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HISTOIRE DU COSTUME EX FRANCE

Révolution et Empire

Jusqu'en 1791, la lente évolution commencée sous Louis XVI se poursuit sans à-coup. La faveur va de plus en plus aux modes étrangères. L'habit à la française, les souliers à boucles, le tricorne et la poudre ne sont plus guère de mise qu'à la Cour, où l'étiquette se maintient rigoureuse. L'élégant de 1790 porte le frac, garni de courts revers taillés en carrés, et pris, ainsi que le collet, dans une étoffe de couleur criarde, jurant autant que possible avec celle du vêtement. Sa culotte, serrée h l'écuyère, descend au-dessous du genou et se fixe par des jarretières sur des bas rayés (I, 4).

A partir de 1791, la politique s'introduit dans la mode. Chacun affiche ses opinions par les détails de son costume. Le ci-devant conserve les couleurs voyantes, arbore la cravate blanche et le gilet semé d'emblèmes royalistes. Le contre-révolutionnaire militant, qui prendra plus tard le nom de muscadin, porte le frac à revers immenses, la coiffure à oreilles de chien, la cravate verte, la culotte rayée, et suspend à son poignet par une lanière son pouvoir exéculif, gros gourdin de bois tors, terminé en massue (I, 11). Le costume du Conventionnel est d'une sévère simplicité : frac boutonné à pans carrés, taillé court par devant et découvrant le gilet, culotte de daim, bottes courtes à revers, chapeau conique orné d'une cocarde (I, 6). On porte encore la redingote longue et flottante et le grand manteau à collet carré rabattu sur les épaules : c'est la tenue des membres du Tribunal révolutionnaire, dont le chapeau à large bord relevé sur le front est couronné d'une touffe de plumes [1,1). Enfin, en 1792, apparaît le type du sans-culolte. Tandis que le muscadin exagère l'affectation de la tenue, le sans-culotte porte le pantalon flottant, noir ou rayé, la carmagnole, veste courte à boutons de métal, ou une longue houppelande brune à collet et revers de peluche rouge ; comme coiffure, une toque de fourrure grossière, ou le bonnet rouge des galériens (I, 8, LO). Cet accoutrement, que les membres de la Commune de Paris prennent pour uniforme (I, 8), est le costume distinctif des patriotes jusqu'au 9 Thermidor.

La mode féminine reste stationnaire pendant les premières années de la Révolution. On baptise de noms inédits les formes anciennes. Il y a des bonnets ù la Habille, des toilettes h la Constilution, des négligés à la Patriote; mais ce vocabulaire ne répond à rien de nouveau. Quand la répercussion des événements se fait sentir sur la mode, c'est d'une façon brutale et décisive; elle ne la transforme pas, elle l'anéantit. Dès 1792, les modes d'importation étrangère, les robes à l'anglaise ou à la circassienne sont les seules qu'on ose montrer, et encore prennent-elles un caractère voulu d'uniformité. La jupe tombant droit sans garniture, le caraco à basques courtes, le bonnet de lingerie ou le chapeau-casque de forme ronde deviennent les éléments à peu près uniques du costume [1,9). La femme se couvre, elle ne s'habille plus.

L'intervention du Comité de salut public vient à ce moment donner au goût une orientation nouvelle. Sur la proposition de Robespierre, il décide de provoquer, par un concours entre les artistes, la création d'un costume national. On discute, sans pouvoir s'entendre, s'il convient d'adopter la mode romaine ou celle des républiques grecques. David présente un projet de costume masculin, composé d'une tunique, d'un manteau court, d'un pantalon collant et d'une toque à plumes. En somme, le but n'est pas directement atteint; mais le projet de David inspirera les costumes officiels du Directoire et de l'Empire III, 7), et dans les cérémonies patriotiques on s'accoutume à voir les figurantes drapées de chlamydes et de péplums. Aussi, dès que le goût de la parure revient avec la tranquillité des esprits, les femmes puisent-elles leurs inspirations à une double source: la forme antique, dont elles se sont éprises sans la bien comprendre, et la mode anglaise, la seule qui ne se soit pas entièrement perdue pendant la tourmente. De là le type bizarre, incohérent, de la merveilleuse du Directoire. Elle porte une longue robe en forme de stola traînante, bordée d'ornements à la grecque, et un chapeau jockey à visière démesurée II, 7), ou encore une robe-tunique coulissée à la gorge, découvrant les chevilles, serrée très haut par une ceinture d'où pend une

énorme balantine, les cheveux courts et frisés h la Caracalla (II, 9). La merveilleuse, du moins, ne pèche que par erreur de goût. L'incroyable, qui lui fait pendant, va plus loin : il recherche le ridicule pour le plaisir de le chercher. Ses cheveux sont taillés en crête sur le front, en oreilles de chien sur les tempes, en chignon sur la nuque; sa cravate forme goitre sous le menton; par de savants artifices de coupe, son habit doit faire de lui un bossu, sa culotte un cagneux. Avec son gilet étriqué à raies en travers, ses bas mal tirés sur les mollets, les anneaux de cuivre pendus à ses oreilles et son chapeau tromblon à bords immenses, il réalise au total un type de difformité unique dans l'histoire (II, 8).

