LUITGARDE
FEMME DE GH A.RLEM AGNE.
Fastrade, fille de Raoul, comte, c'est-à-dire gouverneur de Franconie, que Charlemagne avoit épousée après le décès de Hildegarde, n'ayant eu que deux filles, Thédrude et Hildrude, ' fit place en mourant à une autre femme nommée Luitgarde , fille d'un grand seigneur de & Souabe. L'exemple de celle qui l'avoit précédée lui apprit à user modérément des bonnes grâces de son mari ; autrement, qu'elle auroit à craindre les mêmes embûches que les seigneurs françois avoient dressées à Fastrade, qui les avoit voulu gourmander , et, pour l'amour d'elle, au roi même ; étant très véritable qu'une méchante femme est capable de rendre odieux un bon mari. Celle-ci tacha par tons les moyens qu'elle put de s'acquérir la bienveillance de ses sujets, se voyant d'ailleurs dépourvue de l'appui qui rend les femmes considérables, je veux dire d'enfans ; car elle n'en eut point. Après les exer- R , «pot«a-«. ciçes de dévotion, qu'elle pratiquoitavec ferveur, elle prenoit grand plaisir dans l'entretien des hommes de lettres ; et le docte Alcuin, dans ses Epitres,nous témoigne qu à sa prière elle leur fit tome i. iS
beaucoup de faveurs. Il rappelle très pieuse, très vertueuse, et digne d'un tel mari; louanges irréprochables dans la bouche d'un si sage témoin, et qui n'avoit point appris à flatter, bien qu'il eût au reste tout l'air de la cour. Elle aimoit encore les plaisirs de la chasse , maniant un cheval avec autant d'adresse que cavalier de sa cour, et lançant le dard sur la bête aussi à propos qu'aucun de ses véneurs : ce qu'elle avoit appris pour complaire à Charlemagne, qui ne manquoit pas de faire tous les ans la chasse d'automne, et d'ordinaire dans les Àrdennes; coutume que ses descendans ont observée assez long- temps. Il fait beau voir la déscription de cet équipage de chasse, des chiens, des véneurs, de la noblesse, et surtout de notre Luitgarde, dépeinte comme une Diane par Un poète latin de ce temps-là, que je pense être Àlcuin, dont les vers, surpassant la rudesse du siècle , sont assez pompeux et magnifiques pour exprimer un si bel appareil. Elle suivoit ordinairement son mari dans tous ses voyages; et j l'an huit cent et un, comme il venoit d'Aix pour s'acheminer à Rome, à la prière du pape, elle fut saisie à Tours d'une maladie mortelle. Le roi, qui l'aimoit chèrement séjourna auprès d'elle en pette ville pour attendre sa guérison; mais ni ses soins ni ses vœux ne purent empêcher la
LUJTGÀRDE, REINE DE FRA.NCE. /|35
mort de la ravir le cinquième de juin l'an huit cent et un, au grand déplaisir même des enfans s. mort, r» des autres lits, qui pensèrent avoir une seconde fois perdu leur mère parle trépas de celle quiles chérissoit comme ses enfans. Elle fut enterrée dans l'église de Saint-Martin de Tours. Après sa mort, Charlemagne ne se put résoudre à épouser aucune femme, mais seulement eut quelques maîtresses, dont les quatre principales furent Matalgarde, de laquelle naquit Rothilde ; Gersuinde, dont provint une autre fille nommée Adelrude; Règne, qui lui engendra Dreux et Hugues; et Adelluide, qui eut un fils appelé Thierry ou Thédéric... , n
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