice; et là se faisoiént remarquer par des actes tragiques plusieurs de ces misérables , les unes percées de leurs couteaux, et les autres étranglées de leur ceinture. Ces spectacles* à vrai dire, étoient tous épouvantables; mais beaucoup moins que celui qui paroissoit en pleine campagne : car par tout où les yeux pouvoient s'étendre on découvroit une mer de sang, et divers monceaux de corps tellement pressés les uns contre les autres , que le pied n'eût su toucher la terre. Dans ce formidable champ de

bataille Ton voyoit de toutes parts des armes , des chameaux et des hommes entassés pêle-mêle, dont les uns étoient expirés, et les autres respiroient encore ; les uns se plgignoient en malheureux , et les autres se maudissoient en désespérés. On ne pouvoit regarder qu'avec horreur des têtes sans corps, des corps sans têtes, des bras coupés, des jambes séparées de leur tronc, des entrailles épandues, des cervelles caillées avec du sang; ici une épée dans une profonde plaie , là des tronçons de javelots ou de lances; ici une massue enfoncée dans la tête, là une épaule abattue d'un coup de hache d'armes; événemens mortels, et divers entre eux, selon que le hasard et la rencontre les a voient causés. Les Sarrasins ne reçurent jamais tant de perte, ni les François tant de gloire. Tous les autres l. rhrAi«té P eu P^ es chrétiens en firent des feux de joie, et jtil dfj^îl en donnèrent des bénédictions publiques à " u "' Charles, qui depuis ce jour-là fut surnommé

M. C rÎ3 r «"JS!^ Martel, c'est-à-dire , Fils de Mars selon quelques quoi ' uns , ou plutôt Marteau, à cause de la force de son courage, dont il rompit tant de nations farouches, de même que le marteau brise le fer. Ainsi Nabuchodonosor dans la Bible, à cause de ses grandes victoires, est encore appelé de ce nom , dont l'histoire honore aussi une des plus illustres familles de Rome. Le souvenir d'un si

THIERRY II, ROI XX. ifo

glorieux exploit , gravé dans le cœur de tous les chrétiens, est conservé dans une médaille où l'on MWa ,„ e . voit un chef d'armée à cheval se présenter aux portes d'une ville, qui doit être Tours, pour y recevoir l'honneur du triomphe, abderamo et

SARRACEIIIS IN AGRO TURONENSI DEVICTIS, après la

défaite des Sarrasins. Ce chef n'est autre que Charles , toujours accompagné de la victoire, assez bien désigné par cette inscription , magister equitum; car la dignité de maire ne se peut mieux expliquer en termes bien latins, quoique à la rigueur ce mot dise , grand-mattre de la gendarmerie.

Les louanges que Martel reçut de cette victoire gw*™ contre

» % x 1 I e * Frlaona pour

le poussèrent à entreprendre une seconde guerre ureiigfa». pour la religion. Les Frisons étoient encore rebelles à la vérité évangélique, bien que beaucoup d'entre eux l'eussent reconnue. Il les défit par terre , et les ayant chassés dans les îles du Rhin , il les y força , et ne voulut faire aucun traité avec eux qu'ils n'eussent abjuré leur erreur, brûlé leurs idoles et promis qu'ils recevaient desprêtres chrétiens qu'ils a voient chasés.

Cette guerre se fit hors de la France ; celle-ci dedans. Qui eut jamais pensé que les Wisigoths Jï^Z oST* eussent pu troubler un si puissant royaume, eux de qui la mémoire serabloit éteinte ? Mais ce fut à notre gloire, afin que la France, ennemie des

a5o HISTOIRE DE FRANCE.

hérétiques, donnât le dernier coup à l'arianisine. Les restes de cette maudite nation étoient encore répandus par la Provence, par le Languedoc et par le Poitou, avec une obstination invincible pour leur erreur, bien que sans aucune principauté. Ils se ressouvenoient de leur ancienne puissance dans ces provinces , où ils avoient eu des souverains de leur secte : il ne se voyoient pas moindres en nombre, et rien ne leur manquoit que des princes. Voilà donc qu'ils en élurent de ceux qu'ils croyoient être descendus de la race de leurs anciens rois. Mais afin de faire la partie plus forte , ils lièrent avec eux les débris de tous ces barbares, qui, du temps d'Honorius, avoient déchiré l'Empire romain et s'étoient retirés en diverses contrées d'Espagne, l'asile de d'où ont nrb tous ces monstres. Les Vandales , qui ont laissé

