‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 134 sur 196 · II H · texte numérisé non relu

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Charles IV, roi d'Espagne et sa famille, par Goya (Musée du Prado, Madrid).

L'armée française, composée de jeunes recrues et commandée par Junot, franchit la sierra de Estrella et entra sans coup férir à Lisbonne, tandis que Jean VI et la famille royale s'embarquaient pour le Brésil (24 novembre 1807).

Déchéance des Bourbons d'Espagne. Avènement de Joseph Bonaparte. — Les Bourbons d'Espagne avaient donné à Napoléon des témoignages non équivoques de dévouement, associé leur flotte à la Hotte française dans la journée de Trafalgar, fourni de l'argent et des hommes, permis à l'empereur d'utiliser en Allemagne les forces qu'une Espagne hostile ou simplement neutre l'aurait obligé à maintenir sur la frontière des Pyrénées.

Le véritable maître de l'Espagne était Manuel Godoï, prince de la Paix, ministre d'intelligence médiocre mais intrigant et favori de la reine. Le roi Charles IV et son fils Ferdinand, prince des Asturies, vivaient désunis. Le prince de la Paix travaillait secrètement à éloigner l'héritier du trône et à faire proclamer la régence de la reine pour conserver le pouvoir. De son côté, le prince des Asturies, chef d'un parti d'opposition, cherchait à miner Godoï dans l'esprit de son père. Chacune des deux factions prétendait à l'appui de Napoléon, qui trouva plus simple de renverser une dynastie qu'il jugeait trop dégénérée pour servir ses desseins et, comme jadis Louis XIV, d'assurer la sécurité de la frontière méridionale en établissant à Madrid un prince de sa famille.

Sous prétexte d'opérer d'accord avec les Espagnols contre le Portugal, la division d'observation des Pyrénées, commandée par le général Duhesme, entra en Catalogne, et Murât, soi-disant pour couvrir les troupes d'occupation du Portugal, fut envoyé à Madrid avec une armée. A l'approche du lieutenant de l'empereur, Godoï ne songea qu'à sauver sa personne et ses trésors : le prince Ferdinand fit connaître sa résolution de rester à Madrid, et le peuple, soulevé à Aranjuez, maltraita le ministre et pilla sa maison (20 mars 1808). Charles IV affolé abdiqua en faveur de son fils, autour duquel se serra la foule enthousiaste au cri de : Vive le roi !

A cette nouvelle Savary va rejoindre Murât et tous deux démontrent à Ferdinand VII que, s'il veut être reconnu par Napoléon, qui est en route pour Madrid, il fera sagement d'aller au-devant de l'empereur. Celui-ci lui mande de venir à Bayonne, jurant de le reconnaître séance tenante comme roi d'Espagne et des Indes. Ferdinand passe la frontière : son père, sa mère, Godoï le suivent, sur l'ordre de Napoléon. Charles IV et la reine, qui ne peuvent pardonner à leur fils son entrée triomphale à Madrid, le chargent d'invectives, le rendent responsable de la collision sanglante qui, le 2 mai, a mis aux prises le peuple madrilène et les soldats de Murât. Napoléon enjoint à Ferdinand, qui s'exécute, d'avouer son frère pour roi

légitime, et comme Charles IV lui a cédé ses droits, le voilà, sur le papier, maître de la couronne d'Espagne.

Ferdinand est envoyé au château de Valençay, domaine de Tal- Ieyrand, et Charles IV au château de Compiègne, pendant que Joseph, remplacé à Naples par Murât, est appelé à régner à Madrid.

Mais l'Espagne se refuse à reconnaître un souverain imposé par l'étranger. Les événements de Bayonne sont suivis de l'insurrection de la Catalogne, que le général Duhesme doit réprimer, et c'est par les armes qu'il faut vaincre la résistance du pays, que ne satisfait pas la Constitution mort- née donnée le 7 juillet 1808 par Napoléon à l'Espagne. " Alors commence une guerre de six ans dont le théâtre sera, en 1814,

LE CONSULAT ET L'EMPIRE

l'hut. E. Fiorillo.

Les défenseurs de Saragosse, par Orange

transporté dans le midi de la France. La configuration du pays rendra impossible l'unité de commandement et d'action; les hostilités se poursuivront isolées dans chaque province; la guerre d'armée et la guerre de détachement se compliqueront de la. guérilla et de la résistance des villes. L'intervention anglaise, plus efficace par sa persistance que par les talents de Wellington, donnera aux armées régulières de la junte l'appui qui leur permettra de se maintenir.

