ESPAGNE ET PORTUGAL 1808 -181 M
Palafox, par Delerive.
Carte pour suivre la campagne d'Espagne.
1er août 1808, les Anglais débarquenl en Portugal sous la conduite de sir Arthur Wellesley.
Joseph sort de Madrid (2 août 1808), passe l'Èbre et établit son quartier général àVittoria. Junot, concentrant ses troupes entre Lisbonne et Abrantes, marche à la rencontre du général anglais pour l'arrêter dans sa marche sur la capitale. Il est vainqueur à Roliça le 18 août et se mesure de nouveau avec lui à Vimeira (21 août 1808). Malgré la supériorité numérique des forces anglaises, l'excellence de leur artillerie, la solidité des positions occupées, Junot ne désespère pas avec 9000 ou 10000 hommes de s'emparer des hauteurs, dont le revers domine à pic l'océan Atlantique, et de jeter les Anglais à la mer. Mais Wellesley sait profiter des mouvements des troupes françaises pour modifier ses positions et rectifier son ordre de bataille. Les Français ne parviennent pas à se maintenir sur le plateau de Vimeira, où la lutte est particulièrement vive. Après avoir perdu sans obtenir le moindre résultat 1800 hommes, soit le cinquième de son effectif, Junot, qui a devant lui 18000 Anglais, se décide à battre en retraite et, cerné sur b's hauteurs de Cintra, engage des négociations qui aboutissent à l'évacuation du Portugal (30 août 1808).
A ce moment, et après deux mois de guerre, les Français ne possèdent plus que les provinces au nord de l'Èbre.
Entrevue d'Erfurt. — Napoléon prit personnellement le commandement de l'armée d'Espagne, qu'il éleva à 250000 hommes. Avant de partir, il jugea prudent de régler avec son allié Alexandre Ier toutes les questions pendantes.
Il arriva le 27 septembre 1808 à Erfurt, où il reçut le souverain russe et où il trouva la plupart des princes allemands venus pour lui faire leur cour, le prince Guillaume, envoyé du roi de Prusse, le
(1) Le lieutenant-colonel Clerc (Capitulation de Baylen, 1903) s'est élevé contre la légende qui attribuait la catastrophe de Baylen aux huit cents chariots chargés des dépouilles de Cordoue, qui auraient paralysé la volonté de Dupont plus encore qu'entravé la marche de l'armée. Il a retrouvé la liste des fourgons capturés; leur nombre ne s'élève qu'au chiffre normal d'un train d'armée.
davie. Les fêtes d'Erfurt produisirent une impression profonde en Europe; elles semblèrent marquer pour Napoléon l'apogée de sa grandeur; mais, en réalité, Talleyrand avait, à Erfurt, desservi les intérêts de son maître et secrètement empêché le tsar de prendre les engagements sincères et précis que Napoléon espérait obtenir de lui contre l'Autriche.
Campagne de Napoléon en Espagne. — L'empereur dirigea personnellement les opérations, de novembre 1808 à janvier 1809.
Le début de la campagne fut marqué par les victoires de Durango, de Burgos, d'Espinosa, où Victor eut raison de Blake (10-11 novembre 1X08), et de Tudela, où Lannes défit Palafox et Castanos (23 novembre). Un vigoureux engagement, au cours duquel les chevau légers polonais exécutèrent une charge héroïque, nous rendit maîtres du défilé de Somo Sierra (30 novembre) et, le 4 décembre 1808, Napoléon entrait à Madrid. Il supprima le conseil de Castille, coupable d'avoir tenté de défendre la capitale, mettant fin à l'antique institution qui avait été comme le cœur de la monarchie espagnole.
C'est contre les Anglais de sir John Moore, débarqués en Portugal et en marche sur Valladolid, qu'allait manœuvrer Napoléon, précédé par le corps du maréchal Ney, flanqué sur sa droite par Soult, tandis que sur sa gauche la cavalerie de Lasalle et de Milhaud, suivie des maréchaux Lelebvre et Victor, remontait la vallée du Tage, se dirigeant sur Lisbonne. Le 26 décembre, Soult atteignit cà Lugo le général Moore, qui fut blessé mortellement, et obligea les Anglais à se rembarquer à La Corogne.
Sièges de Saragosse. — Malgré ces victoires, la Péninsule .'tait loin d'être soumise. De redoutables guérillas s'organisaient sur tous les points du territoire, épuisant nos troupes et les dispersant.
Saragosse, l'un des principaux centres de la résistance, fut assiégée par Lannes, Verdier, Lefebvre-Desnoueltes, Lacoste, Junot et Lannes. Le peuple déposa son gouverneur, timide et hésitant, et le remplaça par Joseph Palafox, jeune homme de vingt-huit ans qui organisa merveilleusement la résistance, du lu juin 1808 au 19 IV-
LE CONSULAT ET L'EMPIRE
vrier 1800. La ville était protégée d'un cédé par l'Èbre, de l'autre par des châteaux et des couvents.