leur nom 1* Van-

rf.iou»ie. u c.- leur nom à la Vandalousie, les Goths et les Mains

cilogoe , et le

Portugal. p ar a i|j ance ^ ont fait d'une ancienne pro-

vince la Gottalanie, maintenant la Catalogne, les Galléciens, d'où est venu le nom de Portugal, et d'autres peuples tous ariens, entrèrent en cette ligue, et par un commun effort passèrent le Rhône > portant partout le fer et la flamme. Le Dauphiné ressentit la plus grande violence de cet orage : Vienne eut bien de la peine à s'en garantir, et tout le pays d'alentour souffrit d'étranges dégâts. Ces usurpateurs pas-

THIERRY II, ROI XX. a5l

sèrent bien plus outre ; car ils apportèrent la terreur aux Lyonnois, qui se rendirent d'abord; Mâcon, Châlons, Dijon, Auxerre, et presque toutes les villes de Bourgogne, les reçurent par intelligence , par crainte ou par force. L'évêque^ l-^u* h. de Sens s'arma pour la défense des autels, et™** 011 " menànt un parti, les surprit avec une si grande perte des leurs , que dès l'heure toutes leurs entreprises s'évanouirent , et eux-mêmes , abandonnant leurs conquêtes, brûlèrent dans leur retraite tous les saints lieux de la Bourgogne. Il étoit bien croyable que les Sarrasins avoient suscité les hérétiques; mais on le voit à cette heure fort clairement. Athin, leur roi, descend dans la Provence, et Maurice ou Mauraut, comte "■«««». ««.ic

* 7 d« Provence.

de Marseille , qui vouloit par ce moyen confirmer la souveraineté qu'il prétendoit établir en ces provinces-là, le reçoit la nuit dans Avignon à l'insu des habitans.Nous étions perdus si Martel, prévoyant cette tempête, n'ei'it envoyé quelque temps auparavant son fils Pépin demander secours à Luitprand , roi des Lombards, excellent dt L , ui £^; tU ro1 et sage capitaine. Il reçut Pépin avec des embrassemens étroits et le nomma son filleul, lui coupant un toupet de cheveux , ancienne coutume des chrétiens. D'autres seigneurs françois étoient

allés aussi en Allemagne solliciter Lanfroy, prince

IWamU , «econ.

des Allemands , et Odillon, duc de Bavière. Ces rfn, c h * ri «

a5a histoire de France.

trois princes, incités par l'amitié qu'ils avoient pour la France , et par la haine qu'un chrétien doit porter aux infidèles, arrivèrent en personne et fort à propos avec leurs armées. Les ennemis avoient choisi pour leurs deux places d'armes Avignon et Narbonne, d'où ils faisoient état de commander au Languedoc et à la Provence.

Childebrand , qui marchoit devant avec une puissante armée pourobserver les Barbares, avoit dessein de les choquer si l'occasion s'en présentoit. D'abord il renferma le Sarrasin entre les mu- ••m^Lli^i railles de la ville , qu'il investit et assiégea en d« u Avignon. m g me temps. Les attaques furent bien chaudes;

mais Athin, qui la défendoit, ayant pourvu à sa défense , anima par son exemple ses soldats , tellement qu'après plusieurs sorties où les chrétiens avoient toujours du pire, les nôtres levèrent le siège. Hunaud et Gaiffre, enfans d'Eudon, irrités de ce qu'après la mort de leur père on avoit réuni l'Aquitaine à la France, s'étoient ligués avec les Sarrasins et leur avoient donné des otages. Ils en avoient pareillement pris d'eux, afin que ces barbares ne ruinassent pas les églises des ariens, qui se fussent par ce moyen aliénés de leur parti. Il étoit donc temps que Martel vînt pour relever le courage de nos guerriers. A son arrivée ils reprirent cœur, et bien plus encore quand ils virent qu'il en amenoit d'autres