Cependant cette excentricité n'est pas /a loi commune : la bourgeoise de 1799 ne manque, dans sa simplicité, ni de grâce ni de distinction. Elle porte une robe unie, décolletée en pointe sur la gorge, serrée à la taille par un ruban, avec une jupe flottante à courte traîne. Un chapeau très sobre de garnitures encadre joliment la figure et se fixe par un ruban noué sous le menton. Le châle, qui n'est encore qu'une large et longue écharpe, se drape à l'antique, étoffant la silhouette sans l'alourdir (II, 10). Quant au costume masculin, la mode révolutionnaire a fixé définitivement ses formes essentielles. Le pantalon, pour avoir été le vêtement distinctif des sans-culottes, sera longtemps proscrit de la tenue bourgeoise. Mais la redingote à longue jupe, le frac à pans carrés, le gilet droit arrêté à la taille resteront jusqu'à nos jours les éléments immuables du costume habillé. Sous le Directoire, on porte la redingote avec des bottes à revers (II, 11). Le frac la remplace bientôt. Très ajusté pendant la période du Consulat, muni de larges revers et de longues basques flottantes, il moule exactement la sveltesse du torse et l'évasement des hanches III, 3 . Sous l'Empire, étroitement boutonné sur le gilet, étriqué des revers et des basques, il prend un faux aspect d'uniforme, que souligne même parfois le galonnage de la culotte (III, 10, 12). Un vêtement particulier à cette époque est une veste courte, qui couvre le frac jusqu'à la ceinture et qu'on nomme spencer (III. 12).

Cette préoccupation inconsciente de l'uniforme, bien explicable dans une société où l'élément militaire prend toute la place, se trahit jusque dans le costume des femmes; l'œil est tellement fait à cette esthétique spéciale qu'on en vient à trouver fort seyantes des coiffures en forme de casque ou de shako, des jupes raides, taillées en fourreau, arrêtées à la cheville pour découvrir les pieds chaussés de bottes, et les fanfreluches disposées sur cette carapace en forme d'épaulettes, de hausse-cols ou de baudriers (III, !», 11). C'est dans les costumes de Cour qu'on voit la mode de l'Empire développer son caractère d'élégance et de majesté. La jupe à plis droits rappelle encore la forme antique ; mais les manches gonflées sur l'épaule, l'ampleur de la robe de dessus, largement ouverte par devant et terminée en traîne, donnent à l'ensemble un grand aspect décoratif (III, 4, 6). Ce caractère se rencontre également dans les uniformes civils, surchargés, un peu à l'excès, de galons, de broderies et de plumets III, 5, 7, 8).

L'uniforme militaire se réduit pendant la Révolution aux deux ou trois types de costumes déjà connus : l'habit à revers et parements pour l'infanterie ; la tunique à brandebourgs pour les cavaliers (II, 3, 6). La coiffure est seule modifiée : le tricorne fait place au chapeau à large bord relevé sur le front et sur la nuque, formant deux cornes sur les côtés. De cette coiffure tombe sur l'épaule une longue crinière. Le manque de drap blanc pour faire des culottes oblige souvent à les remplacer par le pantalon de toile blanche rayée de couleur (II, S). Les officiers portent tous le frac carré à larges pans; l' écharpe à la ceinture reste l'insigne du commandement (II, 2, :i, i). Les données générales de l'uniforme restent les mêmes sous l'Empire, malgré la très grande variété des détails qui distinguent les différents corps. La fusion de troupes étrangères dans l'armée nationale introduit une foule d'éléments nouveaux : chapska des lanciers, colback des chasseurs et des guides, pantalon-jupe des mameluks, etc. • IV. ï, lo, il . L'infanterie et la garde impériale coiffées, la première du shako, la seconde du haut bonnet à poil, conservent la tradition de l'ancien uniforme français.

BATAILLE DE MARENGO, par Lejbunb (Musée de Versailles).

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