Au commencement d'août 1808, un assaut rendit les Fiançais maîtres d'une partie de la ville; mais les soldats, impatients de piller, compromirent, le succès final en exaspérant la résistance.
A la nouvelle de la capitulation de Baylen, les assiégeants se replièrent sur Tudela. Deux mois après, de nouvelles victoires ramenèrent les Fiançais devant Saragosse, et le siège recommença.
Nos soldats entrèrent enfin dans le faubourg de la rive gauche, mais il leur fallut alors poursuivre le siège de rue en rue, conquérir Saragosse maison par maison. Ils n'avaient pas seulement à combattre les habitants, niais aussi des paysans et des contrebandiers d'une rare adresse. Des incendies dévoraient les monuments, une épidémie décimait les Espagnols, encouragés jusqu'au bout par 1rs moines et les femmes, parmi lesquelles il faut citer la comtesse Burita. Les Français n'avançaient que lentement, laissant les meilleurs d'entre eux sur le pavé, passant au fil de l'épée des ennemis que la mort seule pouvait abattre. « Sire, écrivait Lannes à Napoléon, c'est une guerre qui fait horreur. »
Quand le faubourg fut entièrement aux mains des Fiançais, la junte de défense se résigna à capituler. Plus de la moitié des habitants de la ville, 50000 environ, avaient succombé.
Les Anglais ne possédaient plus que Lisbonne, et les Espagnols ne tenaient plus qu'à Cadix lorsque Napoléon revint en France pour se préparer à la guerre de la cinquième coalition.
BIBLIOGRAPHIE
Bagès (lieutenant-colonel), Élude sur les guerres d'Espagne (1906, 3 vol.). — Balagny (commandant), Campagne de l'empereur Napoléon en Espagne, 1808-1809 (1902-1907, 5 vol.). — Clerc (commandant), Campagne du maréchal Soult dans les Pyrénées-Occidentales en 1813-1814 (1894).
— Clerc (lieutenant-colonel), Capitula/ion de Baylen (1903). — Conard (Pierre), Napoléon et la Catalogne, 1808-1814 (1910); — La Constitution de Dayonne (1910). — Foy (général), Histoire de la guerre de la Péninsule sous Napoléon (1827, 4 vol.). — Gomez de Arteche y Moro (générall, Histoire de la guerre d'Espagne (Madrid, 1868 et ann. suiv.,15 vol.).
— Gouvion-Saint-Cyr (maréchal), Journal des opérations de l'armée de Catalogne en 1808 et en 1809 (1865). ; — Grandmaison (Geoffroy de), L'Espagne et Napoléon (1908V — Guillon, Les Guerres d'Espagne sous Napoléon [1902' ; — ■ Histoire de la guerre d'Espagne contre Napoléon Bonaparte, par une Commission d'officiers de toutes armes étalilie à Madrid auprès de S. E. le ministre de la Guerre, trad. de l'espagn. (1818). — Jomiki, Guerre d'Espagne, Extraits des souvenirs inédits du général Jomini, par F. Lecomte (1892). — Jones (Jolin), Histoire de la guerre d'Espagne et de Portugal pendant les années 1807 à 1813, trad. par Alph. de Beauchamp (1819,2 vol.). — Jourdan (maréchal), Mémoires militaires (Guerre d'Espagne), publ. par le vicomte de Grouchy (1899). — La Forest, Correspondance du comte de La Forest, ambassadeur de France en Espagne, 1808-1813, publ. par Geoffroy de Grandmaison. — La Paix (prince de), Mémoires, puhl. par J.-G. d'Esménard (1836,4 vol.). — Lapène (Ed.), Campagnes de 1813 et de 1814 surl'Èbre, les Pyrénées et la Garonne (1823). — Lejeune (général baron), Sièges de Saragosse (1840). — Londondkrry (marquis de), Histoire de la guerre de la Péninsule (1808). — Metzger (Paul), La Capitulation de Baylen (1909). — Napii r (lord . Guerre de la Péninsule, trad. de l'angl. par Mathieu Dumas (13 vol.). — Naylies (de), Mémoires sur la guerre d'Espagne (1817). - Pou- ZERewsky (lieutenant général), La Charge de cavalerie de Somo Sierra, trad. par D. Oznobichine. — Rocca (de), Mémoires sur la guerre des Français en Espagne, 1808-1809 (1817). — Rousseau, La Carrière du maréckal Suchet (1897). — Suchet (maréchal), Mémoires (1828, 2 vol.). — Titeux (lieutenant-colonel), Le Général Dupont, une erreur historique
1903, 3 vol.).