en plus grand nombre. L'ennemi ne fut pas seulement chassé de la campagne , mais de nouveau assiégé , et furieusement assailli. Les cris des soldats et le bruit des trompettes excitèrent à l'escalade plusieurs des nôtres, dont la hardiesse fut abattue par des pierres, des poutres et de Thuile bouillante que ces barbares jetoient. La trop grande ardeur des chrétiens leur étoit nuisible à eux-mêmes, et en beaucoup d'endroits la pesanteur de ceux qui montoient rompoit les échelles que les ennemis n'avoient pu renverser : le fossé étoit plein de soldats estropiés par-dessus lesquels les autres couroient à l'assaut sans perdre courage. Nous avions là cinq grands capitaines, Charles Martel, Childebrand, un autre Charles, Luitprand et Odillon : ils prirent chacun son attaque, et donnant par cinq endroits, & *®* gagnèrent enfin la muraille, et ensuite la ville. Alors Àthin , ne pouvant plus remettre ses gens , ni pourvoir à la défense de la place, songea à la AtMnte tarifa

r t en bateau par le

sûreté de sa personne, et se jeta dans un bateau RW * e qui l'attendoitsur le Rhône. Les Sarrasins accourant à la hâte sur le rivage , périrent misérablement. Plusieurs furent étouffés par la foule d'une multitude confuse de ceux qui se jetoient sur eux à corps perdu ; mais beaucoup davantage , chargeant trop les bateaux qu'ils rencontrèrent, se noyèrent dans la rivière, où les nôtres assom-

q54 HISTOIRE DE FRANCE.

moient à coups de traits ceux qui se sauvoient à la nage. Athin , heureusement échappé jusque dans la mer, s'avisa qu'au lieu de s'en retourner en Espagne il lui seroit plus honorable de tenter

s, jaie a™* une seconde fortune dans Narbonne, qui fut bientôt aussi vertement attaquée qu'Avignon , mais s'il se peut dire encore mieux défendue. L'événement du siège étoit incertain , quand

Amoré rimt i Martel fut averti, qu'Amoré autre prince sar-

»<>n »rooure.

rasin venoit au secours de la ville. 11 marcha promptementaù devant de lui, auparavant qu'Athin en pût avoir des nouvelles, laissant toujours la ville investie par une partie de ses troupes. La bataille se donna près de la rivière lors appelée lllibère , où elle fut sanglante et douteuse ; car avec ce que les Sarrasins n'ét oient point embarrassés de femmes ni de bagage, comme à la journée de Tours, le général qui les conduisoit avoit juré de réparer à quelque prix que ce fût la perte des siens. En effet , il exécuta tout ce qu'on sauroit désirer d'un bon chef, hormis que, payant

E.t vaincu, un peu trop témérairement de sa personne , il mit par sa mort tous ses soldats en déroute; car l'avantage, qui jusque-là s'étoit tenu neutre, se rangea tout à coup de notre côté, mais si entièrement, qu'il ne resta pas un Sarrasin (s'il est croyable) pour en rapporter les nouvelles. Le

aiéd.iiie. revers de la médaille dont nous avons parlé

plus haut représente le trophée de cette victoire dressé sur le bord du fleuve Illibère , dont les eaux furent teintes de sang vingt-quatre heures durant, amoreo, et sarracenis adilliberim deletis, après cette mémorable défaite du roiAmorè et de ses Sarrasins; ce qui arriva par la vigilance de notre chef très - chrétien , vigilajntia ducis christianissimi, titre qu'il mérita bien, puisqu'il fit si diguement la charge du roi son maître en combattant pour la foi, dont la défense et l'accroissement ont acquis à nos rois le titre de trèschrétiens, nom qu'ils ne doivent qu'à la vérité, et à Dieu premièrement, sans le tenir d'aucun autre chef,

Athin, averti de ce sanglant échec, s'enfuit jj^^] par mer en Espagne , et Martel ayant remercié le Lombard et les Allemands, ôta au traître Maurice, qui se sauva par la mer sur des rochers inaccessibles, la province de Marseille, qui s'ap' peloit alors Phocense, du nom de la colonie grecque qui plusieurs siècles auparavant l'étoit venue habiter. Pour la Narbonnoise, qui se nomme »™ ««« i*

1 rom de Langiio-

aujourd'hui Languedoc , comme qui diroit doc Langue de Goth , elle fut bien plus maltraitée; car, en haine de l'arianisme , dont elle étoit presque toute infectée , il brûla Narbonne , Agde, Nîmes et Béziers, qu'on appeloit la Colonie des Septimaniens , c'est-à-dire de la sep- ^

oc, dit

tïmunî».

IDgUf

tième légion des Romains, qui avoit ià sa garnison établie, et de laquelle même toute la province est dite par quelques - uns Septi-

mame.

CHILDÉR1C III, ROI XXI. iS*}

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