Quand, au mois de janvier 1809, après une campagne de deux mois etdemi, Napoléon quittera l'Espagne pour préparer la guerre contre l'Autriche, il n'aura rien fait de décisif. Eût-il même matériellement vaincu, la situation fût restée la même : le triomphe militaire, la domination matérielle n'est pas la conquête. L'Espagne était invinciblement attachée à sa monarchie traditionnelle, à sa religion, à son passé : elle n'était pas prête à s'assimiler les principes politiques et sociaux que Napoléon prétendait lui imposer.

L'empereur regretta d'avoir engagé cette guerre et reprocha durement à Talleyrand de la lui avoir conseillée. 11 l'a justifiée plus tard par le désir de régénérer l'Espagne, mais il ne semble pas que ce désir ait jamais été chez lui bien profond. Il voulait surtout réorganiser la marine et les finances de la Péninsule pour avoir une alliée utile contre l'Angleterre dans la Méditerranée, et l'initiative de la Constitution de Bayonne, octroyée dans un but d'intérêt politique, revient à Murât, non à l'empereur.

Les victoires de Logrono et de Médina de Rio Seco (14 juillet 1808) ouvrirent (20 juillet) les portes de Madrid à Joseph, auprès de qui Napoléon plaça le comte de La Forest, pour le renseigner sur les faits et gestes de son frère.

Capitulation de Baylen (22 juillet 1808). — Le général Dupont, envoyé de Madrid vers Cordoue avec 13000 hommes, s'empara de celte place et rétrograda vers le nord, comptant traverser la sierra Morena au col de Baylen, quand il se heurta aux troupes du général espagnol Reding; son lieutenant Vedel s'était laissé tromper par une ruse de l'ennemi et avait occupé un autre passage. Comme, d'autre part, il se sentait pris en queue par l'armé.' de Castanos, et que ses troupes, épuisées de fatigue, étaient réduites

à 12000 hommes, Dupont crut devoir demander une suspension d'armes, et négocia une capitulation en y comprenant Vedel, qui, s'étant aperçu de son erreur, accourait à marches forcées pour le

rejoindre.

La capitulation garantissait la vie sauve à tous les soldats français, au nombre de 17 000 hommes; mais elle fut violée parla junte de Séville, qui envoya ses prisonniers sur les pontons de Cadix ou sur l'âpre rocher de Cabrera, dans les Baléares : en proie à la misère et à la faim, ils y souffrirent une lente agonie, alors que le gouvernement espagnol s'était engagé à les rapatrier à leurs frais.

L'échec de Dupont eut un retentissement immense en Europe, où il fut salué par nos ennemis comme le premier échec de Napoléon. Dupont et ses lieutenants, séparés de leurs soldats, furent ramenés en France. Ils devaient être jugés par la Haute Cour; m. lis l'empereur, prévoyant un acquittement, lit arrêter la procédure, et ce fut seulement en 1812 qu'une commission extraordinaire, présidée par Cambacérès, prononça contre les accusés une condamnation résolue à l'avance. Ils lurent privés de leurs grades et de leurs décorations, et l'empereur, aggravant la peine, fit interner Dupont au fort de Joux, puis à la citadelle de Doullens. Napoléon ne pouvait admettre cette humiliation des vainqueurs de l'Autriche et de la Prusse se rendant à des guérilleros (1).

Soult, par de Rudder (Versailles .

(1) En 181 i, le procès de Dupont lut revisé dans un sens favorable par ordre de Louis XVIII.

La responsabilité du désastre de Baylen n'incombait pas entièrement à Dupont. Si le général en chef de l'armée d'Andalousie, dont la bravoure et l'honnêteté (1) furent sans tache, ne sut pas prendre les mesures tactiques commandées par sa position et fut à Baylen inférieur à lui-même, il ne faut pas perdre de vue que l'empereur l'avait imprudemment lancé sur l'Andalousie sans s'être rendu compte de la situation militaire et sans croire à la force de la résistance nationale.

Les Anglais en Portugal. Bataille de Vimeira (21 août 1808) et capitulation de Cintra (30 août 1808). — Le

baron Vincent, envoyé de l'empereur d'Autriche. Au milieu de fêtes brillantes, les deux souverains discutèrent les termes d'une convention qui fut signée par leurs ministres le 12 octobre. Ils renouvelaient solennellement leur alliance, s'engageaient à n'entreprendre aucune négociation importante à l'insu l'un de l'autre et convenaient d'adresser à l'Angleterre, sur la base de Vnti possidetis, une proposition de paix. Napoléon obtenait d'Alexandre l'assurance qu'il contiendrait l'Autriche et qu'il le soutiendrait dans ses efforts pour maintenir à Joseph la couronne d'Espagne. De son côté, il promettait à Alexandre, à défaut de Constantinople, de ne consentir qu'à une paix qui assurerait à la Russie la Finlande, laValachie et la Mol-

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